24 mars 2014

Future Islands - Singles

"Singles" oui, c'est cela, les Future Islands sont sans doute plus un groupe de singles que d'albums. La preuve, "Before The Bridge", extrait de leur dernier disque en date, "On The Water", avait trusté la première place de mon top chansons 2011, alors que l'album ne m'avait pas marqué plus que ça. Le problème de ce trio originaire de Baltimore, c'est que s'il est capable de sortir de vraies petites bonbinettes électro pop, il peut l'instant d'après tomber dans le banal, voire le limite gênant. Le bien nommé "Singles" est donc dans cette continuité, même si dans l'ensemble, c'est le plus constant des albums de Future Islands. Parfait donc pour que la formation rencontre enfin le succès. C'est d'ailleurs bien parti car leur récent passage chez David Letterman leur a déjà permis de conquérir pas mal de nouveaux fans, comme en témoigne, les nombreux commentaires positifs sur les réseaux sociaux. Il faut dire que leur chanteur Sam Herring a impressionné son monde avec sa danse tout en déhanché chaloupé.
Son indéniable charisme et sa voix atypique sont l'un des atouts majeurs du groupe qui semble de plus déployer en concert une énergie fédératrice. Talent que j'aimerais bien aller vérifier sur scène, à la prochaine Route du Rock, par exemple. Au passage, après Portishead et Slowdive, l'affiche de cette nouvelle édition s'annonce plus incontournable que jamais.

Clip de "Seasons" (Waiting On You) :

Clip de "A Dream Of You And Me" :

22 mars 2014

Grand jeu sans frontières des blogueurs mangeurs de disques, saison 8, épisode 7/7

Thème du jour :
"I want to drive you through the night, down the hills." Vous mettez cet album dans l'autoradio et vous conduisez toute la nuit. Pour aller où? Là n'est pas la question... 

TINDERSTICKS - TINDERSTICKS (1993)
Dernier thème de cette huitième fournée du grand jeu des blogueurs et la même conclusion que je n'ai malheureusement pas à réussi à trouver assez de temps pour écouter, lire et commenter ce qui se faisait ailleurs, chez les collègues. On finit tout de même en beauté avec ce premier Tindersticks. Bien sûr, depuis Stuart Staples a mieux chanté, sa voix n'avait pas encore sa profondeur actuelle. Elle n'était pas si maîtrisée. Même chose pour les arrangements moins fignolés. Pourtant, avec le recul, c'est le disque de leur répertoire que je trouve le plus passionnant. Car il est rugueux justement. A l'image des meilleurs Tom Waits, c'est le disque idéal pour les fins de soirée un peu trop arrosées, où l'on se retrouve en petit comité, à discuter de choses vraiment importantes, dans la plus grande franchise. L'essentiel est de rester en bonne compagnie. Puis quand on n'a plus rien à se dire, il y a bien une danseuse, comme celle de la pochette. On la regarde ainsi tourner sur elle-même jusqu'au bout de la nuit. Plus besoin alors d'alcool, la musique des Tindersticks finit par nous enivrer totalement. Pas sûr de pouvoir reprendre la route après ça, finalement...

20 mars 2014

Grand jeu sans frontières des blogueurs mangeurs de disques, saison 8, épisode 6/7

Thème du jour :
"It's just a reflektor." Deux pochettes d'albums qui se ressemblent comme deux gouttes d'eau. Coïncidence?...












