31 mai 2012

Lou Reed - Perfect Day (1972)

Je ne sais pas si c'était un jour parfait mais dimanche dernier, nous sommes allés piquer-niquer au parc, comme dans la chanson de Lou. Il faisait beau, on a bu du rosé. Juste à coté, il y avait bien un zoo, malheureusement, il est fermé depuis quelques temps déjà. Pour le film, ce fut un DVD à la télévision. Pas sûr de toute façon qu'on aurait été bien accueilli dans les salles obscures avec un nourrisson. Je ne sais pas s'il existe des jours parfaits. Peut-être juste de furtifs moments de plénitude. Lorsque seul le présent compte, que les projets futurs ou les souvenirs aussi agréables soient-ils ne viennent pas encombrer nos pensées. De ces instants, où tous nos sens sont en éveil. Le goût du vin qui enivre. Le chant mélodieux des oiseaux et le rire des enfants. La quiétude de la nature environnante qui ferait presque oublier que nous habitons Paris et que les places à l'ombre des arbres ne sont tout de même pas légions. L'herbe qui vient timidement nous chatouiller les orteils. Oui, je suis allongé, tranquille, les pieds nus. A cause de ces maudites godasses de m.. qu'on remet une fois l'an dès que les beaux jours arrivent et qui viennent de me lâcher. Et cette délicieuse odeur de couche sale qui nous remonte subitement aux narines...A moins que ça ne soit cette drôle de matière qui me colle désormais aux talons après mes nombreuses courses éperdues derrière cette gamine fuyante. L'instant s'est déjà envolé, insaisissable. Une prochaine fois, peut-être.

Just a perfect day,
Drink Sangria in the park,
And then later, when it gets dark,
We go home.
Just a perfect day,
Feed animals in the zoo
Then later, a movie, too,
And then home.

Oh it's such a perfect day,
I'm glad I spent it with you.
Oh such a perfect day,
You just keep me hanging on,
You just keep me hanging on.

Just a perfect day,
Problems all left alone,
Weekenders on our own.
It's such fun.
Just a perfect day,
You made me forget myself.
I thought I was someone else,
Someone good.


Oh it's such a perfect day,
I'm glad I spent it with you.
Oh such a perfect day,
You just keep me hanging on,
You just keep me hanging on.

You're going to reap just what you sow,
You're going to reap just what you sow,
You're going to reap just what you sow,
You're going to reap just what you sow...

28 mai 2012

Alt-J - An Awesome Wave

Qu'on se le dise, le rock indépendant britannique refait plus que jamais parler de lui en 2012. Après Django Django et Breton, l'autre grosse révélation de l'année pourrait devenir Alt-J. Ces jeunes anglais, originaires de Leeds, possèdent un style musical assez indéfinissable. Moins rentre-dedans que Breton, moins dansant que Django Django, ils partagent avec eux le même goût du métissage sonore. On pense à Animal Collective dans une version plus aérienne, à Grizzly Bear en plus électro ou Wild Beasts en moins maniéré. Leur single "Breezeblocks", magnifiquement construit, est d'ores et déjà promis aux plus hautes marches des chansons qui vont compter en 2012. Leur disque, le bien nommé "An Awesome Wave", pourrait paraître à première écoute un peu en retrait de ce formidable titre. Mais ne pas se fier aux apparences, c'est typiquement le genre d'albums qui gagnent en consistance au fil du temps.
J'ai déjà pris ma place pour le premier jour de la Route du Rock, à Saint-Malo, le 10 août prochain pour, entre autres, aller les voir. (Il y aura aussi, excusez du peu, Spiritualized, Patrick Watson et bien sûr... Dominique A). Rock et Angleterre n'est pas donc pas forcément synonyme de buveurs de bière et d'amateurs de foot, mais quelque fois aussi de petits groupes de bobos intellos, bien propres sur eux. Cela tombe bien finalement, l'été est la saison propice pour siroter de savoureux cocktails.

