31 août 2011

Le rock, le soir, c'est fini !


Cher Bernard,

Ta retraite a donc (enfin?) sonné ! Le nouvel horaire tardif proposé par ta direction a eu raison du semblant d'enthousiasme qu'il te restait encore, après toutes ces années. La disparition de tes fameuses black sessions a sans doute été la goutte d'eau de trop. Je l'ai déjà dit ailleurs, avant, je ne t'écoutais plus. Je n'en ressentais plus le besoin. Internet, les blogs, la possibilité infinie que la toile offre pour l'écoute de la musique est passée par là. Je n'avais désormais plus de raison d'attendre comme je le faisais, il fut un temps - que les moins de 20 ans... - ton émission pour écouter de la "musique pas comme les autres", non formatée, du "tatapoum" ou le "programme cool du vendredi". Pourtant, avec le recul, je sais que je te dois tout ou presque, mon amour immodéré pour cette musique, ce blog qui n'existerait évidemment pas sans toutes ces heures passées à réécouter les cassettes enregistrées de "L'Inrockuptible" ou de "C'est Lenoir". Comme pour beaucoup d'autres blogueurs, tu as été comme un père, un patriarche indiquant le chemin, hors des sentiers battus, nous montrant qu'il existait autre chose que ce qu'on nous propose à longueur de journées sur le reste de la bande FM ou à la télévision, d'autre voie que l'insupportable diktat de NRJ ou de MTV. Une rentrée, c'est aussi plein de nouvelles résolutions et un message, un seul sur twitter ("Entre musique pas comme les autres et vie au grand air, j'ai enfin choisi. See U in Biarritz. Caresse et bise à l'oeil. Bernard Lenoir.") aura suffit à enflammer le net et à faire tomber la pluie d'hommages (ici ou  ou encore ) que tu mérites. Je suis donc allé moi aussi, modestement, de ma petite contribution, car, quoiqu'on en dise, c'est quand même une page qui se tourne... "Une vie au grand air", c'est ce dont tout le monde rêve, non ? Difficile de t'en vouloir alors...  Prends bien soin de toi et de tes oreilles (mais là-dessus, je te fais confiance).

Caresse et bise à l'oeil, évidemment et merci pour tout.

Swell, le "plus grand groupe du monde" dixit Lenoir avait même réussi ironiquement à convaincre... MTV (à défaut de me convaincre entièrement mais, même en famille, on n'est pas toujours en phase...) :

29 août 2011

Rough Trade

Après une bafouille écrite il y a un petit moment sur un label français resté (malheureusement) trop marginal, cap cette fois-ci sur une maison de disques nettement plus réputée. Rough Trade est un label londonien, issu des disquaires du même nom et créé en 1978 par Geoff Travis. S'il s'est arrêté pour cause de banqueroute au début des années 1990, il est revenu, en raison sans doute de son statut devenu culte au fil des années, sur le devant de la scène rock indépendant - qu'il a au passage participé à créer - début 2000 (Arcade Fire, Sufjan Stevens). Il fut d'abord spécialisé dans un genre apparu après la vague punk de la fin des années 70 et basiquement appelé post-punk. Ce style regroupait des choses très diverses allant des folkeux (The Feelies) aux adeptes du dancefloor (Cabaret Voltaire). Mais il y avait une constante chez la plupart de ces formations : l'aspect "do it yourself". Malheureusement, Rough Trade n'a aujourd'hui pas gardé la même conception de la musique, produisant des groupes plus mainstream comme les Strokes. Une compilation parue il y a quelques années, rassemblait intelligemment quelques uns des artistes les plus emblématiques du label, petite playlist idéale à se mettre entre les oreilles en cette triste fin de mois d'août... Bonne rentrée à tous !

Cabaret Voltaire " Nag, Nag, Nag" :


The Normal - T.V.O.D. :


The Chills - Pink Frost :


Sugarcubes - Birthday :


22 août 2011

The B52's - Rock Lobster (1978)