NEW ORDER - BROTHERHOOD (1986) & BEACH FOSSILS (2010)
Malin, cet Alexandre, quand il nous a concocté ses thèmes pour cette huitième édition du grand jeu des blogueurs. Sept disques ne lui suffisaient pas, il a fallu qu'il trouve de quoi faire un thème double pour alimenter davantage les échanges. Deux pochettes qui se ressemblent, en voilà une drôle d'histoire. S'il y a un groupe qui a été beaucoup copié ces dernières années dans le rock indépendant, ce sont bien les mancuniens de New Order, de la musique jusqu'à l'art work. Les américains de Beach Fossils sont parmi les "suiveurs" les plus habiles. Tout d'abord, parce que leur pop à guitares enlève soigneusement les synthés eighties de leur modèle pour ne conserver que ce sens inouï des rythmiques qui tuent. Ensuite parce que si la pochette de leur formidable premier disque éponyme n'est pas sans rappeler celle de "Brotherhood", la ressemblance est déjà nettement moins évidente sur leur deuxième et décevant essai sorti l'an passé. Gris pour New Order, écru pour Beach Fossils. Des volets, (une porte?) pour les américains, de l'abstrait, (du papier peint?) pour les anglais. Deux visions différentes : les premiers essayaient d'inventer, les seconds sont justes d'excellents faiseurs. Enfin, ce qui réunit surtout ces deux albums, c'est qu'ils renferment chacun une chanson pop parfaite : "Bizarre Love Triangle" et "Golden Age", c'est déjà énorme.

19 mars 2014

François And The Atlas Mountains - Piano Ombre

En voilà un qui est en train de sortir définitivement de l'ombre. Enfin. Après avoir été appelé par l'icône Daho sur son dernier album, avoir signé sur un label indépendant à la renommée internationale, Domino Records, et laissé éclore le talent de ses montagnes de l'Atlas en solo ou dans d'autres groupes - Pierre Loustaunau chez Petit Fantôme, Gérard Black chez Babe et Amaury Ranger chez Archipel - François Marry franchît petit à petit les paliers du succès. Et, pour une fois, cela va de paire avec la qualité de la musique et surtout des textes - mention spéciale à l'émouvant "La Vie Dure" - en constante progression. Ce "Piano Ombre" emmené par l'évident tube "La Vérité" est un disque gigogne dont les mélodies comme les langues franco-anglaise, mais plus française que jamais, s'emboîtent admirablement. Le chanteur assume de plus en plus une fantaisie et une personnalité atypiques - jusqu'à commencer à paraître prétentieux pour certains - créant un équivalent unique en France aux Vampire Weekend.
Finies donc les habituelles comparaisons avec Dominique A, son avenir s'annonce radieux. "Soyons les plus beaux" nous disait-il sur le précédent "E Volo Love". Les plus beaux sans doute pas encore, mais encore plus beaux, incontestablement. Un bel exemple à suivre.

Clip de "La Vérité" :

18 mars 2014

Grand jeu sans frontières des blogueurs mangeurs de disques, saison 8, épisode 5/7

Thème du jour :
"Let's get in on." Le disque qui vous donne envie de jouer des hanches... et pas pour danser...


THE MAGNETIC FIELDS - 69 LOVE SONGS (1999)
Ce disque aurait très bien pu faire l'affaire pour le thème "too much" de mercredi dernier. 69 chansons dans un seul et même album, certains y ont pensé, il fallait un cerveau aussi maboule que celui de Stephin Merritt pour que le projet puisse aboutir. Comme beaucoup de groupes, les Magnetic Fields écrivent presque exclusivement sur un seul et même thème : l'amour. Ici, il n'est, comme le titre l'indique bien, question que de ça. Beaucoup de styles musicaux y sont abordés, et si tout n'est pas du même niveau, l'ensemble garde une qualité remarquable - bon, on n'échappe pas quand même à quelques trucs kitschs - vu la quantité produite. "69 Love Songs" est plus un disque dans lequel on picore que quelque chose qu'on écoute religieusement du début à la fin. Alors, quand Alex a proposé ce thème de jouer des hanches mais pas pour danser, je me suis dit qu'il était difficile de trouver un disque répondant mieux. Rien que sur un titre comme "Let's Pretend, We're Bunny Rabbits", tout est ironiquement dit.

16 mars 2014

Grand jeu sans frontières des blogueurs mangeurs de disques, saison 8, épisode 4/7

Thème du jour :
"There's no future, no future, no future for you!" Le disque que vous écoutez quand tout semble sans issues, histoire de se rouler dans le désespoir...

