27 août 2014

Dignan Porch - Observatory

C'est déjà la rentrée ! Enfin, pas tout à fait. D'ailleurs, aujourd'hui, il est question d'un disque sorti il y a quelques temps déjà. Après deux premiers albums parus sur le label indépendant new yorkais très en vogue Capture Tracks, auquel le magazine Magic vient de consacrer un numéro spécial, les londoniens de Dignan Porch reviennent à la maison ou presque sur Faux Discx, basé à Brighton. Démarche underground s'il en est pour la formation de Joseph Walsh, adepte du "do it yourself". Cet "Observatory" a été écrit et enregistré à la maison dans une ambiance qu'on imagine plutôt décontractée - tout comme celle du festival Rockorama à Toulon, dans lequel ils sont récemment passés début juillet. Le résultat est assez varié, mélangeant habilement ballades acoustiques mid tempos et titres plus rythmés et électriques.
Walsh semble connaître son manuel du parfait bricoleur lo-fi sur le bout des doigts. C'est plaisant, assez direct et mélodique, ça décrasse les oreilles. C'est simple sans pour autant être simpliste. Juste ce qu'il fallait pour aborder sereinement la rentrée.

Clip de "Forever Unobscured" :

25 août 2014

Portishead, Slowdive, Protomartyr, Anna Calvi - La Route du Rock - 15 août 2014

Cette année, on s'est dit qu'on n'allait pas y couper. Chaque fois, on passe entre les gouttes. La veille, il avait plu des trombes d'eau, ayant laissé le terrain tel un vaste champ de boue. Les bottes se révélaient rapidement indispensables. Mais vu le ciel, on se disait que ce n'était sans doute pas fini. On avait tort... Beaucoup de monde à l'entrée du site, ce qui nous a fait louper le premier groupe de la soirée, les sympathiques anglais de Cheatahs, dont on entendra quand même au loin la musique, pas désagréable mais archi rebattue. On arrive juste pour écouter de plus près la fin du dernier morceau. Tant pis. On enchaîne rapidement avec le premier concert vraiment attendu : Anna Calvi. L'anglaise a une classe indéniable. Elle chante divinement bien, assure un max à la gratte. Pourtant, il y a quelque chose qui ne passe pas. C'est très (trop?) calibré. Y a rien qui dépasse. Les compositions restent en retrait du potentiel de la demoiselle. L'absence de basse aussi pour arrondir les angles se fait sentir. C'est trop en force, un comble pour une fille dont le physique est pourtant un atout indéniable. La différence avec un Jeff Buckley, c'est qu'elle ne se laisse pas aller complètement, elle garde constamment le contrôle. On aurait bien aimé chavirer avec elle.

La suite nous en donnera rapidement l'occasion. Protomartyr, c'est une tuerie et il ne faut pas longtemps pour en prendre la pleine mesure. Si Anna Calvi jouait de son charme, le chanteur de Protomartyr attaque sur un autre registre, une étonnante nonchalance scénique entrecoupée de brusques accès de colère. "Scum, Rise!" devient en concert un truc de dément, donnant la furieuse envie de sauter dans tous les sens. La prestation des américains originaires de Detroit - la ville des Stooges et du MC5 - réussit l'exploit de ne jamais baisser en intensité. Après ça, les revenants de Slowdive auront fort à faire... Et si une grande majorité des spectateurs semble immédiatement séduit par la toujours fringante Rachel Goswell et la musique planante de son groupe, ce n'est pas notre cas. Slowdive est un cas à part. Voici une formation qui, pendant sa courte existence, n'a connu que très peu le succès, public comme critique mais qui, les années passant, gagne aujourd'hui une surprenante crédibilité artistique. Je reste persuadé que la vérité se situe quelque part entre les deux. On les rapproche du mouvement shoegaze mais c'est plutôt de dreampop dont il s'agit. Sans eux, pas de Beach House. Si "When The Sun Hits", un de leurs titres les moins calmes fait son petit effet, je me suis largement ennuyé pendant leur set. C'est joli tout plein, les membres du groupe ont l'air éminemment sympathiques et heureux d'être là. Je comprends l'engouement des fans, moins un tel retour en grâce. Ils manquent cruellement de charisme. A tout niveau. Leur musique n'a pas de forte personnalité, à l'inverse de My Bloody Valentine par exemple. N'en déplaise à certains, ils resteront pour moi un groupe mineur.

