30 janvier 2014

Florent Marchet - Bambi Galaxy

Que Florent Marchet ne nous dise pas qu'il n'a jamais lu Houellebecq, on ne le croira pas. Tout ou presque dans ce quatrième album, "Bambi Galaxy" rappelle les thèmes abordés par l'écrivain dans son roman "La Possibilité d'une île" jusqu'à l'ironique référence à Raël. Le dernier titre "Ma particule élémentaire" est une autre allusion à l'auteur de "La Carte et le Territoire". Le chanteur est désormais un habitué du disque à thème, qu'il perpétue jusque dans l'habillement. Finies la moustache et les sapes ringardes de "Courchevel", on le retrouve cette fois-ci affublé d'une veste à paillettes et d'une coupe de cheveux nettement plus "djeuns". Dans la récente interview de "On n'est pas couché" chez Ruquier - c'est qu'il commence à devenir sacrément connu, le bougre, parrainage Inrocks oblige -, on sent même qu'il pousse le bouchon jusqu'à changer de personnage à chaque nouvel album : une démarche artistique totale! On pourra trouver ça vain sur la première partie de "Bambi Galaxy". Jusqu'à "Heliopolis", les titres sont d'honnêtes pop songs, ne se distinguant pas du lot du revival années 80, très à la mode.
Et à partir de "647", les chansons comme les textes se font moins évidents, plus lyriques aussi. En cela, je rejoins l'analyse de Natacha Polony - mince, que m'arrive-t-il ? Peut-être aussi parce que les thèmes me touchent moins, ce nouveau disque, à l'instar de "Courchevel", reste en retrait de "Rio Barril", moins émouvant, de plus en plus fantaisiste. On est encore loin d'un Katerine et c'est en cela que Marchet est ambigu. Où veut-il en venir ? N'enfonce-t-il pas des portes ouvertes ? Faut-il prendre au sérieux quelqu'un qui chante comme Souchon sur de la musique à la Sébastien Tellier ? Oui, assurément, il y a pire comme référence et je reste curieux de savoir quel personnage il osera incarner la prochaine fois. Et puis, c'est toujours agréable d'aller le voir sur scène.

Clip de "Apollo 21" :


Florent Marchet en concert privé pour Label Pop :

28 janvier 2014

Top albums 1990


Comme l'actualité est somme toute assez calme en ce début 2014, je profite de l'occasion pour me replonger dans mes tops annuels. J'en étais arrivé dans mon compte à rebours à 1990. Et c'est peu dire que ce millésime ne fut pas extraordinaire. C'est bien simple en y regardant de plus près, les disques sélectionnés ci-dessous sont pour la plupart l'oeuvre d'artistes ou groupes incontournables de l'histoire de rock, mais ce ne sont jamais ou presque leurs meilleurs. Les rares exceptions sont évidemment les La's et leur unique album mythique ou encore les Depeche Mode dont le "Violator" est d'assez loin ce que Dave Gahan et Martin Gore ont pu produire de mieux. Bien sûr, il y aussi les Pixies dont les quatre disques sont chacun à leur manière des chefs d'oeuvre du genre. "Bossanova" ayant donc profité d'une année plus clémente pour s'imposer en première place de mon top 1990.

10- John Cale & Brian Eno - Wrong Way Up
Deux légendes du rock décident de marier leur savoir faire pour un disque au final assez bancal, hésitant entre l'univers de chacun. "Wrong Way Up" a beau être kitsch et léger, il n'en demeure pas moins comme le dernier bon disque des deux acolytes. Sans doute, parce que depuis, l'un comme l'autre ont perdu cette fraîcheur. Voulant retrouver l'inventivité de leurs débuts, ils ont oublié que parfois la musique peut juste être une belle récréation.

9- Yo La Tengo - Fakebook
Je l'ai déjà dit. Je suis définitivement tombé amoureux de Yo La Tengo en 2013. Oui, il m'en a fallu du temps. Ceux qui les connaissent depuis leurs débuts préféreront peut-être ce "Fakebook" au dernier "Fade". En tout cas, c'est la même fluidité des guitares, la même chaleur dans les voix. A la différence près que sur "Fakebook", ils reprenaient encore les chansons des autres, notamment "Andalucia", tiré de "Paris 1919", meilleur album de John Cale.