BERTRAND BETSCH - LA SOUPE A LA GRIMACE (1997)
A l'inverse des disques entièrement instrumentaux, les disques tristes, ce n'est pas ça qui manque chez moi. J'ai donc l'embarras du choix pour le thème du jour. "La soupe à la grimace" de Bertrand Betsch s'est finalement imposé pour plusieurs raisons. Pour le titre d'abord, assez raccord avec les paroles faisant plutôt dans le dénigrement personnel. Le chanteur ne s'apitoie pourtant pas sur son sort, il se déclare juste inadapté ("un mauvais vivant") sans pour autant envisager le suicide ("passer sous le métro"). Pas vraiment le genre de disques pour gens bien dans leur peau. Ils ne comprendraient pas, les pauvres. Autre raison de ce choix, le fait de n'avoir jamais parlé encore de cet album, le premier de Betsch, quelque part entre les deux disques mythiques de Dominique A, "La fossette" pour les rythmiques minimalistes et synthétiques et "Remué" pour les thèmes sombres et amers abordés. Enfin, un album qui contient une chanson aussi terrible dans tous les sens du terme que "La Complainte du Psycho Killer" ne peut décemment resté dans l'ombre. "La Soupe à la Grimace" est un disque marquant pour toutes les raisons évoquées ci-dessus, qu'on se repasse à l'occasion pour se complaire dans la mélancolie, quand la vie ne répond plus à nos vraies aspirations ou quand nous n'y trouvons simplement plus de sens.

14 mars 2014

Grand jeu sans frontières des blogueurs mangeurs de disques saison 8, épisode 3/8

Thème du jour :
"Je lui dirais les mots bleus, les mots qu'on dit avec les yeux." Un disque qui se passe de mots, et très bien, merci!...


GONZALES - SOLO PIANO (2004)
Bon, un disque qui se passe de mots, c'est un disque instrumental, non ? Mais tous les albums de ma discothèque ont des paroles ! Comment vais-je faire ? Je n'écoute pas de classique ni de jazz. Je ne vais pas citer un truc que je ne connais pas et que je n'apprécie pas, juste histoire de coller au thème. Ça ne serait pas très honnête. Ah tiens si, y a Gonzales, le sauveur et son splendide "Solo Piano", utilisé dans les pubs, capable de faire une unanimité quasi désarmante de 7 à 77 ans, mélomanes ou non. Sympa, ce Gonzales, pratique quand on est à court d'idées, en manque d'inspiration. Un de ces disques qui fait dire à l'amateur d'indie rock que je suis, que moi aussi, j'écoute du classique, j'avais presque oublié ! Mais plus que du classique, "Solo Piano", c'est de la pop intelligente jouée exclusivement au piano. Du Clayderman plus exigeant, en quelque sorte. Il s'en est vraiment fallu de peu, car ce n'est sans doute pas demain la veille que le disque aura un petit frère dans ma discothèque ! Merci encore monsieur Gonzales !

13 mars 2014

Dean Wareham - Dean Wareham

Après Yo La Tengo, après les Pastels, voici un autre vieux de la vieille de l'indie rock. Dean Wareham, pour ceux qui ne le savent pas, c'est l'ancien leader des regrettés Galaxie 500. Ils furent à la fin des années 80, les plus brillants descendants de Lou Reed et du Velvet et précurseurs à bien des égards de ce qu'on appellera plus tard la dream pop. Le chanteur revient pour la première fois en solo, après avoir officié au sein des excellents Luna ou avec sa femme dans Dean & Britta. Le style, plus crooner que jamais - l'âge sans doute - se fait toujours aussi dépouillé. L'homme est un de ces partisans du "less is more", à l'image de ses glorieux aînés. Pour cet album éponyme, il s'est adjugé les services de Jim James, chanteur de My Morning Jacket à la production, après avoir fait appel à celui de Papercuts pour le très bon EP "Emancipated Hearts" paru fin 2013. Logique, car les deux formations font partie des successeurs les plus crédibles de Galaxie 500. 
Bref, à l'heure où son idole s'en est allé l'an dernier, on verrait bien Wareham reprend le flambeau du père putatif. A sa manière, plus simple. Old school mais plus que classe que jamais. "What have I done in my life ?" nous demande-t-il ici. Que répondre à ce genre de questions quand elles viennent d'un ami cher ?

