26 novembre 2015

Et toi, qu'est-ce que t'as écouté en 2015 ?

La fin de l'année approche à grand pas - si, si, je vous assure. On commence déjà à penser aux cadeaux de Noël - ah bon? pas encore ? Sur la musique à papa, c'est l'heure du traditionnel "Et toi, t'as écouté quoi cette année ?". Je vous ai déjà parlé de 47 disques. Il n'en manque plus que 3 pour arriver au compte rond de 50. 50, c'est bien, c'est un bon chiffre. Je compte sur vous pour m'aider à compléter cette liste en commentaire de ce post, sur Facebook, Twitter ou par mail. Merci d'avance. Pour rappel, la liste actuelle est là :

24 novembre 2015

Car Seat Headrest - Teens Of Style

Les appuis-tête de voiture : quel drôle de nom de groupe ! Enfin de groupe, pas vraiment puisque c'est le seul Will Toledo qui est aux commandes. Ce petit gars de 22 ans a déjà publié pléthore de disques via son compte Bandcamp : une bonne dizaine à raison de trois ou quatre par an. Il a fini par se faire repérer par une grosse maison de disques indépendante, Matador (Yo La Tengo, Pavement, Belle and Sebastian, Algiers, etc). "Teens of Style" est donc son premier véritable disque. Il recense les meilleurs titres écrits depuis ses débuts. Les vrais inédits sont déjà prévus pour 2016, histoire de garder le rythme. On se demande bien ce que cela pourra donner avec plus de moyens. La musique de Toledo semble faite pour être bancale, brouillonne, lo-fi, pas pour le polissage, ce qui ne l'empêche pas d'être éminemment mélodique. 
"Something Soon" est un simili tube indie, un de ceux qu'on aime à brailler sans arrière pensée. Alors pourquoi ses appuis-tête quand le gars aime tant les loopings, les têtes à queue ? Peut-être justement parce que malgré cet amateurisme revendiqué, la musique de Car Seat Headrest garde le contrôle et relaxe, fait du bien. Tout simplement. "I need something soon" nous dit-il. Voilà, c'est fait.

Clip de "Something Soon" :

17 novembre 2015

Blank Realm - Illegals in Heaven

Ils n'aiment pas le rock. On sait qu'ils voulaient viser spécifiquement un concert de rock. Qu'à cela ne tienne, c'est exactement de rock dont j'ai envie. Celui qui se fiche bien mal d'être poli, de dire bonjour à la dame, pourvu que ça sonne. Celui des Australiens de Blank Realm par exemple, qui fait penser à celui des Pixies, de Sonic Youth, Pavement et à un tas d'autres choses. En plus, d'après The Guardian, il paraît qu'ils sont excellents sur scène. Un rock qui conserve quand même de savantes qualités mélodiques cachées sous les guitares parfois abrasives. Un rock dont les titres font bizarrement tous sens aujourd'hui : "Cruel Night", "Flowers in Mind, "Palace of Love", "Too Late Now", etc. Comme si tout nous ramenait forcément à l'horreur de ce vendredi 13 novembre 2015. Comme s'il était impossible de ne pas y penser. Jusqu'au nom même du disque : "Illegals in Heaven". Comme ces victimes parties trop tôt, franchissant brutalement les frontières de la vie sans prévenir. Comme ces crétins de bourreaux qui croient pouvoir trouver dans l'au-delà une forme d'aboutissement. S'il y a une justice dans l'autre vie, ils n'y trouveront que ce qu'ils ont semé : haine et désolation.
La pochette aussi est belle : ce couple qui se tient par la main, avançant dans le brouillard, ne se sachant pas ce qu'ils découvriront, ce qui se cache derrière. Mais avançant quand même. Aujourd'hui, j'avais envie d'écouter Blank Realm, de penser à un royaume vierge. Un royaume pour enfants. Juste le temps d'un album de rock. Je sais, c'est con. Mais qu'est-ce que c'est bon !

