6 juillet 2016

Anna Meredith - Varmints

J'avoue que j'y avais déjà jeté une oreille, mais cette musique m'avait quelque peu rebutée. Elle ne laisse pas apprivoisée facilement. Et puis, c'est Benjamin Fogel, créateur de l'exigeante Playlist Society qui m'a donné envie de m'y replonger, via une liste d'albums préférés de 2016. Je savais que le chemin serait abrupt, la pente raide, que j'allais en baver, mais j'ai tenté l'expédition. L'écossaise Anna Meredith a une formation classique et ça s'entend. Son premier disque propose une impressionnante palette sonore, chaque titre instrumental est une sorte de mini concertos électroniques, parfois apaisants ("Honeyed Words", "Blackfriars") parfois agressifs et épuisants ("Shill", "R-Type"). On pense même par moments à du Daft Punk avec davantage de percussions ("R-Type", The Vapours"). Les morceaux chantés ("Taken", "Something Helpful", "Dowager", "Last Rose") les plus accessibles, constituent de délicieuses mignardises sonores.
Anna Meredith, à l'image de groupes comme East India Youth ou surtout These New Puritans avec lequel elle a d'ailleurs collaboré, fait partie de ceux qui font encore bougé les lignes, avancé la grande affaire musicale, dont beaucoup se foutent éperdument. Ce n'est pas le genre de musique qu'on réécoutera facilement, il y a sans doute de la prétention dans la démarche (et le résultat), mais c'est un de ces disques à la durée de vie importante, intimidant hier, aujourd'hui comme demain.

Clip de "Taken" :

Clip de "Something Helpful" :

2 juillet 2016

John Cunningham - Fell

Décidément, on ne louera jamais assez l'importance d'un label comme Microcultures. Après l'improbable résurrection de The Apartments l'an passé pour ce qui était peut-être leur meilleur disque, il nous assène la non moins impensable réapparition de l'anglais John Cunningham. Un de ces délicats songwriters injustement négligés dont seules quelques heureuses personnes connaissent l'existence. La musique est pourtant classique dans la forme, des mélodies Beatlesiennes ou Kinksiennes en diable, ou plus récemment proche d'un Elliott Smith, avec une voix qui rappelle aussi le précieux Chris Cohen. Ce nouvel album est un enchantement, car loin de faire pâle figure, les chansons rivalisent aisément avec ces encombrantes références. Ça faisait longtemps que je n'avais pas entendu une telle délicatesse, un telle simplicité pop, un tel talent au naturel, sans artifice.
John Cunningham a disparu pendant plus de dix ans du paysage musical pour revenir avec son disque le plus abouti. Parcours atypique d'un homme simple, ne cherchant pas à impressionner, mais qui, mine de rien, est capable de tout faire seul, chez lui, à Lake District, en pleine campagne anglaise. Il serait temps qu'on le remette enfin à la place qu'il mérite, celle d'un des plus grands songwriters britanniques.

1 juillet 2016

Top albums 1972


10. The Rolling Stones - Exile on Main Street
D'habitude, toute la musique que j'aime, ce n'est pas vraiment le blues, même si elle vient de là. Mais ce disque des Stones, c'est une telle auberge espagnole, un tel bordel contrôlé qu'il est difficile d'y résister. Un groupe par exemple comme Foxygen doit sa carrière au seul "Rocks Off". On pourrait trouver ainsi un groupe pour chaque morceau de ce testament artistique des pierres qui roulent. Car, dès 1974 et le départ de Mick Taylor, ce n'est plus la même affaire. Le business ayant pris le pas sur la musique.

9. Cymande - Cymande
Là aussi, ce n'est pas le genre de musique dont je raffole mais impossible de ne pas admettre la qualité de ce disque, le premier de Cymande, groupe anglais dont les membres sont tous originaires des Antilles. La musique est au carrefour de plein d'influences et me fait dire que tout le monde peut l'apprécier. Peu de formations peuvent se targuer de faire une musique aussi universelle. Pas étonnant que le groupe se soit récemment reformé. Pour ceux qui ne connaissent pas, essayer cet album, c'est l'adopter de suite.

