30 avril 2012

Lower Dens - Nootropics

Encore un groupe pour lequel je prends le train en marche. "Nootropics" est en effet le deuxième album de Lower Dens, formation américaine originaire de Baltimore emmenée par la chanteuse Jana Hunter. Celle-ci a notamment déjà travaillé avec Devendra Banhart et Coco Rosie. Pourtant, sa musique - comme son look à la garçonne - n'a pas grand chose à voir avec la mouvance néo-hippie. Elle se rapproche nettement plus de la dream pop inspirée par les Cocteau Twins, mais en version accélérée. On pense donc plutôt à Electrelane, Blonde Redhead ou encore Beach House. La voix androgyne de Hunter n'est d'ailleurs pas sans rappeler celle de Victoria Legrand. Il y a ici quelques titres envoûtants comme le single "Brains", "Alphabet Song" ou "Candy". L'essentiel des chansons marquantes est placé dès le début de disque. La fin plus planante, instrumentale et répétitive est malheureusement assez ennuyeuse. Elle semble venir combler un manque d'inspiration.

Bref, voici un album seulement à moitié réussi, qu'on n'aura bien du mal à écouter entièrement. Il permettra tout de même aux amateurs du genre de patienter avant la parution du nouveau Beach House. Ce qui ne saurait tarder...

Clip de "Brains" :

27 avril 2012

Top albums 2007

Aujourd'hui, je débute une nouvelle rubrique sur "La musique à papa" : une sélection de 10 albums classés par année (Oui, un top, c'est plus fort que moi !). Le tout par ordre du plus récent au plus ancien, en commençant logiquement par 2007, c'est-à-dire l'année avant la création de ce blog. Bien sûr, dans ce choix de disques, vous retrouverez ceux déjà présents dans mes indispensables. Et pour 2007, il y en avait déjà 3 : of Montreal, Radiohead et Animal Collective. 2007, ce fut l'année des grands disques de quelques uns des grands groupes de la décennie. Chacune des trois formations susnommées ayant dégainé leur meilleur ou presque. Même chose pour un autre groupe majeur de ces dix dernières années qui semble avoir cette fois-ci mis un terme définitif à sa carrière : LCD Soundsystem. Quant à Arcade Fire ou Clap Your Hands Say Yeah, contrairement à ce qu'ont dit la plupart des critiques, ils ont assuré le service après vente en sortant un deuxième album à peine inférieur au précédent. Les Suédois de Loney Dear auront le temps de "Loney Noir" rivaliser avec le génie mélodique des Ecossais de Belle & Sebastian. Côté français : deux très beaux disques "Carmin" de Daphné, de la dentelle de variété comme on aimerait en entendre plus souvent et Florent Marchet avec un album concept du plus bel effet : "Rio Baril", rencontre improbable entre Souchon et Dominique A. Enfin, le PJ Harvey de rigueur, toujours parfait.

10 - Daphné - Carmin
Après avoir été épaulée par Benjamin Biolay sur son premier disque, Daphné s'émancipe et nous fait découvrir ses mélodies joliment ciselées. Choses bien trop rares par chez nous pour rester inaperçues.



9 - PJ Harvey - White Chalk
L'insoumise Polly Jean continue sa carrière en dehors des sentiers battus en s'essayant pour la première fois au piano. C'est toujours aussi rêche, brut, émouvant, sans concession. Peu importe l'instrument, elle reste l'une des artistes les plus passionnantes de l'époque.


8 - Clap Your Hands Say Yeah - Some Loud Thunder
Excellente surprise injustement boudée d'un groupe qu'on croyait alors grillé suite à une série de concerts décevants. Les Clap Your Hands Say Yeah sont une exception car ils  apparaissent bien plus déjantés sur disque que sur scène. Difficile de rester sur place à l'écoute d'un titre comme "Satan Said Dance" par exemple.


7 - Florent Marchet - Rio Baril
Florent Marchet, chanteur français lancé par les Inrocks revient avec un deuxième disque nettement plus ambitieux autour de la vie moderne en Province. C'est drôle, cinglant, cynique aussi. Une vision noire de la société cachée sous des apparences légères. Une grande réussite.


