21 novembre 2017

Daniele Luppi & Parquet Courts - Milano

Voilà une drôle d'association : Daniele Luppi un producteur et compositeur italien, Parquet Courts, le groupe de rock indépendant américain tendance - j'ai déjà dit combien je les trouvais un poil surestimés - et la divinement barrée Karen O, chanteuse des Yeah Yeah Yeahs qui seraient en train de se reformer. Le résultat est assez étonnant. C'est pour les textes, l'Italie des années 80, de la mode avec "Milano" comme centre névralgique, de la variété produite au kilomètre - oui, tous ces groupes numéros uns au top 50 étaient pour beaucoup des formations éphémères en provenance d'Italie - qui rencontre pour la musique, le New-York des années 60-70. Andrew Savage, le leader des Parquet Courts, sait chanter d'une voix traînante comme le faisait un certain Lou Reed. La mélodie sur le premier titre n'est d'ailleurs pas sans rappeler celle de "Sunday Morning". 
Par contre, Karen O apporte un côté moins convenu, une folie bienvenue. "Talisa" est une petite bombe dans son genre. Les titres alternent ainsi les morceaux chantés par la chanteuse des Yeah Yeah Yeahs et ceux par le chanteur des Parquet Courts, avec au beau milieu un titre en commun, "Pretty Prizes", pas forcément le plus réussi. Mais on a quand même droit à un bel exercice de style, plutôt convaincant dans l'ensemble.

17 novembre 2017

Alex Cameron - Forced Witness

Il était déjà présent parmi mes albums préférés l'an passé avec son premier essai, "Jumping the shark". Ce dernier datait pourtant de 2013. Il faisait en 2016 enfin l'objet d'une sortie en plus grande pompe sur un vrai label. Sur ce deuxième disque, Cameron dispose de plus de moyens et cela s'en ressent immédiatement. La production est nettement plus léchée. Le kitsch est d'autant plus mis en avant et assumé, quitte à paraître un peu "too much". Mais c'est à l'image du personnage qui se présente volontiers comme infréquentable, frimeur et misogyne. On entend pourtant quelques voix féminines, les talentueuses Natalie Mering et Angel Olsen. "Stranger's kiss", le duo avec cette dernière, constitue sans doute l'acmé de l'album. Il y a encore sur "Forced Witness" suffisamment de titres efficaces - la première moitié du disque est assez irrésistible - pour emporter la mise, malgré beaucoup de sonorités proches d'une vulgaire et basique variété des années 80. 
Le gars arrivera-t-il à se renouveler après ça ? Continuera-t-il encore plus loin dans le pastiche quitte à tomber totalement dans la caricature ou parviendra-t-il à changer de direction et à brouiller les pistes restant ce chanteur inclassable, sorte de crooner de supermarché de luxe. Ce type reste un mystère, en témoigne son étonnante présence scénique. S'il veut durer, à lui de continuer à le cultiver.



13 novembre 2017

Spinning Coin - Permo

J'avais oublié à quel point les Ecossais étaient naturellement doués pour l'indie pop, cette pop modeste et un peu bancale, aux guitares mal assurées mais incroyablement mélodiques. Cette pop dont Orange Juice ou les Pastels furent en leur temps de délicieux ambassadeurs. "Permo", le premier album de Spinning Coin, nouvelle formation locale, sort d'ailleurs sur Geographic, le label de Stephen McRobbie, lui-même affilié au prestigieux Domino Records dont l'un des groupes-phare reste Franz Ferdinand. Il a aussi été réalisé avec la participation d'Edwyn Collins. En Ecosse, on a le goût de l'entraide entre générations, le sens de la transmission. La musique de ces cinq là est aussi inspirée que celle des ses aînés. Les titres sont suffisamment courts - trop, peut-être ? - pour ne pas lasser. Le fait d'avoir en Sean Amstrong et Jack Mellin, deux efficaces songwriters à l'écriture assez différente, l'un est adepte de douceurs - le très beau "Floating with you" -, l'autre est plus direct - le brutal "Magdalene" -, permet à l'ensemble d'être varié.
Voilà un magnifique disque d'automne, quelque chose qui vous donne une irrépressible envie de danser et d'être heureux, malgré le froid, la pluie, le temps qui passe, les ennuis du quotidien. Pas étonnant que les Ecossais sont si forts dans ce domaine.




