30 juillet 2012

The Flaming Lips & Heady Fwends

Ce disque ne devait, au départ, être réservé qu'à une poignée de privilégiés ou plutôt d'admirateurs sans faille des Flaming Lips, suivant quoiqu'il arrive les moindres délires de son leader Wayne Coyne. "The Flaming Lips & Heady Fwends" était donc uniquement sorti à l'occasion du récent Record Store Day en version très limitée. Et puis, sous la pression des nombreux déçus n'ayant pu se procurer ledit objet, celui-ci est finalement disponible aujourd'hui pour tout le monde. Sur ce nouvel album, le groupe a invité, comme le titre l'indique, pléthore de connaissances et la palette est large. Elle va de la chanteuse de R'n'B Ke$ha en passant par le célèbre Chris Martin, chanteur des inoffensifs Coldplay ou encore les plus prévisibles Neon Indian ou Tame Impala. Le résultat est à l'image de ce genre d'exercices, trop hétérogène pour être complètement convaincant. Même si, sur chaque titre, les Lips semblent avoir réussi à accorder leur style à celui de leur invité - comme sur "You, Man? Human??" improbable rencontre avec l'australien Nick Cave. On retiendra entre autres, le très beau et très planant "Ashes In The Air" avec Bon Iver, "Helping The Retarded To Find God" avec les hippies de Edward Sharpe & The Magnetic Zeros, qui rappelle les meilleures heures de "The Soft Bulletin" ou "Yoshimi..." et surtout l'incroyable et très justement nommé "I'm Working at NASA on Acid" avec Lightning Bolt.
Bref, on tient entre les mains une sorte de compilation des Flaming Lips avec de nouveaux morceaux dedans et chantée par un panel d'invités scrupuleusement sélectionnés. Une telle idée saugrenue ne pouvait germer que dans un esprit aussi allumé que celui de Wayne Coyne. Surprendre, au risque de dérouter tout son monde - et de tomber dans le grand n'importe quoi -, voilà son éternelle devise. Salutaire, forcément.

Clip de "Supermoon Made Me Want To Pee" (avec Prefuse 73) :

Clip de "Girl, You're So Weird" (avec New Fumes) :
Album en écoute intégrale sur Deezer.

26 juillet 2012

The Specials - Ghost Town (1981)

Le 12 août prochain, les Specials joueront sans doute lors de la clôture des Jeux Olympiques d'été à Londres leur fameux "Ghost Town". Il sera de circonstances pour signaler que l'effervescence et la folie qui se seront emparées de la capitale britannique pendant deux semaines seront alors retombées. La plupart des journalistes, sportifs, touristes et autres amateurs de ces festivités médiatiques qui brandissent bien haut les basses ferveurs patriotiques seront retournés dans leurs pénates. Londres sera redevenue ce qu'elle est habituellement : une vaste mégalopole grouillante de contrastes culturels, où les différentes communautés se mélangent indistinctement. Peu importe le résultat des athlètes de la couronne royale, le pays aura au moins aligné sa dream team pour la cérémonie finale : les Specials partageront en effet l'affiche à Hyde Park avec Blur - qu'ils ont grandement influencé - et New Order. "Ghost Town" est leur hymne, une des plus grandes chansons pop de l'histoire. Un mélange imparable de diverses styles, affilié à la mouvance ska, qu'ils ont, à l'époque, avec Madness, participé à démocratiser. Après la new-wave et la brit-pop, ce goût du métissage a fait depuis quelques années sa réapparition sur le devant de la scène rock anglaise. Et c'est Londres qui s'est de nouveau rouverte au monde... Vous avez dit "Ghost Town" ?

This town, is coming like a ghost town
All the clubs have been closed down
This place, is coming like a ghost town
Bands won't play no more
too much fighting on the dance floor

Do you remember the good old days
Before the ghost town?
We danced and sang,
And the music played inna de boomtown

This town, is coming like a ghost town
Why must the youth fight against themselves?
Government leaving the youth on the shelf
This place, is coming like a ghost town
No job to be found in this country
Can't go on no more
The people getting angry

This town, is coming like a ghost town
This town, is coming like a ghost town
This town, is coming like a ghost town
This town, is coming like a ghost town

