27 novembre 2016

Frère Animal - Second Tour

Aujourd'hui, certains iront voter en signant une charte et en donnant deux euros. Tout le monde devrait pouvoir voter gratuitement, sans être lié à un quelconque contrat moral. La démocratie, ce n'est pas ça. Ce n'est pas un choix unique entre deux partis depuis des décennies. Deux partis, deux machines électorales et médiatiques, qui tournent de plus en plus à vide et participent à broyer des millions d'êtres humains, les laissant dans une extrême pauvreté. La gauche, la droite, comme deux gifles qu'on nous inflige à tour de rôle. A croire qu'on aime ça. "Faudrait pouvoir se barrer, leur balancer un pavé. Vois comme on nous prend de haut, comme on se sent de trop". Le deuxième volet de Frère Animal, le roman pop écrit et composé par Arnaud Catherine et Florent Marchet commence comme ça. Comme un terrible constat de l'échec de nos "démocraties", qui, à force de diviser et créer des inégalités a engendré plus ou moins consciemment la montée des extrémismes et des replis identitaires. Ce disque est ouvertement politique. Il fait suite au premier épisode sorti en 2008 et duquel j'étais un peu passé à côté. Il faut dire que mettre en musique une histoire n'a jamais été chose aisée. Le combat entre musique et littérature se termine souvent par la victoire de l'une sur l'autre. Le premier titre "Vis ma vie" est un hymne en puissance, celui qui marie le mieux le fond et la forme. Après, le narrateur François Morel prend le relais et tout de suite, le fond prédomine, la musique semble accessoire. Il faut plusieurs écoutes pour admettre le contraire et comprendre la pertinence de la démarche.
Dans ce "Second tour" - qui termine à la fin du premier tour des élections présidentielles de 2017 -, les principaux thèmes de la société actuelle sont abordés : l'exclusion, le chômage, la désindustrialisation, la famille, l'homosexualité, l'immigration, le front national (renommé ici intelligemment le bloc national). L'aspect romanesque permet une distance et ainsi d'éviter les clichés, même s'il y a un évident parti pris anti-frontiste - comment pourrait-il en être autrement ? Le décor est planté. Les questions sont posées. Les réponses nous appartiennent. A chacun d'entre nous. Bien vu.

24 novembre 2016

Parquet Courts - Human Performance

Quand un nouveau groupe supérieur à la moyenne arrive entre nos oreilles, on traque la ou les références, c'est plus fort que nous. Un tel talent résulte forcément de copies d'illustres modèles. Avec les new-yorkais de Parquet Courts, on a surtout parlé de Pavement - en rock indépendant, quand on ne comprend pas l'inspiration, que ça part un peu trop dans tous les sens, on cite souvent Pavement - ce en quoi le groupe rétorque plutôt par les plus anciens (et anglais) de Wire avec ce dernier album, "Human Performance". C'est la même volonté de déjouer les étiquettes, de proposer pléthore de chansons courtes et différentes mais toujours avec la même rigueur et la même dynamique sous les abords nonchalants. Le premier titre, "Dust", est ainsi un simili tube indépendant : simple, direct et accrocheur. Indépendant parce qu'on sait que ce rock n'a jamais intéressé plus qu'une poignée de personnes.
Dans la suite, on côtoie aussi bien des trucs rêches que des morceaux paisibles et presque mélodiques. "Dust Is everywhere, sweep". La musique de Parquet Courts est un beau dépoussiérage en règle de plusieurs décennies de rock. Un beau numéro d'équilibristes. Une belle performance humaine, en somme.



18 novembre 2016

Sea Pinks - Soft Days

Ce disque est sorti il y a bientôt un an, au tout début de l'année 2016. A part l'excellent Popnews, peu de gens en ont parlé. Cette musique revisite la pop anglaise de la fin des années 80, celle de The La's notamment et de tous ces groupes adeptes de la guitare rageuse et carillonnante. On pourrait passer facilement à côté, arguant que quantité de formations ont marché sur ces plates-bandes là. Pourtant, il y a dans "Soft Days", le deuxième album des irlandais de Sea Pinks, une fraîcheur, une énergie, une efficacité et surtout une constance dans la qualité plutôt rares. Neil Brogan, leur leader, a eu raison de quitter ses potes de Girls Names. La musique de Sea Pinks est sans doute moins dans l'air du temps, moins revival cold wave, mais elle a un son plus original, authentique. Popnews croyait en janvier dernier que ce disque trouverait à coup sûr ses admirateurs et qu'il serait reconnu à sa juste valeur comme un "petit classique en puissance".
Malheureusement, onze mois ont passé et force est d'avouer qu'il n'en est rien. J'en remets donc une petite couche, à mon humble niveau, car ce sont souvent des disques modestes et simples comme celui-ci qui résistent le mieux à l'épreuve du temps.  

