31 octobre 2012

Mermonte - Mermonte

Bon, là-dessus, je rattrape un peu le train en marche, comme on dit, car ce premier opus de Mermonte est sorti depuis plusieurs mois déjà. C'est juste qu'en ce moment avec les quelques festivals qui s'annoncent (Les Inrocks ou Les Transmusicales), le nom de ces jeunes Rennais arrivent seulement sur toutes les lèvres. Et à l'écoute de leur musique aussi ensoleillée que la très belle pochette qui l'ornemente, force est de constater que c'est amplement mérité. Leur pop lumineuse mélange intelligemment les genres pour ne jamais paraître comme un vulgaire copier-coller d'une formule déjà existante. On y entend des jolies mélodies qui tourbillonnent dans un joyeux mélange d'instruments - de la guitare surtout puisque leur leader Ghislain Fracapane en est un professeur -, des choeurs, quelques paroles disséminées d'ici, de là, en français, en anglais.
Je ne pouvais, de toute façon, pas décemment passé à côté d'un groupe Rennais dont le nom fait référence à une chanson et aussi un film ("Quand la mer monte") évoquant le Nord-Pas-de-Calais. Huit titres en forme de grand huit, c'est peu, mais la suite s'annonce exaltante. Forcément.

Clip de "Oups" :

29 octobre 2012

The Rolling Stones - She's A Rainbow (1967)

Papa ne fait pas dans l'originalité en ce moment, puisque après les Beatles la semaine dernière, ce sont des fameuses "pierres qui roulent" dont il s'agit aujourd'hui. Il faut dire que les deux groupes continuent de faire régulièrement parler d'eux malgré les années. La célèbre bande de Jagger et Richards était jeudi dernier à Paris, pour un concert surprise, au Trabendo, une salle minuscule par rapport à leurs stades habituels. Les places n'étaient de plus qu'à 15 euros, ce qui a entraîné une importante foule devant le Virgin Megastore des Champs Elysées, le seul endroit où l'on pouvait se procurer les précieux sésames. On s'imagine aisément que tout s'est vendu en quelques minutes et qu'à moins de passer dans le coin par hasard ou d'avoir été mis sur le coup très tôt, il semblait quasi impossible de répondre présent à l'invitation des Rolling Stones. Dommage, car cela aurait été l'occasion idéale de juger sur pièce de la santé de ces papys du rock qui se déclarent encore le plus grand groupe du genre au monde. (Un court aperçu est quand même disponible ici). En 1967, en tout cas, ils n'envisageaient pas encore la chose, mais persistaient à copier les déjà glorieux Beatles avec un disque qu'ils honnissent bien volontiers aujourd'hui, "Their Satanic Majesties Request" qu'on devine très influencé par les drogues. Pourtant, c'est l'un de mes préférés - avec "Aftermath" -, parce que pour une fois (la seule ?), le groupe a vraiment l'air d'expérimenter, les chansons partant souvent dans tous les sens. Bien sûr, il y a du déchet, mais il y a aussi, entre autres, ce grandiose "She's A Rainbow" qui côtoie sans problème le meilleur des Fab Four. Malheureusement, ce morceau - comme ce disque - détonne toujours dans leur discographie et on la retrouve rarement, pour ne pas dire jamais dans la setlist de leur concert. Pas sûr alors de regretter tant que ça d'avoir loupé celui du Trabendo...

She comes in colors everywhere
She combs her hair
She's like a rainbow
Coming, colors in the air
everywhere
She comes in colors

She comes in colors everywhere
She combs her hair
She's like a rainbow
Coming, colors in the air
Oh, everywhere
She comes in colors

Have you seen her dressed in blue?
See the sky in front of you
And her face is like a sail
Speck of white so fair and pale
Have you seen a lady fairer?

She comes in colors everywhere
She combs her hair
She's like a rainbow
Coming, colors in the air
everywhere
She comes in colors

Have you seen her all in gold?
Like a queen in days of old
She shoots colors all around
Like a sunset going down
Have you seen a lady fairer?