23 juillet 2012

Foxygen - Take The Kids Off Broadway

Les petits gars de MGMT commencent à faire des émules. Foxygen est un nouveau duo de néo-hippies (chevelus avec bandeaux fluos) new-yorkais, eux aussi inspirés par la pop du début des années 70, celle de Syd Barrett et David Bowie, mais aussi le rock à tendance soul des Rolling Stones, période "Let It Bleed". D'ailleurs, la voix du chanteur n'est pas sans rappeler celle de Mick Jagger. "Take The Kids Off Broadway", leur premier mini-disque contient tout ça, mais en plus foutraque, en version bricolée à la maison. On peut soit être rebuté par la qualité du son et fatigué par les multiples directions prises par les chansons, soit ou au contraire y trouver son compte et y revenir inlassablement. Vous l'aurez compris, avec de telles influences, j'ai plutôt opté pour la deuxième option. Le morceau titre, par exemple, est un formidable tube psyché-pop, la voix comme la musique y jouent au grand huit, avec les choeurs idoines et la mélodie irrésistible qui va avec.
Jolie découverte donc que ces Foxygen, qui, avec leur univers "home-made" et foisonnant font l'effet d'un grand bol d'air frais. Pas désagréable, surtout avec les premiers rayons de soleil.

Clip de "Make It Known" :

20 juillet 2012

Top albums 2003

Celui-là, j'ai mis du temps à le faire. Parce que, pour une fois, j'ai eu du mal à trouver 10 bons disques. Ben oui, je considère, peut-être à tort - on ne peut pas tout connaître - que 2003 ne fut pas un très bon cru. Est-ce le fait de cette mention "Copy Control" que l'on retrouvait à l'époque sur chaque nouveau CDs qui a bloqué toute vélléité artistique ? Les musiciens comme les labels ont semble-t-il plutôt penser à se défendre financièrement. En tout cas, la nouvelle scène new-yorkaise a dominé de nouveau les débats en proposant deux tonitruants premiers albums à l'esprit punk, mais à la musique radicalement différente. Très rock pour les Yeah Yeah Yeahs, plus électro pour The Rapture. Deux groupes, qui, depuis, ont perdu ce côté brut et sauvage et du coup, une grosse partie de ce qui faisait leur intérêt. Les anglais ont sagement avancé leurs pions avec les valeurs sûres que sont Radiohead pour un "Hail To The Thief" un poil en deçà par rapport à d'habitude et Blur pour un "Think Tank" qui restera par contre peut-être leur meilleur. Les jeunes liverpudliens de The Coral ralentissent la cadence et deviennent la formation pop de référence de l'autre côté de la Manche. Les White Stripes et les Strokes confirment le succès planétaire de leur précédent disque. Adam Green sort réellement du bois lo-fi et impose une pop décalée aux mélodies soyeuses. Les Grandaddy continuent sur la lancée de leur excellent "The Sophtware Slump" avec un "Sumday" aux charmes encore plus évidents. Enfin, les Dresden Dolls inventent une sorte de cabaret-punk original et fantasque mais qui aurait paradoxalement gagné à être encore plus fou. Et côté français ? Le calme plat !

10. The White Stripes - Elephant
Le duo cartonne avec "Seven Nation Army" - plus gros tube rock des dix dernières années - et leur musique fait alors l'unanimité de la profession et du public. "Elephant", du même nom que le film de Gus Van Sant sorti la même année, ne trompe pas vraiment sur la marchandise. C'est du blues-rock solide, inspiré par les pionniers du genre, le tout asaisonné à la sauce actuelle.

9. The Dresden Dolls - The Dresden Dolls
Les poupées de Dresde inventent ce qu'elles appellent le "cabaret punk brechtien". En fait de poupées, il s'agit d'un duo formé de la charismatique Amanda Palmer qui poursuit désormais une carrière solo et du plus discret Brian Viglione. Tellement inclassables que les Dresden Dolls n'auront malheureusement pas réussi à trouver leur public. Ce premier disque, pourtant pas complètement abouti, garde aujourd'hui encore une saveur particulière.

8. The Strokes - Room On Fire
Les Strokes réussissent le difficile examen du deuxième album. "Room On Fire" déroule pourtant avec presque trop de facilité ses hymnes pop-rock. Toujours aussi carré et efficace mais déjà un peu trop propre sur lui, le rock des Strokes semble déjà partie taquiner le grand public.


7. Adam Green - Friends of Mine 
Adam Green abandonne la pop-folk lo-fi des Moldy Peaches, très inspirée de Jonathan Richman et de ses Modern Lovers. Avec "Friends Of Mine", il se verrait déjà bien en crooner de séries B (comme son idole dans "Mary à tout prix" ?). Pas décidé encore à abandonner son humour décalé, il montre enfin son vrai talent.