13 novembre 2016

Vincent Delerm - A présent

J'ai un drôle de rapport avec Vincent Delerm. En même temps, j'avoue ne l'avoir jamais détesté comme certains. Son premier album en 2002 écouté au casque, par hasard, lors de sa sortie, dans une Fnac parisienne, m'avait tout de suite plu. Cette première chanson, "Fanny Ardant et moi", cet humour décalé, cultivé et ironique me correspondait assez bien. En plus, on partageait le même prénom. La chanson "Tes Parents" du même disque fut chantée à notre mariage, avec maman, par des amis, en adaptant les paroles expressément pour mes beaux-parents. S'en suivit un concert du chanteur et le souvenir d'un gars bien sous tout rapport, avec qui on partageait plein de choses, ayant des références musicales, cinématographiques, littéraires, politiques communes. Mais les années passèrent et l'envie inconsciente de passer à autre chose, de se dire que Delerm, c'était de l'histoire ancienne, que c'était trop lié à une période de ma vie. Et puis, ce sentiment qu'à l'image d'un double qui aurait connu le succès - ses enfants sont nés aussi à la clinique des Diaconesses, dans le XIIème arrondissement de Paris -, qui serait un peu ce qu'on aurait aimé être dans une autre vie, j'écoutais les disques suivants de Delerm de manière dilettante, juste histoire de vérifier que le fil n'était pas rompu, qu'on gardait les mêmes aspirations.
"A présent" est peut-être son meilleur album, le plus mélodique, même si on pourrait dire la même chose à chaque fois, peut-être parce que tout simplement, il s'améliore. Delerm ose de plus en plus l'autobiographie, l'intime - le superbe morceau final "Le garçon" -, peaufine ses arrangements, plus variés et complexes que le simple piano des débuts. Les textes sont aussi plus concis, plus simples. Comme si la quarantaine aidant, le chanteur avait réussi à ne garder que l'essentiel. Près de quinze ans après, pour toutes ses raisons, je pourrais aujourd'hui écrire "Vincent Delerm et moi".

11 novembre 2016

To laugh and cry and cry

2016, année de la... ? Oui, la rime était facile et c'est ce qu'on se disait sans trop le vouloir en début d'année. Mais une année qui aura commencé par la mort de Bowie et terminé par celle de Cohen entrecoupé par quelques autres nouvelles réjouissantes, comme celle récente de l'élection de Trump à la présidence des Etats-Unis, comment la qualifier ? Au passage, pour tous ceux qui nous disent maintenant, pour Trump, attendez de voir ce qu'il va faire avant de critiquer. Bordel, les gars, le type a été élu, en balançant des phrases honteuses de racisme et de sexisme et que sais-je encore, et vous voulez qu'on remette les compteurs à zéro, comme si rien ne s'était passé et que tout ça, c'était juste du spectacle, du show pour gagner, que les programmes ne sont pas faits pour être respectés ? Et Sarkozy, c'est l'abbé Pierre sans doute ? Je dois être naïf et utopiste et pas suffisamment cynique alors. Sur France Inter, Françoise Hardy était invitée le lendemain de la mort de Cohen. Elle avouait ne pas aimer le chanteur, jugeant sa musique pas assez mélodique. Là aussi, désolé Françoise, je t'aime bien - enfin surtout ce que tu as fait dans les années 60/70 - mais comment peut-on ne pas aimer Cohen ? Au moment du prix Nobel de littérature remporté par Dylan, je me suis tout de suite dit pourquoi pas Cohen justement ? Ce type mérite d'entrer au panthéon des poètes du 20ème siècle. Ses quatre premiers albums au moins sont magnifiques. "Suzanne" est une des plus belles chansons de l'histoire. Un panthéon à elle seule. Et il y en a plein d'autres : "So Long Marianne", "Chelsea Hotel #2", "Famous Blue Raincoat", "The Partisan", "Hallelujah", ... Cohen était unique. Pas besoin de mélodie, sa voix seule suffit à nous transpercer d'émotion. C'est pour ça que ses premiers disques sont les plus beaux, avec des arrangements réduits au minimum. Comme Bowie, il avait sorti un ultime album en forme de bel épilogue, concluant par un de ses meilleurs depuis des années. Il y a quelques mois, la Marianne dont il est question dans "So Long Marianne" est décédée. Le gentleman Cohen s'était alors fendu d'une bouleversante lettre post-mortem et prémonitrice, concluant par "Sache que je suis si proche derrière toi que si tu tends la main, je crois que tu peux toucher la mienne." A nous de te dire, de manière plus basique et évidente, "so long, Leonard, it's time that we began to laugh and cry and cry..." Tu nous excuses mais on n'a pas vraiment envie de rire aujourd'hui. Demain, peut-être ?

