24 mars 2017

Spiral Stairs - Doris & the Daggers

Ce sont souvent les oeuvres dont on n'attend à priori rien qui constituent les plus belles surprises. Le deuxième album de Scott Kannberg, ex éminent membre et fondateur de Pavement, groupe culte du rock indépendant américain des années 90, fait partie de celles-là. La carrière solo de Stephen Malkmus, son ancien acolyte me laisse par exemple assez indifférent. Pourtant, ses disques sont plutôt réussis, mais le style me semble avoir vieilli. Comme si la musique de Pavement était indiciblement liée à son époque et qu'écouter leurs disques maintenant revenait à ressasser inutilement le passé. Alors, un nouvel album de Spiral Stairs, le sous-fifre de Malkmus, vous pensez bien que ça ne m'emballait pas plus que ça. Kannberg a mis huit ans avant de sortir "Doris & the Daggers", son deuxième album. Huit ans pendant lesquelles, il a voyagé, de l'Australie à Los Angeles et San Francisco, a survécu à quelques décès dans son propre entourage. Il s'est ainsi recentré sur ce qu'il sait le mieux faire : des chansons pop un peu déviantes même si nettement plus rectilignes que celles de Pavement.

Il a réuni pour cela quelques talentueux amis, des membres de Broken Social Scene ou Matt Berninger, le chanteur de The National. Le résultat est un disque brillant, alignant les titres aux mélodies hors mode et assez immédiates et qui, sous des abords simplistes, ne vous quittent pas si rapidement. 

17 mars 2017

Real Estate - In Mind

Ça commence comme une évidence, "Darling", le tube indie pop parfait : les guitares aux lignes claires qui tourbillonnent et dont la mélodie obsède immédiatement, la voix de velours à la Elliott Smith qui vient à peine perturber l'ensemble, se contentant d'accompagner en douceur. Avec un tel début d'album, on est prêt à suivre les New-yorkais de Real Estate n'importe où. "Darling" est la force et en même temps la faiblesse du disque, il embarque tout de suite l'auditeur mais il provoque aussi une légère déception, car bien sûr, le reste n'est pas si accrocheur. La formation a pourtant l'intelligence de terminer par "Saturday", sans doute le deuxième titre le plus efficace du lot, histoire de débuter et clôturer en beauté et de laisser une excellente impression d'ensemble.
Martin Courtney débarrassé (définitivement ?) de son ex acolyte Matt Mondanile, parti s'occuper à plein temps de son projet Ducktails montre si besoin était que le son de Real Estate, c'était aussi (et surtout) lui. "In Mind" ne perturbera donc pas les fidèles suiveurs du groupe. La musique reste la même, facilement reconnaissable au jeu de guitare fluide. Real Estate s'impose donc comme une formation qui compte, loin d'une quelconque hype, avec d'ores et déjà une solide discographie.

10 mars 2017

Da Capo - Oh, My Lady

Da Capo ? Les plus jeunes d'entre vous ne doivent pas connaître - les plus anciens, peut-être aussi d'ailleurs, cette phrase d'accroche est nulle en fait. Lithium, ce fameux label nantais fondé par mon presque homonyme et qui aura lancé la carrière de quantité d'artistes français majeurs, voilà d'où vient Da Capo. Et puis du titre d'un album de Love, ce formidable groupe psychédélique californien des sixties. Depuis leur premier disque paru en 1997, Da Capo est resté assez peu productif. Ça faisait par exemple plus de dix ans que nous étions sans nouvelle de leur part. Da Capo, c'est au départ la réunion des frères Paugam et leur passion commune pour la pop baroque anglo-saxonne. Puis Nicolas est parti seul de son côté, promenant sa fantaisie à travers des disques chantés dans la langue de Molière cette fois-ci et qui n'appartienne qu'à lui, cherchant l'inspiration sur tous les continents, au gré des rencontres.
Alexandre est donc resté seul maître à bord de Da Capo, peaufinant sa pop, le permettant aujourd'hui de tutoyer allègrement les meilleurs spécialistes anglais ou américains du genre. J'avais déjà dit qu'il se passait quelque chose en Auvergne (Murat bien sûr, Pain-Noir, Alexandre Delano et son Delano Orchestra, le label Kutu Folk, etc). Une source. Celle-là est ancienne mais toujours aussi vive.