6. Blur - Think Tank
Aidé par l'épisode Gorillaz, Damon Albarn élargit la palette sonore de son groupe originelle. Autrefois très référencée, la musique de Blur prend enfin le large et impose un style unique et régulièrement passionnant. Malheureusement, "Think Tank" semble devoir rester pour toujours orphelin, le groupe n'ayant pas su lui trouver une suite digne de ce nom.

5. The Coral - Magic & Medecine
The Coral calme le jeu sur un deuxième disque plus varié et mature. Les anglais deviendront ensuite l'un des groupes pop du moment, adulés de toute part. Leur musique chatoyante fait des clins d'oeil à quelques gloires du genre, de Love aux Doors, en passant par Echo and the Bunnymen et les inévitables Beatles. Liverpool never dies...

4. Grandaddy - Sumday
Sous ses airs de ne pas y toucher, Grandaddy est un groupe avant-gardiste. Ils ont participé à redémocratiser avant bien d'autres (les Fleet Foxes notamment) la barbe et la folk music, autrefois considérées comme ringardes. En plus, ils y ont ajouté une touche pop avec leurs claviers vintages. "Sumday" n'est peut-être pas leur grande oeuvre mais reste assurément la plus immédiatement accrocheuse.

3. Radiohead - Hail To The Thief
Le fameux quintet d'Oxford revient à des mélodies plus clairement identifiables après deux disques assez expérimentaux. On y perd sans doute en profondeur et longévité, ce qu'on gagne en efficacité. Cela faisait bien longtemps qu'un album de Radiohead n'avait pas séduit ainsi, dès la première écoute.


2. The Rapture - Echoes
Avant LCD Soundsystem et sur le même label défricheur (DFA Records), The Rapture invente un nouveau rock hybride aux influences si multiples qu'au final, il paraît difficile d'en avancer une plutôt que l'autre. Dans tous les cas, "Echoes" est un grand disque de son époque que le groupe n'a jamais réussi à égaler depuis, abandonnant son côté punk au profit d'une disco plus accessible. Dommage.

1. Yeah Yeah Yeahs - Fever To Tell
New-York continue de bousculer la planète rock. Cette fois-ci grâce à un groupe au nom d'une simplicité confondante mais qui dit tout : Yeah Yeah Yeahs. Emmené par la furie Karen O, aussi déjantée sur scène que sur disque, ils balancent un punk sauvage, brut tout en distillant, malgré tout, des mélodies qui restent.

18 juillet 2012

The Magnetic Fields - Let's Pretend We're Bunny Rabbits (1999)

Dans la série "il n'est jamais trop tard", ce disque a beau dater de 1999, il constituera à la fin de l'année, une de mes découvertes les plus essentielles de 2012. Bien aidé en cela par la sortie récente de leur dernier album, j'ai fait l'essai d'écouter celui qui est considéré de l'avis général comme la grande oeuvre des Magnetic Fields : "69 Love Songs". Essai, car il n'est pas facile à appréhender du fait de son ampleur. C'est un triple disque de - comme son nom l'indique - 69 chansons d'amour. Mais là où la plupart des formations qui décident de s'attaquer à ce genre de projets gargantuesques tombent inévitablement dans la redite, les champs magnétiques réussissent l'exploit de ne pas se répéter et de trouver un ton, un style différent pour chaque morceau. Au fil des années, le nombre d'admirateurs de l'objet - dont je fais donc désormais partie - progressent si vite qu'un d'eux a eu une excellente initiative, celle d'illustrer au travers d'un blog chacune des "69 Love Songs" en bande dessinée. Je vous propose celle qui nous concerne directement ci-dessous. Pour les autres, il faudra aller directement là-bas

"Let's Pretend We're Bunny Rabbits" où une manière habilement décalée de parler de sexe. C'est d'ailleurs le principal atout de ce groupe, qui sous couvert de classicisme formelle et mélodique, fait part d'une réjouissante fantaisie dans la façon d'aborder des thèmes archi-rebattus. Leur dernier single "Andrew In Drag" est à cette image. Musique sans âge, sujet universel et traitement original, les ingrédients adéquats sont réunis pour cette rubrique.