6 - Arcade Fire - Neon Bible
"Neon Bible" a déçu tous ceux qui espéraient un nouveau "Funeral". Pourtant, il a permis de démontrer que les Canadiens n'étaient évidemment pas un feu de paille, mais l'un des plus grands groupes de rock actuels. On ressent d'ailleurs plus sur ce deuxième album, la puissance scénique de la formation emmenée par le couple Chassagne/Butler. Couple, qui, malheureusement, montra son versant noir (et prétentieux) sur le DVD "Miroir Noir".

5 - Loney Dear - Loney, Noir
Des Suédois sortent du bois pour nous livrer la meilleure pop-folk entendue depuis des lustres. A ranger tout près des meilleurs Belle & Sebastian. Avec le côté Abba en plus. Addictif.




4 - LCD Soundsystem - Sound Of Silver
James Murphy invente le rock du futur en concentrant dans un même maelström sonore Bowie, les Stooges, les Talking Heads, Eno ou Kraftwerk. La première partie du disque est comme qui dirait, une vraie tuerie. La deuxième moins réussie, permet malgré tout à l'ensemble de finir en beauté par l'émouvant hymne à sa ville "New York, I Love You But You're Bringing Me Down".

 3 - Animal Collective - Strawberry Jam
Les néo-hippies d'Animal Collective sortent leur disque le plus accessible, le plus évidemment mélodique, tout en gardant suffisamment de folie pour fasciner encore après mille écoutes.




2 - Radiohead - In Rainbows
Radiohead brade sa musique en la proposant pour la première fois gratuitement. Pourtant, "In Rainbows" a beau être un album low cost, il n'en reste pas moins un des sommets de leur carrière. Venant d'un tel groupe, ce n'est pas rien. Quel son, mon dieu, quel son !


1 - of Montreal - Hissing Fauna, Are You The Destroyer ?  
En ce qui me concerne, l'énorme révélation de l'année 2007. Depuis, j'ai récupéré mon retard et désormais quand l'euphorie me gagne, rien ne m'est plus jouissif que de mettre ce disque entre les oreilles.



25 avril 2012

The White Stripes - Seven Nation Army (2003)

C'est l'histoire d'un classique rock des années 2000, une de ces chansons qui dépasse le cadre même du genre, rattrapée par le grand public, hurlée dans les stades, braillée dans les soirées beuveries entre potes, remixée en version dance. Un de ces trucs qui, à force d'écoutes répétées, en tous lieux, toutes circonstances et toute compagnie, semble ne plus appartenir à personne, ni même à ses auteurs. Bientôt, d'ailleurs, on se demandera qui il sont vraiment, la chanson devenant une sorte de vieille rengaine un peu folklorique, elle n'appartiendra plus qu'à une époque, une génération. Jack White aura au moins laissé ça à la postérité : "Seven Nation Army". Et peu importent les paroles, le thème, les conditions d'écriture, ce morceau n'est déjà plus le sien. Cela doit être en même temps, un sentiment de fierté mais aussi d'angoisse d'avoir engendré un tel monstre. Une telle chose mutante que chacun peut désormais arranger et accommoder à sa sauce. Pour le meilleur et surtout pour le pire. Car, bien sûr, rien n'équivaudra à l'originale. Ce riff de guitare (façon basse) qui tue, cette batterie qui bastonne, cette énergie brute propre au blues, ce graphisme fait de rouge, de noir, de blanc. Cette semaine, le chanteur des White Stripes, fait paraître un premier disque solo, voulant une fois pour toutes tourner la page, passer à autre chose. Pour commencer une nouvelle carrière. Evidemment, il n'y aura plus d'autres "Seven Nation Army". Mais c'est sans doute aussi bien comme ça.

I'm gonna fight 'em off
A seven nation army couldn't hold me back
They're gonna rip it off
Taking their time right behind my back
And I'm talkin' to myself at night
Because I can't forget
Back and forth through my mind
Behind a cigarette

And the message comin' from my eyes says leave it alone...

