30 novembre 2013

Electrelane - The Power Out (2004)


Thème du jour : FASTER PUSSYCAT KILL KILL! - Des filles qui en ont...

C'est l'ami Gwen qui m'a rappelé au bon souvenir de ce disque passé trop inaperçu à sa sortie. Il est pourtant de ceux qu'on réévalue à la hausse au fil du temps et des écoutes. "The (girl?) power out" commence par une chanson ânonnée dans un français incompréhensible, et cette rythmique d'abord lointaine qui ne cesse de s'accélérer. On passe ensuite à un titre plus mélodique mais où la voix semble capable à tout moment de lâcher prise, de partir en vrille. "The Valleys" est au contraire un morceau quasi liturgique avec ce qui pourrait ressembler à des choeurs d'église. Dans la suite, on y entendra de l'espagnol, des guitares abrasives puis indolentes, des rythmes plus synthétiques mais toujours aussi syncopés. C'est Steve Albini à la production et ça s'entend. Dès que c'est rêche, que ça gratte un peu, il n'est jamais très loin. Electrelane, ce sont quatre jeunes femmes originaires de Brighton. Leurs influences sont évidemment le Velvet Underground mais aussi le krautrock. Ce disque, leur second, est d'ailleurs en partie instrumentale. Elles ont rendu leur tablier dès 2007, après quatre albums mais refait surface il y a deux ans par le biais de quelques concerts, notamment un passage remarqué à la Route du Rock. Depuis, nous n'avons plus de nouvelles... Ah, si "The Power Out" va être réédité. Merci à Gwen et à tous les participants de ce nouveau grand jeu des blogueurs mangeurs de disques. Car c'est malheureusement terminé.

29 novembre 2013

Vincent Delerm - Les Amants Parallèles

Aux premières notes, on ne comprend pas ce que certains nous disent : ce n'est pas encore cette fois-ci que les allergiques à Vincent Delerm se réconcilieront avec lui. On retrouve dans "Les amants parallèles" les mêmes petites habitudes du monsieur : cette façon si particulière de ne pas chanter, cette manie pour le "name dropping", ces mêmes thèmes "petits bourgeois parisiens" hérités de la Nouvelle Vague, mais aussi cette faculté à créer à chaque chanson de drôles de petites saynètes amoureuses. La seule différence, c'est que pour une fois, Delerm n'essaie plus d'épater la galerie avec ses traits d'humour quelque peu cyniques. Non, "Les amants parallèles" jouent la carte de la sobriété. Avec un minimum de textes, le décor est planté. Et la musique est au diapason, avec seulement du piano, même s'il y en a en tout quatre, chacun accordé différemment pour reproduire la sonorité d'autres instruments.
L'ensemble donne une ambiance encore plus feutrée, idéale pour parler de la vie d'un couple, de sa naissance à l'arrivée d'enfants et bien après. La nostalgie des bons moments y est évoquée, des petites histoires  universelles. Et puis, un disque où il est question de "tee-shirt de Johnny Marr", de "concert des Charlatans"  - dans la chanson "L'Haçienda", ancienne salle mythique de Manchester - ne peut pas être foncièrement mauvais. Oui, peut-être qu'au final certains anciens détracteurs se laisseront amadouer. Le bonhomme a un fort pouvoir de séduction, surtout en concert, jouant autrefois essentiellement sur la dérision. Il y ajoute aujourd'hui une dose supplémentaire d'humanité. La maturité et les cheveux gris, sans doute.

Clip de "Les Amants Parallèles" :

28 novembre 2013

Pulp - It (1983)

Thème du jour : ENCORE UN PEU VERT ! - Une première oeuvre pas tout à fait mure.