If you knew how I long
For you now that you're gone
You'd grow wings and fly
Home to me
Home tonight
And in the morning sun

Let's pretend we're bunny rabbits
Let's do it all day long
Let abbots, Babbitts and Cabots
Say Mother Nature's wrong
And when we've had a couple'a'beers
We'll put on bunny suits
I long to nibble your ears
And do as bunnies do

Let's pretend we're bunny rabbits
Let's do it all day long
Rapidly becoming rabid
Singing little rabbit songs
I can keep it up all night
I can keep it up all day
Let's pretend we're bunny rabbits
Until we pass away

Let's pretend we're bunny rabbits
Until we pass away

16 juillet 2012

Holograms - Holograms

Cela ne commence pas forcément sous les meilleurs auspices : une grosse basse martiale, une guitare tranchante mais un peu bourrine puis surtout cette voix de baryton particulièrement forcée et atone. On connaît cet univers par coeur. Combien de groupes ont déjà puisé leur inspiration dans les traces encore fraîches de la cold wave ou du post punk ? Mais "Monolith" n'annonce pas vraiment la couleur de ce qui va suivre. Dès "Chasing My Mind", les claviers de fête foraine débarquent en fanfare et la mélodie joue subitement au flipper. Ouf, on avait eu peur que ces nouveaux gredins originaires de Suède se prennent trop au sérieux. Plus légers que leurs homologues danois de Iceage, Holograms jouent plus la carte du rock pour tout venant. Leur premier disque contient même quelques tubes potentiels comme "ABC City" - prononcé "Aye-Baye-Saye", à la façon des plus regrettables que regrettés Indochine et de leur "Canary Bay, des filles qui s'aimayent" -. 
Ce n'est pas toujours très fin, c'est même parfois lourdingue, mais ça semble fait avec ce qu'il faut de candeur et de naturel pour qu'on s'y laisse prendre. Qui a dit que les Suédois n'étaient pas capables d'allier la fantaisie à l'efficacité ?

Clip de "ABC City" :


Album en écoute intégrale sur The Drone ou Deezer.

13 juillet 2012

Barbara - Dis, quand reviendras-tu ? (1964)

Tu viens d'une autre époque, d'un autre temps où l'on avait encore le temps. Le temps de bâtir une carrière par exemple, pierre par pierre. Il y a ceux qui passent et qu'on ne retient pas, qui montent trop haut, trop vite et redescendent aussitôt. Et puis, il y a ceux qui s'installent, tout de suite, mais sans faire de vagues. Ou seulement à l'âme. Ceux qui touchent au-delà du succès, du nombre de ventes. Parce que tout y est juste : la beauté des textes, quelques notes de piano délicatement frôlées et cette voix chuintante qui semble en faire trop, alors que non. Les larmes viennent presque inévitablement. Un signe. Tu avais cette classe-là que n'auront jamais toutes les Céline Dion du monde. Parce que tu n'étais pas dans la performance. Parce que l'émotion ne se décrète pas. Parce que tu vivais ta musique. Elle était pour toi la porte de sortie vers le monde extérieur. Ta façon de faire face à une existence qui ne t'avait pas épargnée (la guerre, l'inceste, l'impossibilité d'enfanter). Tu chantais ainsi comme si ta vie en dépendait. Il faut avoir beaucoup souffert pour y parvenir. Et surtout ne pas calculer. Ne rien attendre en retour. Juste tout donner. Et nous, bêtement, on prenait tout. Sans se poser de questions. Aujourd'hui, quinze ans après ta disparition - à cette occasion, France Inter propose une rétrospective en 9 épisodes (à écouter ici) - , on est toujours aussi démuni en t'écoutant. Ma plus belle histoire d'amour, c'est vous, disais-tu. Bizarrement, on a l'impression de ne pas en avoir fait assez. De ne pas t'avoir tout dit. Dis, quand reviendras-tu ? 

Voilà combien de jours, voilà combien de nuits,
Voilà combien de temps que tu es reparti,
Tu m'as dit cette fois, c'est le dernier voyage,
Pour nos cœurs déchirés, c'est le dernier naufrage,
Au printemps, tu verras, je serai de retour,
Le printemps, c'est joli pour se parler d'amour,
Nous irons voir ensemble les jardins refleuris,
Et déambulerons dans les rues de Paris,

Dis, quand reviendras-tu,
Dis, au moins le sais-tu,
Que tout le temps qui passe,
Ne se rattrape guère,
Que tout le temps perdu,
Ne se rattrape plus,

Le printemps s'est enfui depuis longtemps déjà,
Craquent les feuilles mortes, brûlent les feux de bois,
A voir Paris si beau dans cette fin d'automne,
Soudain je m'alanguis, je rêve, je frissonne,
Je tangue, je chavire, et comme la rengaine,
Je vais, je viens, je vire, je me tourne, je me traîne,
Ton image me hante, je te parle tout bas,
Et j'ai le mal d'amour, et j'ai le mal de toi,