8- The Fall - Extricate
"Extricate" ou la fin de la meilleure période The Fall : les années 80. L'inspiration du célèbre groupe de l'inénarrable Mark E. Smith s'oriente de plus en plus vers l'électro, montrant mine de rien, que, sous ses airs de n'en faire qu'à sa tête, le bonhomme sait aussi surfer sur les modes. La fin des années 80, c'était Madchester et l'apparition de la house dans le rock. Et si The Fall y était au final pour quelque chose ?

7- The Clean - Vehicle
Le label néo-zélandais Flying Nun Records est un label mythique pour tout amateur de pop-rock lo-fi. On y recensait des groupes comme The Chills, The Bats, le fantasque Chris Knox et les oubliés de The Clean, donc. Il y a d'ailleurs parmi ces derniers, Robert Scott à la basse, éminent membre de The Bats. La musique de cette belle famille n'a pas pris une ride. De Pavement au label Captured Tracks, on ne finit pas de l'entendre depuis.

6- Sonic Youth - Goo
Sans doute, l'un des plus belles pochettes de l'histoire du rock. Un très bon disque aussi. Le punk-rock assez expérimental des New-Yorkais se fait plus avenant, notamment avec deux gros tubes indés en puissance "Dirty Boots" et "Kool Thing". Malheureusement pour eux, c'est Nirvana qui emportera la mise l'année suivante avec les mêmes chansons mais des guitares moins tranchantes.


5- Nick Cave & The Bad Seeds - The Good Son
Nick Cave se prend pour la première fois pour un crooner des familles. Finis le punk déjanté et les envolées de blues abrasif, "The Good Son" se fait plus apaisé. Le disque montre ainsi une autre palette plus accessible mais toute aussi émouvante.



4- Depeche Mode - Violator
Dès l'écoute des premiers singles extraits de ce "Violator" ("Personal Jesus", "Enjoy The Silence"), on sent qu'il s'est passé quelque chose chez Depeche Mode. Finies les gentilles rengaines new wave ("Just Can't Get Enough"), le son s'est peu à peu durci jusqu'à ce disque, symbole de leur maturité artistique. La suite sera une lente déchéance, le chanteur devenu accro à la drogue, fera même une tentative de suicide. Depuis, la formation est revenue aux affaires de manière plus saine mais sans parvenir à cet apogée.

3- The House of Love - The House of Love
Voilà un très joli nom de groupe, sans doute lié à son époque - qui aujourd'hui oserait s'appeler ainsi ? Les influences sont de la meilleure veine : Lou Reed, Leonard Cohen, avec une sensibilité toute anglaise. Bien sûr, on y parle "The Beatles and The Stones", les glorieux aînés, mais tout ça est brillamment assumé ("Shine On") et puis rien que pour une merveille comme "Shake And Crawl"...

2- The La's - The La's
Voici une des plus brillantes guitares anglaises de ces dernières décennies. Lee Mavers avait un talent fou, celui de faire une musique sans âge, capable de marier la rudesse du blues à des mélodies pop éternelles (le classique "There She Goes"). Ce premier disque éponyme compile 40 ans de rock anglais de la plus belle des manières. Depuis, on attend toujours la suite.

1- Pixies - Bossanova
Quand on fait une écoute comparative des disques des Pixies de l'époque, avec Kim Deal donc, et des pitoyables EP sortis ces derniers mois, on a juste envie de pleurer. Que doivent penser les plus jeunes qui ne connaissent Frank Black que par le biais que ces récentes chansons laborieuses ? Entre 1987 et 1991, les Pixies inventaient un rock martien auréolé d'inspiration latino, beaucoup copié, jamais égalé. Le meilleur groupe de rock au monde, c'était eux.


22 janvier 2014

Mes Victoires de la musique 2014 : et les nommés sont...

Je n'en avais pas fait l'année dernière, les vraies étaient trop proches de ce que j'aurais pu faire. Dominique A les a même remporté. Cette année, à nouveau, je n'y trouve pas mon compte et c'est pas faute d'avoir écouté beaucoup de chansons française. Pour information, vous pouvez voir la sélection officielle ici. Comme pour les vraies, vous avez jusqu'au 13 février pour voter avec en question subsidiaire en commentaire de ce post, votre artiste ou groupe de scène de l'année. En espérant pouvoir faire réagir les heureux gagnants...

