30 septembre 2013

Hospital Ships - Destruction in Yr Soul

Dans moins d'un mois, nous saurons tout ou presque sur le nouvel Arcade Fire. En attendant, même si le premier single est de bon augure pour la suite, il n'est pas certain qu'au final, je ne sois pas déçu. Profitons donc de ce qui nous est déjà donné et ce troisième album de Hospital Ships s'inscrit tout à fait dans la même lignée d'un folk-rock mélodique. Chacune des chansons de "Destruction In Yr Soul" évolue ainsi constamment, incapables de surplace, ce qui fait mécaniquement croître leur durée de vie. Après, ce ne sont sûrement pas des morceaux que l'on peut reprendre aisément en choeur. Si leur tension est plus intérieure, leur pouvoir de séduction n'en est pas moins assez immédiat. 
Voilà donc un nouveau disque sorti chez nous sur Microcultures - un label qui fait appel à la générosité des internautes -  qui pourrait à l'image de celui de Phantom Buffalo en 2012 prétendre aux plus hautes marches des bilans de fin d'année. Preuve si besoin était qu'avec du talent à revendre, quelques bonnes volontés, le goût des belles choses et un peu d'argent, on peut déplacer des montagnes et partager des petits trésors avec le plus grand nombre. D'un coup, d'un seul, le nouvel Arcade Fire peut bien attendre.

Clip de "Servants" :

"Come Back To Life" à télécharger gratuitement sur Stereogum.
Album en écoute sur Deezer.

24 septembre 2013

L'autre saison des festivals

Alors que cette rentrée musicale s'avère plutôt décevante, rien de tel que de penser déjà aux prochaines vacances. Oui, l'été est bel et bien fini, il faut donc trouver d'autres sources de motivation. Et la saison qui vient de commencer n'est pas en reste en ce qui concerne les festivals. ll y a aura les habituelles programmations de Pitchfork et des Inrocks, sortes de résumé annuel, à moins de 2 mois des bilans, de tout ce que les célèbres webzine et magazine ont préféré. Et je me rends compte que plus les années passent, plus je me détache de leurs goûts. Je dois "vieillir". Le festival de Pitchfork qui aura lieu pour la troisième fois fin octobre-début novembre au parc de la Villette à Paris accueille une fois de plus les derniers buzz du moment en matière de musique dite "indépendante". Cette année, plus que les précédentes, je suis plus resté cantonné aux valeurs sûres qu'aux dernières nouveautés. Le premier jour, hormis Mac Demarco, pour un show qu'on imagine à son image, très décontracté, on guettera, après son récent passage au Midi Festival, le tout jeune londonien Only Real qui fait une jolie dream pop arrosée de... rap. Pas banal. 



Le deuxième jour, après la malheureuse défection de Deerhunter, je miserais volontiers sur les filles de Warpaint et leur cold wave envoûtante ou sur la délicate pop-folk du français Petit Fantôme. Le troisième et dernier jour est mon préféré, en grande partie grâce à la présence des excellents Yo La Tengo. On note aussi le deuxième groupe de Johnny Jewel, Glass Candy, une version plus dansante de Chromatics, et un équivalent français, Pegase, qui pourrait bien rivaliser d'audace. Ou encore Baths, dont le dernier "Obsidian" est assez obsédant. Sans parler de Youth Lagoon, valeur sûre du mouvement dream pop.
De son côté, les Inrocks ont essayé de refaire le fabuleux coup de Pulp de l'année dernière. Sauf que Suede n'est pas Pulp. Brett Anderson n'est pas Jarvis Cocker. On ne peut pas toujours être et avoir été. Le nouvel album de son groupe paru cette année, après dix ans de disette, reprend exactement là où les affaires avaient cessé. Mais sans Bernard Butler, Suede n'a pas la même profondeur, sa musique manque de corps. Du coup, le concert du groupe n'est toujours pas complet plusieurs mois après l'ouverture de la billetterie, quand la bande à Cocker avait rempli l'Olympia en moins d'une heure chrono. Mais, rien que pour les souvenirs de mes premiers vrais émois musicaux d'adolescent, j'irai volontiers les revoir. A part eux, les Inrocks proposent comme à leur habitude à boire et à manger. Je retiendrai surtout deux des groupes anglais les plus intéressants et novateurs de l'époque : These New Puritans et Breton. Les premiers avancent à leur manière très élaborée et je serais curieux d'entendre ce que peut bien donner sur scène les chansons très introspectives de leur dernier disque. Les seconds - mal entourés, car le même soir que les lourdingues  Foals et les laborieux Everything Everything - devront passer le toujours délicat tournant du deuxième album. Enfin, pour les vraies nouveautés, je parierai bien quelques piécettes sur Teleman, qui ne sont pas sans rappeler Django Django. Prometteur.
Toujours à Paris ou si proche, le festival BBmix à Boulogne-Billancourt poursuit dans la même veine que les éditions précédentes, c'est-à-dire intransigeante mais pas très rigolote, il faut l'avouer. En témoigne, le groupe de drone metal OM, qui n'a pourtant pas le nom idéal pour venir jouer tout près de l'antre du PSG ou le retour des Olivensteins, une obscure formation de punk français de la fin des années 70. Reste que ça sera aussi l'occasion d'écouter les toutes nouvelles chansons de Michel Cloup après le très bon "Notre Silence".