Dis, quand reviendras-tu,
Dis, au moins le sais-tu,
Que tout le temps qui passe,
Ne se rattrape guère,
Que tout le temps perdu,
Ne se rattrape plus,

J'ai beau t'aimer encore, j'ai beau t'aimer toujours,
J'ai beau n'aimer que toi, j'ai beau t'aimer d'amour,
Si tu ne comprends pas qu'il te faut revenir,
Je ferai de nous deux mes plus beaux souvenirs,
Je reprendrai la route, le monde m'émerveille,
J'irai me réchauffer à un autre soleil,
Je ne suis pas de celles qui meurent de chagrin,
Je n'ai pas la vertu des femmes de marins,

Dis, quand reviendras-tu,
Dis, au moins le sais-tu,
Que tout le temps qui passe,
Ne se rattrape guère,
Que tout le temps perdu,
Ne se rattrape plus...

11 juillet 2012

Here We Go Magic - A Different Ship

Here We Go Magic fait partie de ces groupes dont la musique, un peu trop alambiquée, m'a toujours laissé sur le côté de la route. Disons en gros que je les trouve originaux, qu'ils ont assurément quelque chose - d'ailleurs si le célèbre producteur de Radiohead, Nigel Godrich les a remarqué, ce n'est pas pour rien - mais qu'à force de sophistication, leur rock oblique a tendance à me fatiguer les oreilles. Et puis, cette fois-ci, je suis tombé par hasard sur "How Do I Know", chanson magnifique aux paroles préméditées ("How do I know if I love you...") et à la guitare folk gentiment nerveuse que n'aurait pas renié des Feelies à leur meilleur, avec une pointe de légèreté supplémentaire (les très efficaces "ouh-ouh"). Et là, évidemment, ça donne envie d'en savoir plus. Le reste est moins immédiatement accrocheur, mais on y découvre, à chaque écoute, de nouvelles subtilités. Cela explique entre autres pourquoi je ne parle de ce disque que maintenant alors qu'il est déjà sorti depuis le 7 mai dernier. 
"A Different Ship" porte donc bien son nom, c'est un disque qui demande du temps, qu'il faut faire l'effort d'apprivoiser. Mais n'est-ce pas le propre des albums qui comptent, de ceux qu'on ressort le plus facilement de notre discothèque ? Au bout du compte, un très beau voyage qu'on prend plaisir à refaire encore et encore.

Clip de "How Do I Know" :

Clip de "Make Up Your Mind" :
Album en écoute intégrale sur Deezer.

9 juillet 2012

Delicate Steve - Positive Force

"Délicate", "Positive", voici des mots rassurants pour une musique qui l'est tout autant, même si l'absence de voix pourrait en rebuter quelques uns. A commencer par moi, pas vraiment coutumier du genre. Pour compenser, Steve Marion, qui se cache sous le pseudo de Delicate Steve, incorpore régulièrement à sa mini-pop de chambre quelques choeurs. Il y a derrière ses couches de guitare et ses nappes de synthés assez inoffensives, tout un monde qui ne demande qu'à être découvert : cool, reposant, parfait pour les vacances. Comme pour son précédent "Wondervisions", sorti en catimini l'année dernière et qui est réédité en même temps que celui-ci, Delicate Steve a enregistré "Positive Force" tout seul dans sa chambre
On pourrait le considérer comme un geek (il a des faux airs du gars qui jouait dans la célèbre pub "Il a ..., il a tout compris") mais qui, loin de faire de la musique cérébrale comme on pourrait le penser, propose un univers chatoyant et en même temps immédiatement familier. C'est David Byrne, l'ancien leader des Talking Heads, qui a une fois de plus tout compris, en signant Delicate Steve, sur son label, Luaka Bop, pourtant plus habitué à la world music.


Album en écoute intégrale sur NPR.

