28 février 2014

East India Youth - Total Strife Forever

La musique de ce jeune anglais, William Doyle dans le civil, est pour le moins insaisissable. Elle est tantôt pop ("Looking For Someone"), tantôt classique ("Song for a granular piano"), tantôt techno ("Hinterland"), tantôt ambient ("Total strife forever"), toujours électro. Elle ne caresse jamais très longtemps dans le sens du poil. Elle semble accueillante puis l'instant d'après elle s'en va explorer d'autres territoires. On sent évidemment, à l'instar des allemands de The Notwist par exemple, que cette musique est pensée dans ses moindres détails, que le hasard n'a pas sa part. Pourtant, elle n'apparaît à aucun moment froide, austère et mécanique. Ce qui me conforte dans l'idée que cette semaine de sorties musicales est en train de me réconcilier avec 2014. Après The Notwist justement, et Orouni, voilà un troisième disque avec lequel je serai amené à faire un bon bout de chemin. Parce qu'il ne dévoile pas tout son pouvoir d'attraction à la première écoute.
Parce que l'envoûtement se fait petit à petit. Comme ce début d'album instrumental qui pourrait en rebuter plus d'un. Mais alors, pourquoi ce nom si incongru, East India Youth, qui correspond si peu à la musique ? Peut-être faut-il vraiment chercher très très à l'est. "Total Strife Forever" ou la conviction de ne jamais vouloir rester tranquille, inerte, d'être constamment en mouvement, de gérer de perpétuels conflits intérieurs. C'est louable et très courageux mais l'inconvénient, c'est que ce n'est pas de tout repos.

Clip de "Looking For Someone" :

Clip de "Dripping Down" :

27 février 2014

Festival Fireworks : Only Real + Crystal Stilts, Paris, le Nouveau Casino, 20 février 2014

Deux soirs, deux concerts. On ne pouvait mieux commencer ces quelques jours de "vacances" à deux, maman et moi. Après Connan Mockasin hier, le rendez-vous fixé au Nouveau Casino avec la petite frappe londonienne de Only Real et les corbeaux new-yorkais de Crystal Stilts apparaissait moins glamour et féminin. Oui, cette fois, j'avoue, c'était plutôt mon choix. Pourtant, chacune des deux prestations auront impeccablement œuvré dans le sens des styles attendus. La scène reste un révélateur, et les deux groupes ont donc le mérite de ne pas tricher sur leur intention par rapport aux disques. De disques, Only Real n'en a pas beaucoup, juste quelques brillants EP. C'est la nonchalance non feinte, jusqu'à venir sur scène sans avoir réglé au préalable leurs instruments, les mains dans les poches. C'est une marque de fabrique, pas forcément révolutionnaire mais à laquelle il fallait penser : chanter en rap sur des guitares à la DIIV, pleines de réverb, voire comme Oasis, un des morceaux rappelle étrangement "Supersonic". Original, pourtant malgré ses nombreuses qualités, la musique tourne un peu en rond et les titres plus récents, comme ce qui est annoncé comme le premier single extrait de l'album à venir, déçoivent. Only Real aurait-il déjà tout dit avant d'avoir sorti le moindre LP ? J'en ai bien peur mais ce n'est pas grave, cette musique n'est sans doute pas faite pour vieillir.

On pourrait bizarrement faire le même reproche aux Crystal Stilts. Les titres s'enchaînent tous un peu pareil. On a rarement vu chanteur de rock aussi timide : aucun jeu de scène , un regard absent et des gestes lents. Pourtant si l'originalité des new-yorkais est moins évidente, leur son, improbable mélange entre la new-wave de Joy Division et le psychédélisme des Doors, reste assez unique. Ils peuvent remercier en cela leur guitariste, en grande partie responsable de leur identité. Les Crystal Stilts joueront malheureusement pour moi très peu de morceaux de leur formidable "In Love With Oblivion". Reste comme je l'ai dit plus haut que la soirée fut fort agréable, chacun des concerts fut à la hauteur de mes attentes. Des bonnes formations de seconde division, proposant un spectacle de qualité, rigoureux pour les uns, plus cool pour les autres, mais qu'on n'imagine pourtant mal jouer un jour les premiers rôles.