6 novembre 2017

Orval Carlos Sibelius - Ordre et Progrès

Une fois n'est pas coutume, c'est maman qui m'a fait écouter en premier le nouveau disque d'Orval Carlos Sibelius auquel j'étais étonnamment passé à côté. Pourtant, j'avais bien apprécié le précédent. J'aimais la pop psychédélique et chamarré de son auteur. À l'époque, il chantait en anglais et vu la concurrence dans le domaine, il paraissait difficile pour lui de sortir du lot. "Ordre et Progrès" est chanté uniquement dans la langue de Molière et c'est en plus très bien écrit. On pense immédiatement à la pop lettrée et savante d'un Arnaud Fleurent-Didier. Les mélodies y sont plus inspirées de la musique anglo-saxonne, les arrangements plus foisonnants, les textes plus distanciés aussi. Si le début du disque est formidable, "Coupure générale" est par exemple une superbe réussite, avec ses paroles qui capturent intelligemment l'époque, la suite est plus aléatoire, on s'y perd un peu, pas bien sûr de comprendre où Orval Carlos Sibelius veut nous emmener. Le surplus d'arrangements alourdit aussi l'ensemble, mais le déguisement du chanteur en soldat romain annonce la couleur : on est plus dans un péplum quand dans un film intimiste. 
Après les récents disques de Cheveu ou La Femme, ce "Ordre et Progrès" reste une nouvelle excellente raison de croire à la vitalité d'une pop française différente. Décidément, en s'éloignant de plus en plus de l'esprit punk des débuts, Born Bad Records n'en finit pas de démontrer son importance sur la scène hexagonale.

31 octobre 2017

John Maus - Screen Memories

Cela faisait un bail qu'on n'avait pas eu de nouvelles du doux illuminé de John Maus. Depuis son magnifique et intransigeant "We must become the pitiless censors of ourselves" sorti en 2011 et une compilation de vieux titres parue un an après. La musique est toujours la même, sorte d'Ariel Pink, avec qui il a travaillé autrefois, en version cold wave. La chanson "Time to live" sur l'album "Dedicated to Bobby Jameson" de ce dernier fait d'ailleurs beaucoup penser à du John Maus. Comme si Pink était la version joyeuse et Maus la version sombre d'une seule et même idée de la pop musique. Il n'y a pas sur "Screen Memories" de titres aussi monumentaux que "Believer". C'est plutôt le genre de disque assez homogène qui s'écoute d'une traite, sans sauter de morceaux, parce que la qualité et le style restent constants. 
Le gars aime toujours autant bidouiller des sons synthétiques sur ses machines, créant des sortes de mini messes noires et symphoniques. Les textes pourraient paraître simplistes, le gars n'en est pas moins diplômé de philosophie à ses heures perdues, avec des idées assez proches d'un Alain Badiou - c'est-à-dire très à gauche. Ses concerts sont de drôles d'expérience où le chanteur se donne comme personne, se frappant la tête dans les mains sur de la musique pré-enregistrée. Avec Ariel Pink, John Maus vient de créer un des meilleurs albums de pop étrange de l'année. Ils forment à eux deux, une improbable et indispensable doublette.


27 octobre 2017

Baxter Dury - Prince of Tears

Revoilà Baxter, fils de, et petit prince d'une pop douce-amère aux intonations cockney. Dès les premières notes de "Miami", on reconnait son style si caractéristique, son côté dandy cynique et passablement misanthrope. Dury est adepte de l'humour British : cacher sous une apparente nonchalance (et sans doute quelques verres d'alcool) une profonde mélancolie. Depuis la terrible "Happy Soup", le chanteur est un habitué de mes tops de fin d'année. Ce "Prince of Tears" ou l'éternel sujet du comment se sortir par la musique d'un douloureux chagrin d'amour, devrait ne pas déroger à la règle. Ce disque n'a finalement qu'un seul défaut, celui d'être trop court. Il s'y dégage cette habituelle impression de facilité, comme si ces mélodies allaient de soi. Un peu comme Gainsbourg, dont l'anglais n'a jamais été aussi proche, en son temps. Les arrangements font régulièrement penser à l'auteur de "Melody Nelson", notamment sur le titre éponyme. 
On entend aussi sur un titre, James Williamson, alias monsieur Sleaford Mods, autre particularité locale, encore plus difficilement transposable chez nous. On sait que la musique de Baxter Dury n'est pas celle d'une époque, elle est trop maligne pour ça, mais c'est une de celles qui fait et fera toujours mouche. Hier, aujourd'hui comme demain.

