29 juin 2015

Unknown Mortal Orchestra - Multi-Love

Unknown Mortal Orchestra enfonce le clou avec ce "Multi-Love" qui est sans doute à ce jour leur meilleur album. Les basses sont omniprésentes et finissent par tout emporter sur leur passage, telles des lames de fond. La production, surtout, a gagné en profondeur. Leur premier disque contenait quelques très belles chansons comme "Ffunny Frends" mais le son était mal assuré, un brin brouillon. Sur le suivant, il y avait bien quelques merveilles comme "Swim and Sleep (Like a Shark)" mais la qualité ne se maintenait pas sur la longueur et puis surtout, le son restait cadenassé. "Multi-Love", c'est un son en trois dimensions, qui prend tout l'espace et un groupe qui trouve enfin sa place. Unknown Mortal Orchestra devient une formation référence du rock indépendant actuel, assumant pleinement son côté sexy, groovy, enrobant.
La musique de Ruban Nielson, l'homme à tout faire du groupe, est originale : elle réussit à réconcilier les amateurs de rock psychédélique et de soul-funk et même les autres. En cela, "Multi Love" porte donc bien son nom. Pour ce troisième disque, je n'ai pas eu de coups de coeur immédiats pour un morceau en particulier, mais les titres dans leur ensemble ont fait leur chemin dans mon ciboulot, comme d'agréables compagnons du quotidien.

Clip de "Multi-Love" :

"Can't Keep Checking My Phone" :

25 juin 2015

FFS, Les Innocents, Benjamin Biolay, ALA.NI - Paris, Studio 104, Maison de la Radio - 21 juin 2015

Celle-là, je ne croyais pas pouvoir y assister. Il faut dire que j'ai dû en jouer du clic pour parvenir à avoir les précieux sésames. Ceux qui donnaient le privilège d'aller voir gratuitement dans le cadre de la Fête de la Musique les Innocents, FFS (Franz Ferdinand et les Sparks) ou Benjamin Biolay. Une bien belle affiche qui a donc logiquement attiré son lot d'afficionados. Ils étaient nombreux à faire la queue dehors dans l'espoir de désistements. Pas sûr que ceux-ci aient été récompensés. Comme la soirée était entièrement retransmise en direct à la radio, l'ordre des concerts était inhabituel : interdiction de commencer par les moins connus ou les plus calmes de peur de perdre tout de suite les auditeurs. Rien de tel donc que de débuter par les désormais deux Innocents, JP Nataf et Jean-Christophe Urbain, leurs deux seules guitares en bandoulière et leur liste de tubes longue comme le bras, de "L'autre Finistère" à "Colore" en passant par "Un Homme Extraordinaire". On pensait ne jamais revoir ainsi les deux compères qui ont marqué, maman et moi, - surtout maman - notre adolescence : complices, tranquilles, assumant parfaitement leur discographie. La prestation fut évidemment trop courte comme toujours dans ce genre d'occasion. Il faudra les revoir dans d'autres circonstances.

Même constat pour les suivants. Si on m'avait dit que je verrais les Sparks aussi fringants en concert en 2015, qui plus est en compagnie de Franz Ferdinand, je n'y aurais pas cru. Les têtes d'affiche de la soirée furent à l'image de leur réputation scénique : une incroyable machine à tubes capable de faire danser les morts. Russell Maël a fait péter la tenue bretonne, tout en rayures marines jusqu'aux chaussettes. Ron pousse la chansonnette sur l'ironique "Collaborations don't work" et lâche même un sourire avant de partir, ce qui n'est pourtant pas dans les habitudes de la maison. Une partie du public pourtant réputé statique de la Maison de la Radio finit déchaîné sur scène au milieu du "super-groupe", sautant dans tous les sens sur les deux grands succès des formations respectives : "This Town Ain't Big Enough For The Both Of Us" et "Take Me Out".

