31 août 2015

Timber Timbre, Ratatat, Algiers, Thurston Moore Band, Girl Band, Fuzz - La Route du Rock - 14 août 2015

Les vacances en repos de la musique à papa ont duré plus longtemps que les autres années. Du coup, me voilà bien tardif dans la chronique de mon rendez-vous annuel malouin. J'arrive après bon nombre de compte-rendus déjà publiés sur le net. Un de plus ? Surtout qu'à part ceux qui y ont assisté, qui est vraiment intéressé par ce genre de bafouilles ? Mais ce post est devenu pour moi un rituel, marquant indélébilement la fin des vacances, permettant ainsi de passer à autre chose. La rentrée, on en reparle bien sûr très vite. Comme tous les ans, on a choisi avec maman d'assister à une seule soirée sur trois au Fort Saint-Père. Cette fois-ci, c'est la première. Nous ne sommes pas mécontents d'avoir ainsi pu échapper à la défection de dernière minute de la diva islandaise Björk dont la discographie ne nous passionne plus depuis "Homogenic" paru en 1997 (18 ans déjà!). Par contre, nous n'avons pas pu éviter la boue présente une fois de plus à l'entrée du site. Les bottes de pluie sont de rigueur malgré les opérations de drainage effectuées devant la grande scène. Les alentours et la plus petite scène des remparts qui, pour une première fois fait face à l'autre, sont de vrais champs de gadoue. Heureusement, la pluie s'est arrêtée peu de temps avant notre arrivée pour ne plus revenir ou presque. On a choisi délibérément de ne pas débarquer trop tôt pour pouvoir au moins tenir le concert de Ratatat prévu à 1h du matin - c'est qu'on se fait "vieux" ! - et puis le premier set programmé ne nous intéressait guère. Le rock tendance grunge des américains de Wand ne m'a pas touché sur disque, les échos qu'on entend de leur concert à notre arrivée semblent confirmer cette impression. Le timing est aux petits oignons puisque nous rentrons sur le site en nous positionnant devant la grande scène juste pour le début de la prestation de Thurston Moore et de son nouveau groupe. Il est désormais accompagné de la bassiste de My Bloody Valentine mais malheureusement pas ce jour-là de Steve Shelley, l'ex-batteur de ses anciennes jeunesses soniques. Le concert commence sur un petit rythme qu'il ne quittera quasiment jamais. Moore déroule tranquillement son rock. Même quand il fait vibrer les amplis juste en grattant sa guitare contre, on a l'impression qu'il est en roue libre, qu'il n'y croit plus vraiment. Quelque chose est cassé depuis sa séparation avec Kim Gordon. Le coeur n'y est plus. La jeunesse est passée. Pas désagréable, sa musique est pourtant devenue ce qui pouvait lui arriver de pire : prévisible. Dire qu'on s'ennuie à un concert de Thurston Moore, c'est quand même un peu triste à avouer.

Ty Segall et l'un de ses nombreux groupes, Fuzz, montent ensuite sur scène maquillés façon Kiss pour jouer une musique moins kitsch mais moins légère aussi. Ce revival de hard rock seventies : très peu pour nous. Avec maman, on n'attend même pas la fin pour filer en douce et se placer déjà devant la scène des remparts pour un de nos concerts les plus attendus.

Le chanteur des américains d'Algiers a vécu il y a quelques années en Bretagne où il était professeur d'anglais. Ce n'est donc pas quelques gouttes de pluie en été qui le perturbe. Leur musique est l'une des plus intrigantes qu'il m'ait été donnée d'entendre ces derniers temps. Le bassiste et bidouilleur de synthétiseurs rentre sur scène comme possédé, haranguant le public d'un regard noir, et se tapant sur le torse. La plupart des gens incrédules ne comprennent pas bien où il veut en venir. Vaincre son stress ? Ou plutôt donner de l'énergie d'emblée pour faire monter la sauce. La sauce ? Elle prendra bien souvent, même si le groupe est encore un peu jeune, pas complètement à la hauteur des attentes. Mais un titre comme "Blood", leur meilleur, se révèle quand même aussi puissant sur scène que sur disque.

Vient ensuite la formation responsable de mon disque de l'année 2014. Les canadiens de Timber Timbre jouent tout leur concert cachés derrière un épais brouillard rouge. L'effet surprend d'abord, créant une distance. Puis le son prend de l'ampleur, comme la voix de Taylor Kirk. Malgré l'économie d'instruments, notamment l'absence de saxophone, par rapport aux disques, Timber Timbre s'en sort très bien, proposant des versions plus rock de leurs chansons. "Hot Dreams" produit son effet, jusqu'à provoquer l'apparition de la pluie. Vu le titre, pas étonnant qu'il mouille - oui, je sais, c'est trivial. "All I need is some sun shining" demandent-ils ensuite sur l'excellente version live de "Black Water". Le ciel même semble les écouter. Malgré la grandeur de la scène, le groupe parvient à créer un climat intimiste, sorte de cabaret country-rock à l'ambiance lynchienne. Belle confirmation donc, à tel point que tout cela m'a même donné envie de me replonger dans leur discographie passée.