Clip de "The Dancer Disappears" :

12 mars 2014

Grand jeu sans frontières des blogueurs mangeurs de disques saison 8, épisode 2/7

Thème du jour :
"There's too much, too much, too much." 
Un disque beaucoup trop compliqué, indigeste, ampoulé; il y a un peu trop de tout partout, mais... c'est pour cela que vous l'aimez...
SPARKS - PROPAGANDA (1974)
Quand il s'agit d'en faire trop sans pour autant que ça paraisse indigeste, je pense tout de suite aux Sparks. Parce qu'il y en a très peu comme eux qui peuvent réussir ce genre d'exploits. Tout simplement, parce qu'on devine que chez eux, ce n'est pas forcé. Il n'y a pas de volonté cachée. Ils sont comme ça, c'est tout. Ils n'ont pas peur de l'outrance : des mélodies qui rebondissent, une voix qui part volontiers dans les suraigus, des claviers qui déboulent à toute berzingue. Et puis, s'il faut choisir un de leurs disques les plus frapadingues, pas de doute, je prendrais "Propaganda", le deuxième paru en 1974. Les frères Mael étaient alors à leur apogée artistique, après leur chef d'oeuvre, plus sobre et plus réussi aussi, "Kimono My House". Mais "Propaganda" tient plus que la route et enchaîne les titres pop glam qui déboîtent : "Reinforcements", "BC", "Something For The Girls With Everything", "Achoo", etc. La cadence ne ralentit pour ainsi dire jamais, jusqu'au joli final "Bon Voyage". C'est exactement ça, on vient de passer avec les Sparks un très agréable voyage. Le problème, c'est que maso, on a l'impression de s'être laissé bâillonner, ligoter à l'arrière d'un jet ski lancé à pleine vitesse. Tiens, ça vous rappelle rien comme image ? Pour amateur de sensations fortes...

11 mars 2014

Metronomy - Love Letters

C'est bien simple, avec eux, c'est chaque fois la même rengaine : je suis d'abord déçu puis je finis par succomber malgré moi. Enfin avec l'aide de maman et plus dernièrement de ma petite Lucie (Papa, tu peux remettre "Wan'to go" ! - à vous de deviner de quel titre, il s'agit). Quand même. Les deux précédents auraient dû chacun se retrouver dans mon top 10 annuel, mais je les aimé à retardement. "Love Letters" n'échappe pas à la règle, au moins pour la première impression mitigée. Pourtant, les singles "I'm Aquarius" et "Love Letters" m'ont plutôt convaincu. Mais le disque ne garde pas cette constance, on s'y ennuie même. L'époque azimutée de "Nights out" est bien terminée, la musique de Joseph Mount se fait de plus en plus relax et pop, flirtant cette fois-ci avec le son motown des années 60. 
Il y aurait bien deux-trois autres tubes potentiels comme "The Upsetter" ou "Reservoir" mais rien qui n'en fasse immédiatement un disque ami. Puis, au fil des écoutes répétées, l'album finit par gagner en saveur, chaque morceau ayant son petit charme bien à lui, comme l'instrumental et très électro "Boy Racers". En plus, comme maman et Lucie ne l'ont pas encore écouté... C'est dire que je suis loin d'en avoir terminé avec ce "Love Letters".

Clip de "I'm Aquarius" :

Clip de "Love Letters" :

10 mars 2014

Grand jeu sans frontières des blogueurs mangeurs de disques saison 8 épisode 1/7


Aujourd'hui , c'est le retour du jeu des blogueurs mangeurs de disques. Pour une fois, je vous donne la liste des participants :
Alexandre et Etienne pour La Pop D'Alexandre Et Etienne
Appro pour Approximative But Fair
Sadaya pour Impulsions Electriques
Jeepeedee pour Jeepeedee Rips
Devant pour Le Gaitapis
Charlu pour Les Chroniques De Charlu
Toorsch' pour Les Chroniques De Toorsch'
Keith Michards pour Les Jolies Compiles De Keith Michards
Chris pour Ma Petite Boîte A Musique
Le Zornophage pour Mangemesdix
Francky 01 pour Muziks Et Culture
Fracas pour Smells Like Rock Spirit
Till pour This Beautiful Downgrade
Rabbit & Dcalc pour Des Cendres A La Cave
Lemok Pour Audiolemok
Warf pour Terre Du Loup
El Norton pour Last Stop ? This Blog !
Xavier pour Blinkinglights
Everett W. Gilles, Sorgual, Evgueni Iscarian & Jimmy Jimi pour Le Club Des Mangeurs De Disques