 Difficile d'enchaîner après ça. Il faut bien attendre une vingtaine de minutes pour que Benjamin Biolay et son groupe se préparent et commencent enfin leur set. L'ambiance n'est pas la même. On est plus à la cool, dans une ambiance feutrée. Le chanteur français a eu la curieuse idée de faire un nouveau disque en reprenant uniquement le répertoire de Charles Trénet. Les présentateurs de France Inter ont beau dire, Biolay a beau faire : Trénet, ça a quand même vieilli. Tout cela n'est pas déplaisant, dans un style presque "jazz manouche", mais c'est lorsqu'il s'attaque à son propre répertoire que Biolay fait vraiment mouche, comme avec "La Superbe" ou "Brandt Rhapsodie"; Jeanne Cherhal vient d'ailleurs l'accompagner, comme sur disque, pour cette dernière chanson, originale et réussie. En tout cas, ce n'est pas étonnant que le chanteur divise, son style nonchalant donne l'impression constante de désinvolture. Quand on voit qu'il passe du piano à la trompette ou au violon avec la même facilité, on reste quand même subjugué.

Enfin, la soirée se finit avec une parfaite inconnue (pour moi) : ALA.NI. Déjà qu'une partie du public avait fuit après FFS, on n'est plus très nombreux, encore présents dans la salle. C'est dommage car il ne faut pourtant pas deux secondes pour s'apercevoir de la qualité vocale exceptionnelle de la jeune chanteuse. On dirait une gamine qui a eu la chance d'avoir un super joujou et qui s'en excuse. C'est un diamant brut, on pense tout de suite aux plus grandes, Billie Holiday notamment. Elle n'est pas encore très bien servi par les accompagnements, trop délicats, presque tout à la gloire de sa voix - mais comment faire autrement? Il faut dire que c'est le guitariste de Biolay qui officie à la rescousse de son musicien resté bloqué à l'aéroport nous dit-on. C'est, au final, une impeccable soirée, sans fausse note, qu'on aurait aimé bien plus longue... Une belle fête de la musique. Une victoire de la Musique.

23 juin 2015

Alexandre Delano - Eau

Quand Jean-Louis Murat veut bien s'ouvrir aux autres, il produit de petits miracles. Son disque "A Bird On A Poire" réalisé à plusieurs avec Jennifer Charles et Fred Jimenez était un bijou de fantaisie pop aux accents délicieusement sixties. Son dernier album en date avec ses voisins de The Delano Orchestra est un de ses meilleurs. On y entend les somptueux arrangements d'un certain Alexandre Delano. Jusque là, le monsieur chantait uniquement en anglais avec son groupe. Murat l'a poussé à s'exprimer enfin dans la langue de Molière et c'est ce qui pouvait lui (nous) arriver de mieux. Ce premier disque solo est une belle réussite. Même si le chanteur n'a pas une voix renversante, il l'utilise à merveille, y invitant régulièrement une camarade de jeu, en l'occurrence sa compagne, Emilie, histoire d'inciter une plus grande harmonie. Le son est d'abord chaud, chaleureux ("Pénélope"), puis se fait par moments plus rugueux ("Madeleine"), prouvant que Delano en a sous la pédale, ce qu'on ne doutait pas, vu ses antécédents.
Mais alors, ces textes en français ? Ils parlent d'amour, de nature beaucoup, d'eau surtout, sont simples sans être simplistes. Mais, plus que les paroles, c'est la musique qui étonne, assez éloignée du rock plutôt rythmé de son groupe. Les morceaux sont de sensibles miniatures pop. Voilà encore un chanteur français à suivre, dans la lignée de beaucoup d'autres mais qui réussit à avoir sa petite touche personnelle. Murat ne s'était pas trompé. Il y avait une vraie source (d'où le titre "Eau" ?), là-bas, quelque part, en Auvergne... Elle n'a pas l'air de vouloir se tarir. Tant mieux.