Il y a deux types de groupes. Il y a ceux qui sont tout de suite au top, donnant d'emblée le meilleur d'eux-mêmes. Parce qu'avant de percer, ils ont élaboré longuement leur son. Parce qu'ils reviennent de loin. Parce qu'ils savent qu'ils n'ont pas d'autres choix de vie. Ceux-là durent rarement. Ils s'épuisent vite, parce qu'ils n'ont pas de plan B. Leur premier disque a parfois tellement touché, marqué les esprits que toute suite s'avère forcément décevante. Et puis, il y a ceux qui commencent discrètement, pas sûrs d'eux, dont on ne découvre le véritable potentiel que bien plus tard. Parce qu'une maison de disque a eu le courage et l'audace de leur faire confiance. Ou tout simplement parce que le groupe n'a pas lâché prise, qu'il a continué contre vents et marées à avancer, ne comptant que sur lui-même. C'est le cas ici. Pulp, le groupe du très charismatique Jarvis Cocker, a traversé les années 80 à l'écart du monde avec seulement deux disques et quelques singles. Personne ne les voyait devenir aussi grand, le meilleur groupe de pop anglaise des années 90. "It" sorti en catimini en 1983 dévoilait pourtant une réelle qualité d'écriture, même si pas tout à fait mûre. La musique est assez cheap, plus par manque de moyens, semble-t-il, que par manque de volonté. Mais pour au moins trois morceaux : "My Lighthouse", "Wishful Thinking" et surtout "Blue Girls", l'album est plus que recommandable. Trois ans plus tard, avec "Freaks", Pulp passera déjà à la vitesse supérieure avec son premier disque adulte. Ensuite, plus rien ne les arrêtera jusqu'à l'indépassable "Different Class"...

26 novembre 2013

Connan Mockasin - Forever Dolphin Love (2011)

Thème du jour : SUGAR SUGAR - Une oeuvre narcotique, le type de drogue n'a pas d'importance. 

Le sujet du jour n'est pas si facile qu'il en a l'air, car, qui dit narcotique, dit aussi soporifique. Or, le premier disque du néo-zélandais Connan Mockasin ne l'est en rien - pour preuve, il était bien classé dans mon top albums en 2011. Planant oui, sûrement, le genre d'oeuvres qui vous procurent un sentiment de bien être, de relâchement. Et puis, il y a cette voix (de dauphins?) trafiquée qui ne ressemble à rien d'humain. Pour produire un album de la sorte, il faut obligatoirement être un peu allumé. Le morceau éponyme, "Forever Dolphin Love", est une longue ballade lancinante et hypnotisante de plus de dix minutes. Tout le disque est dans cette continuité, comme s'il n'y avait qu'un seul et unique morceau empli de mille et une saveurs. L'artiste, lui-même, n'a pas réussi à reproduire ce coup de maître. Son dernier "Caramel" paru en 2013 regorge de sonorités plus communes et familières. Connan Mockasin sera en tournée chez nous en début d'année prochaine, l'occasion de vérifier si son univers n'a rien perdu de sa singulière fantaisie.

24 novembre 2013

The Flaming Lips - Yoshimi Battles The Pink Robots (2002)




Thème du jour : LIFE ON MARS? - Une musique d'une autre planète ou presque.

Les Flaming Lips ne sont pas de cette planète, c'est évident. C'est pour ça qu'ils parlent d'une jeune femme asiatique qui combat des robots tous roses. Il faut avoir vu une fois dans sa vie ce groupe sur scène. L'expérience, pour peu qu'on veuille bien s'en donner la peine, est inoubliable. Tout peut arriver ou presque. Cet univers déjanté et ne ressemblant à rien d'autre a même été transposé dans une comédie musicale. Après quelques représentations en fin d'année dernière en Californie, le spectacle "Yoshimi" devrait voyager jusqu'à Broadway en 2014. Espérons qu'il fasse aussi un détour par la vieille Europe...J'aurais pu choisir d'autres disques des Flaming Lips, le dernier en date notamment, "The Terror", qui est un véritable ovni sonore. Mais celui-ci se rapproche le plus du thème du jour. Et puis, rien que pour la sublime "Do You Realize?" et ses paroles simples et belles "Do you realize that life goes fast. It's hard to make the good things last. You realize the sun doesn't go down. It's just an illusion caused by the world spinning round.". Elle est même devenu l'hymne de leur état, l'Oklahoma. Vous imaginez, vous, une équipe de foot, qui rentre sur un terrain au rythme de cette chanson : la classe, non ? Une autre planète, je vous dis.


