24 octobre 2014

The Coral - The Curse Of Love

Quand les historiens se pencheront sur notre époque, il est évident que dans les groupes importants de la pop anglaise des années 2000, ils citeront The Coral. "The Curse Of Love" aurait dû sortir en 2006, entre "The Invisible Invasion" produit par le Portishead Geoff Barrow et "Roots And Echoes". Pour d'obscures raisons de maison de disques, il est passé à la trappe. Huit ans après, le groupe de James Skelly, décide de le ressortir des cartons, sur leur propre label, Skeleton Key, au moment où The Coral est en pause. Comme prévu, c'est une fois de plus de la très belle ouvrage, ultra mélodique sans être simpliste, une suite de chansons à tiroirs qui tiennent immédiatement en haleine. The Coral sont pour les connaisseurs devenus aussi indispensables que d'autres Liverpudliens, comme les Pale Fountains ou les Echo and The Bunnymen en leur temps.
Ils sont la preuve éclatante que l'époque peut encore produire des groupes qui comptent, en dehors de toute mode. Des groupes pour qui la musique et la mélodie passent avant toute chose. Des groupes devenus rares et chers. A écouter sans modération donc.

Clip de "The Curse Of Love" :

22 octobre 2014

Nancy Boy - Love, etc.

Il y a d'abord ce drôle d'accent précieux qui transforme par exemple "Rose" en "Rousse" et qui pourrait en agacer plus d'un. Ce physique mi-femme, mi-homme, à l'image du pseudo, Nancy Boy, androgyne, en référence au premier disque de Placebo au moment où ceux-ci étaient encore crédibles ? Un hommage à la belle ville de Nancy ou plus tiré par les cheveux au parcours de Michel Platini ? Il y a aussi cette pochette et cet indien énigmatique qu'on retrouve aussi dans le clip de "Toi, moi". Des indices disséminés deci delà, qui, au final, ne nous apprennent pas grand chose sur la jeune femme prénommée Nancy Zotier. Alors, on écoute l'essentiel : la musique. Et franchement, c'est emballant. Le son est chaud, enrobant. Les influences sont comme pour beaucoup de nouveautés les années 80 et notamment Daho ("Bleu (as everything)").
Mais il y a quelque chose en plus : une écriture et des arrangements soignés, une constance dans la qualité et un premier album qui tient debout du début à la fin. Assez rare pour le signaler et encore une artiste poussée par Microcultures qui a même réussi à sortir malgré le peu de contributions. Comme quoi, les vrais talents n'ont besoin de personne pour éclore, même si, la prochaine fois, promis juré, on essaiera de les y aider davantage. Il reste déjà à faire partager, parce que ça le mérite amplement.

Clip de "Toi, moi" :

20 octobre 2014

Baxter Dury - It's a Pleasure

Et si ses détracteurs avaient pour une fois raison ? Et si Baxter Dury n'était qu'un sympathique chanteur à l'accent cockney, accessoirement fils de, au patrimoine musical solide mais qui n'inventait pas grand chose ? Si "It's a Pleasure", son nouveau disque était juste pas mal ? Chez moi, c'est peu dire que cette nouvelle livraison était attendue puisque la précédente avait trusté à l'unanimité de moi même la première place des meilleurs albums de 2011. Trois ans après, on continue dans la même veine, à peine plus électronique, plus fantaisiste. Avec toujours ces choeurs féminins, ce son brut, clair et chaud, ces petites mélodies enfantines et ce chant traînant, presque parlé. Dury en crooner décalé ("Beautiful babies are still crying all night", "She's just an angry neighbour. She wants to fuck you now"), à la cool, en dandy à l'humour et au ventre à bière tout britannique. 
Si certains pourront préférer ses deux premiers disques moins pop mais plus référencés (le Velvet surtout) je trouve que depuis "Happy Soup", il a réussi à se forger un style assez unique, en y mariant un zeste de Jarvis Cocker. Au final, c'est encore un "Pleasure" auditif. Rien à faire que la face du monde n'en soit pas changée, ces bombinettes pop continuent de m'enchanter invariablement.