Clip de "River of Longing" :

15 novembre 2015

Top albums 1976

Ne pas se voiler la face : 1976 est une petite année musicale ou plutôt j'ai eu bien du mal à y sortir 10 albums qui me plaisent vraiment. On est en pleine période rock progressif et de démonstrations techniques (beurk!). Le glam est mort, le punk pas encore là. Même la pop se veut démonstrative. Bref, ce n'est pas la joie. La fin de quelque chose, le début d'une nouvelle ère. La carrière de Bowie reprend de l'altitude avec le court mais fondamental "Station to Station". Les Modern Lovers sortent enfin leur premier disque, magnifique pont entre le Velvet et les Ramones. Les Ramones justement qui débarquent de nulle part avec un bubble punk qui n'appartiendra qu'à eux. Même chose pour les Blondie de la maligne Deborah Harry. Leur rock mélange déjà allègrement la future new-wave avec la pop et le punk. Gainsbourg revient avec un nouvel album concept presque aussi fort que "Melody Nelson". Le krautrock est déjà en perte de vitesse. Ses plus éminents membres continuent pourtant à produire des disques de qualité comme celui de La Düsseldorf. 10cc est le groupe qui incarne peut-être le mieux l'époque, des Beatles qui auraient beaucoup écouté "The Dark Side Of The Moon". Les Flaming Groovies plaisent, quant à eux, aux nostalgiques avec leur rock efficace qui mêle brillamment le rock sixties avec déjà quelques connotations punk. En 1976, Lou Reed publie encore des disques qui comptent, "Coney Island Baby" est peut-être le dernier. Et puis, il y a Abba, plus grosse usine à tubes pour danser de l'histoire. 

10- Abba - Arrival
J'en vois déjà dire : dis donc, il a raclé les fonds de tiroir, il a même mis les affreux suédois d'Abba dans son top. Oui, mais passé le facile mépris pour cette musique pour tout venant, le groupe reste une incroyable machine à tubes ultra mélodiques, talent pas à la portée de tous. Surtout que "Arrival" est peut-être leur plus belle réussite. Qui n'a jamais chanté "Dancing Queen" me jette la première pierre.

9- 10cc - How Dare You ?
Ceux-là sont plus atypiques, n'ayant pas vraiment traversé les générations. Il faut dire que leur pop extravagante, un genre de Queen tendance rock progressif est très connoté années soixante-dix. Pourtant, il suffit d'écouter leur inusable "I'm not in love" ou ce "How dare You?" pour se rendre compte que leur musique tient encore bien la route. Il faut une sacré culture musicale pour produire une pop aussi azimutée.

8- Flaming Groovies - Shake Some Action
Après plusieurs années d'existence, les Flaming Groovies font enfin parler d'eux en Europe, juste au moment où l'un de leurs leaders claque la porte. ça tombe bien car ils prennent un virage plus dur, annonciateur du punk ou perdurant seulement la power-pop introduit par leurs compatriotes de Big Star.


7- La Dusseldorf  - La Dusseldorf
Le rock allemand était alors à la pointe de l'avant garde, n'en déplaise aux germanophobes envers et contre tout. Le meilleur de l'expérimentation est déjà passé en 1976, La Dusseldorf est bâti sur les cendres de Neu! et d'un ancien Kraftwerk. Il en résulte un des disques de krautrock les plus accessibles et les plus étonnants aussi. Eno et Bowie piocheront là-dedans une partie de leur fameuse recette berlinoise. Bowie dira même à leur sujet qu'ils sont la bande son des années 80. Avec 4 ans d'avance...

6- Lou Reed - Coney Island Baby
D'après une récente biographie, Lou Reed était un "monstre", un être invivable. Peut-être, mais dans les années 70 tout du moins, il faisait encore d'excellents disques, comme ce "Coney Island Baby" moins noir que "Berlin", moins glam que "Transformer", moins bruitiste que l'inaudible "Metal Machine Music". Reed revenait à ses premières amours, proches de "Loaded" le dernier Velvet.

5- Blondie - Blondie
Ce premier album de Blondie a fait l'effet d'une revigorante vague de fraîcheur, en amenant un peu de fun, une touche sexy (ahh... Deborah Harry) et des tubes punk-pop très efficaces. Ce disque sans titre est celui que je préfère. Il ne contient pas de tubes interplanétaires mais il n'y a pour ainsi pas une seule fausse note.


