26 mai 2017

Klô Pelgag - L'étoile thoracique

Klô Pelgag, quel étrange pseudo! Ça ne pouvait venir que du Québec, cette idée de ne prendre que les premières syllabes de Chloé Pelletier-Gagnon, le vrai nom de la demoiselle. D'ailleurs, les paroles, l'univers lexical, c'est ce qui peut d'emblée faire rebuter, nous, Français, tellement la jeune chanteuse possède un truc, des expressions, des références, des images, bien à elle, un peu perchée. Un truc avec lequel on peut rester complètement hermétique. Klô est l'archétype de la canadienne bobo, écolo, artiste touche à tout, 100% naturelle. Même si elle reste sans doute plus modeste et accessible que son équivalente parisienne, elle et sa musique paraissent de prime abord et même ensuite plutôt prétentieuses. C'est aussi ce que l'on reproche souvent à Camille, dont la comparaison saute immédiatement aux oreilles. Mais on pense aussi, dans un autre style, à la légèreté de Starmania, comme quoi il doit y avoir une style de variété canadienne.
Mais là où Klô Pelgag met tout le monde d'accord, c'est sur son incroyable talent de mélodiste et d'arrangeuse, aidée en cela par son frère. Après, il y a bien de-ci de-là quelques tics irritants : un recours quasi exclusif aux vocalises, quelques longueurs notamment sur l'interminable dernier titre. Mais la richesse de l'oeuvre balaie aisément tous ces petits défauts. Et puis, elle n'a que 27 ans. Une telle précocité, une tel charisme, une telle personnalité, c'est rare.

19 mai 2017

The New Year - Snow

J'ai beau écouter du rock indépendant depuis plus de vingt ans, il m'arrive encore de découvrir des groupes ou des artistes. Les frères Kadane en font partie. Ils ont d'abord œuvré au sein de Bedhead, formation emblématique d'un mouvement qu'on a appelé à la fin des années 80 et au début des années 90, le slowcore (Galaxie 500, Luna, Low, Red House Painters, etc) Ce rock lo-fi misait avant tout sur la lenteur, sans cracher pour autant sur les guitares bruyantes et une certaine appétence pour les mélodies simples et limpides. Comme si l'époque avait besoin de prendre son temps, de ralentir le rythme, devant la frénésie ambiante, tout en criant sa différence et son goût du beau et naturel. Il y eut quelques adeptes, mais le mouvement eut nettement moins d'impact que le grunge, par exemple, qui avait indéniablement un look et une plus grande envie d'en découdre. Les frères Kadane ont ensuite fondé The New Year, à l'orée des années 2000. "Snow" est leur quatrième album, neuf ans après le précédent. Leur musique devient de plus en plus accessible et pour une fois, ce n'est pas au détriment de la qualité. 
Les mélodies, qui, de prime abord, pourraient paraître ennuyeuses - on ne se refait pas, la modestie des effets demeurent -, gagnent en accroche au fil des écoutes. Elles finissent par nous envelopper, comme sur "The Beast", au lent final hypnotique et magnifique. Toujours pareil. Jamais pareil. Voilà le credo des frères Kadane. "Snow" n'est sans doute pas un disque de saison. Tant mieux, il nous suivra plus longtemps.