She comes in colors everywhere
She combs her hair
She's like a rainbow
Coming, colors in the air
Oh, everywhere
She comes in colors

She's like a rainbow
Coming, colors in the air
Oh, everywhere
She comes in colors

25 octobre 2012

The Beatles - A Day In The Life (1967)

Oui, je vous vois déjà venir avec vos gros sabots. Comme tout amateur de pop music, quand on ne sait pas de quoi et de qui parler, on parle des Beatles, ça fait toujours un sujet passe-partout dont on devine, à l'avance, qu'il fera l'unanimité ou presque. Car, qui n'aime pas les Beatles ? Hein, je vous le demande. Il faut dire que cette semaine, j'avoue n'avoir pas trouvé de nouveautés dignes de ce nom. Enfin, rien qui m'ait véritablement emballé, mais la fin d'année approchant déjà, la période n'est sans doute plus très propice aux découvertes musicales. Bref, revenons aux Beatles et à ce titre "A Day In The Life", le dernier de leur album le plus mythique "Sergent Peppers", symptomatique du changement qui est en train d'avoir lieu au sein des Fab Four. La chanson est un collage de deux morceaux inachevés : un de McCartney, l'autre de Lennon. Le premier brille par sa mélodie et l'originalité des paroles inspirées de la lecture du Daily Mail; le deuxième est plus expérimental et symphonique dans l'approche. Et les auteurs respectifs des deux parties distinctes ne sont étonnamment pas ceux qu'on croit. La fin de l'âge d'or diront certains et dans le même temps de l'unité du groupe. Le début d'une oeuvre bigarrée et foisonnante pour d'autres, comme moi, en témoigne le disque suivant, le fameux "White album", qui marquera à jamais l'histoire de la pop. Au passage, je vous conseille vivement la vision si ce n'est pas déjà fait de "The Rutles - All you need is cash" (disponible pour quelques jours seulement ici), l'hilarante parodie sur l'histoire de la célèbre formation liverpudlienne, réalisée par Eric Idle, le plus mélomane des Monty Python et donc par voie de conséquence, celui que je préfère de la bande - "Always Look On The Bright Side Of Life", c'est lui. On y retrouve notamment une Yoko Ono sous les traits d'une improbable artiste nazie ou la chanson "Help" transformée en "Ouch". Figurent aussi au générique de cette comédie les vrais Paul Simon, Mick Jagger et... George Harrison, ami des Monty Python puisqu'il produira l'année suivante l'excellente "Vie de Brian". Preuve s'il en était besoin de constater que tout ce petit monde avait à l'époque le sens de la dérision. Chose assez difficile à imaginer chez les rock stars de nos jours... De là à passer pour un "vieux con" et dire que c'était mieux avant...

I read the news today oh boy
About a lucky man who made the grade
And though the news was rather sad
Well I just had to laugh
I saw the photograph
He blew his mind out in a car
He didn't notice that the lights had changed
A crowd of people stood and stared
They'd seen his face before
Nobody was really sure
If he was from the House of Lords.

I saw a film today oh boy
The English Army had just won the war
A crowd of people turned away
but I just had to look
Having read the book
I'd love to turn you on


Woke up, fell out of bed,
Dragged a comb across my head
Found my way downstairs and drank a cup,
And looking up I noticed I was late.
Found my coat and grabbed my hat
Made the bus in seconds flat
Found my way upstairs and had a smoke,
and Somebody spoke and I went into a dream

I read the news today oh boy
Four thousand holes in Blackburn, Lancashire
And though the holes were rather small
They had to count them all
Now they know how many holes it takes to fill the Albert Hall.
I'd love to turn you on

22 octobre 2012

A Special Night With Metronomy

Maman et moi avions sorti l'artillerie lourde. Il faut dire qu'une invitation (gagnée par le biais d'un concours) pour une soirée privée avec Metronomy, ça ne se refuse pas - puisque je vous le dis. Il fallait donc trouver coûte que coûte des baby-sitters, quitte à remuer ciel et terre et les faire venir de loin... J'ai une étrange relation avec ces quatre anglais-là. Chacun de leur disque m'a d'abord laissé de marbre ou disons juste qu'ils ne m'avaient pas spécialement emballé. Et puis, avec le recul et surtout l'aide de maman, j'ai fini par succomber à leur électro-pop sautillante et sacrément addictive. Même notre Lucie est tombée sous le charme d'un titre comme "The Bay" ("Papa, tu peux mettre "Want to go, I'll take you back one day", dit-elle souvent. Ouais, elle est bilingue, notre fille...). La soirée se tenait dans un lieu tenu secret jusqu'à quelques jours avant : le café Carmen, l'endroit où le clip de "She Wants" fut tourné.

