27 mai 2014

Neutral Milk Hotel (+ Laetitia Sadier) - Paris, Le Trianon - 25 mai 2014

Quand nous sommes entrés dans la salle du Trianon en ce dimanche soir, nous sommes tombés sur une étonnante rockeuse. Sa guitare apparaissait minuscule portée ainsi en bandoulière autour d'un corps aussi massif. Pourtant, la musique de Laetitia Sadier, ex-chanteuse des Stereolab, n'est pas spécialement puissante. Elle joue un rock hors pistes, où la surprise et l'originalité semblent prévaloir sur tout le reste, mélodies comprises. Ça fonctionne parfois comme sur "Cobra and Phases Group Play Voltage in the Milky Night", mon préféré de Stereolab, ici pas vraiment. Même si Laetitia dégage quelque chose de profondément humain, simple et abordable. A l'inverse de sa musique. Dommage.

Il faudra ensuite attendre trente longue minutes avant d'entendre les stars d'un soir. Neutral Milk Hotel, auteurs d'un album exceptionnel les ayant rendu cultes bien après coup. Ce qui fait que ce concert en devient le premier véritable du groupe à Paris - d'ailleurs, c'est peut-être vraiment le cas, non ? Plus de quinze ans après. Très vite, on est porté par la voix nasillarde et braillarde du génial Jeff Mangum. Le gars ressemble à un clochard avec sa barbe de six mois, sa chemise à carreaux et sa casquette. On sait immédiatement que le chanteur ne sera pas un bavard. Hormis quelques timides "merci beaucoup" en français et bien sûr ses chansons, il ne communique pas avec le public. Ses acolytes au look encore plus improbables sont quand même plus expansifs. Le bassiste a une sorte de collant de gamine sur la tête. Le batteur semble avoir une fausse moustache. Et que dire du multi instrumentiste avec sa barbe piquée au père Noël... Mais tout cela participe de cette joyeuse fanfare bordélique. Si la grande majorité de l'assistance est totalement conquise - rarement entendu un tel enthousiasme du public parisien -, nous restons un peu sur notre faim. Mi folk, mi grunge, leur musique brinquebalante respire fortement l'Amérique profonde. Et le folklore, ce n'est pas trop notre truc. Bien sûr, il y a "Oh Comely" et surtout "In the Aeroplane over the sea", chanson éternelle éponyme d'un disque miraculeux écrit par une bande de péquenots alors en état de grâce. Le morceau est malheureusement trop vite expédié. J'avoue avoir pourtant été aux bords des larmes. "...And when we meet on a cloud I'll be laughing out loud I'll be laughing with everyone I see Can't believe how strange it is to be anything at all". On aurait aimé finir là-dessus, car comment enchaîner après ça ?

24 mai 2014

Top albums 1987

Michel Cloup trouve que l'année 1988 est la plus essentielle de l'histoire du rock (indé?). Pourtant, à y regarder de plus près, l'année 1987 contient aussi son lot de brillantes réussites. Sonic Youth y a sorti pour moi sa grande oeuvre, encore plus forte que le suivant "Daydream Nation", car plus concise, directe, jamais ennuyeuse. Les Smiths y tiraient déjà leur révérence en gardant jusqu'au bout cette constance dans l'excellence. Même chose pour les Housemartins, même si leur influence est restée plus aléatoire, mais c'est ce qui en fait aujourd'hui un groupe unique. Pulp annonçait une couleur bien plus sombre mais à peine moins passionnante que pour la suite de leur carrière. Les Wedding Present reprenaient le flambeau d'un rock anglais puissant et mélodique dans l'esprit de The Jam. Les écossais régnaient en maîtres sur le rock indépendant avec les Pastels, les Jesus and Mary Chain ou encore les trop méconnus Close Lobsters. Dead Can Dance, l'une des rares formations des années 80 capables de plaire à tous les publics, sortait son disque le plus homogène et indispensable. Enfin le très doué songwriter anglais Paul Roland sortait à la chaîne des disques de haute tenue dans le plus grand anonymat. Comme un résumé de cette décennie décidément honnie à tort.

10- Dead Can Dance - Within The Realm Of A Dying Sun
Je suis pas un grand fan de la musique à tendance new age de Dead Can Dance mais ce disque de 87 a quelque chose de plus que les autres. Une atmosphère sombre se rapprochant en cela du "Closer" de Joy Division. D'ailleurs, s'il ne fallait garder que deux disques de ce qu'on a appelé la new wave gothique, ça serait sans doute ceux-là. Pénétrant et totalement hors norme.