Don't wanna hear about it
Every single one's got a story to tell
Everyone knows about it
From the Queen of England to the hounds of hell
And if I catch it comin' back my way
I'm gonna serve it to you
And that ain't what you want to hear
But that's what I'll do

And the feeling coming from my bones says find a home...


I'm going to Wichita
Far from this opera forevermore
I'm gonna work the straw
Make the sweat drip out of every pore
And I'm bleeding, and I'm bleeding, and I'm bleeding
Right before the lord
All the words are gonna bleed from me
And I will think no more

And the stains comin' from my blood tell me "Go back home"...

23 avril 2012

Daniel Johnston - Space Ducks : Soundtrack

Décidément, ce Daniel Johnston est un bonhomme étonnant. Cela fait déjà plus de trente ans que le monsieur sévit dans les milieux très undergrounds. Incroyable parcours que le sien (il est passé par des hôpitaux psychiatriques), alors que jamais jusqu'alors, il n'a rencontré le moindre succès (à part d'estime) et que ce n'est sûrement pas près de s'arranger. Surprenant tout son monde, il vient de faire paraître une bande dessinée avec chose non commune, la bande son qui va avec. Et comme chaque bande originale qui se respecte, il y convie d'autres artistes comme Eleanor Friedberger (la moitié féminine de The Fiery Furnaces) pour un très joli "Come Down" ou encore les nouveaux gredins néo-zélandais de Unknown Mortal Orchestra. Et que dire du "Moment of Laughter" mignon tout plein des inconnus au bataillon de Lavender Diamond. "Space Ducks", on n'en attendait pas moins du plus gentiment barré des chanteurs de rock indépendant américain.
Sans avoir réellement vus les dessins qui vont avec, on imagine qu'ils sont à l'image de cette pop lo-fi, bricolée, mélodique et un brin déglinguée qui n'appartient qu'à lui. Johnston continue donc son bonhomme de chemin, comme il aime, loin des modes, avec sa poignée d'inconditionnels. On n'a plus qu'à espérer qu'il accroche au passage quelques suiveurs supplémentaires. Notre époque manque cruellement de tels personnages.

20 avril 2012

Patrick Watson - Adventures In Your Own Backyard


Nouvel album de chez Domino Records chroniqué ici cette semaine. Preuve que le label se porte toujours aussi bien avec déjà les sorties en 2012 des Trailer Trash Tracys ou encore de l'excellent dernier disque des Magnetic Fields. Contrairement à Spiritualized qui possède un nom de groupe et qui est l'oeuvre quasi exclusive de Jason Pierce (d'ailleurs, la plupart des photos du "groupe" sont des photos de lui seul), Patrick Watson est un nom de personne et pourtant, c'est bien d'un groupe dont il s'agit. Même si le talent de l'interprète principal est pour beaucoup dans la musique de la formation. Après un premier album très remarqué "Close To Paradise" sorti en 2006 et qui réconciliait les admirateurs de Jeff Buckley, Pink Floyd ou Erik Satie, les Canadiens avaient quelque peu déçu avec un deuxième essai sans doute trop attendu. C'est donc avec moins de pression cette fois que sort ce "Adventures in Your Own Backyard". Et la première écoute du single "Into Giants" donne furieusement envie. Le style est moins ampoulé, plus immédiat, presque classique. Malheureusement, on ne peut pas en dire autant du reste. 
Hormis quelques titres (le magnifique "Strange Crooked Road") et une ambiance épique de western, la mayonnaise ne prend pas vraiment. Trop touffu, complexe, le disque le reste malheureusement après plusieurs écoutes. Watson veut trop en faire, ses chansons n'ont pas de ligne directrice, d'accroche. Il faudra un jour songer à lui dire d'aller à l'essentiel. Chose qu'il était souvent parvenu à faire sur son premier disque. Comme quoi, rien n'est perdu ! A voir tout de même et surtout à entendre sur scène le rendu d'une musique si précieuse ...