10 novembre 2016

Sophia - As We Make Our Way (Unknown Harbours)

Voici du rock à papa comme il n'en existe plus beaucoup. Je m'explique - ça devait finir par arriver que papa écoute de la musique faite expressément pour lui - le rock de Robin Proper Sheppard, d'abord au sein de The God Machine puis seul aux manettes de Sophia, est classique dans la forme comme dans le fond. Ce n'est pas pour cela qu'il n'est pas bon, loin s'en faut. Il faut du talent pour produire une musique aussi puissamment mélancolique, sans effet de manche. "Don't ask" est à ce titre un parfait exemple. Tout est bien en place, pas d'ajout inutile dans les arrangements, jusqu'aux paroles concises et justes comme il faut  : "Don't ask what you don't wanna know cause everybody's running for something". 
On pourrait regretter un manque flagrant de fantaisie, sauf que mine de rien, quelques chansons, sauf peut-être "California" et surtout la très dispensable "St. Tropez / The Hustle", font leur chemin et on y revient avec plaisir. Cette modestie - ce rigorisme ? -, ces morceaux réduits à l'essentiel, ces mélodies étirées n'évoluant qu'avec parcimonie finissent par nous bercer, nous transporter. Vers les "ports inconnus" du titre ? Pas si inconnus que ça quand on a déjà pratiqué le capitaine Sheppard. La traversée, même si elle reste souvent prévisible, n'en demeure pas moins une traversée, à quelques encablures de cette terre et de la folie de ces hommes.


4 novembre 2016

Françoiz Breut - Zoo

"N'aie pas peur de l'ombre" nous entonne Françoiz Breut sur un des plus beaux titres de son dernier album "Zoo". Ce conseil, la chanteuse en a fait une douce ligne de conduite. Sa carrière, commencée il y a plus de vingt ans avec son compagnon d'alors, Dominique A - ce dernier a lui trouvé enfin la lumière, le succès - n'a eu de cesse de naviguer en marge, fonctionnant avec son petit lot de suiveurs enamourés. Ce nouveau disque est peut-être son meilleur, le mieux arrangé - merci au passage, à un autre travailleur de l'ombre, Adrian Utley, guitariste de Portishead, beaucoup moins célèbre que ses deux acolytes, la divine paire Gibbons et Barrow. Ce "Zoo" est une belle auberge espagnole, propose des ambiances et tempos variés, des langues allant du français - surtout - à l'anglais en passant par l'allemand. Mais toujours avec la même douceur, la même suavité dans la voix. On pense à Keren Ann, à du krautrock même. Les textes imagés et poétiques ("la vie est un cirque, mon corps est un zoo, comment les dompter ? Tous ces animaux") comme ceux de la chanson titre sont une réussite. 
L'adage du "pour vivre heureux, vivons cachés" semble donc plus que jamais collé à la peau de Françoiz Breut. On ne la connaît pas personnellement et on l'imagine trop modeste et introvertie pour aimer se mettre en avant mais sa carrière intègre, même si économiquement chiche, devrait en faire un exemple à suivre.

Clip de "La danse des ombres" :
Clip de "Loon-Plage" :