Et voici le thème du jour :
"Oh honey, why don't you come back?" 
Le disque du retour, pour le meilleur ou pour le pire, à vous de choisir...
DETROIT - HORIZONS (2013)
Après le cas Curtis, voici un cas encore plus épineux. Le thème imposait un retour et en termes de retour, difficile de faire plus compliqué. Cantat a été pour beaucoup de jeunes, enfin les ados de ma génération, un modèle d'intransigeance et d'intégrité. Alors, quand on a appris qu'il avait battu à mort sa compagne, on était tous sous le choc, essayant de défendre l'indéfendable, cherchant au moins à comprendre. Faire rentrer ainsi dans le domaine public des faits divers, des affaires privées, me répugne toujours. Les plus conciliants ont répondu qu'on n'avait pas à s'immiscer dans l'intimité d'un couple, qu'on n'avait pas même le droit de juger. Trop facile, évidemment. Pourtant, quand un bijoutier se fait agresser, certains trouvent normal qu'il riposte en tuant. On aurait le droit de tuer pour des biens matériels mais pas par amour, car, malgré tout, on suppose qu'il s'agissait d'amour. Oui, un handicapé de l'amour, un handicapé de la vie, voilà ce qu'était devenu l'idole d'une jeunesse. Triste époque sans repère, sans bouée de sauvetage où même les croyances les plus immuables partent en fumée. Cantat a peu à peu disparu du paysage, purgeant sa peine de prison. Puis, Noir Désir n'est presque plus passé en radio. C'était la honte. Moi aussi, je ne voulais plus réécouter ces disques. Alors, quand il est revenu l'année dernière sous un nouveau nom de groupe - obligé -, je suis resté dans cette inéluctable indifférence, écoutant d'une oreille distraite, histoire de me persuader de tomber sur quelque chose de déjà connu, de commun. Le chanteur semble se rapprocher de plus en plus de son modèle, Léo Ferré, dont il reprend au passage le plus grand succès, "Avec Le Temps". Mise à part quelques titres, je n'ai jamais accroché plus que ça au répertoire du plus célèbre anarchiste de la chanson française. Comme pour Cantat, finalement. 

7 mars 2014

Ian Curtis, une légende malgré lui ?

