31 août 2013

TaughtMe - Am I Old ?

"Suis-je vieux ?". Voilà une question que tout le monde finit un jour par se poser. Parce qu'au travail, des plus jeunes viennent prendre votre place. Parce qu'à la maison, vos enfants vous le font constamment ressentir. Parce que chaque jour voit apparaître des nouveautés qui vous dépassent ou pire, vous laissent complètement indifférent. La musique de Blake Henderson est de cet âge-là, celui du questionnement sur le temps qui passe, celui qui nous reste et celui qui, déjà, s'en est allé. Elle possède trop d'aspérités pour qu'on la considère comme de première jeunesse, mais il lui manque la fluidité et la sagesse liées au grand âge. Encore précieuse, elle a l'ambition des gens qui continuent d'y croire. "Taught me", au passé, comme si l'heure n'était plus à l'apprentissage. Comme si était maintenant venu le moment crucial du choix.
Comme si c'était déjà quitte ou double. La carrière de Henderson en est peut-être arrivée là, après 4 albums anonymement reçus. "Am I Old?" est un étonnant mélange de Antony Hegarty pour la sensibilité à fleur de peau qui transpire à chaque seconde et de mes chouchous des Parenthetical Girls pour les mélodies baroques et un poil maniérées. Difficile au final de faire un choix définitif. Disons que le disque continue d'attiser la curiosité après plusieurs écoutes, ce qui n'est évidemment pas un signe de sénilité.

Clip de "Well Maybe" :

27 août 2013

The Pastels, Belle & Sebastian, Tame Impala, Hanni El Khatib, etc - Rock en Seine - 23 août 2013

Profitant d'être seuls, sans les enfants, sous un ciel parisien encore ensoleillé, nous n'avons pas hésité longtemps, maman et moi, pour aller faire un tour vers le parc de Saint Cloud pour la première journée de Rock en Seine. Il faut dire, comme je l'ai déjà dit, que l'affiche est alléchante. On arrive donc, comme prévu, pour le concert de Savages. La musique de ces quatre jeunes femmes s'avère, en live, tout aussi virile qu'en studio. La chanteuse se déplace sur scène telle une boxeuse sur un ring, décochant les uppercuts. Si cette formule agressive a le mérite de nous réveiller d'emblée les sens, elle ne nous met pas complètement KO. Il ne manque pas grand chose à ces filles-là, juste plus de titres de l'efficacité de "Shut Up". On abandonne donc le combat avant la fin, direction l'autre côté du festival - oui, c'est l'un des inconvénients par rapport à la Route du Rock, il faut marcher :-( - pour la prestation des premiers écossais du jour : Belle & Sebastian. Premier constat : ils sont toujours aussi nombreux sur scène. Deuxième constat : je me rends compte rapidement pourquoi je ne suis plus le fan assidu que j'étais à la fin des années 90, quand j'achetais scrupuleusement toutes les productions de la bande de Stuart Murdoch. En plus, le gars était à l'époque très prolifique. Depuis, sa musique, comme lui, s'est un peu musclée et lissée, mais c'est l'idéal pour un festival. Tant pis, mes titres préférés restent ceux de leur incontestable chef d'oeuvre, "If You're Feeling Sinister". Il y a "The Stars Of Track and Field" et "Judy And The Dream Of Horses", même si ce ne sont pas ceux qui font bouger le plus le public. Etant conscient que sa musique seule n'est pas propice à déchaîner les foules, Murdoch invite sur scène une grande partie des premiers rangs histoire d'égayer l'ambiance et de rendre ainsi une copie un peu fofolle de "The Boy With The Arab Strap". Les écossais ont en commun de bien accueillir leurs hôtes, en toute décontraction. La suite de la soirée le démontrera.


N'ayant pas le courage de retraverser le festival dans l'autre sens pour aller jeter une oreille sur Daughter, nous restons installés devant la grande scène, attendant ce qui est pour moi l'une des curiosités du jour, les australiens Tame Impala. Si maman apprécie, je reste, comme à l'écoute de leurs disques, sur ma faim. Il faut dire que leur rock psychédélique bouffe à tous les rateliers : Phoenix, les Beatles, Deep Purple et même les Flaming Lips dont ils feront pourtant une belle reprise de "Are You A Hypnotist ?".