22 novembre 2013

The Hives -Tyrannosaurus Hives (2004)

Thème du jour : MUSIC FROM THE NORTH COUNTRY - Un seul mot d'ordre: Nordique!

C'est bizarre parce que contrairement à de nombreux blogueurs, je me rends compte accrocher rarement à tout ce qui provient des pays nordiques. Le choix est donc pour moi assez restreint lorsqu'il s'agit de sortir un artiste ou un groupe du lot. En fait, mis à part l'Islande dont beaucoup d'artistes font preuve d'originalité, le reste est souvent assez commun. Bien fait, mais commun. Et puis, quelques fois, il y a des incongruités comme The Hives, ce groupe de jeunes gens bien sapés, qui fait du rock qui dépote grave sa mère - oui, je sais, ça ne veut rien dire, c'est juste pour faire djeuns. Le genre de trucs pas toujours très fin, mais qui n'en a cure, qui envoie le bois sans discontinuer. Et c'est bien connu qu'avec le bois, on se réchauffe. "Tyranosaurus Hives" est leur troisième disque et rien que pour le formidable "A Little More For A Little You", je le réécoute régulièrement. Parce qu'en tant que défouloir rock'n'rollien, il remplit à chaque fois très bien son rôle. Et personnellement, c'est tout ce que je lui demande.

21 novembre 2013

Bertrand Betsch - La Nuit Nous Appartient

Il y a de curieuses coïncidences dans la vie. Un homme qui est mon quasi homonyme crée un label au début des années 1990 du nom de Lithium à Nantes, donc pas très loin de chez moi. Le label depuis a malheureusement cessé d'exister. L'homme, lui, a disparu des projecteurs. Mais il a permis de faire connaître des gens aussi variés et importants que Dominique A, Françoiz Breut, Diabologum et son chanteur Michel Cloup qui oeuvre maintenant en solo, Mendelson, Holden, Jérôme Minière ou encore Bertrand Betsch. La plupart de ces noms sont régulièrement cités sur ce blog. Ce monsieur, au moment où la chanson française ronronnait, a proposé à entendre quelque chose de différent, non formaté, minimaliste mais pas que. Aujourd'hui, Lithium a fait plein de petits, créé des vocations et la plupart de ses artistes ont continué leur route, toujours aussi exigeante. Comme Bertrand Betsch qui a même fondé son propre label, 3h50. Il nous revient aujourd'hui, seize ans après "La Soupe à la grimace", plus pop que jamais. "La Nuit Nous Appartient" ressemble beaucoup au "Courchevel" de Florent Marchet  tant au niveau de la voix que des musiques. Pour les textes, c'est quand même plus direct mais aussi moins abouti - on est aussi assez loin de la noirceur poétique de son premier essai. Quelques titres comme "A la radio" ou "Girls" dont les paroles ne sont pas si éloignées de celles de "à toutes les filles" de la paire Barbelivien-Gray de triste mémoire, apparaissent plutôt dispensables.
Et on se demande alors pourquoi un double album de 26 titres quand la moitié aurait été amplement suffisant ? On aurait même tenu là un des meilleurs disques de l'année 2013. Mention spéciale à "Encore un jour sur la terre", "La nuit nous appartient" ou encore "La puissance de l'espoir". En tout cas, il y a assez de choses intéressantes proposées ici pour faire oublier les deux principales sorties musicales de la semaine, françaises de surcroît qui risquent malheureusement d'éclipser celle-ci. J'ai nommé les deux rescapés Etienne Daho et Bertrand Cantat. Timing compliqué pour Betsch qui ne demande donc qu'à être soutenu davantage, comme la main tendue de la pochette. Le single "J'aimerais que tu me dises", au style très proche d'un Gaëtan Roussel, mériterait un succès équivalent. Et si les chanteurs de l'ex-label Lithium étaient aujourd'hui amenés à obtenir la reconnaissance grand public comme Dominique A et sa Victoire de la Musique ? Pour qu'après "La Soupe à la Grimace", ils mangent leur pain blanc. Enfin.