Peu d'informations sur le déroulement de la soirée nous étaient parvenus. Juste que deux groupes surprises devaient se produire avant un DJ set de Joseph Mount, le leader de Metronomy. On aurait aussi droit à de la "finger food" (une façon un peu plus "moderne" de dire des amuse-gueules) et des cadeaux : chouette ! Mais Metronomy, alors ? Est-ce qu'ils allaient jouer, réellement devant nous ? Suspense qui ne fut pas de très longue durée, puisque dès notre arrivée, nous pûmes constater que non. Leur prestation n'apparaissait pas dans le programme. Tout ça pour ça, pensions-nous en sirotant nos bières Heineken designées exprès pour l'occasion. Surtout que le premier groupe "surprise" détonnait sévèrement dans le cadre très sélect du Carmen : Gross Magic. Des anglais qui n'avaient pas grand chose de magique, mais balançaient effectivement du gros son qui tâche. Leur look semblait signifier que le temps s'était arrêté depuis Kurt Cobain et Nirvana. Les jeans à trous et les casquettes à l'arrière : mon Dieu !!! Bon, à leur décharge, le son dans ce genre d'endroits est pour le moins effroyable et il est difficile au final de se faire une idée précise de la qualité de leur musique. Surtout qu'à l'écoute du clip ci-dessous, on se dit qu'on n'a pas dû écouter le même groupe...

La suite fut de meilleure facture, Melody's Echo Chamber, la nouvelle signature de Domino Records, leur chanteuse française et leur premier album produit par le leader des australiens de Tame Impala. Le résultat est une dream pop dans l'air du temps, mais plutôt bien fichu qui rappelle les Cocteau Twins et bien sûr plus récemment Beach House. Ils seront au prochain festival de Pitchfork ainsi qu'aux Transmusicales de Rennes. Bon, là encore l'accoustique du lieu n'était pas vraiment à leur avantage. C'est bien simple, je ne sais pas si c'était mes oreilles, mais même à deux mètres de la chanteuse, j'étais incapable de comprendre ce qu'elle pouvait dire au micro entre les morceaux.

Enfin, ce fut le tour des stars de la soirée qui, depuis le début se contentaient simplement de se balader en discutant à droite, à gauche. Oui, ils ont l'air sympas, Metronomy. Un gars qui se promène en K-Way pendant 2h dans une salle chauffée à au moins 25° ne peut pas être foncièrement désagréable. C'est d'ailleurs dans cette tenue que Joseph Mount a démarré sa prestation derrière les platines. Malheureusement, il ne passera pas un seul titre de son groupe, mais alternera les tubes électro (Modjo, Stardust, Hot Butter et leur célèbre "Pop Corn" ou encore le "Rectangle" de Jacno) et d'autres plus pop (les inévitables Beatles ou encore les Zombies). Bref, le gaillard a plutôt bon goût lorsqu'il s'agit de faire danser son monde. Et à défaut de concert, nous nous sommes laissés aller, maman et moi, sur le dancefloor. Sans doute les effets de l'alcool... Après deux heures de boom non-stop, nous sommes finalement rentrés avec un basique sac en toile, un tee-shirt (moche) et un poster (encore plus moche) de la soirée. Cela devait correspondre aux cadeaux dont on nous avait parlé... Le bassiste noir de Metronomy qui m'avait, semble-t-il, repéré avec mon tee-shirt "Unknown Pleasures" de vieux me dit bien "au revoir" (en français) en partant. On pourra donc dire à Lulu qu'on a vu le groupe de "Want to go, I'll take you back one day". "Une nuit spéciale" : oui, assurément.

Des photos de la soirée sont visibles ici. Pour ceux que ça intéresse, on nous aperçoit sur l'une d'entre elles...