4- Serge Gainsbourg - L'homme à la tête de chou
Nouvel album concept de Gainsbourg et nouvelle réussite. L'histoire de cette Marylou est somme toute assez proche de celle "Melody Nelson" mais le disque gagne en variété ce qu'il perd en homogénéité. Comme pour Lou Reed, je décroche après ce disque. Le Gainsbourg artiste ambitieux cédera la place au Gainsbourg opportuniste et provocateur.


3- David Bowie - Station To Station 
Bowie commence sa nouvelle mutation avec ce disque court. D'aucuns disent même que "Station to Station" est un de ces meilleurs, son plus humble, tout en gardant une grande exigence dans le fond et la forme. Eno n'est pas encore aux manettes, prouvant si besoin était que le Thin White Duke n'a besoin de personne pour sortir des albums importants.


2- Ramones - Ramones
L'une des plus grandes énigmes du rock : comment une telle bande de branleurs bas du front ont-ils fait pour apparaître sur les tee-shirts de millions d'ados à travers le monde ? Comment leur punk-pop basique est-il devenu une référence en la matière? Comment ont-il réussi à devenir des cafards dans un dessin animé ? Toutes les réponses sont dans ce premier essai (la suite n'est qu'une longue redite). On a rarement fait du rock de manière aussi instinctive.

1- The Modern Lovers - The Modern Lovers
En 1976, quand paraît le premier disque de ses Modern Lovers, Jonathan Richman est déjà passé à autre chose. Beaucoup moins de Velvet dans la suite de sa discographie, juste de simples folk songs modestes et attachantes. Il a fallu 4 ans avant que ne sortent sur une galette les titres de ce "The Modern Lovers", chaînon manquant arrivant trop tard entre le Velvet justement et le punk naissant. Disque simple en apparence, mais dont le détachement et la nonchalance feront recette. Si l'on devait nommer le disque rock le plus cool de l'histoire, il serait en bonne position.

13 novembre 2015

Pain-Noir - Pain-Noir

Mine de rien, Pain Noir semble avoir une stratégie marketing très au point. Il y a deux ans, il fait paraître deux premiers titres particulièrement prometteurs sur Soundcloud, sans plus d'informations. Quelques mois après, on en sait plus avec l'annonce d'un album. Ledit album ne sort pourtant que bien plus tard et seulement en vinyle par l'intermédiaire des indispensables Microcultures. L'audience commence à grandir avec quelques critiques élogieuses notamment ici. Puis près d'un an passe encore quand le disque sort en CD chez Tomboy Lab, une vraie maison de disques (enfin très indépendante) agrémenté de quelques titres inédits. Cette nouvelle chronique n'a donc de sens que pour ces chansons rajoutées, plus pop, plus immédiates, comme un réjouissant duo avec Mina Tindle, petite protégée de JP Nataf. Ça tombe bien parce que le reste, on a eu le temps de s'en imprégner, de l'aimer encore davantage. Télérama, Le Monde, Les Inrocks, etc, bref, tout le monde en dit le plus grand bien. Il n'est pas dit que cela aurait été le cas deux ans plus tôt, si l'Auvergnat n'avait pas pris son temps. 
Et puis, sortir un album, comme ça, en novembre, c'est quand même futé, ça permet de nous rappeler à notre bon souvenir lorsqu'il s'agira de faire une liste de nos disques préférés de 2015... Mais passées toutes ces considérations stratégiques, cette lente montée du plaisir, il reste bien sûr un excellent album de chanson française. L'un des meilleurs de ces dernières années. Décidément, ce nom de groupe est bien mal choisi.

Clip de "La Retenue" :