Artiste ou interprète masculin :



Artiste ou interprète féminine : 



Artiste ou groupe révélation :



Chanson de l'année :



Album de l'année :

20 janvier 2014

Babx - Petit Théâtre des 2 Rives - Charenton-le-Pont - 17 janvier 2014

Si ce blog s'était appelé "la musique à maman", "Drones Personnels" aurait sans doute été élu disque de l'année 2013. Sachant cela, vous vous doutez que c'est elle qui a le plus insisté pour qu'on aille enfin voir Babx sur scène. Bon, comme j'apprécie aussi l'artiste, je n'ai pas été trop dur à convaincre. En plus, le concert avait lieu pas loin de chez nous, dans le petit Théâtre des 2 Rives, à Charenton-le-Pont. Pour ceux qui ne connaissent pas, c'est en bordure du bois de Vincennes, tout proche de la capitale. Première surprise en arrivant : la salle est minuscule et peut contenir à tout casser 70 personnes. De plus, ce ne sont que des places assises. La moyenne d'âge enfin est étonnamment élevée. On se regarde : est-ce qu'on ne s'est pas trompé d'endroit ? Après quelques minutes d'attente, un guitariste arrive seul sur scène et fait quelques enregistrements. Puis, le reste de la troupe le rejoint. Le premier morceau est de circonstance, "Cristal Ballroom", on se croirait dans un cabaret perdu, du bout du monde : le décor est planté. Le chanteur se la joue modeste, plaisante rapidement avec le public et pourtant sa palette musicale est d'une rare diversité. On a l'impression que le gars peut tout faire, tout jouer. De la variété, du classique, du jazz, du rock, de l'électro, même du rap (l'excellent "Crack Maniac"), le tout avec une inventivité sans cesse renouvelée. 

Les deux reprises de Bashung ("2043") et Barbara ("Septembre") sont aussi aux petits oignons. Le seul bémol serait sur la voix qui, malgré un timbre original, semble avoir une tessiture limitée. (les "Jingle bells" de "Suzanne aux yeux noirs" sonnent un peu faux). Pour le reste, c'est un sans faute, encore meilleur que sur disque, car on y entend plus de choses, notamment l'ironie de certains textes ("2012"), les constants jeux sur les mots qui s'entrechoquent proches en cela d'un Gainsbourg, les délicats arrangements, un mélange admirable de fougue et d'émotion. Tout semble d'une facilité déconcertante. C'est simple, ce type parle comme un livre, joue du piano comme il respire. Babx est assurément un des plus précieux joyaux de la chanson française qui, vu la taille des salles dans lesquelles il continue de jouer après trois albums pourtant impeccables, demeure un secret trop bien gardé. Maman a bien raison. Mais maman n'a-t-elle pas toujours raison ?

17 janvier 2014

Dominique Dalcan - Hirundo

Ce n'est pourtant pas le printemps, mais l'hirondelle Dominique Dalcan est pourtant bien de retour après 16 longues années d'absence depuis son dernier véritable disque en date, "Ostinato", sorti en 1998. "Hirundo" est un album miraculeux, lumineux, de retour à la vie - le chanteur ayant connu de graves problèmes de santé -, pour les beaux jours, en déphasage complet avec la saison. Pas une surprise pour ce chanteur à la carrière trop discrète, évoluant en dehors des modes mais qui avait pourtant tout pour faire parler de lui. Je garde par exemple un agréable souvenir de son plus grand "succès", "Brian", sur l'excellent album "Cannibale" en 1994, qui aurait dû devenir un tube. Sa pop, à l'instar de celle des Innocents (un titre comme "Transhumance" y fait d'ailleurs furieusement penser), était ce qui se faisait de mieux chez nous dans les années 90. Mais le monde a tourné depuis, JP Nataf a basculé dans la "marge", gagnant en crédibilité artistique ce qu'il a perdu en succès populaire. Il écrit pour la jeune Mina Tindle, qui chante ici sur "A quoi pensent les oiseaux?" Ce morceau rappelle évidemment "Le courage..." d'un autre Dominique. Voici dessiner en quelques traits une chanson française supérieure, qui semble heureusement gagner un peu de terrain - la Victoire de la Musique de monsieur A -, même s'il reste encore beaucoup de chemin à parcourir.
On attend dans quelques jours les nouvelles moutures de Michel Cloup et de Florent Marchet dont les derniers disques ont tous deux été classés parmi mon top 10 de fin d'année. A l'heure de la mondialisation, je me retrouve étonnamment à écouter de plus en plus français. Cela doit être ce repli identitaire nauséabond bien à la mode en ce moment... Mais non, je suis persuadé que c'est simplement parce que notre pays est encore plein de belles ressources et qu'un album comme "Hirundo" continuera dans les prochaines années de revenir régulièrement à mes oreilles. Parce qu'il est beau et qu'il fait du bien. N'est-ce pas finalement ce qui compte avant tout autre considération ?