Après le "sérieux" d'un Dylan, rien de tel qu'un peu de fantaisie avec le rock loufoque des B52's et leur timbré premier succès "Rock Lobster". Quelle drôle d'idée d'imaginer une fête sous la mer entre les crustacés, les poissons et les dauphins ! Les B52's, quand ils apparaissent à la fin des années 70, font l'effet d'une bombe (sans mauvais jeu de mots ;) outre-Atlantique : pas vraiment le genre de la maison, ce rock excentrique et foufou ! On est alors plus habitué à la musique provenant de la scène punk intello New-Yorkaise avec Blondie, Television ou les Talking Heads. Le style n'est pourtant pas si éloigné que cela, mais c'est surtout en Europe que le groupe connaîtra le succès, avec un premier album légendaire (on compte aussi dessus "Planet Claire" qui inspirera plus d'un Frank Black) qui aurait même réveillé John Lennon de sa torpeur... New-Yorkaise, même si l'histoire ne lui en aura malheureusement pas laissé beaucoup le temps. "Rock Lobster" donc, parce que l'été n'est pas tout à fait terminé et que les homards, ça fait irrémédiablement penser à la mer, et donc à la plage. Et aussi à une fameuse scène de "Annie Hall" de Woody Allen. Bref, avant d'être un produit "noble", le homard est aussi un produit "fun"... Et comme un petit plaisir n'arrive jamais seul, je vous ai même mis les deux versions de la chanson. La première est celle de l'album (la longue) et la seconde en vidéo, celle du single (plus courte).

We were at a party
His ear lobe fell in the deep
Someone reached in and grabbed it
It was a rock lobster

We were at the beach
Everybody had matching towels
Somebody went under a dock
And there they saw a rock
It wasn't a rock
It was a rock lobster

Motion in the ocean
His air hose broke
Lots of trouble
Lots of bubble
He was in a jam
S'in a giant clam

Down, down



Underneath the waves
Mermaids wavin'
Wavin' to mermen
Wavin' sea fans
Sea horses sailin'

Dolphins wailin'
Red snappers snappin'
Clam shells clappin'
Muscles flexin'
Flippers flippin'

Down, down

Let's rock!

Boy's in bikinis
Girls in surfboards
Everybody's rockin'
Everybody's fruggin'

Twistin' 'round the fire
Havin' fun
Bakin' potatoes
Bakin' in the sun

Put on your noseguard
Put on the lifeguard
Pass the tanning butter

Here comes a stingray
There goes a manta-ray
In walked a jelly fish
There goes a dogfish
Chased by a catfish
In flew a sea robin
Watch out for that piranha
There goes a narwhale
HERE COMES A BIKINI WHALE!

19 août 2011

Alex Beaupain - Les Bien-Aimés (B.O.F.)

Une fois n'est pas coutume, on va parler de cinéma aujourd'hui, et français de surcroît. Enfin, pas complètement non plus, puisqu'il s'agit de la bande originale d'un film... Un film que je n'irai pourtant pas voir sur grand écran (il sort mercredi prochain). Peut-être plus tard, à la télé. Car le cinéma de son réalisateur,  Christophe Honoré, me laisse assez indifférent. Le principal attrait de ses films réside pour moi dans sa musique, celle de son fidèle pote Alex Beaupain : sa pop d'inspiration sixties (et eighties : "Heaven Knows I'm Miserable Now", référence évidente à qui vous savez sur le magnifique "Ici Londres"), son ambiance doucement mélancolique. Le monsieur est particulièrement prolifique, puisque c'est déjà son deuxième disque sorti en 2011, après son album solo "Pourquoi Mon Coeur Battait". Comme Gainsbourg en son temps, ses chansons gagnent en profondeur quand ce sont les autres qui les chantent, même des actrices et des acteurs pour qui ce n'est pas le premier métier. Car Beaupain n'est pas un très bon interprète, sa façon de chanter est assez commune et trop distanciée. Elle nuit à sa musique délicate, ses thèmes à fleur-de-peau.
Quand on prend des sujets aussi rabâchés et donc casse-gueule que l'amour déçu, il faut pour moi aller au bout du processus et verser un zest dans le larmoyant, donner dans l'affectif. S'ouvrir ainsi dans ses textes et les balancer aussi froidement, c'est prendre le risque que finalement les gens s'en foutent. C'est d'ailleurs le même reproche que je ferais au cinéma d'Honoré, ce qui arrive aux personnages me touchent peu. Même si,  dans ce cas, ce n'est pas une affaire de jeu, mais plus d'histoires, de manière de les raconter.

"Une Fille Légère" :
"Je peux vivre sans toi" :


Album en écoute intégrale sur Deezer.