19 octobre 2012

King Dude - Burning Daylight

Changement de registre pour la musique à papa aujourd'hui avec un disque qui pourrait à première vue (cf. la pochette et la police de caractères utilisée) et à première écoute paraître comme l'oeuvre d'un groupe de metal gothique. Il n'en est rien, malgré les tatouages et la voix d'outre-tombe du bonhomme - Thomas Jefferson Cowgill - qui se cache derrière le pseudo de King Dude. "Burning Daylight" se rapproche au final plus de l'univers d'un Johnny Cash. Mais un Johnny Cash version dark. Tout de même. Dans ce disque, il est beaucoup question de religion ("Holy Land", "Jesus In The Courtyard", "Lord, I'm Coming Home"). On imaginerait d'ailleurs bien ces chansons-là chantées dans une cathédrale. Elles y prendraient une dimension encore plus mystique. Mais sous des apparats sombres et austères, c'est un folk joué sèchement, presque à l'os qui résonne dans nos oreilles.
King Dude n'invente rien sur le fond, seule la forme est profondément originale. Donnant à l'ensemble un côté presque agressif, dérangeant. Un titre comme "You Can Break My Heart" en d'autres mains aurait pu sonner de façon nettement plus "easy-listening". Et si un coeur d'artichaut battait finalement sous cette virile carapace ?

Clip de "Jesus In The Courtyard" :

Clip de "Holy Land" :

18 octobre 2012

Mac Demarco - 2

Les chemises de bûcheron redeviendraient-elles à la mode ? Pas sûr. En attendant voici un petit gars de seulement 22 ans qui, en l'espace d'un an et pas moins de deux albums - ou plutôt un EP et un LP -, vient de relancer l'idée. Son rock est, à l'instar de ses fringues, à la cool, dans l'esprit de celui de Pavement, l'influence The Fall en moins. La pochette de son nouveau disque n'est donc pas un leurre. Vous trouverez à l'intérieur ce qui est affiché à l'extérieur. Les adeptes de musique sérieuse et soignée passeront sans doute rapidement leur chemin. Et comme dans la plupart des disques du genre, tout n'est pas parfait, loin s'en faut. A force de décontraction, quelques titres paraissent même bâclés, un poil faiblards. Mais il a comme qui dirait les défauts de ses qualités. Car quand l'étincelle se produit, on a droit à de petites merveilles comme le brillant "My Kind Of Woman" - déjà promis aux plus hautes marches des chansons indie-rock de l'année.
Ce "2" ne comble pas toutes les attentes que les singles et le premier EP avaient laissé espérer. Mais vu son jeune âge, on se dit que ce Mac-là a tout l'avenir devant lui. Et hop, encore une bien belle découverte de l'excellent label Capture Tracks

Album en écoute sur Spotify.

16 octobre 2012

Scott Walker - The Seventh Seal (1969)

Ce chanteur avait sur le papier tout pour me plaire. En tant qu'admirateur de Brel, il a commencé sa carrière solo en reprenant de nombreuses fois le grand maître belge. Réarrangeant les chansons de manière moins dépouillée et plus enlevée que les originales, il avait réussi l'exploit d'en faire de nouvelles versions qui se tiennent - ce qu'un Pagny ne saura par exemple jamais faire. Le nom de Scott Walker a ensuite été depuis le début des années 70 l'un des plus cités lorsqu'il s'agissait de pop classieuse et intelligemment orchestrée. Son influence fut revendiquée entre autres par Bowie, Pulp - qui fera même appel à son idole pour venir produire ce qui sera pourtant l'un de ses disques les moins aboutis, "We Love Life" - ou encore de The Divine Comedy. Bref, avec un tel pedigree, ce type ne pouvait qu'être parmi mon panthéon de la musique. Et bien, non. Il faut dire que depuis ses débuts, il semble tiraillé entre deux contraires. Le kitsch des années 60 d'un côté, surtout au sein des Walker Brothers, puis dans une moindre mesure avec ses quatre disques solos sobrement intitulés 1, 2, 3 et 4. L'expérimentation la plus barrée et bien souvent inaccessible au commun des mortels à partir des années 70 de l'autre - un nouvel album sans doute dans cette dernière lignée est annoncé pour début décembre. Avec Scott Walker, je ne sais donc pas sur quel pied danser. Sauf sur ce quatrième disque solo, le premier sur lequel tous les morceaux sont de sa patte et non copiés de Brel. "The Seventh Seal" parce qu'il témoigne magnifiquement du paradoxe du chanteur, parvenant à tenir tout du long en équilibre sur un fil aussi ténu. De belles paroles inspirées du film de Bergman du même nom, sa célèbre voix de crooner, des choeurs très sixties et cette lente montée d'adrénaline divinement orchestrée. "I'm walker, walker, walker..." nous chantait récemment un Cascadeur. Il devait forcément faire allusion à Scott. Parce que les cascades, ça le connait...