On essaie une fois de plus de partir avant la fin pour rejoindre la plus petite scène du festival, la Live Pression, à plusieurs centaines de mètres de distance. Il faut bien cela pour ne plus entendre les énormes basses qui résonnent de la grande scène. On s'attendait à voir DIIV, mais ce fut les belges de Balthazar. A croire que les américains me fuient depuis leur excellent concert à la plage Glazart en août dernier. Car, comme à la Route du Rock, ils ont annulé alors qu'ils faisaient partis des formations programmées le jour où je me déplaçais. Tant pis pour Balthazar, leur rock académique ne m'emballe pas plus que ça, nous filons vers la scène de la Cascade vérifier si le charisme de Alt-J est plus affirmé depuis leur timide prestation à Saint-Malo, l'an dernier. Je ne sais pas si c'est juste une affaire de présence scénique ou si c'est simplement le fait que leur musique est inadéquate pour ce genre de grand raout populaire, mais mis à part leur tube "Breezeblocks", la foule ne s'enflamme pas outre mesure. Je finis par me demander si l'emballement médiatique - et je m'inclus dedans - dont a fait preuve Alt-J n'était pas exagéré... En tout cas, beaucoup de spectateurs n'attendent pas la fin de leur concert pour partir prendre place écouter la tête d'affiche de la soirée : Franz Ferdinand. Ayant décidé de faire preuve d'un peu de personnalité et de ne pas suivre la masse, nous nous installons dans l'herbe juste à côté pour goûter aux savoureuses madeleines sonores de leurs amis écossais des Pastels. Ces derniers n'ont pas de chance, personne ne voulait être programmé à cette heure-là. Mais les Pastels n'ont pas l'ambition des jeunes pousses, même s'il n'est pas facile de rester concentré en entendant ses copains assurer le show. Les Pastels jouent sur un autre registre, celui de l'intimité. Il faut dire que vu le peu de spectateurs pointés devant eux, ils n'ont pas vraiment le choix. Le groupe dégage un charme évident, fait de gentillesse et d'un amateurisme parfaitement assumé. Ils alternent les chansons de leur dernier et excellent "Slow Summits" et de nettement plus vieux titres comme le parfait "Nothing To Be Done". Une heure durant, nous avons l'impression de ne plus être à Rock en Seine. De ne plus être au beau milieu d'une grosse machinerie, mais d'être simplement entre amis.

On court quand même juste après ça voir la fin du set de Franz Ferdinand qui semble être devenu en live un véritable rouleau compresseur. Le public est conquis. Nous aussi. Même les nouveaux titres semblent carburer au super. Ils sont l'un des ces groupes rock taillés pour les stades. Leur musique ne perd rien dans un gros festival, bien au contraire. Il lui faut de l'espace. Car c'est une incroyable machine à danser. Et on en vient à regretter ce maudit timing qui a fait se juxtaposer ces deux contraires : Stephen McRobbie et Alex Kapranos. Surtout qu'on a le temps de se remettre de nos émotions avec une heure à tuer avant la suite de notre programme. Alex Hepburn justifie ce que je pensais d'elle : une honnête chanteuse de variété, à la douzaine. Puis, fin de soirée oblige, histoire de se tenir éveillé, les décibels reprennent leur droit avec le concert du guitar-hero Hanni El Khatib. C'est brut et diablement efficace. On pense souvent à Jack White. Le gaillard a même le bon goût de ne jamais tomber dans l'outrance et la démonstration technique. C'est pro et carré, quoi !

Après ça, comme à la Route du Rock, on finit avec les pitreries de Nic Offer et son improbable tenue scénique rappelant la plage. Sauf que cette fois-ci, on l'entend mieux et le concert de !!! est d'autant plus réussi. Impossible de rester en place devant une telle débauche d'énergie. On regagne nos pénates, comme la semaine précédente, sur cette belle note festive. Avec toutefois l'impression d'un léger manque. Mais où était donc passé Nick Cave ?