8 mars 2017

Top albums 1970

10- Syd Barrett - The Madcap Laughs
Cas rare de l'histoire du rock : le leader charismatique d'un groupe se fait dégager par les autres membres. Cause : abus de drogues et comportement imprévisible et ingérable. Syd Barrett se réfugie chez lui avec sa mère et enregistre ce premier disque solo produit par David Gilmour, celui qui l'a remplacé au sein des Pink Floyd. "The Madcap Laughs", ce sont les mêmes chansons tordues qu'avec son ex-formation, mais à nu, sans artifice. Sans Barrett, Pink Floyd ne sera plus jamais le même. Malgré son influence importante, son style reste aujourd'hui encore inimitable.

9- The Stooges - Fun House
Les Stooges n'ont enregistré que trois disques, mais quels disques ! (je ne compte pas celui ressorti plus récemment, juste avant la mort des frères Asheton). Après un premier album enregistré avec John Cale, l'ex Velvet, le groupe de Iggy Pop, cet éternel jeune homme, durcit le ton et part tout azimut, flirtant allègrement avec l'expérimentation. "Fun House", c'est le mariage avant l'heure des White Stripes et de Sonic Youth. Une décharge électrique salutaire, même si la promenade n'est pas de tout repos.

8- Simon & Garfunkel - Bridge Over Troubled Water
On pourra toujours dire qu'on les a trop entendues, ces ritournelles pour boy scouts ("Cecilia", "The Boxer", le titre éponyme, etc). N'empêche que ce disque en est tellement rempli, qu'il en reste toujours une, qu'on se complaît encore à écouter sans lassitude. Tant pis si nos parents en sont aussi fans. Simon & Garfunkel demeure un de ces rares groupes capables de réconcilier les générations. Rien que pour ça, ce duo est essentiel.

7- Bill Fay - Bill Fay
Bill Fay est un songwriter anglais étonnant et essentiel. Longtemps cantonné à l'anonymat, il a refait parler de lui dernièrement, en ressortant de nouveaux albums, après plusieurs décennies d'absence des circuits. Son style était assez inclassable, sorte de chaînon manquant entre des univers réputés pourtant incompatibles, quelque part entre la fantaisie d'un Ray Davies et l'intégrité d'un Bob Dylan. Aujourd'hui, sa musique est plus sobre, se rapprochant d'un Nick Drake qui se serait mis au piano.

6- Neil Young - After The Gold Rush
Tout Neil Young est déjà là : les sublimes ballades au piano, les morceaux plus électriques, les mélodies lunaires et cette voix d'éternel adolescent. Le reste de sa carrière est une longue déclinaison de cet album incontournable. "After The Gold Rush" ? Non, la ruée vers l'or, c'était ici et maintenant.




5- Can - Soundtracks
Ceux qui persistent à penser que Can n'est pas un groupe novateur mais une formation teutonne prétentieuse et ennuyeuse, n'ont qu'à écouter un titre comme "Mother Sky". Cette chanson, c'est plus de dix minutes de transe, de pur plaisir. Un truc qui a rendu jaloux plus d'un Thom Yorke ou Geoff Barrow. Cet album est une compilation rassemblant plusieurs titres utilisés sur des bandes originales de films de l'époque. S'il peut paraître anecdotique au regard de la carrière de Can, il n'en reste pas moins un de leurs plus abordables, et donc un de mes préférés.

4- The Velvet Underground - Loaded
John Cale est parti depuis 2 ans, Lou Reed est devenu seul maître à bord et pourtant on sent déjà qu'il veut passer à autre chose, laissant plus la main à Doug Yule, le remplaçant attitré du gallois. Si "Loaded" est sans doute le disque le moins essentiel des 4 disques essentiels du Velvet Underground, le fait qu'il contienne "Sweet Jane" - sans doute, la plus belle intro du rock - et quelques autres titres cultes en font un album qui a sa place dans toute discothèque qui se respecte.

3- Van Morrison - Moondance
Voici un homme à la carrière assez vertigineuse et qui aura abordé des styles tellement différents qu'il est souvent oublié des palmarès des meilleurs disques en tout genre : folk, jazz, pop, rock ? Un peu tout ça à la fois, comme sur ce "Moondance", un de ses albums les plus accessibles, pour tous les fans de musique avec un grand M.