9- Close Lobsters - Foxheads Stalk This Land
Ils étaient présents sur la mythique compilation C86 qui a donné naissance à un mouvement du même nom : C86 ou le rock indé écossais des années 80 qui, avec le recul, a été à l'origine de beaucoup de vocations. L'histoire a oublié les Close Lobsters et pourtant ce disque sonne encore comme s'il venait de sortir. L'histoire est injuste parfois.


8- Paul Roland & Hellfire Club - A Cabinet Of Curiosities
Voilà un autre songwriter dont le nom n'est connu que d'un cercle restreint. Moi même, je viens à peine de le découvrir. En 1987, cet anglais produisait un pop brillante, lettrée et riche, aux thèmes victoriens et aux mélodies inspirées des Zombies. On se demande bien comment le nom de ce Roland n'ait pas circulé davantage.


7- The Wedding Present - George Best 
"George Best", du nom du célèbre footballeur anglais, sorte de Eric Cantona des années 70, est le premier album des Wedding Present. Si le groupe de David Gedge court toujours, cet essai est l'un des seuls qu'ils ont transformé pour moi. Ils adopteront ensuite un son plus lourd auquel j'adhère moins.


6- The Pastels - Up A Bit With The Pastels
Ce n'est que leur premier album mais la formation de Stephen McRobbie oeuvre depuis quelques temps déjà, avant même les Jesus and Mary Chain. On attribue volontiers à ces derniers la paternité de ce son si caractéristique : les mélodies des Ramones avec le mur de guitares du deuxième Velvet. Mais les indispensables Pastels auraient aussi mérité de tels lauriers. 

5- Jesus and Mary Chain - Darklands 
Deuxième disque des frères Reid justement, qui adoucissent le ton et restent scotché à ce qu'ils savent faire le mieux : des ballades midtempo avec ce "Wall of Sound" inspiré de Phil Spector. Ça donne "Darklands" un album presque aussi excellent que le précédent. 


4- Pulp - Freaks 
Jarvis Cocker n'était pas encore devenu ce qu'il est. Il ne maniait pas vraiment l'ironie et les paroles étaient sombres. Le son était aussi plus minimaliste. Même s'il est en opposition totale avec la suite de leur carrière, "Freaks" reste une indéniable réussite : étonnamment flippante.


3- The Housemartins - The People Who Grinned Themselves To Death
Les Housemartins eurent une durée de vie pour le moins limité et pourtant leur talent fut inversement proportionnel à leur influence. C'est bien simple, on n'avait jamais entendu ça avant et on n'a pas encore entendu ça depuis. Leur pop sautillante, enjouée, et qui jouait brillamment du second degré, nous manque cruellement.


2- The Smiths - Strangeways Here We Come
Ce disque, le mieux produit des Smiths marque aussi la fin du groupe. Ils ont réussi l'exploit à garder une discographie parfaite presque de bout en bout. Difficile en effet parmi tous les titres écrits par la paire Marr/Morrissey de trouver un seul titre faible. "Strangeways Here We Come" est un magnifique baisser de rideau, pas facile d'assurer la relève.

1- Sonic Youth - Sister
Le meilleur Sonic Youth ? Pour moi, oui. "Sister" est un incroyable maelstrom sonore, mélangeant des mélodies immédiatement sifflables sous la douche, des guitares tranchantes comme des rasoirs et une expérimentation de tous les instants. Le disque oblige l'auditeur à rester attentif, car rien n'y est prévisible. Une claque, une vraie.


21 mai 2014

Oasis - Supersonic (1994)

Cette semaine sort en version super deluxe et super coûteuse - phénomène très à la mode en ce moment - l'un des albums de l'un des groupes les plus surestimés des années 90. Il suffit d'ailleurs de réécouter aujourd'hui ce "Definitely Maybe" pour s'en persuader. Il a mal vieilli. Les mauvaises langues diront qu'il a toujours daté et qu'il n'y a que les (grands?) adolescents de l'époque pour s'être laissé prendre au piège. Parmi les groupes du mouvement brit-pop, les frangins Gallagher furent un paradoxe : des leaders mais aussi des mauvais élèves. Leurs chansons crâneuses se révèlent au final assez banales, lourdes, bien loin des modèles dont ils se revendiquaient : les Beatles bien sûr mais aussi toute la scène de Manchester des années 80, des Smiths aux Stone Roses. Pourtant, il y a un morceau qui pour moi sauve Oasis, c'est "Supersonic". Je suis retombé dessus par hasard lors de l'entracte d'un concert. Ce titre a quelque chose. Ce n'est pas au niveau des paroles ou de son chant outrageusement gouailleur, mais pour sa guitare, son imparable rythmique. Pour Noël plus que pour Liam, donc. Mais tout le monde sait qu'il possédait la seule once de talent du groupe. Après cela, il y eut bien un deuxième album supérieur, c'est-à-dire presque écoutable en intégralité. Puis plus rien. Des guéguerres puériles de famille. Du vide. La source était bien maigre et s'est tarie très rapidement. Une simple Oasis, c'est donc ce qu'est resté "Supersonic". Le tube de mon adolescence. Pour toujours. Avec son leitmotiv idéal pour cet âge-là : "I need to be myself, I can't be no one else". On n'efface pas les souvenirs si facilement.