Tout l'inverse de Portishead, clou de la soirée. Ceux sans qui le fort Saint-Père n'aurait jamais été aussi rempli, malgré la boue. (11 000 personnes, quand même !) Les anglais de Bristol sont un des groupes les plus importants de ces vingt dernières années. Leurs trois albums sont autant de chefs d'oeuvre, avec une préférence pour le dernier en date, le monumental "Third". Beth Gibbons, comme à son habitude, ne joue pas la carte "glamour", elle chante affublée d'un jean et d'un sweat à capuche. Mais on n'en a cure, car l'émotion est à chaque instant palpable, avec quelques climax, comme une version acoustique de "Wandering Star" ou ce moment où la chanteuse, d'habitude réservée, ose descendre dans la fosse serrer quelques pognes. C'est peu dire qu'on attend un quatrième disque, tellement Portishead paraît vingt ans après "Dummy" toujours nettement au-dessus de la mêlée. Sublime. Comment enchaîner après ? Avec Metz ? Désolé, mais non, leur rock adolescent, bourrin et braillard n'arrive pas à nous retenir. Tant pis pour la suite (Liars et Moderat), car nos oreilles n'auraient pas supporté un tel supplice une heure durant. On rejoint donc notre voiture garée plus loin qu'à l'accoutumée, eut égard à l'affluence record. Ne voyant que dalle dans cette nuit opaque, je m'écroule lamentablement dans un talus plein de boue. Comme si le festival se vengeait de ce départ précipité. Pas rancunier, je sais que j'y reviendrai. J'aime toujours autant les embûches et les chemins de traverse de cette Route (du Rock) là !

15 août 2014

The Lightning Seeds - Pure (1989)

Le NME, célèbre magazine qui, à l'instar des Inrocks chez nous, a perdu de sa superbe et de son influence avec l'avènement d'internet, ressort en ce moment des compilations des tiroirs du temps de sa splendeur. Après l'excellente compilation CD86 qui retrace l'éclosion de l'indie pop au milieu des années 80, c'est au tour de la brit pop de refaire surface. Ce mouvement qui a connu un succès planétaire a, depuis, pris sérieusement du plomb dans l'aile. La guéguerre entre les partisans de Oasis et de Blur savamment orchestrée par le NME fait aujourd'hui doucement rigoler. Il n'y a plus personne pour croire à une quelconque ressemblance avec celle opposant jadis les Beatles et les Rolling Stones. Mais comme souvent, c'est dans l'ombre que se cachaient les plus belles pépites. L'ombre, Ian Broudie connaît bien, surtout hors des frontières anglaises. Lui, qui a voulu reprendre le flambeau des Fab Four plus de dix ans après leur séparation, persuadé que la scène de Liverpool ne se résumait pas qu'à ces quatre-là. Il commencera sa carrière en tant que producteur, surtout pour des groupes locaux comme Echo and the Bunnymen ou The Pale Fountains, mais également sur le premier album de Noir Désir. Il montera ensuite The Lightning Seeds pour prouver que lui aussi pouvait écrire de très belles chansons pop. Cela sera l'excellente "Pure" qui porte admirablement son nom. A l'image de la pochette du 45 tours, la carrière du groupe décolle soudainement avant de retomber presque aussi vite, faute d'inspiration. Quelques années plus tard, Broudie reviendra sur le devant de la scène britannique en composant "Three Lions", l'hymne de l'euro de football 1996. Depuis, Broudie s'est remis à la production pour des groupes aussi intéressants que The Coral ou The Zutons. Voilà un gars qui ne vit que pour une chose : traquer encore et encore la parfaite pop song. Un pur, quoi !


Night time slows, raindrops splash rainbows
Perhaps someone you know, could sparkle and shine
As daydreams slide to colour from shadow
Picture the moonglow, that dazzles my eyes
And I love you

Just lying smiling in the dark
Shooting stars around your heart
Dreams come bouncing in your head
Pure and simple everytime
Now you're crying in your sleep
I wish you'd never learnt to weep
Don't sell the dreams you should be keeping
Pure and simple everytime

Dreams of sights, of sleigh rides in seasons
Where feelings not reasons, can make you decide
As leaves pour down, splash autumn on gardens
As colder nights harden, their moonlit delights
And I love you

Just lying smiling in the dark
Shooting stars around your heart
Dreams come bouncing in your head
Pure and simple everytime
Now you're crying in your sleep
I wish you'd never learnt to weep
Don't sell the dreams you should be keeping
Pure and simple everytime

Look at me with starry eyes
Push me up to starry skies
There's stardust in my head
Pure and simple everytime
Fresh and deep as oceans new
Shiver at the sight of you
I'll sing a softer tune
Pure and simple over you

If love's the truth then look no lies
And let me swim around your eyes
I've found a place I'll never leave
Shut my mouth and just believe
Love is the truth I realize
Not a stream of pretty lies
To use us up and waste our time

Lying smiling in the dark
Shooting stars around your heart
Dreams come bouncing in your head
Pure and simple everytime
Now you're crying in your sleep
I wish you'd never learnt to weep
Don't sell the dreams you should be keeping
Pure and simple everytime