Anybody seen a knight pass this way
I saw him playing chess with Death yesterday
His crusade was a search for God and they say
It's been a along way to carry on

Anybody hear of plague in this town
The town I've left behind was burned to the ground
A young girl on a stake her face framed in flames cried
I'm not a witch God knows my name

The knight he watched with fear
He needed to know
He ran where he might feel God's breath
And in the misty church
He knelt to confess
The face within the booth was Mr. Death

My life's a vain pursuit of meaningless smiles
Why can't God touch me with a sign
Perhaps there's no one there answered the booth
And Death hid within his cloak and smiled


This morning I played chess with Death said the knight
We played that he might grant me time
My bishop and my knight will shatter his flanks
And still I might feel God's heart in mine

And through confession's grille Death's laughter was heard
The knight cried No you've cheated me!
But still I'll find a way
We'll meet once again and once again
Continue to play

They met within the woods the knight his squire and friends
And Death said now the game shall end
The final move was made
The knight hung his head
And said you've won I've nothing left to play

The minstrel filled with visions sang to his love
To look against the stormy sky
The knight his squire and friends
Their hands held as one
Solemnly danced toward the dawn

His hourglass in his hand his scythe by his side
The master Death he leads them on
The rain will wash away the tears from their faces
And as the thunder cracked they were gone

12 octobre 2012

Top Albums 2000

Ils ont des dégaines de skateboarders avec leur jean baggy, leur look à la cool qui n'en est pas vraiment un. Restent le mystère des barbes et ce nom, Grandaddy, pas spécialement fun. La réponse est peut-être dans le nom de la ville dont ils sont originaires : Modesto. Jason Lytle, leur leader, est en tout cas de retour très prochainement avec un nouveau disque solo. Les plus chanceux ont pu revoir la formation jouer au dernier Rock en Seine. "The Sophtware Slump" est le meilleur disque d'un groupe alors en état de grâce. Normal donc qu'on le retrouve tout en haut de mon palmarès de l'année 2000. Pourtant, la concurrence était rude avec notamment le Radiohead de rigueur - décidément habitués chez moi aux places d'honneur, après 2001, 2003 et 2007 - et pas n'importe lequel, "Kid A", celui que d'aucuns considèrent comme le meilleur album de la dernière décennie. Pj Harvey, une autre squatteuse de l'excellence, signait son disque le plus immédiatement accrocheur, avec en guest star, un certain Thom Yorke. Un canadien fantasque, Hawskley Workman débarquait de nulle part, avec sa pop de cabaret, quelque part entre le meilleur Bowie et le meilleur...Queen. Il y eut aussi deux grands disques de musique "planante", l'un aux somptueux accents cinématographiques (Goldfrapp), l'autre aux parfums de grands espaces entremêlés de lentes montées de lave (Sigur Ros) - normal pour un groupe islandais -. Les anglais de Hefner ont sorti un album pop dans un esprit so british avec, au passage, une petite pique obligée à la "charmante" Miss Thatcher. Les petits jeunots de JJ72 surprenaient avec un rock héroïco-lyrique qui résiste étonnamment à l'usure du temps. Et puis, il y eut le rock plus sauvage mais loin d'être si bourrin qu'il en a l'air du groupe multi-culturel At The Drive-In. Enfin, les tout aussi surprenants Têtes Raides, qui signaient avec "Gratte Poil", un formidable condensé de chanson française "réaliste" dans tout ce qu'elle a de meilleur, à la fois grave, joyeux, ludique, politique, enfantin, casse-gueule à souhait. "Gratte Poil", quoi. De bug de l'an 2000, il n'y eut pas. A la place, un vaste champ des possibles. Passionnant.

10. JJ72 - JJ72
C'est bizarre comme un groupe que vous avez d'abord catalogué de commun parvient au fil du temps à gagner votre estime. La même année sortait le premier disque de Coldplay, groupe qui connaîtra la brillante carrière que l'on sait. Pourtant, JJ72 avait des arguments autrement moins lisses à proposer. Depuis, on est sans nouvelles. La vie est injuste.