Clip de "J'aimerais que tu me dises" :

Extraits en écoute sur iTunes.

20 novembre 2013

Lenny Kravitz - Mama Said (1991)



Thème du jour : TEEN TITAN - Un disque usé jusqu’à la corde étant ado!

Je triche un peu car je ne l'ai pas écouté tant que ça, ce disque. En fait, je me suis rapidement aperçu que passés les quelques singles connus, le reste ne valait pas tripette. Mais Lenny fut pendant quelques temps un modèle pour moi. On en a besoin quand on est ado. Le modèle du beau gosse, cool, au look branché, qui faisait une musique de beau gosse, inspirée par les plus grands de John Lennon à Jimi Hendrix. A l'époque, on faisait déjà des tops avec mon frère aîné. Tous les samedis soirs, il y avait le classement de nos chansons préférées, juste avant le top, le vrai, le TOP 50 de Marc Toesca à la télé - oui, oui, on a les références qu'on peut. Et Lenny était régulièrement bien placé dans les choix familiaux. "It Ain't Over Till It's Over" est restée plusieurs semaines en première position, comme "Stand By My Woman". En plus, c'est pas pour cafter mais Charlu a dit du bien de son disque suivant, "Are You Gonna Go My Way?" dernièrement. ça m'a surpris, parce que quand même, Kra-vitz. C'est donc de sa faute si je vous en parle aujourd'hui - oui, oui, je sais, c'est facile de rejeter la faute sur les autres. A la réécoute, surtout des paroles particulièrement cruches (dans la lignée de l'insupportable geignard et "beautiful, it's true" de James Blunt) on se dit que c'était quand même de la musique pour ado. Sur "Mama Said", on entend aussi la guitare de Slash, célèbre membre des pas vraiment regrettés Guns'n'Roses, autre formation favorite des jeunes des années 90. Oui, oui, je reviens de loin.

18 novembre 2013

King Crimson - In The Court Of The Crimson King (1969)

Aujourd'hui, c'est le retour du fameux grand jeu des blogueurs mangeurs de disques ! C'est donc reparti pour deux semaines de thèmes en tous genres, histoire de redécouvrir de façon originale notre discothèque. La liste des blogs participants est visible .

Thème du jour : THE WEAR DON'T MAKE THE MONK!  Pochette hideuse mais disque génial

Oui, je sais que ce choix est assez évident pour beaucoup et j'imagine que je ne serai pas le seul à le faire. Pourtant, pour moi, il ne l'était pas forcément. Car, quand on me parle de rock progressif, je fais à peu près la tête du gars sur la pochette. Et King Crimson, c'est justement la quintessence du rock progressif anglais au même niveau ou presque que Pink Floyd ou Soft Machine. Autant dire que pour moi, c'est le mal. Non, j'exagère un peu, mais voilà, ce disque, leur premier, c'est un peu l'exception qui confirme la règle. L'album qui me fait aimer un tant soit peu ce style de musique, même s'il n'évite pas toujours les écueils inhérents au genre. A savoir, la technique pour la technique, au détriment du reste : un peu de spontanéité, de légèreté, de simplicité, quoi! Mais "In The Court Of The Crimson King" est un petit miracle fait disque, car jamais il n'essaie de perdre l'auditeur, ni de le toiser de haut. A son rythme - 5 morceaux seulement pour une durée totale de près de 45 minutes -, il nous guide dans les méandres d'une musique incroyablement belle et soignée. Ceci explique pourquoi aujourd'hui encore je ne parviens pas à m'en lasser. Il n'y avait donc aucune raison d'avoir peur.
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15 novembre 2013