Clip de "Breezeblocks" :

25 mai 2012

Top albums 2005

On continue de faire un rapide topo, comme toutes les quinzaines environ, sur chaque année par ordre décroissant. Cette fois-ci : 2005, année remplie de belles révélations. Les américains de Clap Your Hands Say Yeah, tout d'abord, et leur douce folie, malheureusement nettement plus emballante sur disque que sur scène. L'inverse ou presque des Spinto Band, dont le disque excellent aussi, lasse un poil plus. Leurs prestations scéniques sont, par contre, de celles qu'on n'oublie pas. Et puis, les anglais nous auront sortis plein de petits frères de Franz Ferdinand, formations éphémères qui ne vaudront sans doute pas plus que leur premier album : influences Gang Of Four pour Bloc Party et The Rakes ou style plus proche de The Fall pour Art Brut. Côté américain, deux songwriters aux vélléités diamétralement opposées. D'un côté, Sufjan Stevens, petit génie de la pop, aux mélodies finement ciselées et à l'ambition démesurée. Il abandonnera pourtant assez rapidement son projet fou de faire un disque par état américain. Le gargantuesque "Illinoise" impressionne tout d'abord avant de paraître parfois indigeste. Un avant goût de la suite ? De l'autre côté, le trublion Adam Green qui se moque pas mal de son petit talent en bâclant faussement ses petites sucreries de crooner de supérette. Bizarrement, on en redemande. Enfin, dans ce top 10, on retrouve aussi un brillant songwriter folk adepte du violon en la personne d'Andrew Bird, ce qui n'est pas si courant, l'un des groupes américains les plus essentiels de l'époque, The National, impeccable en studio comme en concert, et enfin le collectif canadien Broken Social Scene à l'écriture inspirée qui brasse tous les spectres du rock indépendant. Déception côté français : rien de franchement mémorable à me mettre entre les oreilles.

10 - Andrew Bird - The Mysterious Production of Eggs
Petit oiseau devient grand avec cette "mystérieuse production d'oeufs" tous plus beaux les uns que les autres. Le songwriter américain Andrew Bird s'impose avec ce deuxième disque au charme évident.



9 - Art Brut - Bang Bang Rock'n'Roll
Un curieux groupe anglais décide de chanter The Fall avec un nez rouge et un chapeau pointu. Cette pantalonnade pourrait sembler de mauvais goût mais force est de reconnaître que leur rock qui a l'avantage de pouvoir être pris au premier comme au second degré fait du bien par où ça passe. Et puis un chanteur qui proclame qu'il veut être l'homme "who writes the song that makes Israel and Palestine get along" ne peut pas être foncièrement mauvais, non ?

8 - The Rakes - Capture / Release
Encore des anglais inspirés par le post-punk de la fin des années 70, en tête desquels Gang Of Four, le fond politique en moins, l'humour en plus. L'humour, c'est d'ailleurs ce qui fait avec les mélodies bien sûr (le titre "Open Book" sera rendu célèbre par une publicité), l'attrait principal de The Rakes. Aux dernières nouvelles, le groupe serait déjà séparé après seulement trois albums. Jamais il n'a réussi à reproduire ce premier coup de maître.

7 - Adam Green - Gemstones
Sa nonchalance revendiquée et son humour décalé (mention spéciale à "Choke on a Cock" au titre éminemment explicite) pourraient presque paraître comme de l'arrogance. Il n'en est rien, Adam Green est le crooner le plus cool de l'histoire. Pas un grain de bile et pas mal d'inspiration, comme quoi les apparences sont parfois trompeuses.

6 -  Bloc Party - Silent Alarm
Buzz britannique de l'année savamment orchestré par le NME, après Franz Ferdinand et avant les Arctic Monkeys. Le problème, c'est que bien souvent le succès critique est justifié. Ce "Silent Alarm" demeure quelques années après un très efficace condensé de rock tendu inspiré par la new-wave, de Police aux Cure en passant par Joy Division.

5 - Sufjan Stevens - Illinoise
Sufjan Stevens signe sa grande oeuvre pop sur l'état américain de l'Illinois. Malheureusement, si l'ensemble est de très haute tenue, je ne peux m'empêcher de penser que le mégalomaniaque songwriter aurait dû faire une coupe franche et n'en garder que la moitié. Cela aurait déclenché l'envie d'y revenir plus souvent.


4 - The Spinto Band - Nice And Nicely Done
Une modeste bande de potes sort une jolie boîte à joujoux pop incroyablement addictifs. En concert, leur musique prend encore plus d'ampleur. Elle dégage un évident capital sympathie et provoque d'irrésistibles envies de dodeliner de la tête. Délicieusement régressif.


3 - Broken Social Scene - Broken Social Scene
Meilleur groupe de la nouvelle scène rock venue du Canada avec Arcade Fire, Broken Social Scene est un collectif aux multiples ramifications, de Feist (ancienne petite amie du leader Kevin Drew), Stars à Metric. On retrouve cette pluralité d'influences dans cet album éponyme, leur troisième, encore plus long en bouche que le précédent, le déjà excellent "You Forgot It In People".

