30 mai 2011

Mes indispensables : Pixies - Trompe Le Monde (1991)

"Trompe Le Monde" est souvent considéré comme le vilain petit canard dans la courte mais parfaite discographie des Pixies, celui que certains adorent détester. Parce qu'il ressemble trop à un disque solo de Frank Black. Trop de testostérones - on n'est pas très loin par moments du heavy metal - et pas assez du côté enveloppant de la basse et des choeurs de Kim Deal, du son hispanisant caractéristique jusqu'alors du groupe et apporté par l'atypique guitariste Joey Santiago. Et puis, à la place, il y a la présence une fois n'est pas coutume de claviers, ceux de Eric Drew Feldman, échappé de Pere Ubu avec lesquels ils partageaient alors la même tournée. Tout cela n'est évidemment pas pour plaire aux fans de la première heure. Pourtant, avec le recul, c'est sans doute celui que j'écoute le plus aujourd'hui, rien que pour des titres comme "Alec Eiffel" ou "Motorway To Rosewell" qui figurent en très bonnes places parmi les meilleurs titres des Bostoniens et donc au panthéon du rock.
Et comme pour les trois autres albums, il y a toujours cette folle énergie, cette dynamique constante dans l'enchaînement des titres et aussi à l'intérieur même des morceaux, qui, semblent jouer allégrement aux montagnes russes. Après la reformation récente des Pixies pour diverses tournées qui, à défaut d'avoir été mémorables ont eu le mérite de raviver la flamme, on parle maintenant de plus en plus d'un nouveau disque. Pas sûr qu'on y gagne car cela fait belle lurette que Frank Black semble avoir perdu la recette miracle, continuant bon an, mal an, une carrière solo assez anecdotique - exception faite des premiers albums qui tiennent encore la route et notamment l'excellent "Teenager Of The Year", qui n'est d'ailleurs pas sans rappeler "Trompe Le Monde". Bref, si, à l'époque, ils étonnaient et ravissaient "leur" monde, il ne s'agirait pas que désormais, ils le trompent. Vraiment.

Clip de "Alec Eiffel" :

27 mai 2011

Cat's Eyes - Cat's Eyes

Pour les gens de ma génération, Cat's Eyes, cela fait irrémédiablement penser au dessin animé japonais du même nom : 3 soeurs plutôt sexys à la recherche de leur père et qui se déguisent en voleuses d'oeuvres d'art la nuit venue... Ici, dès le premier morceau éponyme, c'est aussi dans l'univers cartoonesque que le duo nous entraîne. Car il s'agit d'un couple : Faris Badwan, le leader de The Horrors, groupe anglais dont on pensait l'excellent dernier album entièrement régi par la patte de Geoff Barrow, éminente tête pensante de Portishead, mais qui montre par ce side-project que leur chanteur a tout du moins plus d'un tour dans son sac. La partie féminine est assurée par Rachel Zeffira, chanteuse soprano d'opéra et accessoirement multi-instrumentiste plutôt douée.
Si certains pourront encore contester le talent de Badwan - sa voix est parfois un peu forcée -, on ne peut nier que le jeune homme aux allures de petite frappe sait bien s'entourer et est en passe de devenir - le très attendu nouveau disque de The Horrors est prévu pour très bientôt - une personnalité qui compte de l'autre côté de la Manche. Ce "Cat's Eyes", à mi chemin entre l'univers néo-gothique de son propre groupe et la pop spectorienne des "girls groups" des années 60, est en tout cas une très belle surprise. Les mauvaises langues diront pourtant que, telles les soeurs du dessin animé, le duo pratique aussi le pillage tout azimut : la quête du père, sans doute.

"I Knew It Was Over" (enregistré live au Vatican)

25 mai 2011

Mes indispensables : Dominique A - L'Horizon (2006)

"L'Horizon" n'est pas l'album que les "vrais" admirateurs de Dominique A aiment le plus. Ceux qui le suivent depuis ses débuts gardent forcément un attachement particulier à "La Fossette", parce qu'il avait à l'époque balayé un paquet de préjugés sur la musique de chez nous. "Remué" est le disque que les fans les plus "extrêmes" citent ensuite, parce que c'est le plus sombre, le plus radical, le plus abrupt à aborder pour les néophytes. Il y a une certaine forme d'égoïsme dans ce choix, l'envie de garder jalousement pour soi l'univers de son chanteur préféré. Pour ma part, c'est tout l'inverse qui s'est produit, car ce sont les albums les plus pop de l'artiste qui m'ont le plus marqué et touché. "La Mémoire Neuve" bien évidemment et puis cet "Horizon", véritable échappée belle, voyage onirique alternant les belles envolées lyriques (la chanson titre et son formidable roulement de vagues final), les passages plus intimes aux textes poignants ("Music Hall" et "Rue des Marais") et même quelques tubes potentiels aux mélodies accrocheuses ("Dans un camion" et "La pleureuse").
C'est sa tentative (réussie) de grande oeuvre, celle où il semble avoir voulu se mesurer à un de ses maîtres : Bashung. C'est son "Fantaisie Militaire" et c'est avec ce disque que j'ai complètement succombé à sa musique. Pour reprendre ce que j'en disais déjà lors d'un précédent post dans le cadre d'une mini-rétrospective sur la carrière du chanteur : "Quand il faut mettre un peu de cette noble tristesse dans la musique, dans les vies, de celle qui fait avancer, on peut faire appel à lui. Et oui, Dominique, tu es ma pleureuse." En tout cas, en réalisant en 2006 son septième album et sans doute son plus "ouvert", l'horizon de Dominique A s'est depuis bien dégagé. Il est incontestablement devenu, au fil des années, un des chanteurs français les plus importants de son époque.