11 novembre 2015

William Sheller - Stylus

William Sheller, bah oui, William Sheller. J'avoue tout de go ne pas connaître plus que ça sa discographie, à part bien sûr les titres les plus célèbres ("Les filles de l'Aurore" ou "Un homme heureux"). Sheller, c'est le grand oublié de la chanson française. Celui qui, à chaque fois qu'il refait parler de lui fait une unanimité sans faille, mais qu'on ne cite pourtant jamais comme une référence. Sheller, c'est la modestie et la discrétion même. Celui qui a été découvert par Barbara et qui a lancé Jean-Louis Murat et aussi le plus discutable Damien Saez. Sheller, c'est l'intégrité même. Celui qui ne cherche pas spécialement à vendre, qui place la musique au-dessus de tout. Celui dont les textes simples mais jamais mièvres touchent souvent. Sa musique est toujours la même, inspirée à la fois de la musique classique et de la pop anglaise des années 60, celle des Beatles bien évidemment. "Youpilong", le très beau premier titre de ce nouvel album sonne d'ailleurs comme du McCartney. L'ensemble a été composé bien sûr sur son instrument de prédilection, le piano, agrémenté de légers et bienvenus arrangements de cordes. 
Ce très court "Stylus" vient donc une fois de plus rappeler son épatant savoir-faire. A l'heure où certains déplorent le fait qu'il n'y ait plus de grands anciens faisant valeurs de référence dans la chanson française, Sheller devrait être, qu'il veuille ou non, de ceux-là. Il a toujours fait ce qui lui plaisait, se fichant des modes. Il faudrait juste qu'il attende moins longtemps entre chaque disque, pour qu'on n'ait pas le temps de l'oublier.


9 novembre 2015

Bill Ryder-Jones - West Kirby County Primary

Il est désormais admis que The Coral est l'un des meilleurs groupes de pop anglaise de ces vingt dernières années. Et si cela fut possible, c'est entre autre grâce au talent de son premier guitariste, Bill Ryder-Jones. Il fut aux affaires sur les cinq premiers disques, jusqu'à "Root and Echoes", considéré par certains comme leur plus belle réussite. Après deux albums solo où le jeune prodige a démontré une impensable maîtrise du piano, bien loin des sentiers battus de la pop, surtout sur l'étonnant "If..." purement instrumental et digne des plus belles bandes originales de film, il revient à ses premières amours : la guitare. Pour cela, il est même rentré enregistrer chez maman, à West Kirby, près de Liverpool. Il en ressort un album fortement inspiré par Pavement d'une part et la brit-pop de l'autre, pas très éloigné du Blur de 1997-1999, dans lequel Graham Coxon était devenu l'égal de Damon Albarn. Pas étonnant quand on sait que Graham et Bill sont aussi amis dans la vie.
"West Kirby County Primary" mélange habilement les caresses et les claques, commençant avec une petite mélodie à la cool alors que, sur "Satellites", il monte un impressionnant mur de guitares que n'aurait pas renié les Boo Radleys des débuts. Sur le précédent "A Bad Wind Blows In My Heart", l'anglais rivalisait déjà aisément avec Ellliott Smith ou Sufjan Stevens. Il serait donc temps que le milieu indépendant reconnaisse enfin le talent de Bill Ryder-Jones. Son nouvel album comme l'ensemble de sa carrière le méritent amplement.

Clip de "Two To Birkenhead" :

Live de "Satellites" :

3 novembre 2015

Festival Pitchfork Paris - Beach House, Deerhunter, Ariel Pink, Destroyer, etc - La Grande Halle de la Villette - 29 octobre 2015