Grass House - A Sun Full And Drowning

Mais que sont devenus les irlandais de Whipping Boy ? Ceux que d'aucuns se souviennent comme de la meilleure black session de l'histoire. Oui, j'ai des noms. Personnellement, je n'y étais pas, mais rien que la vision cathodique de leur "We Don't Need Nobody Else" dans feu Nulle Part Ailleurs m'avait fichu la chaire de poule par écran interposé, c'est dire. Mais pourquoi je vous parle de ça, moi ? Tout simplement parce que l'écoute du premier disque des londoniens de Grass House, m'y a fait penser. Surtout pour la voix. Pour le reste, on est plus dans des contrées folk, finalement bien éloignées, de ce qu'on imagine venir de la capitale anglaise. Et puis, il y a aussi l'excellent "Wild and in Love" que maman s'écoute en boucle depuis que j'ai commencé à jeter une oreille sur cette herbe-là.
Bon, je ne dis pas qu'en chemin, la lassitude ne nous gagne pas, qu'une certaine facilité ne s'installe pas, mais le groupe parvient souvent à agrémenter ses chansons de petits arrangements, de délicates petites attentions qui font qu'au final, on passe un bon moment avec "A Sun Full And Drowning". On se dit qu'on a été bien reçu et qu'on reviendrait volontiers. Le célèbre savoir-vivre britannique ?
 
Clip de "Faun" :

13 novembre 2013

Cate Le Bon - Mug Museum

L'autre soir, après avoir réécouté le premier album de Aztec Camera, il me prit l'envie de me replonger dans la pop écossaise des années 80 à 2000, de Orange Juice à Franz Ferdinand en passant par The Wake et The Shop Assistants. L'Ecosse oui, mais le Pays de Galles alors ? Bah, les Gallois ont moins marqué l'histoire du rock, hein. Mis à part, l'alter ego de Lou Reed au sein du Velvet Underground, John Cale, aucun nom incontournable me vient immédiatement à l'esprit. Je compte sur vous pour me rafraîchir la mémoire. Il y a bien les formations plus récentes comme Super Fury Animals ou Manic Street Preachers, mais rien qui ne me transcende non plus. Vue mon entrée en matière, vous aurez compris que la chanteuse dont je vais vous parler aujourd'hui est originaire de cette nation du Royaume-Uni. Elle a d'ailleurs joué avec les deux groupes susnommés. Elle chante même parfois en gallois. Elle n'est en rien la fille de Simon, le chanteur du groupe de coiffeurs pour midinettes des années 80, Duran Duran. Malgré l'esthétique de la pochette, sa musique n'est pas de la pop lisse et sucrée façon swinging sixties non plus.
Non, "Mug Museum" est déjà son troisième disque - parfois, je me demande comment j'arrive à louper autant de trucs - et on peut dire que la Cate en question, loin de la future reine d'Angleterre, a du caractère et du style. Son album flirte quand même avec les années 60, mais c'est plutôt vers l'univers d'une Nico que le parallèle est le plus flagrant. Mais la Nico des débuts, période "Chelsea Girl" aux chansons encore immédiatement accrocheuses. On pense aussi plus récemment à Laetitia Sadier, l'ancienne chanteuse de Stereolab ou à St Vincent. Sous ses airs de ne pas y toucher, Cate Le Bon possède un fort pouvoir addictif, en témoigne les excellents "Are You With Me Now ?" ou "I Think I Knew" en duo avec Perfume Genius.

11 novembre 2013

Just Handshakes - Say It

On ne trouvera pas parmi le catalogue du label Bleeding Gold Records  matière à révolution sonore. A la place, on trouvera une incroyable constance pour dénicher des petits groupes modestes qui, s'ils n'inventent rien et font la même musique que beaucoup - du rock indé pour faire court - , le font souvent bien mieux que les autres. Voici donc une de leur nouvelle réussite, un sympathique groupe originaire de Leeds dont "Say It" est déjà le deuxième album et qui pratique une pop dans la lignée de celle de feu Sarah Records. D'ailleurs, Bleeding Gold Records pourrait bien être désigné comme le prétendant le plus crédible pour prendre la relève : même pop mélodique, mêmes guitares cristallines, même look de jeunes gens bien sages, même graphisme naïf des pochettes, même climat éthéré des clips. Mais une musique dont je ne me lasse pas, dont je ne me lasserai sans doute jamais. Le groupe sera en concert gratuit chez nous à l'International le 8 février prochain à Paris.
Cela sera l'occasion d'en profiter et d'aller les remercier pour ce disque qui continuera, j'en suis sûr, de me suivre d'ici là. Just Handshakes et (beaucoup?) plus si affinités.