4 juillet 2012

Nick Cave & The Bad Seeds - The Mercy Seat (1988)

Après une courte pause bienvenue d'une semaine, la musique à papa est de retour et pour une fois depuis un bail pas avec une nouveauté. Il faut dire qu'en cette période estivale, le nombre de sorties se réduit comme peau de chagrin et les trucs vraiment marquants ne se comptent pas à foison. Donc, en attendant d'excitantes découvertes, il est toujours bon de revenir à ses classiques. Et "The Mercy Seat" du sieur Cave et ses mauvaises graines en est évidemment un, puisque même Johnnny Cash en a fait une reprise. A l'heure où l'intégralité de sa discographie est progressivement rééditée, force est de constater que la musique du crooner australien n'a jamais été aussi habitée qu'au tournant des années 80/90. L'épisode post-punk du Birthday Party laissé définivement derrière lui, le chanteur trouvait un style, moins sauvage et brouillon mais pas encore apaisé. "Your Funeral...My Trial" puis "Tender Prey" constituent ainsi pour moi l'apogée de sa carrière. Wim Wenders qui ne s'y est pas trompé a convoqué cette musique sur "Les Ailes du Désir". De même, le cinéma et la télévision feront souvent appel au formidable "Red Right Hand", sorti pourtant un peu plus tard, pour illustrer la peur et la mort. "The Mercy Seat", comme une litanie (en réalité celle d'un condamné à mort), une rengaine entonnée en rémission des péchés de jeunesse, un rite sacrificiel marquant le difficile passage à l'âge adulte. Une des périodes les plus inspirantes et fécondes qui soient. Un titre qui est presque à chaque fois joué sur scène par le groupe. Forcément.

It began when they come took me from my home
And put me in Dead Row,
Of which I am nearly wholly innocent, you know.
And I'll say it again
I..am..not..afraid..to..die.

I began to warm and chill
To objects and their fields,
A ragged cup, a twisted mop
The face of Jesus in my soup
Those sinister dinner meals
The meal trolley's wicked wheels
A hooked bone rising from my food
All things either good or ungood.

And the mercy seat is waiting
And I think my head is burning
And in a way I'm yearning
To be done with all this measuring of truth.
An eye for an eye
A tooth for a tooth
And anyway I told the truth
And I'm not afraid to die.

Interpret signs and catalogue
A blackened tooth, a scarlet fog.
The walls are bad. Black. Bottom kind.
They are sick breath at my hind
They are sick breath at my hind
They are sick breath at my hind
They are sick breath gathering at my hind

I hear stories from the chamber
How Christ was born into a manger
And like some ragged stranger
Died upon the cross
And might I say it seems so fitting in its way
He was a carpenter by trade
Or at least that's what I'm told

Like my good hand I
tatooed E.V.I.L. across it's brother's fist
That filthy five! They did nothing to challenge or resist.

In Heaven His throne is made of gold
The ark of his Testament is stowed
A throne from which I'm told
All history does unfold.
Down here it's made of wood and wire
And my body is on fire
And God is never far away.

Into the mercy seat I climb
My head is shaved, my head is wired
And like a moth that tries
To enter the bright eye
I go shuffling out of life
Just to hide in death awhile
And anyway I never lied.

My kill-hand is called E.V.I.L.
Wears a wedding band that's G.O.O.D.
`Tis a long-suffering shackle
Collaring all that rebel blood.

And the mercy seat is waiting
And I think my head is burning
And in a way I'm yearning
To be done with all this measuring of truth.
An eye for an eye
And a tooth for a tooth
And anyway I told the truth
And I'm not afraid to die.

And the mercy seat is burning
And I think my head is glowing
And in a way I'm hoping
To be done with all this weighing up of truth.
An eye for an eye
And a tooth for a tooth
And I've got nothing left to lose
And I'm not afraid to die.

And the mercy seat is glowing
And I think my head is smoking
And in a way I'm hoping
To be done with all this looks of disbelief.
An eye for an eye
And a tooth for a tooth
And anyway there was no proof
Nor a motive why.

And the mercy seat is smoking
And I think my head is melting
And in a way I'm helping
To be done with all this twisted of the truth.
A lie for a lie
And a truth for a truth
And I've got nothing left to lose
And I'm not afraid to die.

And the mercy seat is melting
And I think my blood is boiling
And in a way I'm spoiling
All the fun with all this truth and consequence.
An eye for an eye
And a truth for a truth
And anyway I told the truth
And I'm not afraid to die.

And the mercy seat is waiting
And I think my head is burning
And in a way I'm yearning
To be done with all this measuring of proof.
A life for a life
And a truth for a truth
And anyway there was no proof
But I'm not afraid to tell a lie.

And the mercy seat is waiting
And I think my head is burning
And in a way I'm yearning
To be done with all this measuring of truth.
An eye for an eye
And a truth for a truth
And anyway I told the truth
But I'm afraid I told a lie.