19 août 2013

Nick Cave & The Bad Seeds, Local Natives, !!!, Moon Duo, etc - La Route du Rock - jeudi 15 août 2013


Voici une route qu'il est toujours agréable d'emprunter. Parce que ça sent tout simplement les vacances. Parce que l'ambiance y est détendue, qu'on ne se marche pas encore sur les pieds - même si l'attente aux stands pourrait dissuader -, comme dans d'autres festivals concurrents. Parce que la programmation y est aussi toujours impeccable. Et même si, cette année, un seul artiste m'a vraiment fait faire le déplacement, il n'y a pour ainsi dire, dans l'ensemble, aucune fausse note. On essaie d'arriver pour le début des hostilités au Fort Saint-Père, mais le bouchon de voitures, puis la queue à l'entrée du site nous empêchent d'assister au premier quart d'heure de la prestation du Néerlandais Jacco Gardner. C'est la musique idéale pour commencer un festival en douceur. Son premier disque, même s'il n'invente rien, est une belle réussite dans la lignée de la pop psychédélique des années 60, de Syd Barrett aux Zombies. Vu son très jeune âge, le garçon est promis à un bel avenir. Les Danois de Iceage viennent tout de suite après casser cette ambiance champêtre. Si j'avais accroché à leur mélange de post-punk et de metal à l'époque de leur premier album, le nouveau, à la rythmique plus lourde, m'a quelque peu rebuté. Et en concert, le groupe semble confirmer cette nouvelle direction. Le batteur se fiche de ses petits camarades et frappe comme un sourd, masquant la guitare au scalpel, pourtant principal atout de cette musique. La voix, à la manière de nombre de chanteurs de metal, paraît forcée. On ne donne pas beaucoup de temps au petit minet derrière le micro avant de se détruire les cordes vocales. Si cette bouillie sonore était jouée modestement, on supporterait peut-être davantage. Ce n'est pas le cas. Les Danois qui n'ont pas l'air de comprendre l'apathie du public repartiront sous quelques timides applaudissements. On enchaîne avec la deuxième scène, celle plus petite, des remparts avec Moon Duo. Tout de suite, on sent une attitude plus naturelle et simple : le chanteur-guitariste au look à la ZZ Top commence le set en prenant une photo de la foule amassée devant eux. Puis, dès les premières notes, la formation nous embarque dans un blues-rock psychédélique mâtiné d'électronique. C'est planant à souhait, addictif, mais, passés les premiers morceaux, on finit, à force de répétition, par s'ennuyer. Retour sur la scène principale avec les américains de Local Natives et leur folk à cheval entre celui des Grizzy Bear et des Fleet Foxes. Si certains pourront leur reprocher le côté presque trop propre, FM, leur prestation est impressionnante de maîtrise. Et puis, les membres de la Blogothèque pourront en témoigner - après les remerciements adressés expressément pour eux par un des chanteurs -, les Local Natives dégagent un indéniable capital sympathie. Déjà le quatrième concert de la soirée et autant de styles complètement différents - et ce n'est pas fini ! En tout cas, c'est le premier à m'avoir entièrement emballé.

Ensuite, pas de changement de scène, on reste au même endroit et on attend du coup plus longtemps pour accueillir la tête d'affiche de la soirée : Nick Cave. L'Australien, très élégant, comme à son habitude, arrive sur scène avec ses inséparables Bad Seeds. Il débute par le premier titre, calme, de son récent "Push The Sky Away". C'est impeccablement joué, mais on n'a encore rien entendu ! Juste après, c'est "Jubilee Street", déjà une des meilleures chansons de 2013, qui monte progressivement en puissance pour atteindre une apothéose finale proprement ahurissante, à vous donner des frissons dans tout le corps. A partir de là, on ne redescendra plus vraiment. Le chanteur, en pleine forme, vient plusieurs fois toucher son public, surtout féminin - tant qu'à faire ! Les classiques de son répertoire ("From Here To Eternity", "Tupelo", "Deanna" et une terrifiante version de "The Mercy Seat") sont enchaînés avec les titres de son dernier disque sans baisse d'intensité.  Malheureusement, festival oblige, tout ça s'arrête après seulement 1h10, avec un frustrant sentiment de trop peu. Voilà la confirmation que Nick Cave a la grande classe et qu'il reste actuellement l'un des derniers grands rockeurs. Ensuite, forcément la tension retombe avec !!!, même si leur musique "groovy" est plus apte à faire bouger l'assistance. Son chanteur, véritable showman, est une pile électrique. Il improvise les chorégraphies décalées une heure durant, le tout affublé d'un simple caleçon - tee-shirt. A part ça, il a bien du mal à rivaliser avec la voix de crooner de son prédécesseur. Pas grave, son groupe, plus professionnel assure l'essentiel à cette heure-là : nous maintenir éveillé.