8. Nick Drake - Pink Moon
Troisième et dernier album du plus grand chanteur de folk anglais, "Pink Moon" est aussi le plus sec, celui où Drake demeure seul avec sa guitare, sans les somptueux arrangements de cordes de Kirby. On peut le regretter (comme moi) Restent ce jeu de guitare et cette voix si caractéristiques et jamais égalés.

7. Catherine Ribeiro + Alpes - Paix 
Catherine Ribeiro est une artiste qui a traversé les yéyés (elle était sut la fameuse photo "Salut les copains") puis les années 70 dans l'ombre. Avec son compagnon d'alors, ils ont fait une musique hors norme. Un truc jamais entendu avant ni depuis. Ribeiro est une sorte de Patti Smith à la française, grande prêtresse plus hippie que punk. Elle scande plus qu'elle ne chante. Cela peut rebuter de prime abord, mais la musique psychédélique et la conviction qu'elle y met finissent par emporter l'adhésion. Il parait qu'elle était une des chanteuses préférées de Mitterrand. En tout cas, elle fut toute sa carrière un modèle d'intégrité, devenant la grand mère que la jeunesse de tout temps souhaiterait avoir. 

6. Gérard Manset - Long, long chemin 
Voici un disque rare et d'autant plus cher. Il n'est jamais sorti en CD et ne le sera sans doute jamais puisque l'auteur lui-même en a jeté les bandes. Il a tort : cet album est peut-être son meilleur. On y retrouve les arrangements baroques et un poil pompeux de la "Mort d'Orion". Mais Manset en fait quand même un peu moins, lui l'autodidacte dont les professionnels se moquent. Il rêve d'une chanson française qui se marierait élégamment avec la grande musique, le classique, le jazz. Il n'a pas aimé être moqué. On ne mélangeait pas si facilement les genres. Dommage, l'avenir lui a prouvé qu'il avait eu raison. 

5. T-Rex - The Slider
"The Slider" est le dernier grand disque de T-Rex et aussi son plus pop. Celui avec lequel Bolan deviendra une star au moins outre Manche. Il faut dire que c'est une incroyable collection de tubes. 1972 est déjà l'apogée artistique du glam, avec Ziggy, le premier Roxy et comme chef de file, Marc Bolan.  Après ça, le genre aura bien du mal à se renouveler, T-Rex en tête.

4. Neil Young - Harvest
"Harvest" est le disque préféré de Neil Young de ceux qui n'aiment pas (trop) Neil Young. Et c'est inversement loin d'être le préféré des fans du Loner. Cela explique donc pourquoi il se retrouve aussi haut placé chez moi en 1972. Pour "Heart of Gold" bien sûr, mais pas que. Pour "Harvest" la chanson et pour bien d'autres. Pour cette jolie et indémodable moisson.

3. Lou Reed - Transformer
On pourrait presque dire la même chose de ce "Transformer", album le plus accessible et le plus populaire de l'ex-chanteur du Velvet Underground. Sauf que cette fois-ci le disque finira même par faire l'unanimité ou presque des fans. Seul, le chanteur lui-même rejettera l'album. Pas une surprise quand on connaissait le caractère de cochon du bonhomme. Pour lui, c'est plus un disque de Bowie que de lui. Pas grave, on prend quand même.

2. Roxy Music - Roxy Music
Ces types-là étaient des génies. Ce premier disque est un ouragan qui emporte tout sur son passage : glam, pop, rock, jazz, soul pour en faire un truc, un son unique. Après, ça sera toujours bon, mais il n'y aura plus cette folie, ces structures de chansons en mille morceaux, ces compositions en mille feuilles qui font que plus de 40 ans après, on n'a toujours pas fini d'en faire le tour.

1. David Bowie - The Rise and Fall Of Ziggy Stardust And The Spiders From Mars
S'il ne devait en rester qu'un... Ça serait Bowie. Ça serait Ziggy. Parce qu'il y a tout ce que j'aime : la poésie du Velvet, les mélodies des Kinks et surtout la fantaisie de Bowie. Un classique absolu. Une étoile qui ne cessera de briller pour les futures générations.