23 octobre 2015

The Innocence Mission - Hello I Feel The Same

Voilà un nouveau groupe que j'ai longtemps et injustement ignoré. Les américains de The Innocence Mission officient pourtant depuis le début des années 80, avec un premier disque paru seulement en 1989. C'est donc seulement 26 ans et une bonne moitié d'albums plus tard que je les découvre vraiment. Bien sûr, je les avais déjà écouté, mais de manière distraite, pas dans les conditions adéquates. Une écoute au calme et au casque, ça change tout. La subtilité et le talent de Karen et Don Peris, en couple à la ville comme à la scène, sautent alors immédiatement aux oreilles. Je pense bien sûr aux premiers Belle & Sebastian, la maturité musicale en plus, une certaine fraîcheur en moins, même si la voix de la chanteuse a gardé ce charme si particulier propre à l'enfance, malgré la cinquantaine. Comme si cette mission de l'innocence ne pouvait pas vieillir. "Hello I Feel The Same" : again and again, a-t-on envie de rajouter. Tant mieux pour moi, je découvre le groupe, inconscient d'une quelconque redite. 
Ce disque comme unique et précieux messager d'une innocence quelque peu délaissée par l'époque, trop occupée pour venir s'asseoir à cette table-là. Voici une musique pour ceux qui ont encore le temps - oui, vous avez dû remarquer que "La musique à papa" a ralenti le rythme depuis quelques semaines. Le temps de découvrir encore ce genre de trésors intimes d'une indescriptible délicatesse.

Clip de "Washington Field Trip" :

19 octobre 2015

Here We Go Magic - Be Small

Je ne connais sans doute pas assez la carrière de Here We Go Magic. Disons que je ne les suis pas depuis suffisamment longtemps pour savoir si ce nouveau disque est un de leurs meilleurs. Ce que je sais, c'est que j'aime de plus en plus ce groupe. Sur le précédent, il y avait notamment un magnifique morceau, "How Do I Know" qui m'avait tapé immédiatement dans l'oreille. Ici, c'est plus diffus. Pour la première fois, j'y entends une influence de Brian Eno (voire de Robert Wyatt) période année soixante-dix qui n'est pas pour me déplaire. C'est bien simple, plus je l'écoute, plus je l'apprécie. Les titres s'enchaînent avec la même élasticité. De la pop élastique, voilà à quoi ressemble la musique de Here We Go Magic. De celles qui n'appartiennent à aucune époque, à aucun mouvement et qui vous suivent très longtemps. Magique, oui, il y a un peu de ça aussi. 
Je sais que beaucoup passeront à côté. Parce qu'il n'apporte rien de neuf. Que ce n'est pas très hype. Que cette musique s'apprécie sur la longueur et que l'époque est pressée. "Be Small" : si c'était tout simplement un art de vivre, une revendication de moins quand on nous réclame toujours plus. Un de mes coups de coeur de 2015 assurément. Le reste...

Clip de "Falling" :

Clip de "Tokyo London US Korea" :

16 octobre 2015

Deerhunter - Fading Frontier

Voilà un des rares groupes actuels qui ne me déçoit jamais, qui parvient à se renouveler à chaque fois. Depuis "Microcastle" - mon préféré même si j'ai loupé le premier épisode -, je suis attentivement la carrière passionnante de Bradford Cox, ce rockeur atypique atteint de la maladie génétique nommée le syndrome de Marfan, responsable entre autres de sa grande taille et de sa maigreur. Après un "Monomania" très rock, l'écoute de ce "Fading Frontier" surprend d'abord, mais passé cette première impression mitigée, le charme finit par agir rapidement. On retrouve l'indéniable savoir-faire du bonhomme pour trousser des mélodies qui vous trottent rapidement dans la tête. "Breaker", écrit pour une fois en collaboration avec Lockett Pundt, son vaillant "bras-droit" chez Deerhunter, en fait assurément partie. "Fading Frontier" est une nouvelle pierre à l'édifice, une nouvelle démonstration du talent polymorphe de Cox, une facette plus pop qu'à l'accoutumée.
Un titre comme "Take Care" vient même faire la nique à Beach House et tout ça, avec un naturel et une décontraction désarmants. Après, on pourra toujours lui reprocher de tourner inlassablement autour du disque parfait, de son chef d'oeuvre qui reste encore à écrire. Mais en a-t-il seulement envie ? En a-t-on seulement envie ? La vie est trop courte pour s'emmerder avec les chefs d'oeuvre : pas faux.