Pour les festivals de province, difficile de passer sous silence le Soy Festival Nantais qui propose une affiche renversante - dommage aussi pour eux que Deerhunter ait annulé - avec Yo La Tengo, cet empêcheur de tourner en rond de Mark E. Smith et The Fall et aussi quelques belles révélations 2013 comme Jackson Scott ou le formidable français Orval Carlos Sibelius. Une petite curiosité aussi, les très exigeants (et éprouvants ?) Mendelson. Le Novosonic dijonnais n'a peut-être pas d'aussi grosses pointures indie, mais on y retrouve aussi la belle et énigmatique Julia Holter, Orval Carlos Sibelius et Baths. Les bourguignons ont aussi parié sur Granville parmi la nouvelle scène pop française. Personnellement, j'en aurais préféré d'autres... Quant aux Transmusicales, j'ai déjà parlé des deux groupes qui m'ont le plus tapé dans les oreilles : Public Service Broadcasting et Rhume. Mais le nom de la programmation qui malheureusement retient le plus l'attention reste l'omniprésent Stromae qui viendra pour la deuxième fois déjà défendre un disque dans le festival rennais à la réputation pourtant plus élitiste. Son succès public et surtout l'unanimité qu'il déclenche chez les critiques restent pour moi une énigme. Comment peut-on le comparer au grand Jacques Brel et se fourvoyer de la sorte ? Je sais que notre époque, en perte flagrant de repères, réclame des modèles, des exemples à suivre, mais "Papaoutai", franchement...

18 septembre 2013

MGMT - MGMT

Après avoir voulu leur rabattre le caquet au moment de la sortie de leur deuxième disque, le pourtant bien nommé "Congratulations", je m'étais rapidement ravisé - pour preuve, sa deuxième place dans mon top albums 2010. MGMT n'était pas qu'un simple feu de paille, le groupe de deux tubes : "Time To Pretend" et "Kids". Le duo originaire de Brooklyn, au-delà de leur aspect de typiques hipsters new-yorkais, possède un réel talent pour composer une pop psychédélique particulièrement aguicheuse et entêtante. N'en déplaise à leurs détracteurs, leur deuxième essai fut plus qu'une confirmation, mais la révélation d'un groupe sur lequel il faudra désormais compter. Alors j'attendais ce nouvel opus, sans titre, comme un nouveau virage forcément passionnant de leur carrière. Car, s'il y a quelque chose qu'on ne peut leur reprocher, c'est leur constant renouvellement. Mais, pour une fois, les premiers titres annonciateurs sont plutôt décevants. "Alien Days" puis surtout "Your Life is a Lie" me laissent assez perplexes quant à l'intérêt de la suite. Et franchement, ma première impression fut cette fois la bonne. Ce troisième album ne décolle jamais vraiment. Oh, il n'est pas non plus complètement raté. C'est juste que je n'arrive pas à trouver sous le déluge d'effets sonores, un semblant de mélodies accrocheuses.
Comme si ces chansons n'étaient pas encore arrivées à maturité et que le duo nous balançaient des "work in progress", étrange de la part d'un groupe ayant un tel suivi médiatique. Ce n'est pas encore un suicide commercial - même si on voit mal quel single extrait du disque pourrait cartonner, "Introspection" à la rigueur -, mais c'est un aveu supplémentaire de vouloir sortir du rang. Et rien que pour ça, pour cette perpétuelle volonté d'évolution, tant pis si c'est un pas de côté ou pire en arrière, j'attendrai encore un peu avant de leur rabattre le caquet.

Clip de "Your Life Is A Lie" :

Clip de "Cool Song n°2" :

Album en écoute sur Deezer.