Un curieux film tourné dans un trou perdu du Canada avec la musique du groupe en toile de fond :

Clip de "Into Giants":

Album en écoute intégrale sur Deezer.

18 avril 2012

Françoise Hardy - L'amitié (1965)

Chère Françoise, 
Vous avez toujours été pour moi une des seules raisons de ne pas vomir sur cette période bénie de mes parents, à savoir les yéyés. 
Vous avez toujours été pour moi une grande dame de la chanson d'ici, aux goûts assurés, aux albums régulièrement sobres et classieux. 
Vous avez toujours été pour moi une des rares fiertés de la pop française, que même les anglo-saxons nous enviaient. Damon Albarn vous a convié sur un des disques de Blur. Bowie, entre autres, était amoureux de vous, etc.
Vous avez toujours été pour moi une des rares personnes à porter aussi bien les cheveux blancs. J'ai pardonné votre extravagante passion pour l'astrologie. J'ai passé outre la musique de votre fils et ses relents de jazz manouche pas très folichons. Vous voyez, j'ai toujours été fidèle. Mais là, votre dernière trouvaille, c'est juste pas possible. Appeler à voter indirectement pour Sarkozy, parce que sinon, vous seriez à la rue, incapable de payer vos traites, de supporter les charges de vos différents logements à Paris, en Corse, et que sais-je, d'autant que vous êtes malade. Je ne peux plus. Où est passée la frêle jeune femme des années 60, apôtre d'un romantisme exacerbé, qui prônait l'amitié sincère et désintéressée ? Actuellement, c'est en million que l'on compte le nombre de personnes vivant en France sous le seuil de pauvreté et vous venez nous parler de vos problèmes de riches avec une certaine indécence. Et l'annonce supplémentaire de votre maladie confine même au voyeurisme.
La musique, encore plus que le cinéma, touche à l'intimité. C'est pourquoi les positions politiques d'un Depardieu par exemple, m'affecte moins. Le rapport avec une chanson, un album est parfois de l'ordre du sacré. En affichant ainsi vos états d'âme de vieille dame bassement matérialiste et "terre-à-terre", vous êtes en train de briser ce lien, cette amitié qui venait pourtant "des nuages"...

Beaucoup de mes amis sont venus des nuages
Avec soleil et pluie comme simples bagages
Ils ont fait la saison des amitiés sincères
La plus belle saison des quatre de la terre

Ils ont cette douceur des plus beaux paysages
Et la fidélité des oiseaux de passage
Dans leurs cœurs est gravée une infinie tendresse
Mais parfois dans leurs yeux se glisse la tristesse
Alors, ils viennent se chauffer chez moi
Et toi aussi tu viendras


Tu pourras repartir au fin fond des nuages
Et de nouveau sourire à bien d'autres visages
Donner autour de toi un peu de ta tendresse
Lorsqu'un autre voudra te cacher sa tristesse

Comme l'on ne sait pas ce que la vie nous donne
Il se peut qu'à mon tour je ne sois plus personne
S'il me reste un ami qui vraiment me comprenne
J'oublierai à la fois mes larmes et mes peines
Alors, peut-être je viendrai chez toi
Chauffer mon cœur à ton bois