Clip de "Pleasure" :

Clip de "Palm Trees" :

17 octobre 2014

XTC - Easter Theatre (1999)

Mais pourquoi je vous parle aujourd'hui de XTC alors qu'il n'y a pour ainsi dire aucune actualité les concernant ? Parce que j'ai le droit, c'est mon blog et pour une fois au diable l'actualité ! Ce groupe anglais ne s'est d'ailleurs jamais inscrit dans aucune mode et c'est ce qui en fait tout son prix. A part peut-être à leurs débuts le temps de leur seul succès notable, "Making Plans For Nigel". Débuts qui les a vus se rapprocher de groupes en vogue comme les Talking Heads avec lesquels ils partageaient le goût d'un rock ouvert aux quatre vents. Tout au long de leur carrière, XTC n'aura de cesse de se renouveler. Si d'aucuns pensent que leur meilleur période, une fois n'est pas coutume pour un groupe, correspond aux années 80, avec des albums tels "English Settlement" ou "Skylarking" où ils mêlaient les Beatles à une musique d'inspiration moyen-âgeuse, je garde une nette préférence pour "Apple Venus vol. 1" sorti en... 1999. Pour le son moins daté d'abord, mais surtout pour une chanson. Un de ces chansons qui justifient à elles seules qu'on monte un groupe pour faire de la musique. Parce que tout y est à sa place, tout y sonne incroyablement juste. Des miracles comme ça, ne courent pas les rues. Ça valait bien que je fasse une entorse à l'actualité. Surtout que je pars en vacances pour deux semaines... très, très loin. Je vous ai déjà préparé quelques petits billets de derrière les fagots pendant que je serai absent. Portez vous bien et à très bientôt.

Gold sun rolls around
Chocolate nipple brown
Tumble from your arms
Like the ground, your breasts swell

Land awake from sleep
Hares will kick and leap
Flowers climb erect
Smiling from the moist kiss of her rainbow mouth

Stage left
(Enter Easter and she's dressed in yellow yolk)
Stage right
(Now the son has died, the father can be born)
Stand up
(If we'd all breathe in and blow away the smoke)
New life
(We'd applaud a new life)

Odin mounts the tree
Bleeds for you and me
Splashing on the lamb
Gamboling with spring's step

Buds will laugh and burst
Racing to be first
Turning all the soil
As the promptress' fingers through her spinning script

Stage left
(Enter Easter and she's dressed in yellow yolk)
Stage right
(Now the son has died, the father can be born)
Stand up
(If we'd all breathe in and blow away the smoke)
New life
(We'd applaud a new life)

Easter in her bonnet
Easter in her hair
Easter are the ribbons
She tied everywhere

Stage left
(Enter Easter and she's dressed in yellow yolk)
Stage right
(Now the son has died, the father can be born)
Stand up
(If we'd all breathe in and blow away the smoke)
New life
(Hey)

Stage left
(Enter Easter and she's dressed in yellow yolk)
Stage right
(Now the son has died, the father can be born)
Stand up
(If we'd all breathe in and blow away the smoke)

In her bonnet
(Easter )
Everywhere

Easter
Easter
Easter
Easter

15 octobre 2014

Kevin Morby - Still Life

Demandez à un professeur de notre éminente Education Nationale ce qu'il pense des Kevin, de ce prénom habitué à jouer les perturbateurs du fond de la classe. Vous aurez sans doute une belle unanimité pour lutter contre le fléau pandémique des Kevin. Et ce n'est pas cette tête à claque de Kevin Adams, rebaptisé Kev' par peur de la disgrâce, qui viendra me contredire. Les Kevin sont énervants d'assurance, privilégiant la répartie ou plutôt l'insolence comme arme avant même le savoir et la compétence. Les Kevin seraient aussi les représentants d'une certaine jeunesse que nous ne supportons pas, que nous ne comprenons pas. Quand un Kevin nous vient de l'autre côté de l'Atlantique, on se montre quand même plus indulgent. Là-bas, le prénom semble plus évident. Il n'a pas la même connotation, celle de la sous-culture américaine justement, proximité oblige. Quand on écoute la musique de Kevin Morby, on se dit même qu'il y a toujours des exceptions pour confirmer une règle - Kevin Barnes aussi. Pas une exception en terme d'agacement, car sous des abords nonchalants, le gars possède un sacré talent. 
Celui de rappeler tour à tour Dylan, Young ou Reed et puis un tas d'autres moins connus comme plus récemment le très doué Cass McCombs. Morby réinvente une musique mille fois entendue, belle, simple et sincère, à mille lieux des préjugés que nous avions sur les Kevin. Une musique qui ne doit rien non plus au jeunisme, convoquant les illustres aînés. Kevin Morby pourrait donc réconcilier bien des professeurs avec ce satané prénom. Ne dit-on pas que la musique adoucit les moeurs ?