25 octobre 2017

The Luxembourg Signal - Blue Field

Oui, je vois bien ce que vous allez dire, c'est gentil, sympathique, mais ça ne révolutionne rien du tout. C'est de la dream pop, de l'indie pop ou que je sais-je, du son déjà entendu des milliers de fois. Cette musique avait à la fin des années 80 l'intérêt de la nouveauté, ce n'est évidemment plus le cas. Il y avait une vraie fraîcheur dans les groupes du label mythique Sarah Records, la fraîcheur des premières fois. "Sensitive" des Field Mice reste à ce titre la chanson parfaite, indépassable, alors à quoi bon refaire la même chose en moins bien ? Les américains de Luxembourg Signal ont au moins le mérite de reprendre brillamment le flambeau, aidés au passage - bon sang ne saurait mentir - par un ancien Field Mice. Cette musique n'a jamais intéressé plus que quelques admirateurs de pop indépendante. Il y a 25 ans, comme aujourd'hui. Encore moins aujourd'hui. Sans doute. Il faut donc que cette musique soit jouée avec passion, car il paraît difficile de faire une carrière là-dessus. 
"Blue Field" est le deuxième disque de The Luxembourg Signal. Si tout n'y est pas indispensable - comme sur les disques des Field Mice finalement - il y a au moins deux titres qui sortent admirablement du lot, le morceau éponyme et "Laura Palmer" en hommage non déguisé au Twin Peaks de David Lynch. C'est déjà amplement suffisant pour faire du groupe un des meilleurs représentants actuels du genre.

20 octobre 2017

Destroyer - Ken

Découvert réellement au moment de son dernier et magnifique "Poison Season" - très bien classé dans mon top albums 2015 - Destroyer est déjà en passe de devenir un de mes groupes préférés. Son nouveau disque "Ken" a une étonnante référence : c'est le titre original du très beau "The Wild Ones" de Suede. Pourtant, l'univers musical de Dan Bejar est assez éloigné de celui de Brett Anderson, même si tous les deux puisent plus leur inspiration en Angleterre qu'en Amérique. La musique, assez proche de son "Kaputt" - son disque le plus adulé par la critique - revient à des sonorités eighties. On croirait entendre une sorte de New Order (les synthés sur "In The Morning" ou "Tinseltown Swimming in Blood") ou de Pet Shop Boys pas dansant, plus précieux et orchestré, qui ferait davantage de bien à la tête qu'aux pieds. "Sky's Grey" fait aussi penser à la classe et l'épure de son précédent album et beaucoup moins au Springsteen de "Born to Run". Il reste aussi quelques titres plus directs et immédiats comme "Cover from the sun" ou "Sometimes in the world". Le refrain de "La règle du jeu" chanté par Bejar en français sur le dernier morceau n'est pas sans rappeler la pop fantasque des frères Maël. 
Bref, Destroyer est une de ces rares formations qui avancent toujours, proposant du neuf avec du vieux. "Ken" est un mélange de tout ce qui fait de Destroyer un groupe supérieur. 

11 octobre 2017

Ghostpoet - Dark Days + Canapés

Après King Gizzard and The Lizard Wizard, voici une autre musique dont je ne suis habituellement pas très amateur. Comme quoi, je suis aussi capable de m'ouvrir à d'autres styles que le sempiternel rock indépendant ou la pop à la française. Ghostpoet est le pseudo d'un chanteur londonien d'origine nigérianne, Obaro Ejimiwe. Je l'avais vu en concert, en première partie de Metronomy, à Edimbourg, au moment de la sortie de son premier album, en 2011. Déjà, à l'époque, j'avais plutôt apprécié son originalité. Le gaillard pratique une sorte de trip-hop assez glauque, un peu politique, et en cela proche de Massive Attack. Un membre de ces derniers, Daddy G, vient d'ailleurs faire une apparition sur "Woe is meee" - comme un renvoi d'ascenseur, après la participation de Ghostpoet au troublant titre "Come Near Me" de la mythique formation de Bristol.
Ce n'est pas vraiment chanté, plutôt parlé. Ce n'est pas vraiment mélodique, c'est plus l'ambiance et la rythmique qui prédominent. Les influences et les arrangements sont plus variés qu'il n'y paraît. Il y a même un tube en puissance, "Freakshow", au groove et au riff de guitare assez irrésistibles. Et puis il y a le magnifique "End times" qui vient conclure de la meilleure façon qui soit un bien beau disque.