2- Nick Drake - Bryter Layter
Le baladin anglais égaie un peu sa folk romantique et mélancolique en lui adjoignant un zest de cordes supplémentaires, cette fois-ci en mode majeur. Des groupes comme Belle & Sebastian viendront évidemment s'abreuver à cette inépuisable source. Mécontent du résultat - il est bien le seul - il décidera, avant de tirer définitivement sa révérence, de produire un troisième et dernier disque, seul avec sa seule guitare pour accompagnement. Comme s'il était besoin de justifier que ses chansons demeurent belles à pleurer, avec ou sans artifice.

1- Vashti Bunyan - Just Another Diamond Day
On a rarement entendu voix aussi pure que celle-là. Ce disque, dans l'esprit de son "cousin" Nick Drake, est d'une beauté intemporelle. Un de ces disques qui vous fait chavirer de bonheur, un disque d'île déserte. Pourtant, à l'époque, peu s'enthousiasment vraiment. Il aura fallu plusieurs décennies pour que la belle Vashti sorte du bois et revienne aux affaires avec deux nouveaux disques exemplaires, avant de repartir une nouvelle fois ? - Elle passe en concert prochainement à Paris dans la cadre des concerts Magic -  Il y a des gens, comme ça, qui ne peuvent rien rater, encore faut-il se donner la peine de les écouter.

6 mars 2017

Grandaddy - Last Place

Les fans du divin barbu Jason Lytle, dont je fais évidemment partie, attendaient avec impatience le retour de son ancien groupe, après plus de dix ans de disette. Le chanteur avait sorti entre temps quelques honnêtes disques solo, bien dans l'esprit de Grandaddy - normal, le son Grandaddy, c'est surtout lui - mais rien qui ne nous fasse vraiment oublier la période chérie du chef d'oeuvre "The Sophtware Slump" et dans une moindre mesure de "Sumday". Avec ce nouveau "Last Place", on est immédiatement en terrain connu avec l'efficace single "Way we won't". Le chemin est ensuite entièrement balisé jusqu'à "A Lost Machine", chanson cousine de "He's simple, he's dumb, he's the pilot", peut-être leur meilleure à ce jour. Ce n'est pas le genre de la maison de changer une équipe qui gagne. On reprend donc les mêmes ingrédients. Tant que la recette demeure si savoureuse, ils auraient tort de la changer. 
C'est tout le talent de Lytle, celui de ne pas se voir plus grand qu'il n'est - oui, le jeu de mots est facile -, de ne pas essayer d'impressionner la galerie à tout prix, de rester cantonné à ce qu'il sait mieux faire. Preuve de la sympathie et de l'accessibilité du monsieur, il avait chanté il y a plusieurs années avec une chorale d'enfants d'Angoulême. Tant que l'inspiration demeure, il peut évidemment se permettre cette constante. Pas étonnant que le monsieur habite dans une ville qui s'appelle Modesto.

2 mars 2017

Albin de la Simone - L'un de nous

Ils sont peu nombreux, les chanteurs qui bonifient ainsi avec l'âge. Il faut dire que le gars a de l'expérience à revendre, ayant travaillé dans l'ombre pour quantité de chanteurs et chanteuses français (Miossec, Vanessa Paradis, Arthur H, Alain Souchon, etc). La musique de Albin de la Simone gagne invariablement en subtilité et en délicatesse au fil des disques. "L'un de nous" est son meilleur, le plus précieux, même si peut-être moins immédiat que le précédent et excellent "Un homme" - pas de "tubes" évidents comme "Mes épaules" ici. Il est donc déjà bien placé pour être le plus beau disque de chanson française de l'année. On pense à la mue progressive de Vincent Delerm, celle qui lui a permis de mettre le piano (un peu) en retrait, laissant la place à des arrangements plus variés de cordes et vents. 
Les thèmes sont les mêmes, avec quelques années de plus : celle d'un quadragénaire ("la fleur de l'âge") en plein doute, qui peine à trouver sa place, se pose des tas de questions sur sa vie et sa mort ("Embrasser ma femme"), avoue ses faiblesses et dit en comparaison la force des femmes ("une femme" forte en réponse à "un homme" faible) et n'hésite pas à aborder la sexualité de façon directe et grivoise ("l'amour de l'anus à coulisse"). Albin de la Simone semble à l'image de sa musique : modeste et classe. Accessible mais intimidant. Comme l'ami qu'on aimerait tous avoir, un modèle à suivre. Si c'était "l'un de nous", ça serait lui, forcément.