Look at me with starry eyes
Push me up to starry skies
There's stardust in my head
Pure and simple everytime
Fresh and deep as oceans new
Shiver at the sight of you
I'll sing a softer tune
Pure and simple over you
Pure and simple just for you

13 août 2014

Ought - Paris, La Mécanique Ondulatoire - 11 août 2014

A peine rentrés d'un radieux week-end à Stockholm - oui, je sais, nous sommes chanceux -, nous profitons de n'être encore qu'à deux, maman et moi, pour sortir. Les jeunes Canadiens de Ought, c'est grâce à Vincent de Pinkfrenetik que j'y suis revenu. Il était donc presque normal qu'on se retrouve au bar de la Mécanique Ondulatoire avant le début des hostilités dans la cave du sous-sol. On a pu se voir pour la première fois et discuter "beaucoup musique donc, mais pas que". Belle rencontre réelle poursuivant de manière fluide la précédente, virtuelle. Que le commencement tardif du concert a même pu prolonger. Il faut dire que n'ayant qu'un disque et un EP à leur actif, Ought ne pourrait pas jouer toute la nuit. Fidèles à l'esprit bruitiste et tendu de l'excellent "More Than Any Other Day", ils démarrent pied au plancher. Les meilleurs titres sont tous joués d'emblée, idéal pour se mettre le public dans la poche. La petite scène installée dans la voûte vacille sous les coups de boutoir, le chanteur, grand dégingandé aux faux airs de Jarvis Cocker, est incroyablement habité par sa musique. Il commence à faire chaud. Le groupe n'est pas rassuré par la promiscuité de cette petite salle fermée où l'air semble commencer à manquer. Le concert baisse en intensité au fil des morceaux, finissant par le plus calme et le plus linéaire. Car le charme de ces chansons, c'est leur brusque changement de rythme, ce sentiment aussi d'assister au mixe du meilleur du rock de ces quarante dernières années, des Talking Heads à Sonic Youth en passant par The Fall ou Joy Division. Ought fut donc à l'image de leur album : une première partie ravageuse qui laisse pantois, hébété suivie d'une seconde où le groupe qui semble aussi groggy que nous, cherche une porte de sortie, tourne autour du pot. C'est l'impression que nous avons eu en quittant la Mécanique Ondulatoire. Presque KO, les oreilles vaincues. En boxe, Ought aurait quand même largement gagné aux points (poings ?)

8 août 2014

The Boo Radleys - Find The Answer Within (1995)

Je l'ai déjà dit : impossible pour moi de mentionner les Boo Radleys sans Bernard Lenoir, ses black sessions et sa collaboratrice de l'époque, Hilda, qui était en charge de promouvoir la brit-pop chez nous et qui se maria d'ailleurs avec Martin Carr, le songwriter des Boo Radleys. Hilda, c'était la communication d'avant internet qui passait donc par d'autres médias comme la radio, principal vecteur à l'époque du rock indépendant avec la presse écrite. Elle avait aussi de l'influence quant aux choix de la programmation de la Route du Rock. Mais tout ce petit beau monde est disparu à peu près en même temps. Hilda et les Boo Radleys, j'entends, car Lenoir perdura encore quelques années. Le temps pour moi, ayant déménagé à Paris, d'assister enfin à ses fameuses black sessions. Le mois prochain sortira un nouvel album de Martin Carr. J'ai écouté distraitement la première chanson extraite, déjà disponible sur le net, et ma foi, je fus agréablement surpris. Le style n'est pas sans rappeler les Flaming Lips de la grande période de "The Soft Bulletin". Après avoir failli connaître le succès grand public avec "Wake Up!" en 1995, la musique de Carr serait en passe de devenir à l'instar du personnage de roman auquel son ancienne formation a emprunté son nom. En marge, dans l'ombre, quelque chose qui veut juste notre bien. Et si c'était ça "the answer within" ?


I was sitting with the band
A drink in each hand
There wasn't much to say

He asked me for my name
Said he was glad he came
He wished that he could stay

I said the only thing
I've got more of is time
This isn't what you think
And it's not what I thought it would be

You've got a lonely face
Do you want my place?
Where there are all the answers

Do you wanna join the race?
Can you keep the pace?
Or stay and take your chances

I was sleeping on my couch
I was really out
I didn't hear you leave

They asked me for some words
To clear up all their hurts
They wished that they weren't them The world is at your feet
Try and make something happen

