22 avril 2016

Kevin Morby - Singing Saw

Kevin Morby est l'ancien bassiste de Woods. Le nouvel album de Woods est mon chouchou du moment, celui que je réécoute sans jamais me lasser (encore). Alors, Morby, ça devrait forcément coller. Mais, bizarrement, pas tout de suite. La musique semble trop évidente, la formule vieille de 50 ans. L'influence principale, on la connaît, c'est celle de tous les folkeux de la terre : Bob Dylan. En plus, le timbre de voix est proche. Comme la musique du Zim me lasse souvent assez vite, celle de Morby ne m'accroche d'abord pas des masses. L'écoute est polie. Et puis, je me méfie de la rumeur populaire qui en fait déjà un des grands disques de 2016. Il y a pourtant dans ces chansons, quelque chose, de subtils arrangements qui viennent par petites touches marquer la différence. Le gars a une certaine classe, la simplicité de ne pas en rajouter. Il trace sa route, ne part pas dans tous les sens, en brodant, pour chaque morceau, autour d'un même canevas sonore. 
En cela, les chansons de Woods sont plus "aventureuses". C'est dans les vieux fûts qu'on obtient les meilleurs crus. Sans doute, même si j'aurais aimé plus de folie, de prise de risque.

"I've been to the mountain" :

"Dorothy" :

21 avril 2016

PJ Harvey - The Hope Six Demolition Projet

Un nouveau disque de PJ Harvey est forcément un événement. Partant de ce postulat immuable et rassurant, je ne pouvais évidement pas faire comme s'il n'existait pas. L'anglaise reste une des rares valeurs sûres du rock féminin, réussissant à chaque nouvelle sortie à proposer quelque chose de neuf, à se renouveler. Ici, la chanteuse a parcouru le monde, côtoyé la misère et la guerre pour y puiser l'inspiration. L'enregistrement du disque a aussi été ouvert au public. PJ Harvey a voulu un disque en mouvement, généreux, en y faisant rentrer un maximum d'expériences et de bruits extérieurs. Comme si, l'âge aidant, elle semblait de plus en plus intéressée par le monde qui l'entoure. Les débuts rêches et introspectifs sont désormais loin. On pourra le regretter, car sa musique a perdu en originalité et puissance, ce qu'elle a gagné en assurance et lisibilité. Si les premiers titres lancés sur la toile en avant-première auguraient le meilleur, l'ensemble apparaît quand même un poil décevant. Le milieu de l'album, par exemple, constitue une sorte de ventre mou, dont l'inspiration, en retrait, laisse à penser que ce "The Hope Six Demolition Project" ne restera pas l'oeuvre la plus essentielle de l'artiste. 
En résumé, PJ Harvey continue de sortir des disques solides et efficaces, mais elle semble avoir besoin de plus en plus d'artifices (l'emploi d'un saxo, les voyages, l'enregistrement public du disque, etc) pour continuer à surprendre. Est-ce cette fatale maturité qui touche aussi le rock ou bien une réelle difficulté à rester simple et directe ?

"The Community Of Hope" :

"The Wheel" :

6 avril 2016

Woods - City Sun Eater In The River Of Light

Ça devait finir par arriver : les américains de Woods ont sorti leur grande oeuvre. A force de tutoyer l'excellence au fil d'albums produits au rythme presque métronomique d'un par an, ce nouveau disque marque un nouveau pas en avant. Leur musique n'a jamais été si limpide et soignée. Les influences s'élargissent davantage. On se demande jusqu'où ils iront la prochaine fois, quelle inspiration ils ajouteront de manière si naturelle dans leur savante mixture sonore. Cette fois, on y entend des bribes de jazz éthiopien que le chanteur et leader, Jeremy Earl, dit avoir beaucoup écouté dernièrement. La voix se fait encore plus douce qu'à l'accoutumée. Bref, c'est un délice pour les oreilles. Les chansons loin d'être linéaires, se paient même le luxe d'évoluer constamment, comme si le groupe improvisait devant nous, alors qu'on devine que tout cela a été mûrement réfléchi. 
Bref, plus qu'un coup de coeur, c'est une véritable révélation, une formation en état de grâce. Cette musique comme le bois de leur nom est faite expressément pour réchauffer les coeurs. Ce mois d'avril s'annonce passionnant en termes de sorties musicales, même si Woods a sans doute déjà décoché la plus belle flèche.

2 avril 2016

The Goon Sax - Up To Anything

Même si je n'avais pas su le lien de parenté entre le leader de ce groupe et Robert Forster, l'un des deux songwriters magiques de feu les Go-Betweens, je crois que j'aurais pu le deviner. Pour la ressemblance physique d'abord, ce côté dandy timide, cette classe non revendiquée, naturelle. Pour la musique aussi. Mine de rien, on n'entend plus beaucoup aujourd'hui ce type de pop simple et fragile, avec des textes très personnels au charme adolescent; un son volontairement amateur mais bien fichu malgré tout. Du Daniel Johnston en plus ouvragé en quelque sorte. J'aurais d'abord penser aux premiers disques des regrettés Little Rabbits. Ceux qui avaient repris "Karen", chanson de Go-Betweens encore adolescents (tiens, tiens). Le lien aurait été vite fait. Ils sont trois et chantent chacun à leur tour, on les imagine s'échanger aussi les instruments. Ils sont à cette époque où l'on se persuade que les amis, c'est pour la vie, qu'on peut tout partager sans risque. 
Les Goon Sax montre une unité et une complicité qui sautent immédiatement aux oreilles. On souhaite qu'ils conservent ce naturel, cette fraîcheur, cette naïveté, car elle touche droit au coeur. On leur souhaite la même carrière que papa. Pour eux. Pour nous aussi.

Clip de "Sometimes Accidentally" :

Clip de "Boyfriend" :