Il reste encore deux concerts, mais la musique de Electric Electric puis celle de Fuck Buttons n'est pas idéale pour faire passer une grosse fatigue et les percussions omniprésentes donneraient facilement la migraine à ceux qui n'ont pas la résistance nécessaire. Nous reprenons donc doucement la route du retour, avec déjà dans la tête la ferme intention d'y revenir dès l'année prochaine. Surtout sous un soleil aussi radieux. Merci à Nick Cave d'avoir réussi à dégager notre ciel de la sorte. "Keep on pushing..."

15 août 2013

Gérard Manset - Revivre (1991)

Il suffit parfois d'une image, qu'on nous dise "Moteur, action" pour que l'émotion subvienne, que l'évidence surgisse. Je ne suis pas un de ces vénérateurs éperdus de Manset, de ceux qui se prosternent à chaque nouvel album devant l'oeuvre du maître. Celui qui a fait de l'isolement, un sacerdoce, une profession de foi, délaissant le monde des médias depuis toujours ou presque. Depuis son plus grand succès, "Il voyage en solitaire" (un signe?) au milieu des années 70. Il y a bien "Lumières", peut-être son meilleur, que je réécoute à l'occasion. Mais son chant affecté, ses arrangements kitschs, ses paroles désuettes m'ont souvent rebuté. Et ce caractère que beaucoup affirme comme difficile, pour ne pas dire asocial. Et puis, il y eut cette scène dans le splendide dernier film de Leos Carax, "Holy Motors", la dernière ou presque, dans laquelle on entend l'intégralité de "Revivre". Pas besoin d'autres mots. Tout s'explique. Le film d'abord, pour lequel on a jusque là encore beaucoup d'interrogations et puis rapidement, le morceau résonne pour toute autre chose, en écho à nos vies. Pour nous toucher au plus profond. Et ce sont tous les défauts que je trouvais au chanteur qui volent soudain en éclat. Et une envie de remettre cette même chanson, indéfiniment. D'appuyer sans cesse sur la touche "Repeat". "Revivre" encore et encore l'expérience. On a rarement visé aussi juste.

On voudrait revivre.
Ça veut dire :
On voudrait vivre encore la même chose.
Refaire peut-être encore le grand parcours,
Toucher du doigt le point de non-retour
Et se sentir si loin, si loin de son enfance.
En même temps qu'on a froid, quand même on pense
Que si le ciel nous laisse on voudra
Revivre.
Ça signifie :
On voudrait vivre encore la même chose.
Le temps n'ai pas venu qu'on se repose.
Il faut refaire encore ce que l'on aime,
Replonger dans le froid liquide des jours, toujours les mêmes
Et se sentir si loin, si loin de son enfance.
En même temps qu'on a froid, qu'on pleure, quand même on pense
Qu'on a pas eu le temps de terminer le livre
Qu'on avait commencé hier en grandissant,
Le livre de la vie limpide et grimaçant
Où l'on était saumon qui monte et qui descend,
Où l'on était saumon, le fleuve éclaboussant,
Où l'on est devenu anonyme passant,
Chevelu, décoiffé, difforme,
Chevelu, décoiffé, difforme se disant
On voudrait revivre, revivre, revivre.

On croit qu'il est midi, mais le jour s'achève.
Rien ne veut plus rien dire, fini le rêve.
On se voit se lever, recommencer, sentir monter la sève
Mais ça ne se peut pas,
Non ça ne se peut pas,
Non ça ne se peut...