5 octobre 2017

King Gizzard and The Lizard Wizard - Flying Microtonal Banana

Voilà un groupe dont je ne pouvais foncièrement pas passer à côté, déjà rien que pour le nom qu'on pourrait traduire par le Roi Gésier et le Lézard Magicien. Ensuite, parce qu'à l'instar de leur nom, les gars sont bien barrés et sortent en plus des disques à tire-larigot. Celui-ci est le premier des trois qu'ils ont déjà fait paraître en 2017 et ils ne comptent pas s'arrêter là puisqu'ils ont prévu cinq albums pour cette année. Et, en plus d'être ultra prolifiques, leurs disques ne se ressemblent pas. Pour "Flying microtonal Banana", ils - enfin, c'est surtout l'oeuvre du leader Stu McKenzie - ont décidé d'utiliser des instruments microtonaux, c'est-à-dire pour lesquels il existe moins d'un demi ton entre chaque note. Cette multitude de notes est beaucoup pratiquée dans la musique orientale. Mélangé à leur psyché garage rock, cela donne un son assez étonnant et inédit. Les Australiens sont en constante évolution et recherche, ce qui les rend, vu leur productivité, assez difficiles à suivre. Leurs influences sont pourtant clairement situées dans la musique de 1967 à 1975 environ, de la pop psychédélique (jetez donc une oreille à leur magnifique "Paper Maché Dream Balloon" sorti en 2015) au rock progressif en passant par le hard rock (Deep Purple, Black Sabbath ou Led Zeppelin).
Pas toujours ma came, donc, mais une démarche casse-gueule qui ne peut que laisser admiratif, d'autant que les petits gars ne sont pas manchots musicalement parlant. "Rattlesnake" et son riff terriblement addictif commence le disque de la manière façon qui soit. Les titres suivants sont sans doute moins évidents mais gardent une belle homogénéité en termes de style et de qualité. En plus, il paraît que sur scène ils sont excellents. Voilà donc l'une des formations rock les plus intéressantes du moment.

29 septembre 2017

Metronomy - festival Printemps Solidaire - Place de la Concorde, Paris - 17 septembre 2017

Metronomy était en concert gratuit un dimanche, place de la Concorde, à Paris, dans le cadre du festival Printemps Solidarité. Le printemps, en plein mois de septembre, il y en a qui n'ont pas le sens des saisons. Comme nous n'avions pu avoir les horaires de passage des différents groupes sur Internet, nous y sommes allés un peu au hasard, espérant que le concert de la troupe de Joseph Mount aurait lieu dans l'après-midi. Parce qu'en dehors de Metronomy, c'est peu dire que la programmation ne nous intéressait pas. 18h, les anglais passaient à une heure idéale, pas trop tard pour coucher les enfants et assez pour aller profiter un tout petit peu des journées du Patrimoine dans le quartier. Malheureusement, la pluie est venue se mêler à l'affaire. On n'allait pas pouvoir rester 45 minutes - on pensait qu'étant donné le nombre considérable de formations programmées, le concert serait nettement plus court - debout, à se faire tremper. Mais ça n'a pas duré.
À croire que l'électro-pop enjouée de Metronomy est capable de miracles. Je crois que c'est la première fois que nos loulous ont apprécié de la musique live. Il faut dire qu'ils connaissaient déjà bien beaucoup de morceaux, en tête desquels les irrésistibles "The Bay" et "Love Letters". Ce fut un vrai bon moment, capable de vous faire oublier tous les tracas quotidiens. Tous les tubes ont ainsi défilés : "Corinne", "I'm Aquarius" ou les singles du dernier "Summer 08" pour finir par "The Look". Metronomy ou la paix des familles... C'est particulièrement rare pour le souligner. Du coup, au retour, ma fille voulait se mettre à la guitare et mon fils au piano. Un miracle, vous dis-je.