Clip de "Snakeskin" :

Clip de "Breaker" :

Clip de "Living My Life":

14 octobre 2015

Bertrand Belin - Cap Waller

Bertrand Belin est un de ces rares chanteurs qui avancent continuellement. Ses albums se suivent et ne ressemblent pas tout à fait. Chaque fois, sa musique se colore d'une teinte nouvelle. Ici, les arrangements sont plus soignés qu'à l'accoutumée, plus denses. Ceux qui écouteront trop rapidement n'y verront qu'une chanson française ennuyeuse et plate aux paroles absconses. "Cap Waller" est moins uniforme que le précédent "Parcs". Un titre comme le magnifique "Je Parle en Fou" est même étonnamment dynamique, donne presque envie de danser. Un comble quand on connaît la réputation austère de la musique de Bertrand Belin. Le chanteur dégage une classe à l'ancienne, désuète, tout en sobriété et en maîtrise, qui rappelle fortement Alain Bashung, influence évidente. Son sommet reste pour moi, son formidable "Hypernuit" de 2010, même si'il est plus consensuel. 
Le Breton, fidèle au tempérament qu'on porte habituellement aux habitants de sa région, avance à son rythme, comme bon lui semble, sans s'occuper du temps qui passe ni des modes. Sa musique n'en a que plus de caractère et si, parfois, on a du mal à le suivre, le bonhomme - après avoir publié son deuxième roman, "Requin" en début d'année - emprunte une voie exemplaire. Belin continue en effet de faire souffler un vent de liberté sur la chanson française, un vent de folie, comme en témoigne les singles "Folle folle folle" ou "Je parle en fou" - voilà pourquoi on ne comprend pas toujours bien ce qu'il chante :-) On a besoin que des gens comme lui parviennent à garder un tel cap. Salvateur. 

Clip de "Je parle en fou" :

Clip de "Folle folle folle" :

1 octobre 2015

Thousand - Thousand

Il a fallu que je me décide à aller voir les russes de Motorama en concert le 26 octobre - pendant les vacances de la Toussaint - au Café de la Danse, à Paris pour que je commence à écouter vraiment Thousand, la première partie de la soirée. Pourtant, la très recommandable revue Magic avait déjà encensé le deuxième disque de Stéphane Milochevich, en en faisant son album du mois de mars. Sept ans ont été nécessaires pour que le chanteur trouve une suite à un premier essai qui avait enthousiasmé une bonne partie de la critique. Pour ma part, j'étais passé complètement à côté. Il s'en est donc fallu de peu pour qu'une fois de plus, je demeure indifférent. Cela aurait été bien dommage tellement ce nouveau disque éponyme propose à entendre. A l'image de sa très belle pochette, on a affaire à une pop-folk foisonnante. Il est difficile de ne pas évoquer une évidente filiation avec Syd Matters - Milochevich était d'ailleurs responsable de l'artwork sur le chef d'oeuvre de ce dernier, "Brotherocean" -, mais en plus lo-fi et coloré. C'est, sans surprise, l'excellent label Bordelais Talitres qui a signé le monsieur.
Thousand porte bien son nom : on y entend mille choses différentes, plus belles les unes que les autres. Il n'y a pas de temps faible, hormis un titre ou deux en retrait ("The Break Of Day"). On pourra aussi chipoter sur l'accent anglais parfois approximatif et surjoué. Le mariage de la chaleur de cette musique avec les glaçons de Motorama promet d'ores et déjà un bien beau cocktail. Une soirée enivrante, assurément.

Clip de "The Flying Pyramid" :

Clip de "To Dance In A Circle Of Fire" :