Ça y est, nous y voilà. Pitchfork, enfin, après 4 premières éditions à Paris où nous étions aux abonnés absents. Surtout à cause du prix, il faut bien le dire. Cette fois-ci, nous avons donc lâché les biftons pour se payer la première soirée - pas les trois, hein, faut pas pousser quand même. La grande halle de la Villette, c'est aussi la première fois qu'on y mettait les pieds. L'entrée est plutôt bien organisée : une file pour les gens avec des pass 3 jours (les riches), une autre pour les pauvres (nous). Et faut-il y voir un lien de cause à effet, la sécurité me demande, suspicieuse, ce que j'ai dans mon sac. "Des sandwichs" je réponds - bah oui, le pauvre est prévoyant, pas envie de louper une minute de concert à faire la queue aux stands et puis, il faut des munitions pour tenir debout pendant 7h. Le gars me regarde d'abord étonné, genre, on ne la lui a jamais faite celle-là, le coup des sandwichs. Pas un truc de hipsters, ça. Il me répond alors : "C'est tout ce que vous avez ? - Bah oui". Il me dit alors que ce n'est pas autorisé, qu'il faut soit que je jette tout à la poubelle, soit que je les mange, là, tout de suite, maintenant. Merde, mais c'est que ça m'arrange pas, ça. Je me suis quand même cassé le cul à les préparer ces sandwichs. Pas envie de tout abandonner. Pour un peu, j'aurais presque envie de le planter là le gars, lui, cet incitateur au jeûne. Je ne suis pas croyant dans le dieu Pitchfork. A cet instant précis, je crois davantage en mon sandwich au Maroilles pour me sustenter. J'explique la situation à maman, déjà passée de l'autre côté de la grille. Après quelques minutes de palabres sans véritable prise de décision - c'est que le choix est cornélien -, maman a cette idée géniale - bah oui, c'est maman quoi ! - elle profite de l'inattention de la sécurité pour me subtiliser le sac et partir loin à l'écart des barrières. Le jeu de dupes est fini, ils n'ont rien vu ou ont fait semblant de ne rien voir, pas plus persuadés que ça des règles qu'ils doivent appliquer. Bref, je repasse devant le gars, même pas surpris de me voir d'un coup libéré de mes victuailles et de mon sac. Nous voici donc rentrés dans l'arène, bien décidés à en découdre. Ça commence direct par Haelos, une sorte de sous Beach House, mais avec pas grand chose pour eux, hormis les bons jarrets de leur chanteuse.
C'est ennuyeux et ce n'est pas son acolyte au chant qui lui sert de potiche dans un style très Liam Gallagher avec petit tambourin idoine, qui viendra changer la donne. La suite est bien plus improbable encore en la personne de l'australien Kirin J. Callinan. Le gars ressemble à un footballeur moldave des années 80 avec petite moustache, longue nuque et même queue de rat. La musique est au diapason, ça ne ressemble à rien. On hésite : soit c'est juste n'importe quoi, soit le type a dix ans d'avance. J'opte plutôt pour la première solution. Le bassiste de Tame Impala, copain, vient prêter main forte pour une sorte de slow de crooner de terrain de camping qui hésite entre Didier Super et Ariel Pink. On passe alors rapidement - pour l'instant, les concerts durent à peine 30 minutes - à du plus consistant avec ma première attente de la soirée : Destroyer. Ça commence timidement avec des difficultés pour régler les instruments. Le son n'est pas très fort malgré les souhaits du groupe. C'est qu'il ne faut pas voler la vedette à ce qui va suivre. Ce n'est que le début de la soirée. Puis, petit à petit, le groupe prend ses marques, les morceaux de l'ampleur, Dan Bejar commence même à sourire, c'est dire. Bref, on termine avec "Rubies" et "Dream Lover" et d'un coup, on aurait aimé prendre du rab'. Il faudra revoir Destroyer dans de meilleures conditions.

Ça continue avec la deuxième attente, Ariel Pink qui nous devait un rattrapage après sa prestation en demi-teinte de la Route du Rock collection hiver 2015. Malheureusement, rebelote au niveau du son et aussi des morceaux choisis. Ariel Pink a cela de surprenant qu'il n'est pas le personnage extraverti que sa musique fait croire. Il ressemble plutôt à un petit junkie, perdu sur une scène trop grande pour lui. Les musiciens font ce qu'ils peuvent - surtout le claviériste - pour emballer un peu l'affaire mais trop de larsens et un son une fois de plus médiocre auront raison de notre enthousiasme. Décidément, Ariel Pink n'est pas une bête de scène.
Pour la suite, Godspeed You Black Emperor! n'étant pas notre tasse de thé, nous profitons de l'occasion pour déguster nos savoureux sandwichs. En cachette. On ne sait jamais, des fois qu'on se ferait sortir de la salle pour une tartine au pâté. Les Américains ne rigolent pas avec ce genre de choses. Les canadiens sur scène non plus ne sont pas là pour s'amuser. Leur rock intello et un peu prétentieux, sorte de Pink Floyd des années 2000, me laisse totalement indifférent. Enfin, leur son énorme écorche quand même mes oreilles. A chaque fois, on se fait la même réflexion avec maman : on a encore oublié les boules Quiès! Voilà ensuite la plus grosse attente de la soirée : Deerhunter. La prestation commence mollement, brouillonne, distante. Les morceaux perdent en clarté et en portée par rapport aux disques. Mais ce n'est rien au regard de la suite où les titres s'enchaînent, plus méconnaissables les uns que les autres. On distingue dans la mélasse sonore des bribes de "Desire Lines" noyé dans un mur de reverb' et de larsens. C'est très éprouvant pour les nerfs (auditifs). Bradford Cox, casquette vissée sur la tête en profite pour remercier Pitchfork, étonnant quand on connaît la misanthropie légendaire du bonhomme. C'est à se demander si Deerhunter ne serait pas justement Le groupe Pitchfork, celui qui ne serait rien sans le webzine, sans leurs notes de 8 et de 9 sur 10 à chacune des nouvelles livraisons de Cox. Un spectateur (en colère?) lui balance même sa chaussure sur scène. Le chanteur (conscient de sa piètre performance?) demande à la sécurité de ne rien faire. On finit donc le concert avec pas mal de doutes et d'interrogations. Et si c'était tout simplement l'ingénieur du son qui était aux fraises ? Ou l'acoustique de la salle déplorable ?