Clip de "Paratonnerre" :

Clip de "Sometimes" :

"A Pensent les Oiseaux ?" (avec Mina Tindle) :

16 janvier 2014

Noir Désir - Le Vent Nous Portera (2001)

J'ai hésité à revenir. Je me disais que comme bonne résolution pour la nouvelle année, ça pouvait se tenir : arrêter mon blog. Cinq ans que ça durait, cela finissait par prendre trop de place dans ma vie. Entre le boulot, les gosses et le reste, je n'avais plus le temps, l'énergie, l'envie. Je devais passer à côté d'autres choses plus importantes. Forcément. Oui, c'est une drogue. Malheureusement, je n'arrive pas à m'en désintoxiquer. Je regarde toujours scrupuleusement les agendas de sorties de disques. J'essaie inlassablement de dégoter les concerts pour lesquels on pourra trouver des babysitters. Je fouille le net à la recherche de nouveautés, mais aussi de vieilleries, balancées sur les blogs, les réseaux sociaux, les webzines. Je picore à droite, à gauche, étant rarement aussi heureux que lorsque le hasard me fait rencontrer un nouveau disque/artiste ami. Comme en 2013 où l'année commençait sous les meilleurs auspices avec Aline ou Yo La Tengo. En 2014, pas de révélations en vue, rien de bouleversant à l'horizon et donc, ce curieux sentiment qu'il serait peut-être l'heure d'en finir. Du tuer la musique à papa. Parce 5 ans, c'est un beau chiffre. Cinq ans, c'est bientôt l'âge de ma Lulu. Mais, je ne peux pas lui dire décemment que son père a abandonné. Qu'il a laissé tomber sa passion, ces choses qui améliorent l'ordinaire. Qu'il a préféré continuer sans la partager... Puis, venant avec ce (noir?) désir annuel de tout plaquer, il y a cette rengaine qui me trotte soudain dans la tête. "Je n'ai pas peur de la route. Faut la voir, faut qu'on y goûte..." Bon dieu, "Le vent nous portera", il a raison, le bougre, quoiqu'on puisse penser aujourd'hui du bonhomme ! Bonne année 2014 à tous, que le vent vous porte là où le soleil brille.

Je n'ai pas peur de la route
Faut la voir, faut qu'on y goûte
Des méandres au creux des reins
Et tout ira bien

Le vent l'emportera

Ton message à la grande ourse
Et la trajectoire de la course
A l'instantané de velours
Même s'il ne sert à rien

[Refrain] :
Le vent l'emportera
Tout disparaîtra
Le vent nous portera

La caresse et la mitraille
Cette plaie qui nous tiraille
Le palais des autres jours
D'hier et demain

Le vent les portera

Génétique en bandoulière
Des chromosomes dans l'atmosphère
Des taxis pour les galaxies
Et mon tapis volant dis?

[Refrain]

Ce parfum de nos années mortes
Ceux qui peuvent frapper à ta porte
Infinité de destin
On en pose un, qu'est-ce qu'on en retient?

Le vent l'emportera

Pendant que la marée monte
Et que chacun refait ses comptes
J'emmène au creux de mon ombre
Des poussières de toi

[Refrain]