2 - The National - Alligator
The National est aux années 2000, ce que les Pixies, Sonic Youth ou REM sont aux décennies précédentes, l'un des groupes marquants de son époque. "Alligator" est incontestablement leur chef d'oeuvre, alternant intelligemment les tempos pour livrer quelques titres bien furieux tels "Abel" ou "Mr November".


1 - Clap Your Hands Say Yeah - Clap Your Hands Say Yeah
On pense aux Talking Heads, à Arcade Fire, en plus braillard, plus sale, plus modeste. Les Clap Your Hands Say Yeah ne visent pas les premières places dans le panthéon du rock et c'est justement ce qui les rend d'autant plus attachants. Indispensable.



23 mai 2012

Public Image Ltd. - (This Is Not) A Love Song (1983)

Cela ne pouvait venir que de lui, le plus célèbre empêcheur de tourner en rond de l'histoire du rock. Johnny Rotten, le pourri, reprenant après le premier épisode des Sex Pistols son véritable patronyme, Lydon, pour former un nouveau groupe d'avant-garde (après le punk, le post-punk) : Public Image Limited ou PIL pour les intimes. "This is not a love song", évidemment. On ne lui la fera pas à lui, la chanson d'amour à l'eau de rose, un peu niaise. Le truc passe-partout, le passage obligé de chaque formation voulant connaître le succès. Non, même s'il s'est assagi depuis l'étiquette  "No Future" de 1977, il n'est pas dupe. Il continue de profiter du système en le critiquant. Alors qu'on n'était sans nouvelle musicale depuis bien longtemps, PIL sera bientôt de retour avec un nouveau disque. On attend aussi une tournée. L'occasion pour les plus jeunes (comme moi :) d'aller voir enfin le phénomène sur scène. Reste bien sûr que trente ans après, l'histoire n'est plus la même... Leur musique est d'ailleurs liée à cette époque-là. "(This Is Not) A Love Song" a été utilisée il y a quelques années comme bande originale d'un excellent film d'animation israélien, "Valse avec Bachir" où il est question de la guerre du Liban, au début des années 80. On ne se refait pas. Lydon restera toujours concerné par la politique et l'actualité internationale, gardant un oeil avisé sur le monde qui l'entoure. Coûte que coûte. En temps de crise, ce n'est finalement pas étonnant de réentendre parler de lui. Et on se dit que si ce n'est pas lui qui la chante, cette chanson d'amour, alors ça sera nous. Quand je pense au notre, de Johnny...

This is not a love song

Happy to have
Not to have not
Big business is
Very wise
I'm crossing over into
Enter prize

This is not a love song
This is not a love song
This is not a love song
This is not a love song

I'm adaptable
And I like my role
I'm getting better and better
And I have a new goal
I'm changing my ways
Where money applies
This is not a love song

This is not a love song
This is not a love song
This is not a love song
This is not a love song

I'm going over to the over side
I'm happy to have
Not to have not
Big business is
Very wise
I'm inside free
Enterprise

This is not a love song
This is not a love song
This is not a love song
This is not a love song

Not television
Behind the curtain
Out of the cupboard
You take the first train
Into the big world
Are you ready to grab the candle
Not television

This is not a love song
This is not a love song
This is not a love song
This is not a love song

Extraits du film "Valse avec Bachir" :

21 mai 2012

Exitmusic - Passage

Décidément, les disques du moment se suivent et se ressemblent sur "La musique à papa" : Lower Dens, Tu Fawning, Beach House et maintenant Exitmusic (en référence au génial titre de Radiohead ?), il y a une certaine unité sonore chez tous ces groupes. Les mêmes types de guitares aux parfums magnétiques, de voix féminines aux timbres androgynes, de mélodies ensorcelantes. Il y a aussi une homogénéité à l'intérieur même des albums. Aleksa Palladino et Devon Church, le couple à la ville comme à la scène qui se cache derrière Exitmusic, propose, à l'image de la pochette du disque, un feu d'artifice musical, intense, puissant et majestueux. La jeune femme est une actrice déjà reconnue, elle a tourné dans de nombreuses séries TV et au cinéma chez Solondz ("Storytelling") et Lumet ("7h58 ce samedi-là"). Mais il était bien difficile d'entrevoir jusque là de telles qualités vocales chez elle.
Lui, était professeur d'anglais en Asie. Deux (belles) personnes attirées par l'art et la culture sous toutes ses formes, une fois de plus originaires de la scène de Brooklyn, cela pourrait devenir lassant, limite énervant. Mais il faut savoir reconnaître la belle ouvrage qui dépasse le cadre de la simple et banale hype. Le charmant couple de Exitmusic a donc brillamment réussi son "passage" à la musique. On leur souhaite maintenant de continuer dans cette jolie voie là.