Après, ça n'est pas le même topo. Décidément cette soirée n'a pas son pareil pour varier les styles, à défaut de toujours varier les plaisirs. Les irlandais de Girl Band balancent un rock braillard qui ne ressemble à rien de connu. Le chanteur, clone de Kurt Cobain (ou de Michael Pitt jouant Kurt Cobain) beugle en essayant de déchirer son tee-shirt - il n'y parviendra pas. Les guitaristes ne jouent pas vraiment, disons qu'ils émettent des sons en frottant leurs instruments. C'est souvent énervant pour ne pas dire pire, mais parfois, miraculeusement, ça fonctionne comme sur le dantesque "Why They Hide Their Bodies Under My Garage" où le groupe tient pourtant avec une même phrase et presqu'une même note sur plus de sept minutes. On finit alors par se laisser emporter, en transe. Ça m'étonnerait quand même qu'on y retourne une fois à la maison : trop épuisant pour les nerfs.

Puis, comme si la soirée devait obligatoirement alterner le chaud et le froid, c'est au tour de la dance tous publics de Ratatat d'enchaîner. Le show du duo new-yorkais est ultra-efficace et savamment rôdé avec écran géant et jets de lumière. Les chansons s'empilent comme les couches d'une mille-feuille, d'abord savoureux puis écœurant, à force. Quatre minutes durant, le tube "Abrasive" semble mettre tout le monde d'accord. Le rythme est facile, la mélodie aussi mais il n'y a rien à faire, on se laisse avoir à tous les coups. C'est le concert idéal pour une clôture de soirée : pas prise de tête, lumineux, fun. Tant pis pour Rone programmé juste après. On rejoint la voiture avec les tubes de Ratatat dans la tête, en sachant d'avance qu'ils y seront encore le lendemain matin au réveil.

5 août 2015

20 000 jours sur terre (2014) de Iain Forsyth et Jane Pollard

L'été, c'est souvent l'occasion de rattraper son retard d'oeuvres des mois et des années précédents. Des disques bien sûr, c'est la musique à papa. Mais pas seulement. Des livres aussi - j'en parlerai très bientôt - et même des films. Mais il ne sera question ici que d'oeuvres en rapport avec la musique. "20 000 jours sur terre" est un documentaire-fiction sorti il y a un peu plus d'un an sur Nick Cave. L'australien est devenu au fil du temps une sorte d'icône rock inattaquable, un des rares vivants qui fasse une quasi unanimité. Et ceux qui ont eu la chance de le voir sur scène avec ses mauvaises graines - les fameuses Bad Seeds - savent à quel point c'est mérité. Personnellement, je ne me suis toujours pas remis de sa prestation à la Route du Rock il y a deux ans. Rares sont ceux capables de souffler ainsi le chaud et le froid avec un tel son, dantesque. 20 000 était donc le nombre de jours de présence sur terre de cet artiste hors norme, classe en toute circonstance. Ce film était l'occasion de fêter cet anniversaire et de faire un bilan de carrière et de vie. Cave est bien sûr de chaque plan, chaque instant, maîtrisant parfaitement son image et ne révèle que ce qu'il veut bien nous révéler. C'est toute la différence avec un Jarvis Cocker par exemple dont le film sur son ancien groupe Pulp faisait la part belle aux fans. On se sent immédiatement plus proche de l'anglais. L'australien met tout de suite une distance. Bernard Lenoir, l'ancien célèbre tenancier des (regrettées) soirées rock "pas comme les autres" sur France Inter, ne disait pas autre chose. L'interview de Nick Cave reste comme une de ses pires expériences professionnelles. 

On n'est pas surpris au regard du personnage qui nous est présenté dans le film, sûr de son fait et de son art, assénant comme une vérité absolue sa façon personnelle de d'appréhender les choses, même si cette dernière s'avère souvent juste et sage. Cave semble vivre en vase clos dans son petit cottage à Brighton, avec femme et enfants. Femme à laquelle il fait d'ailleurs dans "20 000 jours sur terre" une magnifique et très originale déclaration d'amour. Mais la disparition récente et tragique de l'un de ses fils, tombé du haut d'une falaise, comme un mauvais remake de "Broadchurch", émeut évidemment. Comme la preuve que les stars restent de simples humains. Qu'eux aussi ne peuvent pas tout gérer et prévoir. Le film n'aurait sans doute pas eu la même approche, l'artiste les mêmes certitudes. Même si ce film n'a pas permis de briser réellement l'armure et de se sentir plus proche du chanteur, on pense bien à lui et à ses proches dans ces terribles moments qu'aucun parent ne devrait vivre.