Clip de "Orage" :

Clip de "Pénélope" :

19 juin 2015

Top albums 1978


En 1978, on est en plein ce qu'on a appelé le post punk. Le punk étant par essence éphémère, il ne connut son heure de gloire que sur la seule année 1977 ou presque. Howard Devoto, l'ayant compris avant tout le monde, délaisse les Buzzcocks, un des fers de lance du mouvement, pour monter Magazine, qui anticipera la new wave, même si un disque comme "Real Life" reste aujourd'hui toujours aussi unique en son genre. Il est en tout cas mon album préféré de ce millésime. Derrière l'appellation post punk, se cachent des albums qui n'ont rien à voir, par exemple les hurluberlus de Devo, sorte d'equivalents débiles des Talking Heads. Pas chien, Brian Eno produira aussi bien les 2 groupes, pour 2 disques importants de 1978. Les anglais de Wire ou les américains de Pere Ubu peuvent s'enorgueillir du titre de formations cultes du post punk. Les premiers pour leur vision hétéroclite et très carré du punk, les seconds pour l'aspect plus expérimental de leur démarche, un genre de punk à outrance, poussant leur hallucinant et halluciné leader David Thomas à devenir même... témoin de Jéhovah. Le reste du classement est composé de formations punk plus "classiques" comme les trop méconnus The Adverts ou les plus renommés The Jam, de filles alors hautement fréquentables comme Kate Bush et Blondie et enfin d'un des groupes les plus influents de l'histoire de la musique moderne, Kraftwerk. "The Man Machine" est leur chef d'oeuvre. C'est dire l'importance de la chose.


10- The Adverts- Crossing The Red Sea With The Adverts
The Adverts avaient tout pour devenir énormes: un son dans l'air du temps, punk et mélodique, un chanteur à forte personnalité et sa femme sexy à la basse. Mais bizarrement, ça n'a pas pris, ou alors uniquement sur ce premier disque qui n'a rien à envier aux meilleurs spécialistes du genre, des Buzzcocks aux Sex Pistols.


9- The Jam - All Mod Cons 
Troisième album de The Jam classé dans mon top 10 annuel, sauf que comme je les publie dans l'ordre inverse de l'ordre chronologie, "All Mod Cons" correspond au début de l'apogée de la carrière de Paul Weller. Le punk est moins perceptible et les influences pop des années 60 (superbe reprise du "David Watts" des Kinks) et mod sautent aux oreilles. The Jam montre que les anglais ont toujours su produire des groupes sachant condenser à merveille leur héritage musical et culturel.

8- Talking Heads - More Songs About Building And Food
Bon, osons le dire tout de suite, ce "More Songs...", première collaboration entre les têtes parlantes et Brian Eno est loin de valoir les deux suivantes. Ça commence pied au plancher, puis ça ralentit, ça expérimente au risque de lasser et de laisser indifférent. Un disque moins évident qui regorge malgré tout quelques joyaux.


7- Wire - Chairs Missing
Il n'y a rien de mieux pour ne pas vieillir que n'être jamais à la mode. Les anglais de Wire se sont retrouvés un peu par hasard affiliés au mouvement punk. Dès ce deuxième album, "Chairs Missing", ils s'en détachent aisément avec une musique aventureuse et passionnante qui ne se refuse presque aucun dérapage mais toujours contrôlé. Même celui d'écrire des titres ouvertement pop comme les brillants "Outdoor Miner" ou "I am the fly".

6- Pere Ubu - Dub Housing  
Deux disques sur la seule année 1978 pour cette formation totalement hors norme. "The Modern Dance" marquait déjà une profonde différence, mais lâchait par moments l'auditeur en cours de route, par trop d'expérimentations sonores. "Dub Housing" reste ardu pour des oreilles chastes mais en même temps passionnant après de nombreuses écoutes pour les plus persévérants. Le jeu en vaut donc la chandelle. Vous aussi vous hurlerez comme ce damné de David Thomas, le chanteur de Pere Ubu.