Clip de "Passage" :

Clip de "The Night" :
Album en écoute intégrale sur NPR.

18 mai 2012

Cat Power - The Greatest (2006)

Une fois, j'ai voulu être le meilleur. Pas le meilleur en quelque chose seulement. Non, le meilleur en tout. Simplement. Tant qu'à faire, pourquoi lésiner ? Se contenter d'un domaine, d'un minuscule territoire. Devenir président de la République par exemple, n'est-ce pas être le meilleur ? Avoir tous les pouvoirs ou presque. Pouvoir tout se permettre, être intouchable. Dans chacun de mes faits et gestes. Ne rendre de comptes à personne. Depuis quand le meilleur doit-il se justifier, à partir du moment où il a été déclaré comme tel ? N'importe quelle idée peut lui passer par la tête, n'importe quel mot par la bouche. Bon, ok, il y a le revers de la médaille, c'est celui d'être suivi constamment par des caméras. D'être traqué. Mais quand on abonde quoi qu'il arrive dans mon sens, où est le problème ? Quel enfant n'a jamais un jour voulu devenir président de la République, comme dans la chanson de Gérard Lenorman ? Parce qu'il lui faut des repères, des classements, savoir qui décide vraiment, qui est le plus fort ? Parce que ça rassure de se dire que tout est sous contrôle. Que ce sont les gens qui savent qui prennent les décisions pour nous. Qu'on peut se permettre de suivre le mouvement, parce que les meilleurs font le nécessaire pour que nos vies soient épanouissantes ou même juste acceptables. Et puis, arrive le jour fatidique où on se rend compte que tout n'est pas si simple. Que le monde n'est pas si parfait. Qu'il existe des incohérences, des incompétences. Que les meilleurs ne sont pas ceux qu'on croit. Que le père Noël n'existe pas. Et alors, devenir le meilleur ne revêt plus aucune espèce d'importance. Seul demeure le fait de pouvoir vivre sa vie comme on l'entend. Entouré des êtres qui nous sont chers. D'être heureux. Tout simplement. Et de devenir meilleur. Seulement.

Once I wanted to be the greatest
No wind of waterfall could stall me
And then came the rush of the flood
Stars of night turned deep to dust

Melt me down
Into big black armour
Leave no trace of grace
Just in your honour
Lower me down
To culprit south
Make 'em wash a space in town
For the lead
And the dregs of my bed
I've been sleepin'
Lower me down
Pin me in
Secure the grounds
For the later parade

Once I wanted to be the greatest
Two fists of solid rock
With brains that could explain
Any feeling

Lower me down
Pin me in
Secure the grounds
For the lead
And the dregs of my bed
I've been sleepin'
For the later parade

Once I wanted to be the greatest
No wind of waterfall could stall me
And then came the rush of the flood
Stars of night turned deep to dust

16 mai 2012

Arlt - Feu La Figure

Leur premier disque, intelligemment nommé "La Langue" car il inventait une nouvelle façon de chanter en français, avait déjà connu quelques échos sur la toile. Notamment ici même avec plusieurs mois de retard sur sa sortie. "Feu La Figure" joue une fois de plus avec les mots et provoque de jolies joutes verbales et musicales entre les deux chanteurs/musiciens Eloïse Decazes et Sing Sing. Mocke, le guitariste de Holden est encore de la partie, accentuant le penchant rêche et tendu de l'ensemble. Arlt, comme une boule dans la gorge, un goût âpre, lancinant. La saveur des premiers Velvet mariée au ping pong langagier d'une Brigitte Fontaine, voilà quelques références sans doute trop restrictives pour définir le son de Arlt (du nom de cet écrivain argentin).
Le duo impose définitivement un style nouveau dans le paysage de la chanson française, un folk lettré mais en même temps instinctif, brut presqu'animal, qui joue habilement avec les sonorités, dont l'esprit pourrait se rapprocher des Mansfield Tya par exemple. Leur musique rebutante en apparence est de celles qui vous hantent longtemps après son écoute. Encore un excellent disque chanté en français pour 2012. Comme quoi, il n'y a pas de raison de "mondialiser notre langue" (à voir en complément le très long article de la Blogothèque qui décidément semble adorer le groupe).