28 septembre 2017

Luna - A Sentimental Education / A Place of Greater Safety

Une "éducation sentimentale" (Flaubert) et "A Place for a Greater Safety" (Hilary Mantel), voici le retour de Luna, le futur ex-groupe du classieux couple de bobos lettrés new-yorkais Dean Wareham et Britta Philips. Leur musique est toujours biberonnée au meilleur du rock du coin, le Velvet Underground évidemment, mais pas seulement. Le premier des disques susnommés est constitué uniquement de reprises de groupes familiers, mais les chansons le sont moins. Des reprises toutes réussies, de Dylan à Bowie en passant par Cure, Mercury Rev et j'en passe, le Velvet évidemment, mais soit celui sans Reed ni Cale, soit par le biais de la reprise d'un titre de Willie Loco Alexander, remplaçant dans les années 70 de Sterling Morrison, alors que plus personne ne s'intéressait la mythique formation. On savait que Luna n'avait pas son pareil pour s'approprier et faire sien la musique des autres. Comme si tous ces
morceaux avaient été écrits par Wareham lui-même. La reprise de "Sleepy City" des Stones est par exemple un pur bonheur, peut-être la meilleure du lot. L'autre sortie est plus courte, inédite et uniquement instrumentale. Elle n'en est pas moins intéressante, preuve qu'avec ou sans paroles, la musique de Luna peut encore enchanter malgré les années et le manque de renouvellement diront les mauvaises langues. Et puis, si le fond reste sensiblement le même, la forme - album de reprises et EP instrumental - diffère. Un excellent retour donc qui, s'il risque malheureusement de ne pas faire beaucoup parler, prouve, après un déjà excellent premier album solo en 2014, que Wareham en a encore sous le pied.

21 septembre 2017

Chad VanGaalen - Light Information

Voilà un chanteur à côté duquel j'étais toujours passé, jusqu'à ce "Light Information". Pourtant le gars n'en est pas à son premier disque. Mais dès le premier titre, "Mind Hijacker's Curse", difficile de résister. Il y a déjà tout : une mélodie qui file tout droit, comme une évidence et vous laisse scotché. Elle n'est pas facile pourtant, il n'y a pas de simples couplets, ponts, refrains, non c'est une chanson plus tordue qu'il n'y paraît, mais qui, mine de rien, vous amène où elle veut jusqu'à vous faire succomber, un peu malgré vous. Un type capable d'un tel exploit a forcément un potentiel supérieur à la moyenne. Et là, on se dit que le gars ne réussira pas à rééditer de sitôt la performance. Mais on se rend rapidement compte que le dénommé Chad n'en a cure, il part tout de suite ailleurs. Il fait ce qu'il veut, ce qu'il aime, trace sa route, et nous embarque avec, parce que même quand la mélodie se fait moins facile, plus insidieuse, c'est fait avec un tel naturel qu'on a confiance. Forcément. L'album passe ainsi, d'une trombe. 
Certains le rapprochent d'un Neil Young, mais la démarche n'est pas la même. L'illustre aîné n'a pas son pareil pour nous faire aimer des morceaux si évidents qu'ils seraient mièvres chez les autres. Chad, lui, nous fait paraître évident des chansons qui ne le sont pourtant pas. Et dire que j'étais passé à côté d'un tel phénomène...

19 septembre 2017

Ariel Pink - Dedicated to Bobby Jameson

Ariel Pink a écouté un jour un obscur chanteur américain des années 60, Bobby Jameson, disparu il y a quelques années. Il est tellement tombé sous le charme du bonhomme et de sa musique assez proche de groupes de pop psychédélique comme Love qu'il a décidé de lui consacrer l'écriture entière d'un album. Véritable hommage ou simple prétexte à un concept foireux ? Il est toujours aussi difficile de cerner le sérieux de la démarche d'Ariel Pink. Pour ce qui est de la forme, il revient à un style nettement plus homogène que le magnifiquement foutraque "Pom Pom" et en cela, "Dedicated to Bobby Jameson" est assez proche de "Before Today" de 2010, que beaucoup considèrent encore comme son apogée artistique. L' américain montre une fois de plus son indéniable talent pour composer de petites vignettes pop lo-fi doucement décalées. Ce nouvel album enfile les perles mélodiques, notamment la belle triplette composée du titre éponyme, "Time to live" et "Another weekend", comme un brillant résumé du savoir-faire de Pink. 
Il n'y a pour une fois pas de titres en retrait, de légères fautes de parcours, ce qui était souvent le défaut de ses disques. C'est le propre des gens qui flirtent allègrement avec le kitsch et le mauvais goût, il n'y a qu'un pas parfois entre le génie et l'esbrouffe. En cela, cette nouvelle production postule déjà aux plus hautes places des podiums de fin d'année.