Clip de "London Bound" :

7 novembre 2013

Exposition Europunk à la Cité de la Musique, Paris

Finalement, je ne suis pas allé au festival de Pitchfork : trop cher et la programmation ne m'attirait pas plus que ça, hormis Yo La Tengo. Il faudra d'ailleurs que je trouve un moyen de les voir un de ces jours en concert. A la place, je suis allé en face, à la Cité de la Musique, pour une exposition sur le punk. Mais pas n'importe quel punk, celui qui est né dans la deuxième moitié des années 70 en Angleterre, sous l'impulsion du couple de stylistes Malcolm McLaren et Vivienne Westwood. C'est ce punk-là qui engendrera la production artistique la plus intéressante et donc la plus apte à figurer dans un musée. Intéressante pas forcément d'un point de vue musical, car combien de suiveurs et je ne parle pas seulement des groupes de chez nous, pour une poignée seulement de formations essentielles de l'histoire du rock. Les Sex Pistols, évidemment, quoiqu'en diront les réfractaires, car ce sont eux les initiateurs à tous niveaux : musical, visuel et politique. Ils ont même été parmi les seuls à apporter un peu de dérision à un genre qui se prendra bien trop souvent au sérieux. De politique, ils n'en ont fait qu'à travers des textes à priori déconcertants de nihilisme. Mais leur célèbre slogan "No future" n'était pas à prendre au pied de la lettre. Car par "No future", il fallait entendre pas de futur donné par les institutions quelles qu'elles soient. Non, le futur, c'était à chacun de se le créer. C'est cette philosophie de vie, du "do it yourself", qui sera le leitmotiv de toute une jeunesse, à nouveau libérée de tous tabous, mais qui ne rêvait plus de politique et d'un monde meilleur pour tout un chacun, mais seulement de liberté individuelle, hors de tout système et de toute caste. L'exposition essaie de resituer l'effervescence de ce mouvement-là qui n'a duré que quelques années jusqu'à l'apparition de la new-wave, sorte de passage à l'âge adulte. De la rébellion des Clash succédait la noirceur de Joy Division. Comme si la société avait gagné. "I fought the law and the law won" (reprise de Sonny Curtis) chanteront même la bande de l'engagé et regretté Joe Strummer. Peut-être est-ce que le mouvement punk était voué à demeurer éphémère dès ses prémices, avec le message radical des Pistols vociféré avec une belle gouaille d'acteur. Johnny Rotten, de toute façon, ça ne pouvait pas être sérieux. Comme si ce contraste entre le fond et la forme cachait déjà une abdication implicite. Même si, dans l'intervalle, d'autres y ont cru - ou en ont tout du moins profité -, comme le collectif français Bazooka qui dévoilera une esthétique à nulle autre pareille et demeurera sans doute la seule fierté nationale punk.


Pour en revenir à l'expo en elle-même, si elle permet de se replonger agréablement dans cette période que seuls les plus de cinquante ans ont maintenant réellement connu, elle peut laisser sur sa faim. Hormis les dessins de Bazooka, peu de choses m'étaient étrangères. Elle s'adresse donc surtout aux novices, mais les novices s'y intéresseront-ils ? Et puis, les casques d'écoute, comme je l'ai déjà dit, permettent juste de se rendre compte que dans ce mouvement, tout n'était pas à garder, loin s'en faut. Les quelques interviews vidéos apportent un meilleur éclairage, surtout celle de Jean-Pierre Turmel, fondateur du trop méconnu label rouennais Sordide Sentimental. A ma décharge, je suis arrivé trop tard pour enregistrer mon propre morceau de punk à la guitare dans le mini studio recréé pour l'occasion. De même pour l'atelier de badges... Mais ces aspects plus ludiques étaient plutôt là pour occuper ceux que le reste intéressait moins... Les enfants, par exemple. Au final, faire entrer la musique dans un musée reste toujours un exercice délicat, surtout pour une musique aussi énergique et instinctive que le punk...