Les premières notes de Beach House, tête d'affiche d'un soir viennent d'emblée démontrer le contraire. Tout est immédiatement en place et le groupe enchaîne les titres planants et enivrants, portés par la voix un brin rocailleuse de Victoria Legrand et les guitares cristallines d'Alex Scally. Toutes leurs chansons ont beau se ressembler, il y a, à chaque fois, un petit truc qui vient faire la différence pour que jamais cela ne soit lassant. Tout pourrait paraître trop parfait. Heureusement, les quelques paroles banales émises par la chanteuse entre les morceaux dans un français approximatif - bizarre étant donné sa filiation - nous ramènent dans le milieu plus balisé des humains. Au final, Beach House - et Destroyer dans une moindre mesure - sauve la mise de Pitchfork avec leur brillante prestation. Il n'empêche, je ne suis pas sûr que les prochaines années on remette les pieds à leur festival sponsorisé par les cartes Visa sans contact.

1 novembre 2015

Motorama + Thousand - Paris, le Café de la Danse - 26 octobre 2015

Retour des concerts en cette semaine de vacances de la Toussaint avec une première soirée made in Talitres, ce formidable label Bordelais - non, je ne le répéterai jamais assez. Les deux concerts d'un soir sont deux des plus belles signatures de la maison. Par esprit d'équité, ils jouent à peu près à égalité, une heure chacun. Thousand, tout d'abord, dont le dernier disque qu'ils déroulent presque exclusivement m'a enthousiasmé. Sur scène, c'est à l'image de l'album : pop, léger, frais, entêtant. Franchement, on atteint même par moments la grâce d'un Syd Matters dont la musique se rapproche grandement. Il y a juste le chant qui pêche un peu et cet accent américain qui paraît forcé. Ils font une chanson en hommage à un artiste culte du rock indépendant américain des années 90, David Berman, leader de Silver Jews et très ami avec Pavement, dont ils se disent très influencé. Ça ne saute pas aux oreilles. En espérant qu'ils décident de ne pas suivre le même chemin, Berman s'étant retiré du circuit, préférant retourné à une vie "normale". 

La soirée continue de belle manière, avec une autre confirmation, celui du talent des russes de Motorama. Bien sûr, comme Thousand, le groupe ne brille pas par un charisme scénique exacerbé. Mais, quoiqu'on en dise, ils ont leur style bien à eux, une sorte de Joy Division élevé au bortsch avec guitares carillonnantes et nerveuses. Le chanteur au look de prof de maths est aussi le bassiste. Il est le seul du groupe à bouger un tant soit peu, en faisant au passage tomber ses lunettes. Il tente des mouvements de bassin qu'on croirait copier sur Sam Herring, le chanteur de Future Islands. D'ailleurs, la musique des deux groupes se ressemble plus souvent qu'à son tour. L'inconvénient de tout ça, c'est que ça manque de folie, que ça tourne rapidement en rond, même si ce sont d'excellents musiciens. Une soirée de bons élèves en somme, pas loin des premières places de la classe, d'habiles faiseurs qui manquent juste d'un peu plus de personnalité.