18 février 2016

Top albums 1974

1974, voilà une année qui me réconcilie avec les années 1970, après vous avoir parlé de deux années - 1975 et 1976 - qui ne m'avaient pas franchement emballé. 1974, c'est le plein boom du glam rock. Bowie en fait un peu trop avec "Diamond Dogs" - beaucoup de drogues avouera-t-il. Le Roxy Music revient presque à l'exubérance de leur fabuleux premier album. C'est plus contrôlé - départ de Eno oblige - mais suffisamment foufou pour demeurer efficace aujourd'hui encore. Eno, justement, est lâché seul dans la nature. Il en ressort deux albums en une seule année. Et quels albums ! Deux des plus essentiels de la décennie. En matière de productivité, il y en a d'autres qui ne sont pas en reste, ce sont les frères Maël avec deux disques là-aussi complètement azimutés, un peu trop même pour "Propaganda", mais d'une richesse incroyable. Même Cohen lâche un peu la bride de son folk intimiste et épuré. Sur son quatrième disque, les arrangements se font plus variés, la voix même du maître est ouvertement moins maîtrisée : ça change. Et puis, il y a le rescapé, Robert Wyatt, victime d'un grave accident le clouant à vie dans un fauteuil, et qui à la suite de celui-ci, délivre un disque hors norme, "Rock Bottom", chef d'oeuvre déchirant et intemporel. Enfin, nos petits dandy frenchies s'en tirent pas mal aussi cette année-là. Malgré un album dénigré par la critique et lui-même, Polnareff reste perché bien au-dessus d'une génération yéyé alors en perte de vitesse commerciale. Si son disque sans titre de 1974 contient quelques ratés ("Il est gros", "Le grand chapiteau"), on y trouve aussi pléthore de chansons marquantes, parmi les plus belles de son répertoire. Christophe, aidé par les textes de Jean-Michel Jarre balance avec "Les Mots Bleus" une des plus grandes chansons françaises de l'histoire. Son album du même nom, ne souffre pourtant pas de la présence écrasante de ce morceau et reste un des disques les plus essentiels du chanteur.

10. Christophe - Les Mots Bleus 
On l'avait oublié mais le fils Jarre est meilleur parolier que compositeur. Preuve en est que le talent n'est pas uniquement transmissible génétiquement. Car c'est bien Christophe qui a composé la musique, brillamment kitsch. Celle-ci conserve aujourd'hui encore toute son originalité et sa bizarrerie. De là à dire que Christophe est un des rares grands chanteurs français toujours en activité - un nouvel album est prévu en avril prochain - , il n'y a qu'un pas... 

9. David Bowie - Diamond Dogs 
"Diamond Dogs" marque la fin de la période glam de Bowie. Le disque est peut-être le plus flamboyant et outrancier de sa carrière mais sûrement pas son meilleur. C'est plus une collection de tubes, qu'un album très homogène. Mais quelques titres comme "Rebel Rebel" demeurent immortels.



8. Michel Polnareff - Michel Polnareff
Le disque de Polnareff de 1974, injustement sous-estimé, contient pourtant une quantité non négligeable de chansons bien au-dessus du lot commun de la variété française. "Le prince en otage", "Rosy", "I love you because", "Tibili", "L'homme qui pleurait des larmes de verre", voilà autant de magnifiques morceaux que les fans désespèrent d'entendre depuis 40 ans et ce n'est pas le nouvel album annoncé dans quelques mois qui risque de changer la donne. Tant pis, ils se consoleront avec le live, où l'on dit que le chanteur conserve toute sa cohérence.

7. Roxy Music - Country Life
Les pochettes de Roxy Music ont toujours été à l'image de leur musique, particulièrement évocatrice, et à la limite du bon goût, mais c'est au final, ce qui nous plaît et nous attire chez eux. Après un "Stranded" en demi-teinte - le départ de Eno ? -, le groupe mené par Bryan Ferry revient à ses premiers amours et à un brassage musical azimuté. Les directions prises restent moins surprenantes et aléatoires que sur leur formidable premier essai, mais "Country Life" demeure un grand Roxy Music. Preuve qu'il y a aussi une vie sans Eno....

6. Sparks - Propaganda
Après l'indispensable "Kimono My House" (en tête de ce classement), les Sparks poussent encore plus loin le bouchon du grand-guignol. Si, parfois, la crème est trop sucrée, limite écoeurante, il est difficile de résister au déferlement de ces mélodies adeptes des montagnes russes. On a parfois des haut-le-coeur, mais on ne regrette pas du tout le voyage.


5. Leonard Cohen - New Skin For The Old Ceremony
"New Skin For The Old Ceremony" en surprendra plus d'un, notamment les fans de la première heure, ne jurant que par le simple "guitare-voix" des débuts. Ici, ça vrille quelque peu, jusqu'à la voix du maître volontairement éraillée. Le défaut, c'est que c'est moins constant, l'avantage, c'est qu'on s'y ennuie moins. La chanson "Chelsea Hotel#2" en hommage à Janis Joplin est une de mes préférés de son auteur.