26 février 2014

Orouni - Grand Tour

Pensez au magnifique "If You're Feeling Sinister" de Belle & Sebastian. Ajoutez y une pincée de folklore ethnique, de sons sautillants. Et vous aurez l'album le plus réjouissant de ce début d'année, un de ces trucs qui immédiatement vous inonde de bonheur. Ainsi est le nouveau disque de Orouni, un chanteur français qui aime la pop avec un grand P, ouverte aux quatre vents sans pour autant renier ses idéaux de perfection mélodique. Il rejoint en cela (Please) Don't Blame Mexico avec qui il partage le même label, la belle famille Sauvage Records, et la même fraîcheur, l'énergie en moins mais la qualité des arrangements en plus. Sur "In The Service Of Beauty", c'est même du côté des géniaux Syd Matters qu'il faut aller chercher les concordances, s'offrant ainsi le luxe de sortir en simple, l'un des titres les moins évidents du lot. Oui, "Grand Tour" est à ce niveau-là et me redonne goût aux nouveautés.
Orouni publie ce disque au retour d'un long périple autour du monde. Bien lui en a pris à son écoute. Tant que les voyages forment ainsi en développant ce genre d'ouverture d'esprit... Orouni se retrouve désormais en pole position des chanteurs français à  faire de la pop en anglais. A l'aise. Balèze.

Clip de "In The Service Of Beauty" :

25 février 2014

Connan Mockasin (+ Feu! Chatterton) au Trianon, Paris, le 19 février 2014

Cette année, parmi les rares bonnes résolutions prises, j'ai décidé d'assister à plus de concerts. Mercredi dernier, c'était seulement notre deuxième de 2014. Comme pour Babx, Connan Mockasin, c'était surtout une idée de maman, même si "Forever Dolphin Love", le premier disque du néo-zélandais était aussi plutôt bien placé dans mes disques de 2011. Ce concert marquait aussi le début d'une belle fin de semaine de musique live. Le décor de cette première soirée était parfait : le Trianon est sans doute l'une des plus belles salles de concert de la capitale, très théâtrale. En première partie, nous avons eu droit à une formation du cru, au nom pour le moins étrange : Feu! Chatterton. Etrange, comme leur style, détonnant mélange entre des paroles absconses dans l'esprit d'un Bashung - le nom Chatterton n'est-il pas une référence évidente ? - et une musique à l'inspiration en grande partie eighties. D'ailleurs, le style vestimentaire du groupe nous ramènerait aux sombres heures des séries télé estampillées "AB Production", comme "Hélène et les garçons". Le comble du raffinement bobo ? Le chanteur avec son costume trois pièces et sa petite moustache paraît venir d'une époque révolue. Si je n'adhère pas (encore?) à la manière quelque peu abrupte du chant, ces garçons dégagent quelque chose, une vraie originalité, bien loin de quantités de formations hexagonales qui se cantonnent trop souvent dans la réplication de modèles anglo-saxons, voire franchouillards. Je prends le risque d'annoncer que Feu! Chatterton ne sera pas qu'un simple feu de paille. Ils seront en tout cas aux prochaines Francofolies de La Rochelle et en attendant la sortie d'un premier véritable album, on peut se délecter de ce qui existe déjà :

Pour continuer dans l'étrange, mais cette fois-ci de manière plus revendiquée : Connan Mockasin. Le petit chanteur, improbable croisement entre Klaus Kinski et Brian Eno, fait d'abord une fausse entrée en scène. C'est un de ses acolytes qui, dans la pénombre, débarque en premier affublé d'une perruque blonde ressemblant à s'y méprendre à la coiffure de Mockasin. Le concert sera ensuite une alternance entre les deux albums, "Forever Dolphin Love" et "Caramel", aux univers très différents. L'un expérimental, planant, l'autre plus suave, chaud, physique voire sexuel, en témoigne le rappel où le chanteur finit même dans un lit avec une charmante jeune femme asiatique ou ce qui ressemble à un ménage à trois dans le public, juste à côté de nous. J'ai au moins la confirmation de ne pas accrocher au dernier disque, on dirait du Barry White mais avec une voix de crécelle. Le set vire aussi par moments au rock progressif. Heureusement, la version live de son chef d'oeuvre, la chanson "Forever Dolphin Love" est impeccable. "C'était chant-mé" dira un gars près de nous à la fin du concert. Pas sûr de partager le même diagnostic.