16 avril 2012

Spiritualized - Sweet Heart Sweet Light

C'est drôle parfois la façon dont on retrouve un ami qu'on avait perdu de vue. Enfin, perdu de vue, pas vraiment, disons qu'on savait qu'il était toujours là, mais nous vivions depuis un moment, chacun nos vies, de notre côté. Vous savez comment c'est, on prend des chemins différents et puis arrive le jour où l'on se demande s'ils se recroiseront vraiment. Et puis, ce moment arrive. On est d'abord un peu méfiant. On s'observe. Non, il n'a pas changé. Nous, non plus. Ou si peu. Mais bizarrement, le courant se remet à fonctionner, comme si de rien n'était. L'émotion est palpable. Pour Jason Pierce et Spiritualized, je les avais délaissé depuis 2001 et leur magnifique "Let It Come Down" découvert suite à l'unanimité que ceux-ci avaient fait l'objet avec leur précédent "Ladies and Gentlemen, we are floating in space". Aujourd'hui encore, je préfère toujours assez nettement "Let It Come Down" à son prédécesseur, car il brille d'une lumière plus revigorante. Et ce nouveau "Sweet Heart Sweet Light" m'y fait irrémédiablement pensé. Par la musique bien sûr, mais aussi par les paroles inspirées par ses croyances religieuses (Spiritualized serait-il le plus grand groupe de rock chrétien?). 
Pourtant, le clip du single "Hey Jane" est à l'exact opposé, très "Almodovarien", glauque. C'est tout le paradoxe de Pierce qui rappelle en cela un Daniel Darc chez nous (souvenez-vous de "Psaume 23" sur "Crève Coeur"). Autre chanteur spirituel qui garde un esprit très "rock'n'roll". On sent la souffrance derrière les mots simples, à la limite de la naïveté. Le coeur est à nu. Il n'y a plus d'artifices qui tiennent et c'est d'autant plus touchant. La religion est une porte de sortie, une façon de trouver la rédemption. "Hey Jane" est une chanson immense. "Sweet Heart Sweet Light" un grand disque. Spiritualized est toujours là et on s'en veut de l'avoir négligé tout ce temps.

Clip de "Hey Jane" :

Album en écoute intégrale sur NPR.

13 avril 2012

Haddon Hall : Quand David inventa Bowie de Néjib

Petit détour par la bibliothèque aujourd'hui avec, pour la première fois, une bande dessinée. Une bande dessinée sur le rock, qui raconte de surcroît, une vraie histoire, ce n'est pas très courant. Cette histoire, c'est celle de David Bowie, avant qu'il ne devienne réellement célèbre, c'est-à-dire à l'époque charnière de la fin des années 60 et du début des années 70, au moment de l'enregistrement de "The Man Who Sold The World". Malgré ses nombreux défauts et le fait que la sublime chanson titre occulte un peu le reste, ce disque marque la naissance artistique du chanteur. Dès l'année suivante, il publiera son premier chef d'oeuvre, "Hunky Dory". La suite appartient à l'histoire du rock et tout le monde la connaît (ou devrait la connaître). Intéressant donc d'avoir voulu mettre en image cette période qui se cantonne ici à un lieu : Haddon Hall, vaste demeure victorienne de la banlieue de Londres que Bowie partage avec femme (et futur enfant, Duncan), frère schizophrène et amis musiciens (Marc Bolan, Mick Ronson, Tony Visconti, Syd Barrett, etc).
(Bowie devant Haddon Hall en 1970)
Si les inconditionnels n'apprendront sans doute pas grand chose, je ne savais pas, par exemple, que "Life On Mars" avait été écrite suite au refus de la maison de disques de choisir la traduction de Bowie pour la reprise anglaise du "Comme d'habitude" d'un des célèbres psychopathes de la variété française à double prénom. Cette chanson était donc sensée être sa manière à lui, de dire qu'il était capable de faire bien mieux que l'original. Ce qui n'est évidemment pas à démontrer... Quant à l'auteur, Néjib, c'est un néophyte. On ne connait rien de lui, à part bien sûr le fait d'être un fan de Bowie - ce qui, vous en conviendrez, est déjà un bon début. Il a ouvert un blog très intéressant dédié à sa bande dessinée, où il met en parallèle certaines de ses planches avec vidéos et photos d'époques correspondantes. C'est ce que je reproduis ci-dessous, histoire de vous en donner un bref aperçu. Les couleurs chaudes omniprésentes permettent de replonger agréablement dans les temps malheureusement révolus du Swinging London.