5- Kate Bush - The Kick Inside 
C'est le Pink Floyd, David Gilmour, qui a produit le premier disque de Kate Bush. "The Kick Inside" reste pour moi le meilleur album de l'anglaise, le moins formaté. Même si une constante demeure chez elle, cette incapacité pour nous à pouvoir fredonner ses chansons tellement son chant part tout azimut dans les suraigus. Ce disque reste une claque et une inspiration tenace pour nombre de jeunes folkeuses.

4- Blondie - Parallel Lines
Blondie a été l'un des premiers groupes à marier aussi naturellement les guitares punk aux claviers new wave, faisant un genre de synthèse apte à plaire à monsieur tout le monde,. Surtout avec une chanteuse qui est loin d'être madame tout le monde. Deborah Harry surpasse de très loin ses acolytes, faisant d'elle une icône rock intemporelle. "Parallel Lines" est le disque qui rend le mieux hommage à sa réputation.

3- Devo - Q: Are We Not Men? A: We Are Devo!
Ce groupe ne pouvait qu'être éphémère. Un groupe qui revendique dès ses débuts sa débilité ainsi que celle du monde qui l'entoure aura forcément du mal à se renouveler, à trouver plus audacieux. Devo était un concept avant d'être de la musique diront les détracteurs. Mais il faudrait aussi être fou pour ne pas entendre le formidable potentiel des chansons de ce premier album produit par Brian Eno. Rien que pour la reprise de "Satisfaction"...

2- Kraftwerk - The Man Machine 
Les allemands de Kraftwerk, précurseurs de la musique électronique au sens large du terme sortent en 1978 leur grand oeuvre pop avec le bien nommé "The Man Machine". On ne s'est jamais senti aussi proche de machines. "We are the robots..." On se disait bien qu'un album aussi parfait et précis ne pouvait être réalisé par l'homme.

1- Magazine - Real Life
"Hunky Dory" de Bowie rencontre les Buzzcocks, le tout mâtiné d'un zest de synthé. C'est un peu le résumé du premier disque de Magazine. Et c'est plus que réussi. C'est une petite merveille. Le meilleur album de Devoto, enterre dès 1978 le mouvement punk. Bienvenue dans la "Real Life" ! Terrifiant comme sa pochette, terrible comme sa musique.

17 juin 2015

Ron Sexsmith (+ Sam Palladio) - Paris, le New Morning - 15 juin 2015

C'est la première fois qu'on allait, maman et moi, au New Morning, cette célèbre salle parisienne habituellement dédiée au jazz. Il faut dire que ce n'est pas trop le style de la maison. Comme la première partie de la soirée. Sam Palladio, un anglais, plutôt beau gosse et propre sur lui, qui chante (plutôt bien), seul sur scène avec sa guitare en bandoulière. Chaque chanson est replacée en préambule dans son contexte : une pour son grand-père, l'autre pour sa "môman", etc. Un bon gars qui joue une sorte de Bruce Sprinsgteen soft. L'ambiance est tranquille, pépère même. On est parmi les plus jeunes. Sans adhérer pleinement à la prestation, il faut avouer que cela fait du bien parfois, d'écouter de la musique sans se faire prendre en otage ses oreilles. On enchaîne donc rapidement sur la star d'un soir : le joufflu canadien Ron Sexsmith - qui s'est même laissé pousser un double menton. Cela faisait tellement longtemps que j'avais envie de le voir qu'au bout du compte, l'envie m'était quelque peu passée. Le chanteur a maintenant une bonne dizaine de disques à son actif et vingt ans de carrière. La musique de Sexsmith ne bouge pas d'un iota. Elle était démodée en 1995, elle le reste aujourd'hui. Son dernier album en date, "Carousel #1", est presque à l'image du premier, en plus serein. C'est la même pop-folk inspirée de McCartney ou d'Elvis Costello, dont il reprend d'ailleurs en concert, le très beau "Everyday I Write a Book", avec en guest, le pianiste de ce dernier, Steve Nieve, qui semblait traîner là par hasard. On entend un fidèle condensé de son répertoire, des titres des débuts comme l'émouvant "Secret Heart" aux morceaux plus récents en passant par l'assez décalé "Whatever It Takes", connu pour avoir été repris par le chanteur de jazz-variété Michael Bublé. Malheureusement, pas une seule chanson de "Whereabouts", mon préféré, n'est jouée. Qu'il soit seul au piano, à la guitare ou accompagné de sa formation, Sexsmith dégage un charme doux, apaisant. Ses mélodies désuètes et toutes assez semblables s'enfilent malgré tout comme d'agréables et jolies perles. C'est simple, maman et moi, on n'a pas vu passer l'heure et demie en sa compagnie. Et ce n'est pas qu'à cause du confort des canapés du New Morning...