24 février 2014

The Notwist - Close To The Glass

Un album tous les six ans, voilà donc le rythme de The Notwist, après le très bon "The Devil You+Me" et le presque parfait "Neon Golden". De là à dire que même s'ils n'ont pas les 35 heures, les Allemands ne sont pas très productifs... Oui, mais si on veut rester dans les clichés, la réputation de qualité et de confort, de tout ce qui nous vient d'Outre Rhin se vérifie une fois de plus. "Close To The Glass" n'est certes pas révolutionnaire, en poursuivant dans la même veine d'un rock électro mélancolique plus cérébral que physique. En cela, les Notwist, sorte de Radiohead germanique pour lesquels le son a une importance primordial, portent bien leur nom. Ce n'est pas encore avec ce nouvel album qu'ils investiront les dancefloors, hormis peut-être avec l'entraînant "Kong", mais on pourra une nouvelle fois danser dans sa tête en écoutant leurs délicates symphonies pop.
A défaut de pouvoir les voir sur scène, Arte Live Web propose de visionner leur dernière prestation parisienne au Divan du Monde. L'occasion de vérifier que six ans entre chacun de leurs albums est une bien trop longue attente. En studio comme en live, "Close To The Glass" s'impose aisément comme un des grands disques de ce début d'année.

Clip de "Kong" :


19 février 2014

Barbara Carlotti - Cosmic Fantaisie

On reste dans la "chanson française" suite à mes Victoires de la musique. Après un regrettable oubli en la personne de Orso Jesenska, voici une de mes chouchoutes hexagonales, la très classe Barbara Carlotti, qui, depuis quelques temps, est au four et au moulin. Depuis son magnifique dernier disque, "L'amour, l'argent, le vent", déjà classé parmi les meilleurs de 2012 ici même (comme le précédent, "L'idéal" en 2008), la Corse a enchaîné entre autres, par une BD/CD "La Fille" avec le dessinateur Christophe Blain et surtout une émission de radio quotidienne ou presque sur France Inter. Son  titre, "Cosmic Fantaisie", lui va comme un gant. De la fantaisie, il y en a assurément, n'en déplaise aux pisse-froids. Un thème par émission et des sélections musicales presque parfaites, subtiles mélanges de classiques, de titres moins évidents et de nouveautés, avec parfois quelques agréables invités, comme dernièrement Florent Marchet, dont le dernier album est aussi une histoire de cosmos.
"Je veux du mouvement" nous prévient-elle, sur son dernier EP - bah, oui, pour une fois, je parle d'un EP - qui aurait mérité d'être plus long tellement la qualité est une fois de plus au rendez-vous. La seule fois où j'ai pu la voir sur scène, c'était le soir du débat du deuxième tour de la dernière élection présidentielle et surtout du jour de la naissance de mon fils. Une telle date, ça marque. Forcément. Il y a des rencontres qui ne sont pas fortuites. Comme le cow-boy de la BD, je ne suis pas près de lâcher cette fille-là !

17 février 2014

Orso Jesenska - Un Courage Inutile

Cela arrive souvent qu'on oublie un disque, qu'on passe à côté des choses, puis qu'on y vienne après coup, à contre temps. Il n'est jamais trop tard. Tant pis pour l'actualité, cette foutue drogue. "Un Courage Inutile" aurait mérité d'être nommé dans mes Victoires de la musique 2014 voire 2012, car le disque date réellement de cette époque là, bien que le label "3h50" de Bertrand Betsch n'ait eu la brillante idée de le sortir à la lumière que l'an passé. Qui avait alors remarqué la beauté touchante de cet album de trois fois rien qui cache beaucoup ? Comme une certaine "Fossette" en son temps. Car il paraît impossible de ne pas faire le rapprochement. Mais le disque du marseillais Orso Jesenska, de son vrai nom Julien Rochedy, est malgré tout plus ouvragé. S'il fait penser à du Dominique A, ce n'est pas que celui des débuts. On dirait presque une compilation du meilleur de l'artiste vainqueur des Victoires 2013, les "vraies". Le tout avec un minimum d'effets et des chansons concises mais qui se suffisent à elles mêmes. Impressionnant.
L'excellent site défricheur "A Découvrir Absolument", en référence au fameux titre de Diabologum et qui porte indéniablement bien son nom et plus récemment mon ami blogueur, l'exigeant Charlu, avaient raison d'en faire un de leurs disques de chevet, un de leurs préférés de l'année écoulée. Quand certains se pâment devant les textes et la musique de Fauve#, il ferait bien d'aller faire un tour ici. "On était fait pour les défaites", "Remercions nos ennemis de nous avoir donné de nos défaites, la fierté" : pas le genre de la maison de se mettre en avant. Le courage n'est pas du côté qu'on croit. Et il est loin d'être inutile...