9. At The Drive-In - Relationship Of Command
Mais que m'arrive-t-il donc pour écouter ce genre de musique aux abords pas particulièrement subtils ? Suis-je revenu subitement à mes jeunes années et les écoutes répétées de Rage Against The Machine et de leur célèbre précepte "F### You, I Won't Do What You Tell Me" ? Avec le recul, on constate que At The Drive-In réussit simplement l'exploit de réconcilier tous les fans de rock, du plus mélodique au plus brutal. Pas étonnant de retrouver l'ami Iggy Pop pour un morceau particulièrement ravageur.

8. Goldfrapp - Felt Mountain
Goldfrapp était, après ce premier disque, promis aux plus hautes marches, mais ce "Felt Mountain" n'a depuis pas connu de suites dignes de ce nom. Dommage, on les aurait bien vu en brillants successeurs de Portishead. Heureusement, il reste donc ce premier effort qui ne semble même pas en être un, tellement cette musique respire le naturel. De la pop version cinémascope portée par une chanteuse à la voix subjugante.

7. PJ Harvey - Stories From The City, Stories From The Sea
Et voilà la reine PJ qui démontre en un tour de main qu'elle est aussi capable d'être troublante de simplicité, alignant sur ce disque, du rock direct et efficace. On y entend aussi pour la première fois un peu de vraie douceur. On pensait regretter la PJ d'avant, plus revêche, mais que nenni, celle-ci possède un charme tout aussi enivrant.

6. Têtes Raides - Gratte Poil
Mais que m'arrive-t-il donc pour écouter ce genre de musique aux abords si sérieux et ennuyeux ? Que les détracteurs des Têtes Raides viennent seulement écouter ce "Gratte Poil" pour se faire une meilleure idée de la large palette d'émotions que peut procurer leur musique. On a rarement entendu en France, un groupe de rock au répertoire aussi ample. N'en déplaise aux fans de Noir Désir. Pas rancunier, à l'époque, Cantat venait même y pousser la chansonnette.

5. Hefner - We Love The City
Qu'on se le dise (ou pas), Hefner fut l'un de mes groupes fétiches. C'est bien simple, j'aimais tout chez eux, leur pop bancale mais incroyablement mélodique et entraînante, leur humour décalé et typiquement britannique et enfin leurs pochettes façon bande dessinée. Rien de calculer chez eux, juste une manière d'être. Rare.

4. Sigur Ros - Agaetis Byrjun
Plus encore que la voix aérienne et asexuée de leur chanteur, l'étonnante façon qu'ils avaient de jouer de la guitare avec un archet m'avait marqué. C'était en 2000, à Saint-Denis, pas loin du Stade de France, sous un chapiteau installé exprès pour l'occasion. Ils jouaient alors en première partie de Radiohead. Mais c'est surtout après de très nombreuses écoutes de leur album que j'ai définitivement craqué. "Agaetis Byrjun" est un disque ovni que seuls des gens aussi isolés que les Islandais semblent capables de faire.

3. Hawskley Workman - For Him and the Girls
Hawksley Workman est un artiste dont on sait à l'avance qu'il finira pas lasser. Parce que c'est son style qui veut ça, un poil outrancier. Parce qu'avec ce premier disque haut en couleurs, il avait déjà tout déballé, voulant d'entrée en mettre plein la vue. Avec "For Him and the Girls", Workman a donc déjà grillé l'essentiel de ses cartouches ("Bullets"?). Mais celles-ci étaient tellement incandescentes, qu'elles brillent encore aujourd'hui...

2. Radiohead - Kid A
Avec "OK Computer", Radiohead avait déjà surpris tout son monde, prenant une longueur d'avance sur la concurrence. Avec "Kid A", le groupe s'évade littéralement, partant sur des terrains jusqu'alors inconnus du commun des mortels. Depuis, plus de réelles avancées, juste d'autres chemins de traverse. Ce qui fait dire à certains que c'est leur dernier disque important.

1. Grandaddy - The Sophtware Slump
Avec la faute d'orthographe volontaire dans le titre de leur disque, les Grandaddy ont voulu faire un clin d'oeil évident au bug informatique tant redouté du passage à l'an 2000. Laissons tomber les ordinateurs et retournons à des rapports plus naturels et instinctifs semblent nous dire les Californiens. On croirait entendre nos grand pères. La voix de la sagesse ?