12 juin 2015

Daniel Knox - Daniel Knox

Attention, prière d'écouter ce disque dans le noir, seul ou à deux, et surtout dans le silence le plus absolu. Car cette musique réclame de l'attention, de s'y imprégner pleinement sous peine de passer à côté de son haut pouvoir émotif. Cela faisait bien longtemps que je n'avais pas entendu une telle voix. Le genre de voix qui pourrait chanter le bottin et vous foutre malgré tout les larmes aux yeux. Daniel Knox, à ne pas confondre avec Chris Knox, le Néo-Zélandais dont l'univers musical foutraque et lo-fi est presque à l'opposé - est américain, a un physique de bûcheron - c'est lui, dessiné sur la pochette de l'album - et donc un coffre hors norme. Ce disque est son troisième. Il a aussi déjà travaillé avec David Lynch sur la bande originale de "Inland Empire" et Jarvis Cocker - excusez du peu. On pense évidemment à Scott Walker (en plus dépouillé), celui de la fin des années 60, quand sa musique s'adressait encore au commun des mortels.
La musique de Daniel Knox, où chaque son, chaque note, chaque intonation est pesée, est de celles qui obligent l'auditeur à s'impliquer. Ceux qui voudront, pourront et sauront le faire auront gagné un beau compagnon. "You Can't Win" nous dit-il pourtant dès les premières notes du bouleversant "Blue Car", presque vaincu d'avance. A vous de voir. Pour ma part, la cause est entendue : magnifique.

Clip de "Blue Car" :

Clip de "Don't Touch Me" :

Daniel Knox devait jouer le 6 avril dernier à l'Espace B à Paris. Malheureusement, comme il n'y a pas eu assez de billets vendus, son concert s'est finalement déroulé en appartement, dans le XVIIème arrondissement. Le site "Le Cargo" l'a filmé et c'est visible là :

10 juin 2015

Les Innocents - Mandarine

Les Innocents font partie de ces très rares formations (y en a-t-il d'autres ?) apparues en France dans les années 80 et qu'on n'a pas honte d'écouter encore aujourd'hui. Leur musique s'est même bonifiée avec le temps : que de chemin parcouru depuis "Jodie" sortie en 1987 ! Mais bon, d'autres groupes plus illustres ont commencé avec des choses dispensables et nettement plus embarrassantes, alors, on ne leur en tient pas rigueur. Au contraire, on s'en sent d'autant plus proches qu'ils ont grandi en même temps que nous. Les Innocents n'avaient pas donné de nouvelles discographiques depuis plus d'une décennie. Mais on devinait depuis quelques temps que cela n'allait pas durer. Les deux leaders JC Urbain et JP Nataf s'étaient réunis à plusieurs reprises en concert. D'ailleurs, on se demande bien ce que sont devenus les autres membres. Ce sont les deux compères qui s'affichent seuls sur la pochette, contrairement aux précédents disques. 
Cette "Mandarine" ressemble plus aux deux formidables disques solo de JP Nataf, "Plus de Sucre" et "Clair" qu'aux anciennes oeuvres des Innocents. C'est la même texture sonore, les mêmes jeux sur les mots, la même maturité musicale. Car c'est de cela dont il s'agit, de maturité, même si Urbain y apporte quelques connotations plus pop, lumineuses et bienvenues. "Mandarine" s'impose comme le meilleur disque du groupe, pas le plus immédiat ("Fous à lier" répond plus à ces critères là) mais le plus long en bouche, le plus savoureux. Du nectar, je vous dis.