6 août 2014

People Get Ready - Physiques

Comment j'ai découvert ce groupe ? Grâce à la page Facebook des Parenthetical Girls. Zac Pennington, leur leader, était en train de monter un "super" projet avec son inséparable acolyte Jherek Bischoff et Steven Reiker de People Get Ready. Je m'attendais pour ces derniers à tomber sur une formation du même style. Que nenni. People Get Ready, ce sont plutôt les petits frères et soeurs des Dirty Projectors. Ils partagent le même talent à mélanger habilement les genres. Mais pourquoi je vous en parle si je classe les Dirty Projectors dans la catégorie de la musique "intellichiante", trop cérébrale et pas assez spontanée ? Parce que sur la musique de People Get Ready, au moins, on peut danser. En effet, Reiker a la particularité d'être avant tout chorégraphe. Cela donne, paraît-il, d'étonnantes prestations scéniques. Il faut voir aussi leur curieuse façon de jouer au squash dans le clip de "Physiques", à moins que ça ne soit un autre sport qui m'est inconnu. Leurs chansons à tiroir ne révèlent leur vrai parfum qu'après de nombreuses écoutes, même si "Rainbow" séduit rapidement. 
Je n'ai peut-être pas assez écouté les Dirty Projectors. D'ailleurs, j'ai réévalué à la hausse leur dernier disque, regrettant de ne pas en avoir fait écho en son temps. C'est donc cette musique qui parvient petit à petit à me convaincre. Parce qu'elle ne se laisse pas facilement apprivoiser. Elle se mérite. Me voilà donc enfin prêt, à l'image du nom du groupe.

Clip de "Physiques" :

4 août 2014

Marianne Dissard - The Cat. Not Me.

Putain, on me dit jamais rien à moi ! Comment je pouvais connaître l'existence de Marianne Dissard ? Il a suffit de quelques liens postés sur Facebook, le clip de "Je ne le savais pas", titre prémonitoire et magnifique morceau qui vous emporte comme un tsunami dont les envolées lyriques peuvent faire écho à "L'horizon" de Dominique A par exemple. Même thématique, même soin accordé aux arrangements. Le nouveau disque de cette chanteuse française exilée depuis de nombreuses années au beau milieu des États-Unis, est une incroyable surprise, jamais prévisible. "The Cat. not me." démontre une maturité et un éclectisme rares. Le début du disque, surtout, est un enchaînement de titres marquants, tous différents. Il y a aussi une volonté d'aller à contre courant. Alors que beaucoup d'artistes hexagonaux inspirés par la musique anglo-saxonne préfèrent chanter dans la langue de Shakespeare, Marianne - même son prénom est raccord - a choisi le français tout étant baignée de culture américaine au quotidien. Elle donne même ses interviews en anglais. 
Alors, une provocation ? Un parti pris énervant ? Ou simplement la marque d'une enfant du monde, appartenant à tous et à personne à la fois ? A l'heure des inquiétants replis communautaires qui croissent insidieusement, ce geste politique ne pourrait être blâmé. La musique, comme la vie, ce sont surtout des échanges. Et ce disque, c'est peu dire qu'on a envie de le faire partager. Bien vu !

Clip de "Mouton Bercail" :

Clip de "Je ne le savais pas" :

Clip de "Am Letzen" :

1 août 2014

Josef K - Chance Meeting (1979)

Ma principale découverte musicale de 2014 n'aura pas été très récente. Dans la continuité de mon rattrapage sur les Pastels l'année dernière, je me suis penché sur le rock indépendant anglais des années 80, spécialement celui issu de la fameuse compilation C86 sortie à l'époque (en 1986 donc) par le NME. Puis, j'en suis venu par extension à la scène écossaise et à ses groupes précurseurs, Orange Juice, dont le magnifique "You Can't Hide Your Love Forever" vient d'être réédité chez Domino Records, Aztec Camera et les plus méconnus Josef K. Tous furent publiés sur le mythique label Postcard Records, sorte de Sarah Records avant l'heure. Les Josef K n'ont publié qu'un seul disque. Paul Haig, le leader du groupe ayant décidé d'arrêter rapidement, car il estimait qu'ils étaient arrivé à leur sommet artistique et ne pourraient plus faire mieux. Il avait raison, les différents membres ont beau rejoint d'autres formations, ou entamé une carrière solo, jamais ils ne publieront de musique aussi marquante. On commence seulement à se rendre compte de l'influence de Josef K sur le rock indépendant actuel. Car, plus encore qu'à Gang of Four, des groupes comme Franz Ferdinand leur doivent beaucoup. Il suffit d'écouter aujourd'hui "Chance Meeting" pour s'apercevoir de la modernité de ce son-là qui date pourtant de 1979. En tout cas, je ne suis pas mécontent de pouvoir encore découvrir d'aussi belles perles.


The red sky behind you,
the feeling you've been here before,
you looked in the past dear,
the things we all gave up then.

I met you again there,
but this time it went for real.

We talked for a short while,
while I snuck forward,
and touched your hand.

You looked in the past dear,
the things we all gave up then.

Its hard to forgive dear,
when you shoot all the things,that we loved...