10 octobre 2012

The Apartments - Mr. Somewhere (1985)

Au début du mois de décembre prochain, un des meilleurs groupes de pop australiens sera de retour pour une très courte tournée dans nos contrées. Tout cela s'effectue sous le parrainage d'un fan de toujours, Emmanuel Tellier, l'ancien journaliste des Inrocks passé chez la concurrence Télérama mais surtout membre éminent des 49 Swimming Pools qui feront pour l'occasion la première partie. Pour situer l'événement, sachez juste que la troupe de Peter Walsh est aussi mythique et discrète ou presque que pouvaient l'être les Go-Betweens, tous deux portes-parole d'une pop romantique et classieuse en provenance du continent océanien. Ce morceau, "Mr. Somewhere", extrait de leur premier disque paru dans un quasi anonymat en 1985 - et dont il faudra attendre une suite pendant 7 ans - a été reprise par le collectif The Mortal Coil, expert ès émotions. Pourtant, pour une fois, la version originale reste aujourd'hui encore la plus marquante. C'est le genre de petite ritournelle modeste et inoffensive en apparence qui fait toujours son effet, malgré les années. Peut-être tout simplement parce nous sommes tous un peu comme le personnage de la chanson, des "Mr. Somewhere", pas vraiment sûrs d'être toujours à notre place.

Day comes up sicker than a cat
Something's wrong that is that

Mr. Somewhere missing somewhere
Never did figure just how much

A boat from the river takes you out
'cross the other side of town, to get out, to get out
You take the tide, any tide, any tide
Like there isn't gonna be any tide

Mr. Somewhere missing somewhere
Never did figure just how much
Missing somewhere never did figure
Just how much

A world like tomorrow wears things out
It's hard enough to get what's yours for now
And the hardest words are spoken softly
Softly look, no hands upon


Mr. Somewhere missing somewhere
Never did figure just how much
Missing somewhere never did figure
Just how much

Now the milkman beats you to the door
That was once a home, home no more
Mr. Somewhere, missing somewhere
Couldn't get the calendar to stop
Missing somewhere, never did figure
Just how much
Missing somewhere, never will admit just how much

8 octobre 2012

Troy Von Balthazar - ... Is With The Demon

Il existe quelques cas de songwriters qui comme ça, multiplient les jolis disques et continuent malgré tout de subir une injuste indifférence. Troy Von Balthazar fait évidemment partie de ceux là. Son nouvel album, "...Is With The Demon", est très beau, très émouvant. Sa musique pourrait se situer quelque part entre celle du regretté Mark Linkous, le chanteur de Sparklehorse et celle de Bradford Cox, mais dans sa version solo, c'est-à-dire Atlas Sound. Et à force d'attendre monts et merveilles de nouveaux groupes "à la mode" dont les productions s'avèrent forcément décevantes, on en oublierait les fidèles amis. Non pas que je suive la carrière du leader de Chokebore depuis si longtemps, mais force est d'avouer qu'il est coutumier des disques de qualité.
Et plus encore que le déjà excellent "How To Live On Nothing", ce nouvel album charme par la voix suave, par le jeu de guitare boisé, par cette atmosphère chaude et rassurante. En même temps, on devine que le propos ne l'est pas autant. Que la noirceur est plutôt de mise. Et qu'importe si les morceaux se suivent et se ressemblent. On ne reproche pas aux meilleurs songwriters d'écrire toujours la même chanson. Etant donné que c'est justement celle qu'on rêve d'entendre... Encore et encore.

Album en écoute sur Deezer.