Clip de "Les Philharmonies Martiennes" :

8 juin 2015

FFS - FFS

C'est la rencontre improbable de deux formations autrefois brillantes et désormais en bout de course. Les premiers, les frères Maël, alias les Sparks, officient depuis plus de quarante ans. Ils ont connu leur heure de gloire dès leurs débuts avec une paire de disques flamboyants, les toujours impeccables "Kimono My House" et "Propaganda" (et un degré moindre pour "Indiscreet"). Ensuite, il y a bien eu un regain de forme lors de leur période disco avec la collaboration du maître du genre, Gorgio Moroder, qui culminera avec leur plus grand tube en France, "When I'm With You" - Bon ok, c'est sans compter aussi le duo avec les Rita Mitsouko, "Singing in the shower". Depuis, les frères peinent à séduire vraiment, malgré des prestations live qui, paraît-il, tiennent encore la route. Les seconds ont cassé la baraque en 2004 avec un premier album et single ("Take me out") dévastateurs. Depuis, les Ecossais de Franz Ferdinand semblent tourner en rond, mais restent une formidable machine live. 
Que peut-on donc attendre d'une telle collaboration ? Qu'elle ne marche pas (comme dans l'ironique "Collaborations don't work") et que les deux groupes se ridiculisent. Il n'en est rien, car c'est une belle réussite. L'alchimie fonctionne, même si on entend plus les Sparks que Franz Ferdinand. Question de personnalité sans doute. N'empêche ce disque sobrement intitulé FFS, comme le nouveau super-groupe, plus qu'un pas de côté, est un véritable pas en avant pour chacune des deux carrières. De là à dire qu'il y aura une suite... En tout cas, il serait dommage d'arrêter une telle machine à tubes.

Clip de "Johnny Delusional" :

Clip de "Piss Off" :

"Police Encounters" :

5 juin 2015

Flavien Berger - Léviathan

Décidément, je retrouve goût aux nouveautés en ce moment, ça doit être lié à l'arrivée des beaux jours... Après les américains de Algiers, voici un autre nouveau son mais cette fois-ci en provenance de chez nous. En effet, la musique de Flavien Berger ne ressemble à rien de connu. Esthète du son, à la manière d'une Emilie Simon (en plus fun), ce premier disque serait la rencontre idéale entre l'univers décalé d'un Sébastien Tellier et celui plus cérébral de Kraftwerk, réussissant l'exploit de tirer le meilleur parti des deux. Les morceaux s'étirent souvent sur plus 5 minutes atteignant même sur le titre éponyme final les 15 minutes, mais jamais ils ne sont lassants.  Ils changent progressivement de directions, avancent toujours, mais en lévitation, et nous voilà, transportés, comme en apesanteur - il faut d'ailleurs regarder les très beaux clips associés qui viennent accentuer le sentiment de voyage. Flavien Berger voit son album comme une sorte de  jeu vidéo, soulignant l'aspect ludique de sa musique. Le dernier titre à rallonge constitue alors une sorte de "boss de fin de niveau". Un jeu vidéo oui, mais dans lequel on n'aurait rien à faire d'autre que de se laisser aller...
La comparaison serait donc plus significative avec une fête foraine, dont il est d'ailleurs question dans un des meilleurs morceaux, "La Fête Noire". Mais une fête foraine, avec des loopings au ralenti, qui ne provoque pas de maux d'estomac, qui permet juste de s'évader... Décidément, il est compliqué de résumer la musique de ce "Léviathan" et c'est évidemment ce qui en fait son principal attrait. Alors, trêve de bavardage et à votre tour de vous laisser transporter...