Ian Curtis et Joy Division sont devenus un mythe, avec tout ce que cela implique. Leur histoire ne leur appartient plus et leur musique ne peut plus être entendue et jugée indépendamment de cette histoire. Comme les Doors en leur temps. Curtis a d'ailleurs plus d'un point commun avec Morrison ou même Jeff Buckley plus récemment. Le problème est désormais de faire abstraction de tout ce décorum et ne retenir que l'essentiel : la musique. Certains ne pourront pas, ne pourront plus, par manque de volonté ou malheureusement par aveuglement ou plutôt par surdité. Parce qu'il faut jeter les à-priori à la poubelle, ces foutus obstacles que la vie aime à nous imposer, parce que c'est facile d'avoir des idées préconçues. Parce que ça nous ôte le besoin de réfléchir, de se faire soi-même sa propre opinion. Et c'est aussi nier l'histoire d'hommes dans toute leur complexité et leur contradiction. Parce que Curtis, ce n'est pas que le suicide d'un homme tiraillé entre deux amours, détruit par les médicaments et son épilepsie. C'était aussi un être faible, lâche envers sa femme et sa fille, un brin misogyne, pathétique dans son désir de mourir jeune en martyr du rock, puéril quand il s'agissait de surenchérir dans les blagues débiles que les groupes se faisaient en tournée. Des trois chanteurs précités, c'est le seul dont la côte n'a cessé de croître depuis sa mort, imposant un respect bien au-delà du cercle restreint des uniques fans de new wave ou de post punk. Pourtant, c'est aussi le seul dont le décès était réellement planifié, celui qui a le plus calculé son aura mythique. C'est en tout cas, ce qu'il ressort de la lecture de la biographie qu'en fait son ex-femme, Deborah, dans "Histoire d'une vie". C'est ce livre qui a servi de base à l'excellent film "Control" de l'ancien photographe Anton Corbijn.
La plus récente biographie de Joy Division du bassiste Peter Hook, intitulée "Unknown Pleasures : Joy Division vu de l'intérieur" s'attarde plus sur les raisons du culte posthume du groupe. Il privilégie bien sûr la qualité incontestable de leur musique et son influence grandissante. Il y avoue aussi n'avoir compris que bien trop tard les paroles écrites par Curtis dans lesquelles il était pourtant évident que ce dernier allait mal. Les deux auteurs ont ainsi essayé chacun à leur manière de chasser leurs démons, cherchant à comprendre le passage à l'acte de Curtis. La première a tenté de ne pas passer que pour la rabat-joie et la femme au foyer tristounette de l'histoire, bridant la carrière de son mari avec sa mioche. Le second se sentant coupable, a plaidé son absence de maturité. Toute vie recèle son lot de mystères que même les plus proches semblent incapables de résoudre complètement. On ne sait donc toujours pas comment un gars d'à peine 20 ans a pu écrire des chansons aussi noires et définitives, comme si justement ayant déjà vécu tout ce qu'il y avait à vivre, la mort n'était devenue pour lui que la seule issue acceptable. Il nous laisse seuls, nous, pauvres mortels, avec ses chansons éternelles. En cela, Curtis n'est plus un homme, mais une icône. Finalement, il l'a bien cherché.

5 mars 2014

La musique à... Robi

Elle s'appelle Chloé Robineau mais est plus connue sous son nom de scène Robi. Elle vient de remporter le prix Georges Moustaki qui récompense l'album indépendant et/ou auto-produit de l'année mais surtout elle est la chanteuse et la révélation à papa 2014. C'est même vous qui l'avez élue. Elle s'exprime aujourd'hui en répondant aux questions habituelles de papa. Un grand merci à elle, en lui souhaitant plein de belles choses pour la suite...

Enfance musicale
Essentiellement du blues, du Jazz vocal, Ella Fitzgerald, Nina Simone ... et de la chanson, Brel, Brassens, Barbara, Férré ... 


Premier disque
Je crois me souvenir que c'était "Nevermind" de Nirvana, et "Tostaky", le même jour, je devais avoir 13 ans. 


Premier concert 
Ma foi ... JJ Goldman, à Dakar, en plein air, j'avais 9 ans, je me souviens avoir été très impressionnée si je dois être honnête.

Plaisir honteux 
JJ Goldman justement. De 9 à 10 ans.


Déclic musical
La puissance de Brel, la folie de Ferré, l'intelligence de Barbara. Puis Portishead vers 16 ans. 


Récent coup de coeur.
En français, Maissiat. Une grande délicatesse de fond et de forme.

Ecriture de "L'hiver et la joie
C'est un album de souffrance et de régénérescence. Je l'ai écrit en marchant, textes et mélodies, appuyée sur le balancier de la marche, puis Jeff Hallam est venu y ancrer sa basse et Boris Boublil nous a rejoint au clavier pour densifier le tout
Fierté personnelle
Mon répertoire est un peu court encore pour me demander un tel exercice, d'ailleurs, plus touffu, je ne suis pas sûre que je saurais m'y plier. Mais je crois que les gens y ont répondu pour moi, "On ne meurt plus d'amour" semble trouver un écho immédiat auprès de certains. 
La scène
Je prends un plaisir contrasté à la scène comme en toute chose. C'est une douleur autant qu'une libération. De même en studio. Mais je n'échangerai ma place pour aucune. 
Nouvel album
Un nouvel album est prévu oui et en bonne voie, je dirais que le prochain est à la fois plus mélodique, plus aéré mais toujours plus scandé. 
Chanteuse et révélation à papa
Cela me procure beaucoup de fierté et d'émotion d'être ainsi comprise de certains, c'est un passeport pour la suite du voyage.