I need to be myself
I can't be no one else
I'm feeling supersonic
Give me gin and tonic

You can have it all but how much do you want it?
You make me laugh
Give me your autograph
Can I ride with you in your BMW ?

You can sail with me in my yellow submarine
You need to find out
Cause no one's gonna tell you what I'm on about
You need to find a way for what you want to say

But before tomorrow
Cause my friend said he'd take you home
He sits in a corner all alone
He lives under a waterfall

No body can see him
No body can ever hear him call
You need to be yourself
You can't be no one else

I know a girl called Elsa
She's into Alka Seltzer
She sniffs it through a cane on a supersonic train
She made me laugh

I got her autograph
She done it with a doctor on a helicopter
She's sniffin in her tissue
Sellin' the Big Issue

She needs to find out
Cause no one's gonna tell you what I'm on about
She needs to find a way for what you want to say
But before tomorrow

Cause my friend said he'd take you home
He sits in a corner all alone
He lives under a waterfall
No body can see him

No body can ever hear him call

19 mai 2014

Archie Bronson Outfit - Wild Crush

Dire que je n'attendais pas la sortie du nouvel album de Archie Bronson Outfit serait mentir. "Coconut", leur précédent, m'avait littéralement submergé. Leur rock direct, brutal, tribal et qui n'oublie pas d'être mélodique est de ceux dont je raffole le plus. Avec eux, le risque d'être déçu est donc d'autant plus grand. Quatre ans d'attente depuis cette fameuse édition de la Route du Rock 2010 et ce concert toutes guitares dehors avec les membres du groupe habillés de simple boubous. C'est tout le talent de ces anglais : paraître une énième formation de rock assez basique qui, à défaut d'originalité, est efficace. Mais leur musique, loin d'être si commune, reste assez unique. La pochette comme le nouveau clip sont toujours délicieusement fantaisistes. C'est d'ailleurs le principal argument en faveur de ce "Wild Crush", qui, s'il ne révolutionnera pas leur carrière, poursuit habilement le sillon du précédent. Les changements sont minimes, à la marge. On note surtout l'apparition d'un saxo. C'est une musique un poil plus minimaliste, ce qui n'est pas pour me déplaire. On pense même parfois à Suicide.
Ce nouvel album provoque de prime abord un sentiment partagé. Je suis content de retrouver un de mes groupes actuels fétiches, aussi bon (ou presque) que là où il m'avait abandonné. Mais j'aurais aussi aimé une évolution plus franche. Un disque surtout plus marquant, qui claque d'emblée. Mais, comme plus je le repasse, plus je me surprend à l'aimer, il ne serait pas surprenant qu'au final, "Wild Crush" figure parmi mes albums les plus écoutés de 2014.

Clip de "We Are Floating" :

"Two Doves On A Lake" :

10 mai 2014

Makthaverskan - II

A la vue de la pochette du disque et du nom du groupe, je m'attendais à tout sauf à ça : un groupe suédois qui pratique une sorte de post-punk ultra mélodique, dans la lignée de beaucoup de formations de rock indépendant du moment. J'imaginais quelque chose de plus brutal, sombre, lourd surtout. Pourquoi au final, si leur musique a goût de réchauffé, je suis amené à en parler aujourd'hui ? Parce qu'elle a un petit quelque chose que la plupart n'ont pas, ce petit grain de folie, cet amateurisme dans le son, cette production bancale. Parce que la chanteuse ne s'embarrasse pas de vouloir chanter juste. Parce que dès le premier morceau, l'admirable Antabus", elle nous balance un tonitruant et surprenant "Fuck You!". 
Parce que c'est de la twee pop, genre que j'affectionne particulièrement, jouée de manière punk. Parce qu'on sait bien qu'à l'avenir, les membres de Makthaverskan progresseront, maîtriseront mieux leurs instruments et disparaîtront. Parce que cette musique n'est pas faite pour ça. Parce que son charme réside dans sa fraîcheur, dans son instinctivité, son absence de calcul. Parce que les rencontres fortuites - le disque est sorti en 2013 et je suis tombé dessus par hasard grâce à sa récente distribution américaine - et éphémères sont souvent les plus belles.