Clip de "All Of My Life" :

13 octobre 2014

Murat & The Delano Orchestra - Babel

Murat est devenu au fil du temps une valeur sûre de la musique d'ici, alignant régulièrement les bons disques comme certains enfilent les perles. En dehors du circuit médiatique de part son repli physique dans son Auvergne natale mais en même temps au coeur de l'arène à chaque période de promotion que pourtant il exècre. Car victime de son caractère trempé et bourru, il est ce qu'on appelle vulgairement un "bon client", ne mâchant pas ses mots, incapable de langue de bois. Murat est une bête curieuse, rassurante car immuable. Cette livraison annuelle pourrait peut-être changer la donne. Parce que, pour une fois, Murat a accepté de se faire aider par des voisins, The Delano Orchestra, musiciens émérites qui viennent aérer sa musique, lui ouvrir enfin des portes. "Babel" est donc une sorte de petit miracle, prenant le meilleur de chacune des parties en présence : le verbe et le sens de la mélodie du chanteur, les très beaux arrangements du groupe. Une tour, 20 titres, qui parle toutes les langues, du plus léger au plus grave. Murat y déploie toute sa palette, acquise depuis ses débuts il y a plus de 30 ans, depuis le premier 45 tours, "Suicidez-vous, le peuple est mort" qu'il considère en éternel cabochard comme sa plus grande réussite
"Et n'y plus rien changer" nous dit-il dans le morceau de bravoure "Dans la direction du Crest", du nom d'une petite commune de sa région, région dont il n'a peut-être jamais autant parlé. A l'inverse, "Babel" prouve que tout peut encore changer et donne envie de le suivre. Il semble y avoir là-bas une source, un jaillissement, un refuge qui rassasie, ravive et protège nos vies. En ces temps de crise, de pertes de repères et de valeurs, c'est déjà beaucoup. 

Clip de "J'ai fréquenté la beauté" :

3 octobre 2014

Purling Hiss - Weirdon

A l'heure du retour de Weezer, groupe fantasmé des teenagers des années 90, qui, à mon humble avis, supporte difficilement une écoute prolongée aujourd'hui. Franchement, "Undone - the sweater song", c'est du rock d'étudiants de première année. Bien fait, avec les moyens du bord, ou plutôt des capacités limitées. Mais passé à l'âge adulte, on recherche autre chose, du plus consistant, non ? A la vue des commentaires dithyrambiques glanés sur le net, je me dis que la nostalgie a la dent dure et on ne renie pas comme ça ses premiers émois de rockeurs adolescents. Mais je suis un cas particulier, le grunge et tous les groupes ayant gravité de plus ou moins près autour ont tendance à me soûlent rapidement aujourd'hui. Purling Hiss, plus encore que Dinosaur Jr ou Sebadoh qui ne m'enthousiasment qu'épisodiquement, seraient les seuls capables de me faire encore aimer ce rock indé US.
Parce qu'ils ne sont pas dans la démonstration technique, parce que si dilettante que paraît leur musique, elle ne renonce pas aux jolies mélodies. Parce qu'il n'y a pas l'insupportable voix de braillard d'un Eddie Vedder venant gâcher l'écoute d'une belle balade acoustique ("Running Through My Dreams"). Peut-être parce que ce n'est pas un style que j'écoute régulièrement, les Purling Hiss sont pour moi des outsiders qui mériteraient les honneurs. D'autant que ce "Weirdon" surpasse même le précédent, le pourtant déjà recommandé "Water On Mars". Oubliez donc Weezer et venez donc y jeter une oreille, vous m'en direz des nouvelles...

1 octobre 2014

Arthur H - Soleil Dedans

Il fallait bien que cela arrive. Je n'avais pas encore parlé de ce chanteur, illustre "fils de", mais ayant réussi à se démarquer rapidement de son paternel. D'abord, parce qu'il a su avancer masqué de par son pseudonyme mystérieux, son style inimitable car protéiforme, sa dégaine atypique, enfin sa voix tout de suite reconnaissable. La comparaison va sans doute être trop flatteuse pour certains, mais Arthur H, c'est notre Tom Waits à nous, plus Gainsbourg que Johnny Cash, incapable de mauvais disques. Ce nouvel album n'échappe pas à la règle. Les musiques sont une fois de plus parfaites, alliant des arrangements empruntés du jazz à la pop ("L'autre côté de la lune"). Les paroles fantaisistes, parfois un peu (trop?) légères, sont élégamment en retrait. L'émotion vient même pointer le bout de son nez sur quelques titres à l'enrobage plus classique, comme le sublime "La ballade des clandestins".
C'est l'un des atouts de cet artiste qui n'en manque pas, celui de faire des chansons d'abords simples, mélodiques, mais qui s'avèrent au final bien plus riches qu'il n'y parait. A moins que ça ne soit l'inverse. Il faut savoir faire fi des mauvaises premières impressions, "La Caissière du Super" n'est par exemple pas si bête que prévu. Ce disque est un formidable refuge anti-morosité, qui fait valser les clichés et les étiquettes, avec plein de "Soleil dedans". Populaire avec un grand P. Humain avec un grand H. Bravo.

Clip de "La Caissière du Super" :

En écoute sur Deezer.