Clip de "La Fête Noire" :

Clip de "Abyssinie" :

3 juin 2015

Algiers - Algiers

Chaque année, c'est le même dilemme : Route du Rock ou pas Route du Rock ? Et si oui, quel jour ? Oui, je ne me suis jamais résolu à enchaîner 3 jours de concerts d'affilée. C'est peut-être idiot mais je préfère la qualité à la quantité et j'ai l'impression que même une excellente programmation aurait raison, à force, de mon enthousiasme sur la durée. Cette année, plus que l'année précédente, le choix fut difficile. En 2014, il avait suffi d'un nom, Portishead, pour me convaincre. Cette fois-ci, il y a bien Timber Timbre - mon disque de l'année 2014 que je n'ai toujours pas vu en concert - mais entouré de bourrins notoires (Fuzz, Wand ou Girl Band) ou de groupes électros (Ratatat et Rone). Bref, j'hésitais à y aller pour si peu de temps. Puis, Algiers, un trio américain originaire d'Atlanta a aussi été annoncé parmi la programmation de la journée du 14 août et là, l'hésitation n'était plus de mise. La musique de ces nouveaux venus est puissante, différente, un mélange de post-punk, de gospel et de soul, pas très éloigné du TV On The Radio de "Wolf Like Me".
Un rock qui claque, qui vous prend aux tripes et vous donne des frissons. Cela faisait bien longtemps qu'un disque n'avait pas bousculé ainsi mes certitudes. Le genre de certitudes qui me persuadaient que tout ou presque avait déjà été fait, que plus personne ne prenait réellement de risques. Algiers fait du rock de casse-cou, mais d'une parfaite cohérence quitte à lasser tant l'auditeur pourra se sentir pris au piège. Mon année musicale décolle enfin, ça promet un bel été !

Clip de "Blood" :

Clip de "Black Eunuch" :

1 juin 2015

Christopher Owens - Chrissybaby Forever

Il a surpris tout son monde avec ce nouvel album que personne n'avait vu venir. Christopher Owens, l'ancien chanteur de Girls revient donc aux affaires avec un troisième disque (en 3 ans!), "Chrissybaby Forever", fait cette fois-ci à la maison. Et plus encore une surprise en terme de timing, c'est une surprise en terme de qualité. Jusque là, je trouvais sa musique sympathique et agréable, sans plus. Pour moi, on n'en faisait trop sur son compte. Mais, un peu à l'image d'Ariel Pink (un autre branleur blond) en moins azimuté quand même, Christopher Owens pourrait remonter en flèche dans la liste de mes chanteurs préférés. Ce disque ne paie, à priori, pas de mine et c'est aussi ce qui fait son charme : des mélodies pop qui trottent gentiment dans la tête, un côté kitsch assumé, arrangements et textes compris, et une vénération toujours plus forte envers Lawrence, l'ancien leader de Felt (le titre "Me Oh My" aurait pu être écrit par le groupe anglais à sa grande époque). Sur "Heroine (Got Nothing On You)", Owens se la joue crooner décalé, posture dans laquelle il excelle. Les deux titres "When You Say I Love You" et "I Love You Like I Do" s'enchaînent à merveille, constituant un diptyque amoureux idéal.
Ce disque inattendu est donc une divine surprise et donne dès la première écoute une furieuse envie d'y revenir. Finalement, c'est lorsqu'il commence à provoquer une certaine indifférence voire une lassitude, lorsque le buzz est retombé, que le chanteur me touche le plus. "Chrissybaby Forever" est déjà en bonne position pour devenir mon disque de l'été 2015, voire plus si affinités.

Clip de "To Take Care Of Myself Again" :