Syd Barrett, considéré par Bowie lui-même comme le maître de la pop britannique :


Bowie connaît enfin le succès quand "Space Oddity" est choisie comme bande sonore de l'événement historique des premiers pas de l'homme sur la lune sur la BBC :


"Zane! Zane! Zane! Ouvre le chien": des paroles surréalistes présentes à la fin de "All the Madmen" dont l'explication viendrait d'un drôle de rituel entre les deux frères Jones (David et Terry) :

All the madmen by David Bowie on Grooveshark

11 avril 2012

MGMT - Time To Pretend (2008)

MGMT, le célèbre duo pop bariolé de Brooklyn reviendra faire parler de lui en septembre prochain avec un troisième album très attendu. L'occasion pour moi de les voir, peut-être pour la première fois sur scène, même si, paraît-il, ce n'est pas leur point fort. L'occasion aussi de se souvenir de la première fois où je les ai entendus. Et ce fut, bien sûr avec le désormais classique "Time To Pretend" et ses paroles qui pourraient rester comme symboliques du cynisme d'une époque. Il y a dans cette musique, un côté of Montreal pour tous, Bowie période Ziggy, en plus fun. Après l'inattendu succès rencontré par leur premier disque, "Oracular Spectacular" - l'autre tube de l'album, "Kids" ayant même été utilisé sans l'accord du groupe lors de meetings UMP -, beaucoup les attendaient au toujours difficile tournant du deuxième. Et "Congratulations" mérite bien son nom, car il est encore meilleur, plus homogène, plus dense aussi. Moins immédiat, il est celui que je réécoute le plus aisément. Et il s'est donc produit tout l'inverse de ce que leurs détracteurs attendaient. Loin de tomber dans l'excès de facilité pour devenir une nouvelle formation pour stades de foot, alignant les tubes commerciaux à la pelle, ils se sont recentrés sur la musique qu'ils aiment, celle de Bowie évidemment mais aussi de Dan Treacy, le chanteur de Television Personalities ou Brian Eno à qui ils feront deux jolies chansons en forme d'hommages. Bref, ils ont prouvé que ce "Time To Pretend" ne leur était pas destiné personnellement. Après la révélation puis la confirmation, leur troisième effort devrait les installer définitivement comme un des meilleurs groupes pop actuels : Time to stay ?

I'm Feelin rough I'm Feelin raw
I'm in the prime of my life.

Let's make some music make some money
find some models for wives.

I'll move to Paris, shoot some heroin
and fuck with the stars.
You man the island and the cocaine
and the elegant cars.

This is our decision to live fast and die young.
We've got the vision, now let's have some fun.

Yeah it's overwhelming, but what else can we do?
Get jobs in offices and wake up
for the morning commute?

Forget about our mothers and our friends.
We're fated to pretend.
To pretend
We're fated to pretend.
To pretend

I'll miss the playgrounds and the animals
and digging up worms.
I'll miss the comfort of my mother
and the weight of the world.

I'll miss my sister, miss my father,
miss my dog and my home.
Yeah I'll miss the boredom and the freedom
and the time spent alone.

But there is really nothing, nothing we can do.
Love must be forgotten.
Life can always start up anew.

The models will have children, we'll get a divorce,
we'll find some more models,
Everything must run its course.

We'll choke on our vomit
and that will be the end.
We were fated to pretend.
To pretend
We're fated to pretend
To pretend
I said Yeah yeah yeah
Yeah yeah yeah
Yeah yeah yeah

9 avril 2012

M. Ward - A Wasteland Companion

D'habitude, ce n'est pas le genre de musique qui m'attire. Celle de Matthew Stephen Ward, alias M. Ward, nous vient tout droit du plus profond de l'Amérique. Une Amérique ancestrale éduquée à la country, au folk, au gospel, voire à une certaine variété chantée par les crooners du genre comme Frank Sinatra. Si ses précédents disques ne m'avaient pas laissé de souvenirs impérissables, ce "A Wasteland Companion" m'a tout de suite accroché l'oreille, allez savoir pourquoi. Parce qu'il varie intelligemment les tempos, les styles, les émotions. Parce qu'il n'est pas balisé et permet ainsi de garder l'auditeur attentif. Parce qu'il est simple et instinctif. Qu'il n'y a pas de volonté d'impressionner, d'en faire trop. Il y a un côté presque catchy dans cette musique boisée. Sans doute, l'effet "She and Him", ce groupe que le bonhomme a monté avec la belle Zooey Deschanel et qui n'a pas peur de tomber parfois dans l'excès de sucreries pop. La preuve, un titre comme "Crawl After You" qui commence comme une ballade gentillette de beau gosse au piano et qui finit par emporter le morceau grâce à un motif de violon particulièrement accrocheur.
Contrairement à son celle de son duo avec la jeune actrice, la musique de M. Ward reste d'une impeccable sobriété. Mais l'expérience semble lui avoir profité pour gagner en assurance, en efficacité. Certains pourront le regretter. Vous aurez compris que ce n'est pas mon cas.