8 mai 2014

The Crookes - Soapbox

Oui, je sais, enchaîner après la pop maniérée de Sam Mickens et le rock lo-fi de Boys Age, avec la musique calibrée des anglais de The Crookes originaires de Sheffield peut paraître incongrue. Mais il y a ici une époustouflante dynamique, le genre de rock qui semble conçu exprès pour la scène, les stades ou tout du moins les festivals - mais personne à ma connaissance ne les a programmé l'été prochain. On pense aux Arctic Monkeys pour les guitares sobres et diablement efficaces, à Franz Ferdinand pour le côté dansant. The Crookes sont un de ces groupes de plus en plus rares qui nous rappelle que la musique pop-rock simple, directe et mélodique reste l'apanage de la perfide Albion. "Soapbox", leur troisième disque, est une impressionnante suite d'hymnes à reprendre en chœurs.
Je vous mets au défi de résister de chantonner sur les épatants "Don't Put Your Faith In Me", "Before The Night Falls" ou "When You're Fragile". Cela fait un bien fou de redevenir de temps en temps des ados. Avec la vie devant soi, encore pleine de promesses et d'espoirs. On oublie souvent que le rock, c'est aussi ça.

Clip de "Play Dumb" :

Clip de "Holy Innocents" :

Clip de "Don't Put Your Faith In Me" :

6 mai 2014

Boys Age - Amazing Stories

Oubliez le rock décontracté du canadien Mac Demarco déjà devenu prévisible sur un deuxième disque décevant, le cool, le vrai, nous vient maintenant du... Japon. Qui l'aurait cru ? Comme quoi, les apparences sont trompeuses, car ce n'est pas la caractéristique que l'on prête habituellement au pays du soleil levant. Les deux jeunes garçons de Boys Age, qui se définissent au passage comme les enfants de Yo La Tengo - on a connu pire référence - sont aussi les fils spirituels de Pavement, du Beck des débuts ou encore des frangins Ween. Du rock dans tout ce qu'il peut avoir de plus indépendant, de "fait à la maison", des mélodies qui se chamaillent et un chanteur à la voix forcément traînante. Ce dernier semble en plus chanter avec une patate chaude dans la bouche, ce qui, loin d'être désagréable, rajoute au charme de cette musique rafraîchissante. En tout cas, il n'est pas étonnant de constater que Boys Age soient passés chez le label décidément "en or" Bleeding Gold Records pour le premier album sorti l'an passé.
Un troisième disque est déjà annoncé pour l'été, preuve de l'étonnante créativité du duo. S'ils parviennent à garder ce niveau-là, qu'ils comptent d'avance sur moi pour continuer à les chérir ici même. Merci aussi à Bengalolo pour ses conseils toujours précieux, notamment cette excellente découverte.

Clip de "God Will Test You Through The PC Screen" :

2 mai 2014

Sam Mickens - Kayfabe: Laamb of G​.​O​.​D.

Quand les nouveautés musicales vous déçoivent, c'est l'heure de revenir à des disques "outsiders", à ceux qu'on avait apprécié, mais qui ne nous avaient pas entièrement convaincu, parfois faute de temps pour en déceler les subtilités. Parmi eux, certains finissent donc par emporter la mise à force d'écoutes. Le deuxième album solo de Sam Mickens, chanteur de The Dead Science dans lesquels on retrouve un dénommé Jherek Bischoff, bien connu de ce blog, est de ceux-là. Bischoff est d'ailleurs aussi à la production ici. C'est donc le même genre de musique qui se joue, la même famille que les Parenthetical Girls ou Xiu Xiu. Plutôt un bon point pour moi, tellement cette pop alambiquée me séduit presque à tous les coups. A l'image du clip de "Sexual Madness", Mickens n'a pas peur du ridicule, de se dévoiler, de se mettre en scène. "Kayfabe: Laamb of G​.​O​.​D." est un bien drôle de voyage, théâtral, glamour, imprévisible.
Son titre même est une énigme, mélangeant les références au catch et à la religion chrétienne, la spiritualité à l'entertainment le plus basique. Si je ne le suis pas toujours ("Ballet of the night"), il finit par se dégager de l'ensemble une étonnante cohérence. Un miracle propre à cette joyeuse bande de dandys américains qui ressuscitent à leur manière le glam rock des années 70 ou la vague néo romantique des années 80. A Zac Pennington et Jamie Stewart, il ne faut pas oublier Sam Mickens.

Clip de "Sexual Madness" :