14 septembre 2017

PJ Harvey, Timber Timbre, Sleaford Mods, etc - Rock en Seine, samedi 26 août 2017

Cette année, une fois n'est pas coutume, on a préféré Rock en Seine à la Route du Rock. Pour la musique bien sûr, mais ça, je vais en reparler juste après, mais aussi pour les contrôles de sécurité rapides et efficaces - bah oui, c'est une raison comme une autre -, les goodies très nombreux, les festivaliers beaucoup plus sobres et donc moins pénibles qu'en Bretagne, les transports en commun plutôt mieux organisés que les précédentes éditions. Tout a commencé tranquillement par un concert de Ulrika Spacek, les anglais se sont visiblement améliorés depuis la dernière fois qu'on les avait vus. Ça ressemble toujours autant à Deerhunter. Les chansons ne sont pas si bonnes, à de rares exceptions près, mais en live, c'est nettement mieux ficelé. C'est déjà ça. Ensuite, rapide passage pour la fin de Band of Horses sur la Grande Scène. Il y a des fans. Un gars est même affublé d'une tête de cheval. Parmi les formations à noms d'équidés, on reste quand même très loin d'un Sparklehorse : musique folk assez facile et basique. Même si le chanteur a une belle présence scénique, ça manque d'enjeu. On part alors vers la Scène de la Cascade pour les sympathiques belges de Girls in Hawaï. Là encore, c'est plutôt classique comme pop-rock mais bien exécutée et assez efficace dans un style Radiohead période "The Bends". On n'attend pourtant pas la fin pour aller direct sur la scène d'à côté assister au premier concert vraiment attendu : Timber Timbre.
On monte évidemment de plusieurs crans, même si le concert ne décolle pas tout de suite. Les nouvelles chansons jouées d'emblée ne sont pas si fortes que les anciennes, hormis l'impeccable "Western Questions". La part belle est fait au saxo pour une fin de set particulièrement réussie. Dommage que ça ne dure pas plus longtemps ! Et puis, ils auraient assurément mérité une plus grande scène.

Après ça, on en a profité pour manger un peu en attendant le concert des deux frimeurs de The Kills.
C'est dingue, les années passent et rien ne change chez ces deux-là, hormis quelques cheveux blancs. Le style est assez efficace même si les chansons ne sont pas foudroyantes. En tout cas, la chanteuse en fait toujours des caisses dans la rock'n'roll attitude, un peu comme une nièce américaine de Philippe Manoeuvre : lassant à force. La suite est plus naturelle avec le soulman Lee Fields et sa musique légère et euphorisante. C'est pas mal, mais pas non plus trop notre truc. On récolte donc quelques goodies supplémentaires avant le concert de la soirée, celui de la reine PJ Harvey.
Et tout de suite, c'est une grande claque. Elle a beau jouer surtout son dernier disque, loin d'être son meilleur, tout est bon en live et magistralement exécuté. Il faut dire qu'elle est sacrément bien entourée, à l'image de Nick Cave et de ses Bad Seeds. Ceux-là pourraient jouer des heures qu'on ne s'en lasserait pas. Et puis, quand elle enchaîne "Down by the water" et "To bring You my love", je sens maman défaillir à côté de moi. Beaucoup d'émotions avec très peu d'effets et une attitude toute en retenue, à l'opposé de la chanteuse de The Kills, Alison Mooshart. Concert du soir, haut la main donc. 

On redescend avec celui de Sleaford Mods. Ces deux gars-là sont totalement inclassables, difficile de savoir si c'est à prendre au premier degré ou non.
Mi-décalé, mi-sérieur, diront ceux qui les ont déjà vus live ou qui, comme moi ont regardé l'excellent documentaire "Bunch of Kunst" diffusé récemment sur Arte. Le chanteur est une vraie pile électrique, postillonnnant des paroles à l'humour typiquement British avec un accent de Nottingham à couper au couteau. Il serait une sorte de Robin des Bois punk, parlant surtout aux classes populaires anglaises auprès desquelles le groupe rencontre d'ailleurs un succès grandissant. Le type vit ses chansons, allant jusqu'à faire sembler d'aller pisser derrière un ampli. Son acolyte se contente de passer sa musique sur un ordinateur portable, se dodelinant ensuite pendant les morceaux avec sa bouteille de bière bien placée au niveau de l'entre-jambe. Au final, le public finit par se laisser prendre au jeu, la circonspection faisant place à une certaine admiration. C'est le concert idéal pour regagner nos pénates. Mais c'est évidemment la musique de PJ qui résonne ensuite en nous jusqu'au plus profond de notre sommeil. Douce nuit...