5 octobre 2012

Yan Wagner - Forty Eight Hours

Difficile de faire le tri parmi l'impressionnante liste de sorties musicales de cette semaine, assurément une des plus riches de l'année. Pour preuve, allez donc jeter un oeil puis une oreille ici. Après Françoiz Breut et Tim Burgess, voici donc le troisième disque que j'ai subjectivement retenu. J'aurais pu préférer le premier album tant attendu de Lescop, nouveau clone de Daniel Darc et du jeune Etienne Daho. On retrouve d'ailleurs ce dernier pour un joli duo - "The Only One" - avec donc, cette fois, un dénommé Yan Wagner. Cette similitude dans les références montrent que les premiers opus de Lescop et Wagner se ressemblent, flirtent tous deux bon avec la new-wave et les années 80. Mais là où le premier sonne volontairement comme à l'époque, le franco-américain au nom de célèbre compositeur allemand est plus moderne dans l'approche. Il a d'ailleurs fait appel au très demandé Arnaud Rebotini à la production. Bon, ça ne révolutionne pas non plus le genre, mais c'est plutôt bien fichu, paré pour le dancefloor, comme on dit.
La palette d'influences est large et va de Kraftwerk à Depeche Mode en passant par John Maus en moins "foufou" ou le Bowie de la période berlinoise. Rien qu'un titre comme "Forty Eight Hours" est un évident tube en puissance. Le jeune homme sera bientôt en concert à Paris dans le cadre du festival Mama avec... Lescop - on y retrouvera aussi entre autres Françoiz Breut - puis à celui des Inrocks avec cette fois-ci Biolay. Entre jeunes gens bien "élevés", donc ...

Clip de "Forty Eight Hours" :

Album en écoute intégrale sur Deezer.

3 octobre 2012

Tim Burgess - Oh No I Love You

Bon, disons le tout de suite, j'ai toujours considéré The Charlatans comme un ersatz des Stone Roses, une version nettement moins inspirée. Alors, quand j'entends parler plus de vingt ans après que leur chanteur est encore "en vie" et continue de sortir des albums, je suis immédiatement méfiant. Surtout qu'il arbore depuis peu une drôle de "perruque" blonde qui lui fait une coiffure de Playmobil, et qu'avec son sourire à la Jim Carrey et ce visage émacié, on dirait un étonnant mélange entre un Connan Mockasin et une Françoise Sagan. Bref, tout cela ne me dit rien qui vaille. Ensuite, j'apprends aussi que Kurt Wagner, le leader des Lambchop est aux manettes de ce "Oh No I Love You". Je sais que pour beaucoup, cela serait un gage évident de qualité. Pour moi, pas forcément, il y a un côté country rock dans la musique de Lambchop qui m'a toujours rebuté. Mais, heureusement, dès le premier morceau, le single "White", tous les doutes sont levés. Il faut dire que c'est sans doute le plus réussi du lot.
La suite pas désagréable au demeurant alterne entre les ballades piano-guitare ("A Case For Vinyl"), les valses pleines de cordes (le joli "Hours") et les chansons plus rythmées ("The Graduate"). Au final, ce qui semblait une gageure à écouter, se révèle un sympathique et agréable disque pop. Le meilleur de son auteur ?

Clip de "White" :

1 octobre 2012

Françoiz Breut - La Chirurgie des Sentiments

"Les beaux jours finissent toujours par arriver" prévient Françoiz Breut dès le formidable morceau d'ouverture, "BXL Bleuette", en ode à sa ville d'adoption, Bruxelles. J'avoue n'avoir jamais suivi la carrière solo de l'illustratrice - notamment de livres pour enfants - devenue autrefois chanteuse par le biais d'une rencontre avec qui vous savez - non, je ne le nommerai pas cette fois-ci :-) Depuis le fameux "Twenty-two bar" en fait, peut-être que simplement, "j'attendais le bon moment pour l'aborder". Disons que ses disques à force d'accords mineurs avaient toujours eu tendance à m'ennuyer. Celui-là emprunte pourtant les mêmes pas que ses prédécesseurs, mais il doit avoir un petit quelque chose en plus, car j'y suis resté accroché. Bien sûr, c'est encore la même mélancolie qui règne, mais tous ces petits sons savamment disséminés le long des morceaux ajoutent une pointe de fantaisie qui n'existait pas forcément auparavant.
Alors, après, on ne se refait pas, comme on dit. On doit garder nos tics, nos habitudes - comme cette main qui tournicote pendant les concerts. Il y a toujours la patte de son ancien compagnon dans la musique actuelle de Françoiz Breut, même si celui n'apparaît plus parmi les auteurs de chansons depuis "A l'aveuglette" paru en 2008. Françoiz s'en est brillamment affranchi et "La Chirurgie de Sentiments" est sans doute son meilleur disque. "Le temps arrange ces choses-là" comme elle dit si bien dans "Michka Soka"... Vivement la suite !

Clip de "Werewolf" :