12 août 2013

David Bowie Is - Londres, Victoria and Albert Museum, 14 juillet 2013

Londres n'est pas la plus belle ville esthétiquement parlant, loin s'en faut. Pourtant, avec maman, c'est l'une de celles que l'on préfère. Alors, quand on a appris qu'au printemps et à l'été 2013, se déroulait là-bas la première exposition consacrée à notre plus grande idole commune, David Bowie, on se devait de faire le déplacement. 5 jours sur place, le temps de profiter de la chaleur inhabituelle, de découvrir des quartiers méconnus (Greenwich, Hampstead, Whitechapel ou Brixton), de courir les marchés (les classiques Camden Town, Portobello Road, Brick Lane - où j'ai réussi à dégoter le dernier vinyle de My Bloody Valentine à seulement 12 livres -, de fouiner dans les charity shops, de filer chez les disquaires, notamment le mythique Rough Trade et de constater malheureusement que la capitale britannique est fidèle à sa réputation d'une des villes les plus chères au monde. Malgré la pléthore de tentations, il n'est pas facile de réussir de vraies affaires. En comparaison, je me rappelle que dans sa cousine écossaise de Edimbourg, il pleuvait les vinyles à moins de 5 livres. Mais revenons à la raison principale de nos vacances londoniennes, David Bowie, l'enfant des bas quartiers de Brixton. Il est né au 40, Stansfield Road. En bons fans de base, nous sommes allés voir la maison et déploré qu'il n'y ait pas même une plaque dessus. Nous visitons l'exposition en nocturne, l'audioguide vissé sur les oreilles. Il y a deux grandes salles, remplies à ras bord de documents, vêtements, objets ayant appartenu à l'artiste. Au début, difficile de s'y retrouver, car l'ordre n'est pas intuitif. On s'attendait à une chronologie classique de sa carrière. Il n'en est rien. Le classement est thématique. De plus, les commentaires de l'audioguide se déclenchent automatiquement en fonction de l'endroit où l'on est. Si l'idée est ingénieuse, le résultat laisse parfois à désirer, créant un léger décalage entre ce qu'on a réellement sous les yeux et ce qui parvient entre nos oreilles. Mais peu importe ces quelques défauts tellement le matériau devant nous est impressionnant. Les costumes de Bowie surtout, qu'on retrouve tout au long de l'exposition, tous plus excentriques les uns que les autres. Preuve que le chanteur a toujours gardé un lien très étroit avec le milieu de la mode. Un témoignage ci-dessous d'une des ses prestations les plus mémorables, avec dans les choeurs un certain Klaus Nomi. Ce passage télévisé propulsera la carrière malheureusement météoritique du chanteur allemand :

Bowie chanteur, Bowie mannequin, donc - où l'on remarque qu'en plus d'être extrêmement mince, il n'est pas aussi grand qu'on l'aurait cru -, Bowie peintre et puis Bowie performer, Bowie acteur. Bowie créateur et Bowie formidable passeur. Même si, depuis les années 80, on peut déplorer qu'il ait perdu de sa superbe. Sans doute parce qu'il a été floué financièrement au milieu des années 70, il a cherché depuis à reprendre le dessus, peaufinant son image, devenant un incroyable businessman qui gère sa carrière de main de maître. Comme quoi, il est difficile de briller à la fois sur le plan artistique et dans les affaires. Mais si on peut lui savoir gré d'une constante depuis ses débuts au moment du Swinging London, c'est de ne jamais avoir eu peur du ridicule et d'avoir su garder la classe en toutes circonstances. A quelques exceptions près, comme dans l'inénarrable clip de "Dancing in the street" avec Mick Jagger, où les deux stars semblent s'y amuser comme des petits fous mais où la parodie semble poindre à chaque instant : on se demande si c'était bien l'effet escompté. C'est cette fantaisie permanente qui a divisé tout au long de sa carrière, mais c'est ce qui fait que Bowie est Bowie. En tout cas, on est juste parvenu à finir avant la fermeture, baclant la visite à la boutique par l'achat in extremis du livre de l'exposition. Pas grave, on se rattrapera en 2015 lorsqu'elle passera à Paris. Quand on aime...

"The Image", premier court métrage dans lequel a tourné David Bowie, en 1967 :

9 août 2013

Nick Drake : une influence

Troisième et dernier volet de ma semaine spéciale Nick Drake. Après, promis, c'est fini, j'arrête de vous bassiner avec lui. Une fois vous avoir parlé de sa discographie et de son existence toutes deux malheureusement très courtes et vous avoir renvoyé à une intéressante biographie si vous voulez en savoir plus, voici la dernière preuve s'il en était besoin que Nick Drake est devenu un classique, une icône. J'ai en effet recensé ci-dessous quelques reprises de ses chansons. Mille Small et Elton John sont les seuls à avoir franchi le cap alors que celui-ci vivait encore. Le second n'était alors qu'un chanteur de studio. C'était une pratique courante à l'époque pour les maisons de disques de faire appel à ce genre de chanteurs. Cela servait à mettre en avant un artiste de leur catalogue et à envoyer ainsi les démos à la presse spécialisée avant que le disque définitif ne sorte. Même si le panel des gens qu'il a inspirés est très varié - du jazz à l'indie rock en passant par du rock plus dur - on se rend compte que peu, au final, se sont frottés à l'exercice de la reprise. Car, reprendre du Nick Drake n'est pas chose aisée, sa façon si particulière de jouer et d'accorder sa guitare est un vrai casse-tête même pour les plus expérimentés. Le plus simple est alors de s'en éloigner pour mieux se le réappropier. Car, sous ses arrangements sophistiqués, sa musique reste éminemment mélodique, directe et universelle. Et puis, ayant lui-même créé une musique transgenre, il n'est finalement pas surprenant de constater qu'il a su toucher une audience si hétéroclite. Espérons maintenant qu'elle devienne encore plus large. Car c'est typiquement le genre de musique dont on ne tombe amoureux qu'une seule fois. A partir du moment où on y a goûté, elle ne vous lâche plus. Tout simplement parce qu'elle s'attaque à notre moteur à tous : le coeur.