11 septembre 2017

LCD Soundsystem - American Dream

C'est bizarre. J'adore James Murphy et sa magnifique machine de guerre électro punk-rock, mariant le meilleur de la musique que j'aime : Bowie, Eno, le Velvet, Kraftwerk, les Talking Heads. J'ai vu beaucoup de gens accrocher à ce nouveau "American Dream" dès la première écoute. Malgré les années d'absence. La fin annoncée à plusieurs reprises de la formation, le concert d'adieu de plus de 3h au Madison Square Garden, je n'y croyais pas. Je savais qu'ils allaient revenir mais je pensais naïvement qu'une telle attente allait être justifiée par quelque chose de plus fort, un véritable nouveau son, pas ses schémas de chansons assez prévisibles. Alors, j'ai immédiatement été déçu, j'ai eu l'impression d'avoir été trompé sur la marchandise quelque peu survendue. Il m'a fallu plusieurs écoutes pour percevoir la pertinence d'un tel retour. Cette musique reste incroyablement accrocheuse ("Call the police" quand même). Il faut rentrer dans les morceaux, en savourer la lente progression, les différentes textures sonores, toujours empruntées aux mêmes références, avec un soupçon de Suicide sur l'inaugural "Oh Baby". 
"American Dream" ne serait pas ce qu'il est sans la rencontre décisive de Murphy avec son idole, David Bowie. L' américain s'est excusé d'avoir volé son maître, ce dernier rétorquant qu'il n'y avait aucun déshonneur à voler un voleur...Bowie était aussi fan de LCD Soundsystem, c'est pourquoi Murphy fut invité pour jouer des percussions sur l'ultime disque du Thin White Duke. Il faudra donc attendre un peu avant de savoir si ce "American Dream" correspond toujours bien à un rêve musical. Mon rêve musical. C'est bizarre, d'habitude, je succombe tout de suite à cette musique. Bon signe ?

8 septembre 2017

Deerhoof - Mountain Moves

Ceux-là, ça fait longtemps que je les suis sans pour autant en parler ici. Parce que leurs disques me fatiguent toujours hormis quelques titres : trop compliqués, trop bordéliques. Et puis, avec ce dernier album, ça passe pour ainsi dire comme une lettre à la poste. C'est pop, enjoué et varié. Le groupe a invité plein d'amis - d'autres femmes à la forte personnalité musicale comme Juana Molina ou Laetitia Sadier -, on croirait à une sympathique fête entre gens gentiment dérangés, à la fantaisie maîtrisée, où les fous à lier ont été mis sous éteignoir par une sorte de puissance supérieure bienfaitrice. Deerhoof a beau essayer de brouiller les pistes, comme de coutume, je parviens pour une fois à ne perdre pas le fil et j'en redemande même. Et puis, quand c'est trop barré, ça ne dure pas, les chansons sont trop courtes pour nous semer complètement. 
Bien sûr, les fans du groupe diront sans doute que ce nouveau disque est trop "grand public" et qu'à ce titre, ce n'est pas leur meilleur. Pour une fois, la folie de Deerhoof est aussi salvatrice sur disque que sur scène où la formation excelle depuis longtemps déjà.

6 septembre 2017

Fionn Regan - The Meeting of The Waters

Simon Raymonde, membre éminent de feu Cocteau Twins, groupe essentiel des années 80 et fondateur du tout aussi indispensable label Bella Union ne tarit pas d'éloges sur Fionn Regan. Autant dire que c'est le genre de gars dont on a plutôt tendance à suivre l'avis les oreilles fermées. Regan était d'ailleurs signé sur Bella Union au début de sa carrière pour ce qui reste encore pour beaucoup son meilleur disque, "The End of Century", subtil recueil de chansons folk supérieures dans la lignée d'un Nick Drake par exemple. Puis, le délicat irlandais est parti sur une major et lui comme Raymonde s'en sont mordus les doigts, parce que le chanteur est rapidement tombé dans l'anonymat public comme critique. Même les gens qui le connaissaient déjà ont été alors presque jusqu'à oublier qu'il sortait encore régulièrement des albums.
Et puis, il a suffi entre autres que la nouvelle star d'Hollywood, Cillian Murphy, acteur dans "Dunkerque" - du très surfait Christopher Nolan - mais surtout dans l'excellente série "Peaky Blinders" apparaisse dans un de ses clips pour qu'il resurgisse. Le style a changé depuis ses débuts, il a pris de l'assurance - on entend désormais des synthés - tant en gardant sa finesse d'arrangements. Et puis, il y a toujours cette voix soyeuse qui vient vous caresser, quoiqu'elle chante. Dommage que les plus belles chansons ("Turn the Skies of Blue On", "Book of the Moon", etc) soient aussi les plus courtes... Raymonde a raison : Regan est sans doute l'un des songwriters les plus doués de sa génération.