16 septembre 2013

Sebadoh - Defend Yourself

Tout avait pourtant bien commencé, comme une habitude cette année après les réévaluations à la hausse des discographies de Yo La Tengo ou des Pastels. C'était forcément le tour de Sebadoh. Surtout après l'écoute des deux premiers titres impeccables parus sur le web, extraits de ce "Defend Yourself" faisant suite au dernier simplement nommé "The Sebadoh", il y a quand même quatorze ans. "I Will" et "State Of Mind" font partie de ces chansons admirablement troussées dont on sait pourtant capable depuis longtemps Lou Barlow (ah... l'éternel "Soul and Fire"). Je guette à l'écoute intégrale du disque, le faux pas, le passage bourrin, aux relents "grunge", ou aux guitares casse bonbons, proches du hard rock, l'apanage de son pote Jay Mascis chez Dinosaur Jr. Il n'y en a pas vraiment, même si parfois, c'est dispensable.
L'écriture de Barlow a mûri, elle est moins brouillonne, elle est dans l'ensemble moins pénible - oui, je sais, les fans ne seront pas d'accord. Et si ce nouveau disque se défend bien tout seul, le fait qu'une bonne moitié me fait penser à du Pearl Jam le disqualifie d'emblée par rapport aux autres groupes redécouverts en 2013.  Il manque peut-être un John McEntire aux commandes, pour aérer cette musique, la rendre plus légère. Pas de chance, pas encore cette fois que Sebadoh me convaincra totalement, même si tout avait bien commencé.

Clip de "I Will" :

9 septembre 2013

Jackson Scott - Melbourne

Cela fait déjà un moment qu'on s'échange le nom de Jackson Scott dans le petit milieu du rock indépendant. Cette grande gigue de Bradford Cox en premier lieu, qui semble l'avoir pris sous son aile. Il faut dire que la ressemblance avec la musique de son projet solo, Atlas Sound, est assez frappante. Pitchfork, ensuite, toujours aux avant-postes lorsqu'il s'agit de débusquer le truc underground américain, un peu lo-fi, un peu crâneur, ou tout du moins avec ce qu'il faut de personnalité. Et puis, la Route du Rock, qui ont été les premiers à le faire venir sur notre territoire. Ceux qu'ils l'ont vu ce soir-là en gardent un souvenir plutôt ému, persuadés que le jeune homme ne sera pas qu'un simple feu de paille. Son premier album ne sort qu'en cette rentrée dans nos contrées mais les chansons de "Melbourne" devraient plaire à tous les amateurs de ce genre de pop bricolée et faite à la maison avec les moyens du bord mais aux mélodies bien souvent irrésistibles, comme cette imparable "Sandy" dont on ne se lasse pas, après plusieurs dizaines d'écoutes.
On a beau se méfier de ce type de personnage sûr d'eux, qui feigne la cool attitude, le son est loin d'être si "awful" qu'il pourrait paraître de prime abord. On se laisse donc prendre... Le jeune homme sera à l'affiche du prochain festival nantais Soy, le même soir que Yo La Tengo et... Deerhunter. Les Bretons - oui, je sais, Nantes n'est pas en Bretagne, mais le château, etc - sont décidément chanceux !

6 septembre 2013

The Pastels - Nothing To Be Done (1989)

Chaque année, je continue d'explorer, de découvrir des trésors cachés. Enfin, quelques fois cachés seulement de moi, ou plutôt ignorés, négligemment laissés de côté. Et puis, il suffit d'un nouvel album pour que le charme opère et que je me penche sur la discographie d'un groupe. En 2013, il y eut au moins Yo La Tengo et The Pastels. La formation de Stephen McRobbie est pourtant tout ce qu'il y a de plus avenante. Elle a influencé tout un pan du rock indépendant : sans eux, pas de Jesus and Mary Chain, de Shop Assistants, de Field Mice ou plus récemment The Pains of Being Pure at Heart. Mais, à ma décharge, leurs premiers disques restent en comparaison du formidable "Slow Summits", inaboutis, pas très constants. On peut tout de même y dénicher quelques pépites, comme ce "Nothing To be Done", morceau qui fait l'ouverture de leur deuxième album "Sittin' Pretty". Le style Pastels, c'est quoi ? C'est une pop mélodique, aux paroles fleurs bleues, qui refuse obstinément toute technicité, mais qui sait aussi s'orner de jolies enluminures. Pour preuve, l'utilisation régulière de cordes et d'instruments à vent et ce, dès leurs débuts. C'est aussi une simplicité non feinte ("Let me dump this stupid pride"). Je peux en témoigner depuis leur dernier passage à Rock en Seine. Les membres du groupe n'ont d'ailleurs pas lâché leur emploi, le chanteur est par exemple resté bibliothécaire à Glasgow. Lui et Katrina Mitchell à la batterie forment un de ces couples dont on rêverait avoir pour amis. "Simply nothing to be done, tell me, I'm the only one". Voilà leur philosophie. En inadéquation totale avec le monde moderne, qui nous voudrait hyper actif. Ils savent prendre le temps, comme attendre dix-sept ans entre deux disques. C'est pour toutes ces raisons qu'il faut aimer tendrement les Pastels.