Clip de "The First Time I Ran Away" :

Album en écoute intégrale sur Deezer.

6 avril 2012

Barbara Carlotti - L'Amour, L'Argent, Le Vent

En l'espace d'une semaine, la chanson française a sorti ses meilleurs atours avec deux des plus réjouissants disques de 2012. Après le très accessible neuvième Dominique A, voici le retour tant attendu d'une des meilleures représentantes du genre : Barbara Carlotti. Son précédent, le bien nommé "L'idéal" avait déjà trouvé sa place parmi mon top de l'année 2008. "L'amour, l'argent, le vent" pourrait bien connaitre le même sort. Il reste dans le même esprit, accentuant encore le côté pop et mélodique. On pense bien sûr au flamboyant premier titre éponyme, mais aussi au duo "Mon Dieu, Mon Amour" (mon dieu, c'est kitsch, mon dieu, c'est bon) avec l'inénarrable Philippe Katerine. Il y a chez Barbara Carlotti, ce mélange assez rare de gravité ("L'avenir" ou le sublime "Le coeur à l'ouvrage") et de légèreté (les entraînants "Occupe toi de moi" et "Quatorze ans"), ce style de chansons joliment désuettes inspirées des années soixante-dix, de Polnareff à Bowie en passant par Gainsbourg.
On pourrait considérer sa musique comme trop passéiste - mais si la modernité, c'est par exemple Grégoire, je veux bien être Vercingétorix ! -, on aurait tort, celle des dandys cités précédemment est justement de celles qu'on écoute toujours quarante ans après. Devenir un telle référence pour son époque et celles à venir, c'est tout le bien qu'on lui souhaite.

Vidéo studio de "L'amour, l'argent, le vent" :
Album en écoute intégrale sur Deezer.

4 avril 2012

Cascadeur (+Total Warr + Christine and the Queens) - Paris, La Gaité Lyrique - 1er avril 2012

Deuxième concert en l'espace d'une semaine, le rythme s'accélère...Cette fois, ce fut dans le cadre très high tech et art moderne de la Gaité Lyrique. Pour un festival étonnant, le Fab Fest, mélange de débats et de concerts. Concerts marqués par l'électronique avec trois groupes et chanteurs made in France. Tout d'abord, la très tendance Christine and the Queens, que d'aucuns comparent à l'anglaise Florence and the Machine avec laquelle elle partage au moins le même pseudo faussement accompagnateur. Celle-ci arrive seule attifée de cornes sur la tête. Et rapidement, on constate que c'est plutôt le public qui est cocu. Pas de musicien, tout est entièrement enregistré. Pas de jeu de scène. Une bizarrerie revendiquée de manière prétentieuse. Et des paroles scatologiques consternantes. Mention spéciale à "Kiss My Grass" qui finira par "Je sens pas bon, ouais, mais j'suis belle". Et ben, non, même pas. Tu pues et t'es moche. Caca boudin. La suite sera heureusement plus plaisante en la personne des sympathiques Total Warr. C'est frais, très inspiré des Vampire Weekend, de Los Campesinos et de tous ces groupes un peu foufous pour qui la mélodie est primordiale, quelque fois au détriment du reste, comme des paroles qui n'ont bien souvent aucun sens, pourvu que ça sonne. Esprit cool quand tu nous tiens... Pourtant, il ne faut pas se le cacher, en France, ce n'est pas ce qu'on sait faire de mieux.