Clip de "Le Fracas" :

15 février 2014

Mes Victoires de la musique 2014 : et les gagnants sont...















Le suspense fut de courte durée. Il y a eu deux grands gagnants haut-la-main... Bravo à eux. Je vous laisse découvrir le palmarès, résultat de vos votes :

- Artiste ou interprète masculin : Bertrand Belin
- Artiste ou interprète féminin : Robi
- Artiste ou groupe révélation : Robi
- Chanson de l'année : "Un déluge" de Bertrand Belin
- Album de l'année : "Parcs" de Bertrand Belin


Bon week-end à tous !

14 février 2014

The Only Ones - Another Girl, Another Planet (1978)

Tout le monde le sait, le 14 février, c'est la Saint Valentin. Cette foutue fête de tous les amoureux dont on se devrait, au moins quand on vit en couple, de célébrer dignement. Ces fêtes dont on saupoudre de plus en plus notre calendrier et qui sont des appels explicites à l'ouverture de nos portefeuilles. Consommez pauvres gens, consommez tant qu'il est encore temps. Car la crise est là, elle rôde, elle veille. Mais elle n'aura pas vos économies. Elle ne vous empêchera pas de gâter votre "moitié". La personne avec laquelle vous partagez déjà l'existence, ou avec qui vous souhaiteriez le faire. Bref, la personne qui compte le plus. Vous seriez donc un satané radin si vous ne la combliez pas. Un être sans coeur. Et qui dit combler, dit offrir des cadeaux, voilà le message sous-jacent de tous nos chers publicitaires : "Another girl, Another wallet" ? No, "Another girl, Another planet" nous disait naïvement Peter Perrett, le chanteur des bien nommés car uniques Only Ones, en 1978, pleine période punk. Le romantisme n'était plus à la mode de ce côté-ci de l'Atlantique. Pourtant, cette chanson, à l'efficacité inaltérable, figure comme une des plus nerveuses de leur répertoire. Un classique. Pas étonnant que John Peel, l'ancien célèbre programmateur de la BBC, en avait fait un de ses morceaux préférés de tous les temps. Allez, bonne Saint Valentin, ma chérie !



I always flirt with death
I could kill, but I don't care about it
I can face your threats
Stand up tall and scream and shout about it

I think I'm on another world with you
I'm on another planet with you

You always get under my skin
I don't find it irritating
You always play to win
I don't need rehabilitating

Another girl, another planet
Another girl, another planet

Space travels in my blood
And there ain't nothing I can do about it
Long journeys wear me out
Oh God we won't live without it

Another girl is loving you now
Another planet, forever holding you down
Another planet

 

10 février 2014

Halls - Love To Give

Le jeune londonien Sam Howard nous avoue avoir "de l'amour à donner". Et si son premier disque "Ark" paru en 2011 n'avait pas fait grand bruit, il pourrait en être autrement de celui-ci. Il serait amplement mérité que celui-ci reçoive davantage d'enthousiasme en retour. "Love To Give" correspond à l'album que Shearwater essaie désespérément de faire depuis des lustres, c'est-à-dire un album de pop-folk lyrique, un peu plus électro quand même, qui ne tombe jamais dans l'emphase et la démonstration technique mais qui s'appuie avant tout sur la qualité mélodique des morceaux et une atmosphère enveloppante et jamais pesante. Dès le premier titre éponyme, on est bercé par cette musique romantique qu'on croirait chantée depuis le choeur d'une cathédrale, plutôt qu'un "hall" de gare. La voix résonne, le son remplit l'espace. C'est beau, c'est simple, sans être simpliste.
L'émotion passe et perdure tout au long du disque, sur le fil du rasoir, jusqu'à une fin plus onirique, et presque exclusivement instrumentale. On pense aussi à Radiohead, en version mystique et joliment épurée : ça y est, 2014 est enfin démarrée.

Clip de "Forelsket" :