Album en écoute intégrale sur Deezer.

14 mai 2012

Beach House - Bloom

Avec maman, on s'est promis que quand on serait plus vieux, on achèterait une maison en bord de mer. Elle permettrait notamment de réunir notre famille à l'annonce des beaux jours. Pas sûr qu'on y écoutera encore la musique de Beach House, le duo originaire de Baltimore. Disons que si cela devait se produire, elle serait plutôt celle qui accompagnerait nos longues soirées d'hiver, à deux. Beach House est considéré comme le groupe phare du renouveau actuel de la dream-pop. Une musique pour rêver donc, en regardant la mer. Avec pourtant quatre albums au compteur, ils n'ont pas changé d'un iota leur recette. "Bloom" est la continuité du précédent "Teen Dream", qui était lui-même...Toujours les mêmes mélodies tourbillonnantes d'Alex comme le roulement des vagues, une tempête de sable, toujours la même voix chaude et éclairante de Victoria comme un phare dans la nuit. Beach House a conservé son pouvoir d'attraction, même si l'effet de surprise n'y est bien évidemment plus.
Et "Bloom" finit par ennuyer un peu, en cours de route, comme la plupart des disques de la formation. Les morceaux tous construits sur le même schéma ont tendance par effet d'empilement à distraire l'auditeur. Même si, prises individuellement comme c'est le cas par exemple de "Myth", "Lazuli" ou "Irene", leurs chansons parviennent encore à séduire, ce qui n'est, en soi, pas une si mince affaire.

"Lazuli" :

"Myth" :

Album en écoute intégrale sur Deezer.

11 mai 2012

Top albums 2006

On continue les tops par année avec logiquement, après 2007, 2006. Autant se l'avouer tout de suite, ce ne fut pas un grand millésime, à l'exception, pour une fois, de l'hexagone qui compte pas moins de 3 représentants parmi les 10 premiers. Dominique A, pour une belle épopée lyrique, "L'Horizon", sorte de "Tout sera comme avant" en plus ample et instinctif. Arman Méliès, le petit frère qui est déjà devenu grand et enfin, Babx, à l'impressionnante qualité d'écriture. Côté anglais, on notera l'apparition sur le devant de la scène des rockers bruts de décoffrage de Archie Bronson Outfit, du très beau disque solo du leader de Radiohead, plus électro qu'avec son groupe. Aux Etats-Unis, on retrouve le folk haut de gamme et sous influence Beach Boys de Grizzly Bear, celui plus classique mais tout aussi classe de Midlake, et des Sonic Youth aux guitares plus pop que jamais. Enfin, les Canadiens assurent aussi avec la grande découverte de 2006, le génial Patrick Watson, sorte de Jeff Buckley qui aurait troqué la guitare pour le piano et Islands, un de ces excellents groupes protéiformes comme le pays sait en produire depuis l'avènement de Arcade Fire.

10. Islands - Return To The Sea
Ce "Return To The Sea" commence de la plus belle des manières avec une immense chanson, "Swans", magnifique condensé en près de 10 minutes du meilleur de la scène folk-rock héroïque en provenance du Canada. La suite, forcément, est un peu décevante, ne sachant pas toujours quelles directions prendre.


9. Babx - Babx
L, la nouvelle coqueluche de la chanson française, avec qui il a collaborée, dit de lui que c'est la plus belle plume de la variété hexagonale apparue depuis Gainsbourg, rien de moins. Et à l'écoute de ce premier disque et de ses quelques très jolies chansons, on lui donnerait presque raison.


8. Grizzly Bear - Yellow House
Ces ours-là progressent de disque en disque. "Yellow House" a encore quelques faiblesses, des titres trop alambiqués mais il est déjà annonciateur du chef d'oeuvre à venir : "Veckatimest". Un des plus grands groupes américains actuels était en train d'apparaître en pleine lumière.


7. Arman Méliès - Les Tortures Volontaires
Adoubé par la fine fleur de la chanson rock hexagonale, en-tête desquels Bashung et Dominique A, Arman Méliès fait plus que confirmer avec un deuxième album à la mélancolie jamais déprimante, toujours enivrante.