Take my hand and take my heart
I shiver when you're near
Deliver me from everything that drives me, oh my dear

Accelerate your pain
White knuckles on the wheel again
Shut your mouth, let's move on out of here
Just try and keep it light
Or someone may get hurt tonight
Don't talk that way, don't talk that way, don't talk that way

Hold it there a second
Let me dump this stupid pride
I'm ready for you sweet-heart
Now my mind is open wide

Shut up and make it count
Your concentration paramount
Remember what was meant to be this year
The past is a disaster
And the future's coming faster now
What do you say we go and get a beer?

Simply nothing to be done
Oh tell me i'm the only one
Simply nothing to be done
Tell me I'm the only one

When i was young
I used to sing
I didn't care for anything
When i was young i used to sing
I didn't care for anything
Simply nothing to be done
Tell me I'm the only one
nothing to be done by The Pastels on Grooveshark

4 septembre 2013

Rhume - Rhume

Transmusicales suite avec une putain de claque dans la tronche. Ils s'appellent Rhume, nous viennent du Sud Ouest et c'est peu dire que cette musique nous enrhume et ce, dès la première écoute. Tièdes s'abstenir, le duo dacquois en laissera assurément beaucoup sur le bord de la route. Pour dévoiler quelques références, vous entendrez parler de Orelsan. Mais Rhume ne cherche pas à tout prix la rime et tape souvent juste là où le rappeur possède un discours bas du front et stéréotypé. Le buzz Fauve est aussi avancé, la prétention en moins. Non, s'il fallait trouver un grand frère à ce rock là, c'est plutôt à l'intranquilité du Diabologum de "#3" à laquelle on pense en premier. En plus fantaisiste et cynique. Mais c'est parce que l'époque n'est plus la même. Les paroles sont noyées dans un torrent de second degré. Pour que ça passe mieux. Impossible de ne pas citer quelques unes particulièrement savoureuses... "Le sexe des femmes sent l'ammoniaque. J'ai placé ma tête dans cette arnaque qui me fait pousser dans les narines un massif de fleur bleue marine." ou "CRS, jeunes de banlieue, même coupe de cheveux, même grimace, mais à l'envers. Leurs visages s'annulent" et bien sûr "BBF expulsés" qui dézingue la sacro-sainte trinité de la chanson d'ici formée par Brel, Brassens et Ferré. Ces garçons ne respectent rien ni personne et ça change.
Ce disque semble avoir été écrit sous l'emprise de l'alcool (du rhum?), à ce moment où on ne réfléchit plus, où on ne met plus les formes, où il faut que ça sorte, où on n'arrive plus à retenir le flux des mots, quitte à choquer et dire n'importe quoi. Tant pis si c'est maladroit. Parmi tout le fatras, il se dégage un profond parfum de vérité. Et ça fait du bien parfois de se dire les choses. Sans artifice. Même si ça fait mal. Une claque, je vous dis.

2 septembre 2013

Public Service Broadcasting - Inform - Educate - Entertain

L'annonce de la programmation du festival des Transmusicales est chaque année l'occasion de formidables découvertes musicales, en dehors des sentiers battus, de tout buzz et de toute hype. Jean-Louis Brossard est un de ces hommes qui, malgré les années, fonctionne encore et toujours au coup de coeur. Chaque nouvelle affiche du festival Rennais fait aussi la démonstration des goûts éclectiques du monsieur. Les formations programmés viennent de tout horizon géographique et musical. Cette semaine, j'ai décidé de parler justement de groupes qui seront début décembre dans la capitale bretonne. Des albums sortis depuis quelques mois déjà, dans l'anonymat, et qui méritent qu'on s'y arrête. Des curiosités. Des fortes personnalités. Comme ce duo anglais, Public Service Broadcasting, qui pratique une drôle de musique entre rock et électronique, dont les paroles sont extraites de vieux films publicitaires. On pense parfois au sublime "Peace And Tranquility To Planet Earth" des regrettés Roudoudou pour le côté le plus sucré et mélodique. Et puis, parfois, cette façon de ne pas chanter, de scander rappelle Mark E. Smith et The Fall (notamment sur "Signal 30"), surtout quand la guitare se fait plus rageuse. 
On se retrouve au final devant un de ces ovnis sonores dont on ne sait pas encore s'il fera long feu. Les paris, c'est risqué mais c'est la philosophie de (papy) Brossard - oui, je sais, c'est facile... En tout cas, moi, je suis prêt à miser sur le fait que leur public va très rapidement s'élargir. Ecoutez donc l'excellent "Everest", c'est quand même autre chose que le disque du même nom des belges de Girls in Hawaï qui sort cette semaine, non ? D'ailleurs, j'y retourne. Parce que "informer, éduquer et divertir", en voilà un joli programme !

Clip de "Spitfire" :

Clip de "Everest" :

Album en écoute sur Deezer.