16 août 2011

Bob Dylan - I Want You (1966)

Les albums indispensables, c'est donc fini. Au tour maintenant des chansons éternelles, celles dont la révélation a été pour moi immédiate ou celles qui ne se sont dévoilées qu'après de nombreuses écoutes. Que les choses soient dites, je n'ai jamais été fan de Dylan : sa voix nasillarde, ses attitudes hautaines, son folk d'inspiration country et ses thèmes très américano-centrés. Il m'a toujours un peu ennuyé, lui, l'icône soixante-huitarde (malgré lui?) avec ses idées contestataires et ses envies de poésie. Ce n'est donc sûrement pas moi qui irais traîné mes guêtres à Bercy au mois d'octobre prochain, surtout que les prix pratiqués sont à l'opposé de l'image de protest-singer et d'anti-capitaliste du bonhomme et qu'en plus il y sera accompagné de la guitare virtuose mais souvent lourdingue de Mark Knopfler. Mais "I Want You" quand même...Dès la première écoute, j'ai su que ce geignard de Dylan avait pour une fois frappé juste, en plein dans le mille, plus encore que sur ses célèbres "Like A Rolling Stone" ou "Mr Tambourine Man". Même Hugues Aufray, notre troubadour franchouillard avec ses vestes à franges et ses santiagos ("hissez haut...") devait l'apprécier plus que tout puisqu'à ma connaissance, il nous a épargné une reprise dont lui seul avait le secret. Par sa simplicité, sa fluidité et sa mélodie entêtante et presque pop, "I Want You" fait figure d'exception dans la carrière de son auteur... Exception qui confirme donc la règle : je n'ai jamais été fan de Bob Dylan.

The guilty undertaker sighs
The lonesome organ grinder cries
The silver saxophones say I should refuse you
The cracked bells and washed-out horns
Blow into my face with scorn
But it’s not that way
I wasn’t born to lose you

I want you, I want you
I want you so bad
Honey, I want you

The drunken politician leaps
Upon the street where mothers weep
And the saviors who are fast asleep, they wait for you
And I wait for them to interrupt
Me drinkin’ from my broken cup
And ask me to
Open up the gate for you

I want you, I want you
I want you so bad
Honey, I want you



How all my fathers, they’ve gone down
True love they’ve been without it
But all their daughters put me down
’Cause I don’t think about it

Well, I return to the Queen of Spades
And talk with my chambermaid
She knows that I’m not afraid to look at her
She is good to me
And there’s nothing she doesn’t see
She knows where I’d like to be
But it doesn’t matter

I want you, I want you
I want you so bad
Honey, I want you

Now your dancing child with his Chinese suit
He spoke to me, I took his flute
No, I wasn’t very cute to him, was I?
But I did it, though, because he lied
Because he took you for a ride
And because time was on his side
And because I . . .

I want you, I want you
I want you so bad
Honey, I want you

12 août 2011

Baxter Dury - Happy Soup

Le rock est une affaire de famille chez les Dury, puisqu'après Ian et son célèbre "Sex & Drugs & Rock'n'Roll", c'est depuis quelques années au tour de Baxter, qui posa sur la pochette de "New boots and panties", le plus fameux album de son paternel, de prendre la relève. Baxter Dury aurait donc pu, comme l'auteur de ces lignes, écrire un blog intitulé "La musique à papa". Mais comme il avait aussi du talent, il a préféré se lancer directement sur les traces de son père. Bien lui en a pris car "Happy Soup" qui sort très prochainement est son troisième disque et pour l'instant, il serait malhonnête de trouver un seul accident de parcours dans son impeccable discographie. Ses trois albums imposent leur style, affichant un son bien différencié - Velvetien pour le premier, Bowien pour le deuxième, un peu des deux pour le dernier -, et font preuve d'une cohérence et d'une homogénéité confondantes. "Happy Soup" est sans doute mon préféré, le plus pop - et oui, on ne se refait pas :) -, le plus lumineux (le plus "Claire" ?). Je pourrais citer tous les titres tellement chacun d'entre eux est devenu au fil des écoutes mon petit chouchou.

Malgré sa (trop) faible reconnaissance, ce "fils de" s'affirme donc comme l'un des artistes majeurs et incontournables de la scène anglaise indépendante actuelle. Avec maman, on a déjà pris nos places pour aller le voir le 23 septembre sur la scène du Point Ephémère, à Paris. Et comme ça fait plusieurs jours que je me resers, en me pourléchant les babines, de cette joyeuse soupe, j'ai franchement hâte d'y être.

Clip de "Claire" :
En écoute intégrale sur le site des Inrocks.