12 mai 2017

Feist - Pleasure

Mais qu'est-il donc arrivé à Feist, cette chanteuse pop-rock canadienne, assez consensuelle, sympathique, mais pas franchement inoubliable ? Quelques titres avec le collectif ami de Broken Social Scene avait pourtant montré qu'elle était capable de folie passagère (notamment sur les toujours formidables "Almost Crimes" et "7/4 Shoreline") mais en solo, sa musique, c'était un peu l'autoroute pop-rock pour tout venant, pas désagréable, mais pas transcendant pour autant. Le genre de musique passe-partout, capable de passer dans n'importe quelle soirée mais qui peine à retenir vraiment l'attention. Dès l'écoute des nouveaux titres "Pleasure" ou "Century", impossible de ne pas penser à PJ Harvey : même son de guitare rêche, même rythmique martiale. A la fin de "Century", on entend aussi le grand Jarvis Cocker, preuve que Feist est avant tout influencée par la musique des années 90, comme Broken Social Scene. Que vient d'ailleurs faire l'ex-chanteur de Pulp sur ce disque assez éloigné de son univers habituel ? Sans doute, parce que les nouveaux amis de Gonzales - avec qui Jarvis vient de publier un disque de musique de chambre -, le compère de toujours, sont aussi les amis de Feist.
La canadienne a durci le ton, avec un sens imparable des arrangements, soit qui claquent, soit qui caressent. Chaque morceau est travaillé, comporte son lot de passionnantes digressions, tant dans les mélodies, les voix que les rythmes. "Pleasure", le disque, se positionne déjà comme un classique rock en puissance, car il dispose tous les ingrédients nécessaires. En tout cas, c'est, de loin, son meilleur album.

5 mai 2017

Temples - Volcano

Pour ce que ça vaut, Temples est considéré par Noel Gallagher et Johnny Marr comme le meilleur groupe rock anglais actuel. Venant de ces deux guitaristes "has been", j'aurais plutôt tendance à me méfier, tellement leur production personnelle est assez faiblarde depuis de nombreuses années. Toujours est-il que sans leur donner entièrement raison, force est de constater que les bien sages Temples viennent de balancer un deuxième album aussi impeccable que leur précédent "Sun Structures". En plus, ils font tout eux-mêmes jusqu'à la production. Après un premier disque très influencé par la pop psychédélique des années 60, "Volcano" surfe plutôt sur la décennie suivante, à l'image de leurs confrères américains de MGMT auquel ils font ici beaucoup penser jusqu'aux coupes de cheveux. Ça semble parfois facile, un peu putassier mais il faut avoir un sacré talent pour tenir ainsi la distance sans faiblir, tant au niveau des arrangements que des mélodies. Les Temples, c'est un peu ce groupe pop capable de faire partout l'unanimité. De la pop dans son sens le plus noble en quelque sorte. 
"Mystery of pop". Mystère d'un groupe aux influences variées et savamment assimilées, capable d'évincer tous les profiteurs, tous ces marchands du temple de la pop. Eux ne sont assurément pas là pour l'argent mais pour la postérité. Allez donc prêcher la bonne nouvelle.

3 mai 2017

Woods - Love is Love

Les voilà déjà de retour ! Grâce à leur inépuisable dernier disque, "City Sun Eater In The River Of Light", Woods est devenu un de mes groupes fétiches actuels. Ce nouvel album a été écrit peu de temps après l'élection d'un certain Donald Trump à la présidence des États-Unis d'Amérique. Il est court. Six titres seulement, dont plus de 10 minutes entièrement instrumental. Malgré l'inquiétude qui pèse de plus en plus dans les relations internationales, malgré la montée progressive des extrémismes de toute sorte (religieux, nationaliste, communautariste, financier, etc) le groupe préfère croire que l'amour, la fraternité ne sont pas devenus de vains mots. "Love is love" nous disent-ils simplement. La musique est dans la lignée de leur précédent disque.
Avec au moins une chanson imparable, "Bleeding Blue", dont l'entêtante mélodie de trompette n'est pas prête de nous quitter. Bref, même si l'avenir n'est pas rose - en témoigne, le deuxième tour de nos élections présidentielles qui voit les français devoir choisir entre un nationalisme dangereusement réactionnaire et un vide idéologique néo libéral affirmant avec force et conviction que le politique ne peut plus rien face à la tout puissante finance. Que laisserons-nous à nos enfants ? De belles idées. De belles choses. De beaux disques. Comme ceux de Woods. Et plein d'amour. "Love is love".