3 mars 2014

Alpaca Sports - Sealed With A Kiss

Le titre "Sealed With A Kiss" me rappelle la reprise d'un standard de la variété américaine des années 60 par le tristement célèbre boy scout Jason Donovan et copain à l'époque d'une Kylie Minogue qui ne mettait pas encore de mini short. Nous vivions une période bénie où des filles naïves comme Mélody avec "Y a pas que les grands rêvent" était l'idole des plus jeunes. Aujourd'hui, les enfants mûrissent sans doute trop vite et Stromae n'est pas loin d'envahir les cours de maternelle. Les plus âgés n'étaient pas plus gâtés et avaient d'ailleurs droit à la reprise en français de C. Jérôme, "Derniers Baisers" dans le texte. Avec de tels souvenirs, les suédois de Alpaca Sports ne partent pas dans des circonstances favorables. Pourtant, leur album, s'il se situe dans le même registre littéraire plutôt mignon, se rapproche musicalement beaucoup plus des Pains of Being Pure At Heart par exemple. Voilà, il fallait s'y attendre les Suédois, décidément une scène indie très productive, ont réussi à sortir leur groupe de twee pop. "Just Like Johnny Marr" fait bien sûr allusion aux "pères" du mouvement, les Smiths.

Ce premier disque abritant les singles du groupe disséminés sur le web depuis sa création est une parfaite compilation du genre. Les dix titres de ce "Sealed With A Kiss" sont tous d'adorables friandises pop à chantonner sous la douche : "Just For Fun"...

Clip de "Just For Fun" :

1 mars 2014

Festival Fireworks - of Montreal (+Calvin Love) - Paris, Le Trabendo - 23 février 2014

Une chose à retenir pour la prochaine fois : il vaut mieux arriver en avance au Trabendo. Car les portes ne s'ouvrent que peu de temps avant le début des concerts et la queue s'allonge assez rapidement. Surtout quand la première partie est aussi revigorante que ce canadien de Calvin Love. Le gars, en plus d'avoir une belle gueule et de posséder un évident charisme est doté d'un très bon jeu de guitare. Sa musique assez variée et plutôt dansante n'est pas dégueulasse non plus. On pense surtout à son compatriote Mac Demarco, mais en version électronique. Pas de rots sur scène, Calvin se la joue quand même plus distingué. Bref, l'entrée en matière idéale pour le plat de résistance of Montreal.

C'est bien simple, ceux-là, je vais régulièrement les voir, dès que j'en ai l'occasion. Car je ne suis jamais déçu. Même s'il faut bien avouer que leurs derniers disques sont en retrait de la grande époque et de l'apogée que restera sans doute "Hissing Fauna, Are You Destroyer?". Après une période soul (le tout de même excellent "False Priest"), le groupe est revenu à ses premières amours avec des chansons indie pop plus classiques dans la forme sur le dernier "Lousy With Sylvianbriar". Mais, sans être désagréables, les nouveaux titres souffrent de la comparaison avec l'ancien répertoire, surtout sur scène. Kevin Barnes, comme à son habitude fait le show, finissant en montrant un torse nu qui n'a rien à envier à Iggy Pop. Pour une fois il n'y a pas de mise en scène particulière pendant les morceaux, pas de déguisements loufoques. La faute au départ de la claviériste Dootie Alexander et surtout du fantasque guitariste Bryan Poole et son look de "Spiders From Mars" ? A la place, on a droit à un "cow-boy" au jeu plus basique, mais aussi plus rock. Après quelques très légères baisses d'intensité, on finira évidemment par deux titres de "Hissing Fauna.." Tout d'abord l'euphorisant "Heimdalsgate Like A Promethean Curse" ("Come on chemicals, come on chemicals, ohohohoh...") qui reste le plus gros "tube" de of Montreal. Puis, le groupe reviendra alors pour un seul et unique rappel d'anthologie, "The Past Is A Grotesque Animal", de près d'un quart d'heure, avec une lente et progressive montée d'adrénaline. A vous foutre la chaire de poule, jusqu'à la transe. On en ressort hébété, las, repu, sous le choc. KO. Une claque monumentale. Peu importe les gens qui l'entourent, Kevin Barnes est un héros.