6. Archie Bronson Outfit - Derdang Derdang
Une bande de rockeurs britons barbus balance la sauce avec un disque de pur rock'n'roll qui dépote. Mais là où certains ne font pas dans la finesse, ceux-là gardent un côté assez ludique et brutal pour plaire toujours autant après une foultitude d'écoutes. Revigorant.


5. Thom Yorke - The Eraser
En solo, le chanteur de Radiohead laisse libre cours à ses envies d'électronique. Où l'on constate qu'il est bien le leader de la brillante formation d'Oxford. Car ce "The Eraser" ne pâtit pas de la comparaison avec les albums du fameux quintet. Envoûtant.



4. Midlake - The Trials Of Van Occupanther
Où comment un modeste groupe de folk (signature de l'excellent label Bella Union) sort un des albums référence du genre de la décennie passée. Impressionnant surtout quand on sait le nombre de formations folk apparus ces dernières années.



3. Sonic Youth - Rather Ripped
Les jeunesses soniques ne sont plus jeunes ni soniques, mais s'orientent de plus en plus vers une pop mélodique qui prouve qu'au fil des années, le duo Moore/Gordon a su se renouveler tout en gardant sa patte bien reconnaissable. Leurs guitares n'ont en tout cas jamais été aussi soyeuses que sur ce "Rather Ripped". Leur dernier grand disque avant la séparation qu'on annonce déjà définitive ?

2. Patrick Watson - Close To Paradise
Un talentueux pianiste québecquois à la voix haut perchée invite ses modèles Satie et  Debussy avec le lyrisme de Jeff Buckley. Le tout donne un premier essai impressionnant de maîtrise et d'inventivité.



1. Dominique A - L'Horizon
Monsieur A est bien le plus grand chanteur français de sa génération et de ses vingt derniers années. Chacun de ses disques vient ajouter une pierre à l'imposant édifice qu'il est en train de bâtir. Cet "Horizon-là démontre si besoin était qu'avec lui, la chanson d'ici  peut voir loin...


9 mai 2012

Spain - Untitled #1 (1995)

On était sans nouvelle du groupe de Josh Haden depuis bientôt dix ans. Il faut dire que la musique de Spain est à l'image de son auteur,  particulièrement discrète. Peut-être est-ce dû à l'ascendance du monsieur, puisqu'il n'est autre que le fils du célèbre contrebassiste de jazz, Charlie Haden. Et l'on sait que la retenue est une qualité souvent constatée chez les grands jazzmen. Lundi prochain, sort "The Soul Of Spain" avec une pochette qui n'est pas sans rappeler celle ci-contre de leur premier album. Plus de quinze ans après sa parution, "The Blue Moods Of Spain" fait toujours office de secret jalousement gardé. En effet, rarement cité dans les bilans, c'est pourtant l'un de ceux qui pourraient le mieux correspondre à l'appellation de "disques de chevet", tellement les notes comme les mots y sont susurrés, frôlés. Un disque à écouter au lit donc. Modestie des arrangements, lenteur des mélodies, suavité et chaleur de la voix, la musique de Spain ne ressemble à rien de connu. Cette humilité va jusque dans le choix des titres des morceaux : "Untitled #1". Comme si cette chanson pouvait n'être l'oeuvre de personne, n'être qu'un essai, une démo de laquelle on ne serait pas fier et qu'on n'aurait donc pas osé appeler vraiment. Mais, malgré son tempo traînant, le charme opère rapidement. Comme cette fille aux reflets bleutés qu'on imagine être en train de se dévoiler délicatement, la musique de Spain prend son temps pour caresser les oreilles, elle sait se faire désirer. Ils ont bien raison, car, comme dit l'adage, plus c'est long, plus c'est bon.

