23 janvier 2015

Siskiyou - Nervous

Siskiyou, c'est le nom d'un coin reculé des États-Unis, tout au Nord de la Californie, un comté oublié, en référence à la chaîne de montagnes qui y occupent une partie de son territoire. C'est aussi le nom de la formation de deux anciens membres de Great Lake Swimmers, rien que le nom rappelait les grands espaces. Sur ce troisième album sorti sur le mythique label de post-rock canadien Constellation Records, leur musique évoque largement le rock du cru, celui inspiré par le Arcade Fire des débuts, celui de l'inépuisable "Funeral" : même voix, même rock lyrique, aimant les envolées, les montagnes russes. Le feu sous la glace. Normal, me direz-vous, on doit les arrangements de cordes, au même personnage, l'incontournable Owen Pallett, qui, au final, me fait souvent meilleure impression quand il se met aux services des autres que quand il travaille pour son compte personnel.
Autre compagnon indispensable du rock qui compte, le saxophone de Colin Stetson est aussi présent ici. Bref, quand on invite la crème du rock indépendant canadien, le résultat est forcément à la hauteur. Siskiyou signe son meilleur disque, haut la main. A défaut d'autres choses, la musique est très belle en 2015. C'est déjà ça.

Clip de "Jesus In The 70s" :

21 janvier 2015

Benjamin Clementine - At Least For Now

Ça y est, le tant attendu premier album de Benjamin Clementine sort enfin, ce Londonien d'origine ghanéenne qui s'est fait connaître en chantant dans le métro... parisien. "At Least For Now" rassemble le meilleur des EP sortis précédemment et les morceaux inédits ne souffrent pas de la comparaison. Bref, le gars semble en avoir sous la semelle. On y entend toujours sa voix ample, chaude et caressante, son piano au diapason, quelques cordes, des arrangements sophistiqués, parfois électroniques. De la musique avec un grand M, transcendant les styles, évitant toujours le piège de la facilité. Quelqu'un qui embrasse dans le même mouvement des gens aussi divers que Nina Simone, Erik Satie, Antony Hegarty ou Jacques Brel ne peut qu'imposer le respect et forcer l'admiration du plus grand nombre.
Quel plaisir d'écouter cette musique, de se laisser aller à suivre ce chanteur dans ses acrobaties vocales ! Les yeux fermés. Loin du monde. De ce monde qui nous paraît plus abjecte que jamais en ce début 2015. Mais la mélancolie a souvent engendré les plus belles productions artistiques. Il nous reste au moins ça. Beau à pleurer.

Clip de "Cornerstone" :

Concert à emporter :

19 janvier 2015

Viet Cong - Viet Cong

Ça commence de manière brutale, comme une déclaration de guerre. Ces Canadiens aiment se ranger du côté des réputés plus faibles, que cela soit le sexe (on retrouve dans Viet Cong, deux membres de Women) ou de politique avec ce nouveau groupe. Les Français penseront forcément à une formation du cru dont le nom rappelle le même conflit ou presque, la guerre d'Indochine, puis celle du Vietnam. À l'écoute de leur musique, on s'aperçoit pourtant rapidement de l'absence d'accointances entre les deux groupes, les Canadiens étant autrement plus passionnants que les auteurs de "Canary Bay, des filles qui s'aimay..." Pas de pose, pas de look savamment étudié, pas de volonté de copier qui que ce soit. Des influences étonnamment variées de Sonic Youth à Syd Barrett, en passant par le mouvement post-punk. Un premier disque de seulement sept titres mais ceux-ci sont tellement denses qu'il faut de multiples écoutes pour en venir à bout. Des guitares mises en avant, libres de gambader où bon leur semble, hors de tout cadre. Le cadre, c'est la rythmique impeccable qui l'assure, montrant ainsi que malgré les apparences, tout cela est admirablement construit. 
Et puis, il y a des titres qui frappent d'emblée par leur évidence, "Continental Shelf" en fait indéniablement partie, capable de marier les coups et les caresses dans le même tourbillon sonore. 2015 est à peine commencée qu'on tient déjà une réussite majeure. Peu importe le combat et les idées, on se rangerait volontiers derrière ce Viet Cong là.

Clip de "Continental Shelf" :

5 janvier 2015

Rémi Parson - Précipitations

Ne pas se fier à sa tête de jeune premier ou de grand adolescent, Rémi Parson n'est pas un débutant. Il a commencé à faire parler de lui dès l'an 2000, avec un projet du nom de Electrophonvintage, d'abord solo, puis accompagné, mais aussi en duo avec sa femme, Delphine Bost, au sein de The Sunny Project. Le style a peu évolué depuis le début. C'est une pop lo-fi en mode mineur et mélancolique, faisant la part belle aux synthétiseurs. Elle est inspirée par la new wave française (Taxi Girl) et la twee pop anglaise (Field Mice). Ce qui a changé, c'est le chant enfin français (pour surfer sur la vague actuelle, de Lescop à Aline en passant par Marc Desse ?). Le gars est pourtant exilé à Londres depuis plus de huit ans. C'est grâce aux excellentes compilations de La Souterraine que j'ai enfin pu le connaître. "Précipitations" est son premier disque sorti sous son nom et c'est une vraie révélation. 
Une pluie de belles mélodies qui vous trottent rapidement dans la tête. Sorti le 1er janvier de cette année, c'est donc le premier disque de 2015. Magnifique entrée en matière (en plus l'album est téléchargeable gratuitement depuis le site du label Objet disque, ça serait dommage de s'en passer)... J'en profite pour vous souhaiter une belle et heureuse année à tous. 

Clip de "Gomina" :
 
Clip de "Droguerie" :