Enfin, arrive l'homme qui tombe à pic, Cascadeur. Et, tout de suite, on est happé par la mise en scène. Une bande d'anglais regarde attentivement près de nous. L'anglais dans les concerts se reconnaît au fait que contrairement au français, il semble n'accorder aucune importance à ses fringues. Seul compte le fait d'être là à boire une bonne bière entre potes, ça change un peu du classique public parisien. "Into The Wild" puis "Walker" et là un ange passe. L'émotion est palpable. L'écran derrière, la voix, la musique, il se dégage une véritable poésie de l'ensemble. Il y a un côté ludique dans un concert de Cascadeur. Pas seulement en raison du casque puis du masque dont le chanteur est affublé. La preuve, certains sont même venus avec leurs enfants. Bon, là-dessus, c'est discutable, étant donné la taille de la salle, pas si grande que ça et des décibels. En tout cas, on ne voit pas passer l'heure et demie et les quelques nouveaux morceaux promettent un deuxième disque plus rock (tendance Radiohead?), plus complexe et tout aussi passionnant. On en arrive à trouver cela injuste qu'un tel artiste n'attire pas plus de spectateurs. Des chanteurs français à avoir un univers aussi marqué et marquant, il n'en existe pas beaucoup. Il faut voir Cascadeur en live, c'est tout simplement magnifique.

Cascadeur à l'émission "Ce soir ou jamais", l'année dernière :

Quelles photos de la soirée et du festival sont visibles ici.

2 avril 2012

Neil Young - Heart Of Gold (1972)

Il existe des chanteurs, comme ça, qui ne souffrent d'aucune voix discordante, qui sont des références incontournables, citées à tout bout de champ, des icônes inattaquables. Il y a d'abord Bob Dylan qui bénéficie actuellement d'une exposition à la Cité de la Musique à Paris et qui viendra aussi en juillet prochain par chez nous traîner ses guêtres de vieilles charrues au festival du même nom. Et puis, il y a Neil Young. Même si ce n'est pas faute d'avoir essayé, ces deux chanteurs m'ont toujours laissé à quelques rares exceptions près assez indifférent. Heureusement, il y a "I Want You" et "Heart Of Gold". Deux chansons d'amour universelles, qui sont au-delà d'une époque, d'un style, d'une voix. Quelque chose s'y passe, dès les premières notes. On a beaucoup glosé sur Young, au moment de l'apparition du grunge et de Nirvana, en disant que c'était lui qui en était le vrai précurseur. Avec ses chemises de bucheron, ses disques les plus rock ("Zuma", "Rust Never Sleeps"). Pourtant, le canadien a toujours été en dehors des modes. Aujourd'hui encore, le vieux loup continue de sortir régulièrement des disques. Cette fois-ci, sur le prochain, on le retrouvera de nouveau en compagnie de sa meute favorite, le Crazy Horse, pour un album de reprises de vieux standards folk à paraître pour le mois de juin. Contrairement à beaucoup d'autres (les Rolling Stones voire même Paul McCartney), chacun de ses disques est encore attendu comme le messie par toute une cohorte de fans qui persiste à le vénérer comme à la première heure. C'est sans doute parce que Neil Young semble n'avoir jamais été jeune -ses adorateurs diront que c'est l'inverse-, à l'image de sa musique. Idéal pour résister à l'épreuve du temps...

Heart of Gold by Neil Young on Grooveshark
I want to live,
I want to give
I've been a miner
for a heart of gold.
It's these expressions
I never give
That keep me searching
for a heart of gold
And I'm getting old.
Keeps me searching
for a heart of gold
And I'm getting old.

I've been to Hollywood
I've been to Redwood
I crossed the ocean
for a heart of gold
I've been in my mind,
it's such a fine line
That keeps me searching
for a heart of gold
And I'm getting old.
Keeps me searching
for a heart of gold
And I'm getting old.

Keep me searching
for a heart of gold
You keep me searching
for a heart of gold
And I'm growing old.
I've been a miner
for a heart of gold.