Walked away
Released from all my crimes
Walked away
Released from all my crimes

But I could never hide
What I kept inside


Walked away
Released from all my sins
Walked away
Released from all my sins

But the cruelest thing
Was all my suffering
When I held you that night
I knew it felt so right
I knew it felt so right

Walked away
Released from all my crimes
Walked away
Released from all my crimes

But I could never hide
What I kept inside
Untitled 1 by Spain on Grooveshark

7 mai 2012

Tu Fawning - One Monument

Ceux-là, je les connaissais déjà, mais leur premier album, "Hearts on Hold", si intéressant était-il sur le fond, m'avait rebuté sur la forme, un peu rugueuse. Mon opinion à leur sujet était donc comme les "coeurs" de leur disque, "en attente". Et ce "One Monument" débarque en marquant tout de suite une vraie cassure avec son prédécesseur. Plus soyeux, il est de ce fait nettement plus immédiat, à l'image de la superbe chanson d'ouverture, "Anchor". Cette fois-ci, on peut y accoler quelques étiquettes évidentes, bien dans l'air du temps. On pense bien sûr à la musique des années 80, à la cold wave. Et parmi tous ces nouveaux groupes qui s'inspirent du genre, je dois avouer que pour une fois, ça me touche. Je trouve même ça très réussi. Et de bout en bout, chacun des titres fait son petit effet, changeant souvent de rythme en cours de route. Mention spéciale à "Wager" ou "In The Center of Powder White".
Après, bien sûr, ce n'est certes pas un monument, comme le proclame le titre, mais un bien bel édifice tout de même ! Et voilà comment un groupe que l'on pouvait cataloguer de mineur devient aujourd'hui un sérieux outsider.

Clip de "Anchor" :

Album en écoute intégrale sur Soundcloud.

4 mai 2012

Barbara Carlotti - Café de la Danse, Paris - 2 mai 2012

Alors que les deux personnes les plus importantes du pays étaient en train de focaliser toute l'attention sur eux dans une sorte de sketch plus ou moins improvisé avec plein de bafouillages et de petites phrases qui font mouche mais qui sont sans intérêt dedans, la talentueuse Barbara Carlotti faisait enfin ses débuts sur une scène parisienne. Et entre les deux événements, j'ai, vous l'aurez compris, assez vite choisi mon camp. Ce n'est évidemment pas cette parodie de débat, qui ressemble de plus en plus à une foire aux réformes toute azimut, qui viendra influer un vote décidé depuis belle lurette. Barbara Carlotti donc, pour une prestation gratuite uniquement sur invitation - oui, je sais, je suis un chanceux. Est-ce un lien de cause à effet, l'auditoire est composé de beaucoup de journalistes. Après Tino Rossi ou Patrick Fiori, la Corse ne nous avait pas habitué à produire de la chanson française de qualité. Pourtant, c'est bien ce dont il s'agit ici. Son précédent disque "L'idéal" était excellent, "L'amour, l'argent, le vent" récemment sorti est encore supérieur. En plus, peut-être parce qu'elle est originaire de l'île de Beauté, cette nouvelle Barbara n'a pas le même rapport sérieux avec le beau, l'art, la culture. Il y a de la fantaisie et un naturel rafraîchissant dans sa musique, sa démarche, sa façon d'être. Le climat doit y être pour quelque chose. Un danseur longiligne vient improviser quelques pas sur les morceaux les plus rythmés. La chanteuse se prend aussi au jeu et imite telle une bonne élève la chorégraphie de son coach. Ses chansons prennent sur scène un atour nettement plus pop, tendance new wave synthétique avec la présence de deux claviers. Sa voix est comme sur disque élégamment posée. Elle montre aussi qu'elle a de l'humour et du bon sens en parlant de l'inévitable débat qui est en train de se jouer au même moment sur toutes les télévisions de France et de Navarre. D'abord prudente sur ses opinions personnelles, elle finit le set avec le déjà tubesque "Mon Dieu, Mon Amour", timidement repris en choeur par un public parisien timoré et fidèle à sa réputation, en tant que prière pour ne plus revivre les cinq même dernières années. Comme elle est certaine (dis, c'est bien vrai, hein ? pas de bêtises, hein ?) que la gauche va passer dimanche, elle incite déjà le public à revenir la voir, pour la remercier, au mois d'octobre prochain à la Cigale, cette fois-ci pour un vrai concert (payant). Chiche ?

3 mai 2012

Mercredi 2 mai 2012, 5h24

Mercredi 2 mai 2012, 5h24 du matin, quelque part à Paris : la musique à papa a deux fois plus de raison d'être. "Take me out, take me out" dit le petit Ferdinand à sa maman. Et l'héroïque maman de s'exécuter. Impossible de savoir si Ferdinand appréciera sa nouvelle vie sous le soleil et les néons. En tout cas, papa et maman devront désormais s'atteler davantage et se couper en deux. Trêve de débat donc, et si le changement, le vrai, celui qui inonde de bonheur et permet en même temps d'avancer, c'était déjà tout de suite ? 