4. Brian Eno - Taking Tiger Mountain (By Strategy)
Comme pour les Sparks, l'année 1974 est une année exceptionnelle pour Brian Eno. Avec "Taking Tiger Mountain", Eno peaufine déjà sa musique, plus travaillée, plus ouverte. L'homme est pressé et progresse à pas de géant. Sa contribution à la musique contemporaine se résumera à ces quelques années, de 1974 aux débuts des années 80, particulièrement exceptionnelles.


3. Robert Wyatt - Rock Bottom
L'ancien batteur de Soft Machine, se jette par la fenêtre le temps d'une soirée trop arrosée. S'en suivra une paralysie à vie et ce disque sans âge et ne ressemblant à rien de connu. Qui a dit que les sirènes étaient forcément des femmes ? Avec "Rock Bottom", Wyatt démontre qu'en terme de chants des sirènes, attirants, ensorcelants, addictifs et profondément mélancoliques, il n'a rien à envier à la gente féminine. Magique.

2. Brian Eno - Here Come The Warm Jets
Le premier disque solo de Eno est une bombe, aussi puissante que le meilleur Bowie, dont il croisera la route quelques années plus tard pour une des plus essentielles collaborations de l'histoire du rock. Ici, Eno vient à peine de sortir de Roxy Music, laissant de côté le penchant soul et jazzy de Ferry pour une approche plus pop et immédiate de la musique. "On Some Faraway Beach", montre tout le talent du bonhomme : réussir à partir de quelques basiques accords de piano et des paroles oniriques à produire une des plus belles chansons qui soit.

1. Sparks -Kimono My House
Le chef d'oeuvre des frères Maël ou comment en faire des tonnes tout en évitant la crise de foie. Les morceaux sont tous plus bons les uns que les autres. Ca ne part pas encore dans tous les sens, la grandiloquence est maîtrisée. Contrairement à beaucoup de leurs contemporains, les Sparks n'ont jamais privilégié la technique, c'est sans doute une des raisons pour lesquelles leur musique n'a pas pris une ride. Les frères Maël sont d'authentiques génies, non reconnus à leur juste valeur.

9 février 2016

Stranded Horse - Luxe

La musique de Stranded Horse m'avait laissé jusque-là sur le bord de la route. Bien sûr, je la trouvais belle, riche mais elle ne parvenait pas à me toucher vraiment. Je la trouvais austère. Sur ce "Luxe", je trouve qu'elle se pare enfin de chaleur, de langue française plus proche, plus originale, qu'elle s'ouvre davantage. Elle devient ce qu'elle aurait dû être dès ses débuts : un intense melting pot de culture, mélangeant les rythmes africains avec la chanson française et le folk anglo-saxon avec une emprunte mélancolique si caractéristique, un minimaliste forcené et salvateur dans les arrangements. Yann Tambour n'est plus dans la recherche de respectabilité et de légitimité propres à tous occidentaux s'essayant à un instrument étranger, qui n'est, par défaut, pas le sien. Il s'est débarrassé de toute volonté démonstrative, laissant même Boubacar Cissokho l'épauler à la kora. Il a aussi invité Éloïse Decazes, moitié féminine des excellents Arlt, groupe de folk français majuscule pour quelques titres de toute beauté, comme l'entrée en matière, "Monde". La musique de Stranded Horse n'est plus enfermée dans un carcan étriqué, tout lui semble désormais possible ou presque.
Après, il y a bien une baisse sensible d'inspiration en fin de parcours. Mais jusqu'à "My Name Is Carnival", le voyage est déjà si beau que je n'ai qu'une envie : refaire le parcours, encore et encore.

3 février 2016

O - Un torrent, la boue

Olivier Marguerit est depuis de nombreuses années un artisan de l'ombre, notamment au sein des brillants Syd Matters. Souvent quand ce genre d'individus connus uniquement des initiés sortent du bois, le milieu musical les encense exagérément, voulant compenser les années d'anonymat injustifiées. C'est qu'il doit y avoir une certaine solidarité parmi les artistes, ou plutôt ce sentiment que ce n'est pas forcément ceux qui le méritent le plus qui récoltent les lauriers. Croyez-le quand vous entendrez qu'il est agréable de s'abreuver de cet O là. Restez plus circonspect quand certains vous le vendront déjà comme le disque de l'année. Ce premier album ressemble forcément à du Syd Matters mais chanté en partie en français et en nettement plus électronique et pop ("La Rivière" est un tube en puissance). Mais on y retrouve la même façon de faire tournoyer les mélodies, de toujours faire avancer les morceaux. Bien sûr, il n'a pas la voix de son comparse Jonathan Morali, mais le fait de chanter dans sa langue natale lui confère un avantage non négligeable : celui d'une musique plus personnelle. 
On lui souhaite, à défaut d'adhérer à chacun de ces chanteurs, une carrière à la hauteur de ses confrères à une seule lettre, : M, H (Arthur) ou A (Dominique). Alors, un torrent ou la boue ? En tout cas, c'est une belle source que voilà.