8 août 2011

Mes indispensables : Archie Bronson Outfit - Coconut (2010)

Ce blog est passé à l'heure d'été avec seulement un post en une semaine. Il faut dire que les nouveautés intéressantes ne sont pas légion en ce moment. Même si la rentrée s'annonce prometteuse avec pas mal de disques qui devraient trouver un écho ici-même (Future Islands pour ne citer qu'eux). En attendant, j'en profite donc pour clore le chapitre de mes indispensables avec le centième et dernier album sélectionné. Et pour finir en beauté, ce n'est pas forcément le meilleur (il ne faut pas exagérer non plus) mais le plus récent. Parmi les disques de 2010, "Coconut" n'était pourtant pas encore fin décembre celui qui se détachait le plus du lot.  Mais voilà, le dernier Archie Bronson Outfit a depuis fini par s'imposer et demeure celui qui m'a le plus marqué. Un signe sans doute qu'il ne restera pas comme une simple passade. Il faut dire que nous gardons maman et moi (surtout maman) des souvenirs indélébiles de leur prestation le 15 août dernier à Saint-Malo. Un an déjà et au passage pas de retour au Fort de Saint-Père cette année, la programmation ne m'a pour une fois pas transcendé. Les barbus anglais affublés de robes boubou avaient joué leur rock hypnotique mâtiné de percussions oppressantes, toutes guitares dehors. Difficile de rester insensibles. 
Parmi la liste pléthorique de nouvelles formations à sortir chaque année, chaque décennie, ceux-là ont assurément quelque chose en plus. Ils l'avaient déjà prouvé sur leur précédent et excellent "Derdang Derdang", quoiqu'un peu brut de décoffrage. Avec "Coconut", leur palette s'est enrichie et ils résument mine de rien, à leur manière, 50 ans de rock. Leur maelström sonore est blues (l'extatique "Magnetic Warriors"), punk (le terrifiant "Wild Strawberries"), pop (le langoureux "Hunt You Down"), new-wave (le génial "Shark's Tooth", même Lulu n'y résiste pas)... Bref, il y a tout ce qu'on pourrait attendre d'un disque de rock. Indispensable, donc...

Clip de "Magnetic Warrior" :

Clip de "Shark's Tooth" :

Clip de "Hoola" :

Clip de "Wild Strawberries" :

Clip de "Bite It And Believe It" :

1 août 2011

Mes indispensables : The Smiths - The Smiths (1984)

Après les Wild Swans, restons dans les années 80 avec l'un des groupes les plus importants de cette époque : les Smiths. Leur discographie complète devrait bientôt sortir dans un superbe coffret de luxe chez Rhino. Beaucoup trop cher, comme d'habitude dans ce genre de cas, mais quand on aime... Le premier album des Smiths, donc... Il y a toujours un côté touchant dans une première fois, un naturel et une innocence que l'on ne retrouve plus après. C'est encore l'effet que procure ce disque aujourd'hui. Bien sûr, tout n'est pas parfait, cela viendra plus tard avec "The Queen Is Dead", mais ce sont ici les défauts, les imperfections qui rendent l'ensemble charmant. De toute façon, un disque qui contient une chanson aussi belle que "This Charming Man" est forcément digne d'intérêt. Les paroles de Morrissey font référence au mal être vécu par nombre d'entre nous lors du difficile passage à l'âge adulte. Son talent d'écriture est déjà évident, bien au-dessus de la moyenne. En remarquable trousseur de mélodies (et non pas comme d'autres de domestiques...), Johnny Marr n'est pas en reste. Jamais dans le même rythme que le chanteur, il tricote à merveille un autre canevas avec sa six cordes. Mais, au final, les deux parviennent à s'accorder parfaitement. 
Pas franchement satisfaite de la production du disque, la formation de Manchester enregistrera pourtant une version bis de ce premier album, "Hatful Of Hollow", que beaucoup considèrent comme meilleure et qui est en plus agrémentée de quelques inédits pas dégueus comme "How Soon Is Now" ou "This Night Has Opened My Eyes". Mais, à l'image de l'adolescence, sujet de prédilection des Smiths, ce premier jet demeure pour moi plus émouvant. Hésitant et encore maladroit, il est porté par une grâce qui n'appartient qu'à cet âge-là. Depuis, Morrissey est devenu adulte et ce n'est pas agréable à entendre... 

Clip de "This Charming Man" :
"What Difference Does It Make ?" :