1 novembre 2013

Goodbye, mon Lou

Dans quelques années - grâce à ce post ? -, je saurai ce que je faisais le jour de la mort de Lou Reed.  J'étais en week-end prolongé à Lisbonne. J'ai appris la nouvelle depuis ma chambre d'hôtel sur France 24. Vous savez cette chaîne d'information qui ne ressemble pas à une chaîne d'information. Parce que les présentateurs et présentatrices ne sont pas tous beaux. Parce qu'il n'y est pas question des mêmes faits divers qui tournent en boucle toute la journée. Mais parfois, le people y est invité, comme Cécilia ex-Sarkozy venue parler de son livre sur sa vie à elle qu'elle est belle et intéressante. Sans doute les accointances de Monsieur Ockrent avec l'ancien pouvoir. Mais bref, voilà que l'affreuse nouvelle m'arrive entre les écoutes du téléphone de madame Merkel par son ami monsieur Obama et les élections présidentielles en Georgie. Lou Reed est mort. Le Velvet Underground, "Transformer", "Berlin", ce souvenir de concert, l'unique que j'ai vu de l'idole, au palais des congrès, à Paris, bien trop loin de la scène. Il y reprenait son chef d'oeuvre solo, "Berlin" accompagné d'un petit orchestre et d'un choeur d'enfants, mais aussi, malheureusement d'un guitariste viril, tatoué et fier de l'être, massacrant allégrement un répertoire pourtant sensible, fragile, qui aurait mérité une relecture autrement plus délicate. Car, c'était ça, mon Lou à moi, le Lou des premières années, revendiquant un certain amateurisme, des productions bancales, une poésie rien qu'à lui, inventant le rock indé, mon rock tout court. Bien plus influent que tous les Elvis de la terre. Après "Rock'n'Roll Animal", le live, aux quelques sonorités heavy metal , ce n'était plus pareil. Comme s'il cherchait à prouver quoi que ce soit, lui l'auteur de "Venus In Furs", "Sunday Morning", "Sweet Jane" ou "Perfect Day", lui le jeune homme ayant subi des électrochocs en raison de son homosexualité. Comme si tout rockeur se devait de faire le dur, que c'était preuve de maturité. Tu as même poussé le vice de sortir un disque très récemment en compagnie des pénibles Metallica. Mais, merde, Lou, le rock, c'est l'adolescence. C'est l'éternel esprit de rébellion comme ce mouvement punk né dans les cendres de ton Velvet. Pas aussi roublard que d'autres, tu n'as même pas cherché à tirer la couverture à toi, alors que combien te doivent aujourd'hui leur carrière ? Tu es parti trop tôt ou trop tard. Trop tard, car tu as eu largement le temps de décevoir, de descendre de ton piédestal. Trop tôt, parce qu'au fond, c'est toujours compliqué d'admettre que quand nos anciennes idoles s'en vont, c'est un peu de nous qui s'en va aussi. Et je repense à ce sympathique marchand de vinyles, rencontré au hasard de nos déambulations lisboètes qui avait inscrit dans sa boutique "R.I.P. Lou Reed". Je m'imaginais aisément que sans toi, Lou, cet homme n'aurait probablement jamais ouvert son magasin, monter un micro label et prit le risque de vivre ainsi de sa passion. A combien de personnes comme lui, as-tu changé la vie de quelques manières que ce fut ? Ceux-là savent que ta musique, au-delà de ton caractère que d'aucuns jugeaient odieux, vaudra toujours bien plus chère que n'importe quelle autobiographie d'un people. Ceux-là sont, grâce à toi, devenus des "men of good fortune"...
Men of Good Fortune by Lou Reed on Grooveshark