7 août 2013

Nick Drake : une vie


Après Nick Drake, son oeuvre, voici Nick Drake, sa vie. Même si vous devez vous douter que je ne l'ai pas connu personnellement - papa n'est pas encore papy ! - , je me suis renseigné, j'ai lu la biographie qu'en a faite Patrick Humphries. Le livre en question est très intéressant pour ce qui est des informations fournies sur la vie de l'artiste. Elles permettent de mieux comprendre son bref parcours. Mais, je fus surpris de constater qu'au panthéon des grands songwriters, je plaçais Nick Drake bien plus haut que l'auteur lui-même. Humphries regrette qu'à l'inverse d'un Dylan, Drake n'ait pas eu le temps de développer une écriture plus adulte, moins emprunte du sempiternel malaise adolescent. Comme si les meilleurs titres de Zimmerman n'étaient pas ses plus anciens. Comme si la poésie d'un Rimbaud, qui n'a aussi jamais été vieux, pouvait souffrir de la comparaison avec celle de ses glorieux aînés. Comme si les grandes productions n'étaient que l'apanage de la vieillesse. Comme si le délicat passage à l'âge adulte n'avait pas justement engendré quelques chefs d'oeuvre indiscutables. Car la jeunesse est encore la période de l'action tout azimut, l'âge des possibles. Après, nous sommes bien souvent rattrapés par le quotidien et nos choix deviennent plus réfléchis. Chez Nick Drake, cette époque fût particulièrement tourmentée et se solda malheureusement par une lente dépression. Pourtant, rien ne l'y prédisposait. Il est né dans une famille bourgeoise et aimante en 1948, en Birmanie, alors encore colonie britannique. Son père y travaillait pour le compte d'une société florissante. Il repartira en Angleterre avec toute sa famille, une fois l'indépendance promulguée. Nick Drake est aussi élevé dans un milieu artistique. Sa mère, Molly, a même composé et chanté quelques jolies chansons qui ont été dernièrement éditées et témoignent de l'évidente filiation.

Sa soeur aînée, Gabrielle, est, elle, devenue une actrice renommée, notamment pour avoir joué dans la série à succès outre-Manche, "Crossroads". L'enfance de Nick est paisible et plutôt heureuse. Il suit des études à Marlborough, puis Cambridge. Attiré par la France, il y fera quelques séjours improvisés avec des copains, surtout dans le Sud-Est. Il passera quelques semaines de vacances à Aix-en-Provence. C'est pendant ses nombreuses heures d'oisiveté qu'il peaufinera son inimitable jeu de guitare. C'est aussi pendant ces virées qu'il commencera à consommer de la drogue. Même si de l'aveu de son entourage, il en prenait ni plus ni moins que beaucoup des jeunes de l'époque. Nick finira par être repéré par une maison de disques et se lançera dans la carrière qu'il souhaitait le plus au monde, celle de chanteur. De l'avis des musiciens qui ont travaillé avec lui, c'était quelqu'un de profondément perfectionniste, qui prenait son art très au sérieux. Toute sa vie, son oeuvre restera injustement ignorée. Ce n'est que bien plus tard qu'elle ressuscitera au travers d'hommages de plus en plus nombreux et appuyés. Comme aurait pu l'écrire un certain Philippe Manoeuvre, vous savez, le gars qui est encore persuadé que pour faire "wock'n'woll", il faut garder constamment ses lunettes de soleil, Nick Drake est un Christ venu sur terre prêcher la bonne parole. Son sacrifice (suicide?) serait sa façon très personnelle de nous montrer la voie. Comme quelqu'un (un fan?) l'a écrit sur sa tombe, "Now we rise and now we are everywhere", texte emprunté à l'auteur lui-même sur "From The Morning", le dernier titre (prémonitoire?) de "Pink Moon". Il y a quelque chose d'éminemment biblique derrière tout ça. La mort n'est pas une fin en soi, Nick le savait. Son histoire nous le démontre.