2 mai 2012

Jean Ferrat - Ma Môme (1960)


L'autre jour, je suis tombé par hasard sur une très jolie lettre de l'acteur Philippe Torreton (retranscrite par un "collègue" blogueur ici), bien connu pour ses positions socialistes - il fait d'ailleurs partie de l'équipe municipale de Delanöe à Paris - adressée au chanteur défunt Jean Ferrat, bien connu lui pour ses penchants communistes. Et je me suis dit, pourquoi pas moi... Ben oui, pourquoi lui, il a le droit d'écrire aux morts, et pourquoi je ne pourrais pas. 

Cher Jean,
Bon, je te le dis tout de suite (oui, je te tutoie, entre camarades, ça me parait plus approprié), pendant longtemps, j'ai cru que tu étais ce chanteur pour papys et mamies, pas marrant, avec bacchantes de rigueur (sauf dans ta prime jeunesse comme sur la pochette de ce single où tu avais de faux airs de gendre idéal), chansons surannées et vantant les bienfaits de la vie au grand air (la fameuse "Montagne") mais paraissant sentir le renfermé. Tu étais bien loin de mes priorités de jeune citadin aux visions étriquées, amateur de rock de surcroit. Et puis, à ta mort, j'ai entendu le concert de louanges pour le parcours accompli, la droiture de ton engagement, le respect de valeurs sans doute vieillottes mais malheureusement devenues trop rares aujourd'hui. Maintenant, travaillant tout près du QG de la CGT à Montreuil, j'entends presque toutes les semaines ton répertoire (enfin, surtout la fameuse "Montagne"). On est devenu plus proches. Comme Torreton et beaucoup d'autres, j'ai été marqué au premier tour des élections présidentielles, par le nombre très élevé de personnes ayant voté pour le Front National. Je suis aussi outré par cette campagne d'entre deux tours au raz du caniveau, par ce candidat de droite prêt à tout pour parvenir à ses fins et obtenir un nouveau mandat. Comme si sa vie en dépendait, alors que c'est plutôt de la notre dont il s'agit. Ce discours de peur de la crise, de rejet de l'autre, ces arguments de cours de récréation, ces propos dignes de comptoirs de bistrots, ce sentiment d'insécurité qu'il distille depuis plusieurs années et cette posture de "petit père du peuple" qu'il adopte désormais en toute connaissance du passé, je ne peux plus le supporter. Ce soir, les deux candidats débattront pour soit disant confronter leurs idées, leur programme. Mais plus que des idées, un programme, ce sont des valeurs qu'il faut défendre. Des valeurs de respect, de fraternité. Des valeurs humaines, tout simplement. Comme les tiennes, Jean. C'est forcément dommage qu'on en soit arrivé là car, désormais, le choix est restreint. Alors voilà, quand le monde des vivants nous donne la nausée, on parle aux morts, ça soulage. Cher Jean, j'espère maintenant te laisser reposer en paix. Le 6 mai à 20h, tout devrait rentrer dans l'ordre. On fera comme s'il ne s'était rien passé. Jusqu'à la prochaine fois...

Ma môme, ell’ joue pas les starlettes
Ell’ met pas des lunettes
De soleil
Ell’ pos’ pas pour les magazines
Ell’ travaille en usine
A Créteil

Dans une banlieue surpeuplée
On habite un meublé
Elle et moi
La fenêtre n’a qu’un carreau
Qui donne sur l’entrepôt
Et les toits

On va pas à Saint-Paul-de-Vence
On pass’ tout’s nos vacances
A Saint-Ouen
Comme famille on n’a qu’une marraine
Quelque part en Lorraine
Et c’est loin

Mais ma môme elle a vingt-cinq berges
Et j’crois bien qu’la Saint’Vierge
Des églises
N’a pas plus d’amour dans les yeux
Et ne sourit pas mieux
Quoi qu’on dise


L’été quand la vill’ s’ensommeille
Chez nous y a du soleil
Qui s’attarde
Je pose ma tête sur ses reins
Je prends douc’ment sa main
Et j’la garde

On s’dit toutes les choses qui nous viennent
C’est beau comm’ du Verlaine
On dirait
On regarde tomber le jour
Et puis on fait l’amour
En secret

Ma môme, ell’ joue pas les starlettes
Ell’ met pas des lunettes
De soleil
Ell’ pos’ pas pour les magazines
Ell’ travaille en usine
A Créteil