4 septembre 2017

Top albums 1969

10- Serge Gainsbourg et Jane Birkin - Je t'aime moi, non plus
Gainsbourg, au sommet de son art pop, festival de ritournelles éternelles, souvent grivoises, où l'artiste n'a pas son pareil pour jouer avec les mots. On retrouve ici quelques chansons écrites pour d'autres que Gainsbourg se réapproprie, comme une compilation de ses plus grands succès populaires. La suite et "Melody Nelson" entre autres le verra essayer d'asseoir aussi son génie auprès des critiques. Transformation réussie à tous les niveaux, évidemment. 

9- The Kinks - Arthur or The Decline and Fall of the British Empire
Dernier grand disque du groupe de Ray Davies. La musique des Kinks ne supportera pas le changement de décennie. "Arthur" n'est déjà plus du niveau des précédents. Il est moins inspiré, les mélodies sont souvent moins aériennes. Mais il contient encore son lot de petites merveilles. 

8- Scott Walker - 4 
Pour la première fois, un album de Scott Walker ne contient pas une seule reprise (de Brel). Tout est fait maison et c'est sans doute ce que le chanteur a fait de mieux, de plus accessible, d'un kitsch assumé avec des arrangements beaucoup plus subtils qu'il n'y paraît. La suite de sa carrière sera nettement moins immédiate. 

7- The Stooges - The Stooges 
Premier disque de celui qu'on surnommera l'iguane et première claque. L'album est produit par l'ancien Velvet, John Cale. Le son est sale, même si d'aucuns trouveront qu'il est encore trop lisse par rapport à la sauvagerie des prestations live de la formation de Detroit. "I wanna be your dog", "No fun" deviendront entre autres des classiques, précurseurs du mouvement punk. 

6- Montage - Montage 
Michael Brown, après avoir sévi au sein des trop sous-estimés Left Banke décide de former Montage, pour un sublime premier et unique disque. La pop baroque à son sommet et une musique très peu copiée au final. Le chanteur et compositeur est décédé il y a quelques années dans un profond anonymat, alors qu'il mérite de figurer au rang des meilleurs auteurs pop des années 60, époque qui, pourtant ne manquait pas d'artistes majeurs du genre.

5- King Crimson - In The Court of The Crimson King
Premier album du groupe du célèbre guitariste Robert Fripp qu'on retrouvera derrière beaucoup de disques qui comptent dans la décennie suivante. La pochette, comme la musique restent marquantes, une pierre angulaire du psychédélisme anglais et précurseur du rock progressif. Comme souvent, les premières fois sont les plus mémorables. La suite sera moins passionnante... 

4- Kevin Ayers - Joy of a Toy 
Kevin Ayers aimait bien la France, il a vécu ses dernières années dans le village de Montolieu perdu au beau milieu de l'hexagone. Ayers, c'était une certaine idée du psychédélisme anglais, un de ses précurseurs au sein de Soft Machine avec entre autres Robert Wyatt et puis un curieux de tout, une musique ouverte aux quatre vents, ça s'entend déjà sur ce "Joy of a Toy", son premier album solo, toujours aussi pertinent près de cinquante ans plus tard.

3- The Beatles - Abbey Road 
On ne présente plus "Abbey Road", sa célébrissime pochette, ses non moins fameux tubes, "Come together", "Something", "Here Comes The Sun", "Octopus garden"... Et tout le monde de s'écharper pour savoir lequel des disques des Beatles serait le meilleur, celui qu'on voudrait emporter à tout prix sur une île déserte, s'il n'en fallait qu'un. Pourquoi pas "Abbey Road" justement, sorte de compilation du meilleur du savoir-faire des liverpudliens. Manque peut-être un peu de Lennon, pas de "A day In  A Life", ni de "Happiness is a warm gun" ici. Pour le reste, c'est parfait, notamment la deuxième partie où les titres courts et inspirés s'enchainent sans interruption. Ça se boit comme du petit lait. 
 
2- The Velvet Underground - The Velvet Underground 
John Cale est parti, le son se fait plus doux, moins expérimental. Restent les textes et le sens des mélodies de Lou Reed. Toutes les chansons sont mémorables, appelées à être maintes fois reprises. 

1- Nick Drake - Five Leaves Left 
Ce disque reste une énigme près de cinquante ans plus tard. Comment un jeune anglais timide d'a peine plus de vingt ans a-t-il pu produire une œuvre aussi riche et poétique ? En seulement trois albums, Nick Drake s'est positionné comme le chantre du folk anglais à la finesse supérieure.