From the Morning by Nick Drake on Grooveshark

5 août 2013

Nick Drake : une oeuvre

Aujourd'hui, j'entame une semaine entièrement consacrée à l'un des plus grands chanteurs folk - sinon, le plus grand - de l'histoire. Les admirateurs de Dylan ou de Young pourront venir se plaindre, à part Cohen, pour moi, il n'y en a pas un à espérer rivaliser. En dehors de sa musique qui sera le sujet principal de ce premier article et réussit l'exploit de brasser dans le même temps des styles aussi divers que la pop, le jazz, le classique ou le blues, Nick Drake peut aussi s'enorgueillir de ne jamais avoir été vieux, ni même à la mode. Sa vie reste de plus un mystère que personne, pas même ses proches, ne semble avoir réussi à percer. Pour appréhender la musique du monsieur, nous ne disposons que de trois albums studio. Un disque d'inédits puis plus récemment les fonds de tiroir de la famille Drake sont ressortis sous l'effet du culte grandissant. Car Nick n'a jamais rencontré le succès de son vivant. Trop calme, trop introverti, trop précieux pour son époque, il fait depuis quelques temps l'objet de réguliers éloges de la part de ses pairs. Commençons donc par "Five Leaves Left" premier disque sorti en 1969 et chef d'oeuvre incontestable. Le jeune Nick, a à peine 21 ans, est signé chez Island Records, aidé par son copain d'école Robert Kirby pour les sublimes arrangements de cordes et divinement produit par un des producteurs les plus en vue de son label, Joe Boyd. Pourtant, c'est l'élégant jeu de guitare, la douce voix et les textes poétiques de son auteur qui subjuguent avant tout. Mention spéciale aux classiques "River Man" et "Thoughts of Mary Jane" mais c'est tout l'album qui aurait dû dès cette année-là porter au pinacle le nom de Nick Drake. Tant pis, sa maison de disques n'en démord pas et continue de croire en lui. 
Pour le deuxième essai, "Bryter Layter", Boyd convoque son carnet d'adresses et fait appel à quelques pointures, en tête desquelles le récemment ex-violon du Velvet Underground, John Cale. Cette fois-ci, on n'entend presque plus la guitare de Nick tellement les arrangements se font luxuriants. Le climat est aussi plus apaisé. Impossible aujourd'hui de ne pas voir l'influence majeure d'un titre comme "Hazey Jane II" dans les premiers disques de Belle And Sebastian. Mais le chanteur est déçu du résultat. Il ne s'y reconnaît pas. Les invités ont trop écrasé sa musique. Pour le prochain, il veut se retrouver seul, lui et sa guitare, histoire de démontrer à l'humanité entière son talent propre : ça sera "Pink Moon", poignant chant du cygne d'un homme en rupture totale avec le monde qui l'entoure. Trop timoré pour monter sur une scène - il se produira en tout et pour tout une dizaine de fois en concert, sans doute ce qui a été à l'origine de son manque de notoriété -, il était devenu d'après son entourage de plus en plus transparent au monde extérieur. Ne parlant qu'en de rares occasions, il pouvait disparaître d'une pièce sans que personne ne s'en aperçoive. C'est aussi comme ça qu'il s'en est allé, sans qu'on sache très bien pourquoi. Il n'y avait pas une once de calcul derrière ce terrible naufrage, la musique était à l'image de l'homme : mystérieuse et volatile. On en viendrait même à s'interroger sur son existence réelle. Et ce ne sont pas les chansons parues après sa mort qui viendront expliquer les faits. On peut juste se demander pourquoi des titres aussi incroyables que "Time Of No Reply" et surtout "Magic", écrits en 1968, n'ont pas été publiés de son vivant. Et on gardera en mémoire les paroles de cette dernière qui ont fini par se révéler prophétiques, car sa musique est belle et bien intemporelle. Un ange est passé.

I was born to sail away 
Into a land of forever 
Not to be tied to an old stone grave 
In your land of never.