Clip de "Dans un Camion" :


20 mai 2011

Girls Names - Dead To Me

Avec leur nom passe-partout, les Girls Names ne révolutionneront sans doute pas l'histoire du rock. Leur musique bien dans la lignée du revival shoegaze et donc de celle proposée par leur excellent label Slumberland (Crystal Stilts, Pains Of Being Pure At Heart, etc) n'est pas non plus par les temps qui courent, d'une grande originalité. Mais, une fois n'est pas coutume, ils nous viennent de Belfast et pas de New-York. Ils privilégient aussi des titres plutôt ramassés, ne dépassant que très rarement les trois minutes. Ce n'est pas le genre de la maison de s'attarder qui, sur un joli riff, qui, sur une jolie mélodie. Les Girls Names sont très proches en cela de Tennis - en plus nerveux et moins ensoleillé, Irlande oblige :) -, autre groupe dont j'avais parlé au début de l'année : urgence et spontanéité sont ici les maîtres mots.
Comme leurs quasi-homonymes américains, les Girls, on retrouve aussi un goût prononcé pour les mélodies romantiques dans la pure tradition de celles des Felt et de son leader Lawrence Hayward. (Le premier titre s'appelle d'ailleurs "Lawrence"). Bref, encore une nouvelle formation à faire la même musique, mais comme elle le fait plutôt bien...

18 mai 2011

Mes indispensables : The Housemartins - London 0 Hull 4 (1986)

"London 0 Hull 4" est un disque du dimanche matin, quand l'été commence à pointer le bout de son nez, que les beaux jours arrivent, que notre équipe de foot préférée a gagné brillamment la veille - non, je ne suis pas un supporter de Lille. Quand l'avenir proche s'annonce pour nous radieux et tant pis si ce sentiment sera sans doute éphémère, on ressent comme une envie de profiter de l'instant. Tout simplement. C'est l'effet que me fait cette pop-là, celle des regrettés Housemartins. Il n'en existe plus des comme eux, la musique comme l'époque n'est plus à cette humeur béate. Pourtant, en ce temps-là, la Grande-Bretagne connaissait une période de rigueur monétaire assez difficile sous la houlette d'une certaine Margaret Thatcher. Mine de rien, les paroles sont d'ailleurs ici ouvertement anti-conservatrices, comme sur le très beau "Flag Day".
"16 songs - 17 hits" nous prévient aussi le groupe sur la pochette, significatif de cet humour typiquement britannique, décalé mais jamais cynique. Car la formation de PD Heaton y a sans doute vraiment cru, ils auront d'ailleurs un simili tube avec une reprise, "Caravan Of Love". Pour le reste, ils repartiront aussi vite qu'ils étaient arrivés après seulement deux albums impeccables, celui-ci, le premier et "The People Who Grinned Themselves To Death", mieux orchestré mais moins instinctif. Leur leader fera pourtant encore parler de lui, avec notamment les Beautiful South et une superbe ballade qui connaîtra pas mal de succès, "Song For Whoever", mais le pompon sera décroché par leur bassiste, Norman Cook, plus connu désormais sous le pseudo de Fatboy Slim.  Au final, chez Fatboy Slim comme les Housemartins, il y a dans cette musique anglaise-là, une même volonté de profiter de ces "Happy Hour", qu'elle soient réelles ou fantasmées.

Clip de "Happy Hour" :

Clip de "Sheep" :

Clip de "Think For A Minute" :

Clip de "Anxious" :

16 mai 2011

Lester Bangs - Psychotic Reactions & autres carburateurs flingués

Lester Bangs est considéré comme l'un des critiques les plus influents de l'histoire du rock, celui que beaucoup associent aux débuts du punk, ayant même soit-disant inventé le terme. Sa vie fut aussi courte que nombre de ses idoles, puisqu'il mourût à l'âge de 34 ans des suites de complications respiratoires, sans doute liées aux nombres considérables de substances qu'il pouvait absorber. Il a quand même eu le temps de travailler pour la plupart des grands magazines rock américains : "Rolling Stone", "Creem" dont il a grandement participé à la légende et "Village Voice". Influencé par la Beat Generation, Burroughs ou Kerouac, ses critiques étaient souvent de longues digressions ponctuées de quelques fulgurances où il laissait libre cours à son imagination. Partant dans tous les sens, il était parfois difficile à suivre, car il rédigeait bien souvent ses chroniques en écriture automatique. Mais il y avait une constante chez lui, c'était son refus absolu du sérieux. Il était passionné de rock mais considérait cette musique comme mineure et n'avait pas peur de salir des icônes inattaquées ailleurs. Son modèle absolu était Lou Reed (et l'inaudible "Metal Machine Music" son disque culte) auquel il donna de nombreuses interviews particulièrement savoureuses, c'était à qui des deux enverrait le plus de piques assassines; l'ex-leader du Velvet Underground étant bien connu pour son côté bourru, antipathique et misanthrope.
Lester Bangs était malgré tout un journaliste intègre, débusquant chez les rockeurs les calculs et les impostures et ce qu'il vomissait par-dessus tout : le manque de respect vis à vis du public. C'est pourquoi The Clash était aussi un de ses groupes préférés. Beaucoup de monde se réclame aujourd'hui plus ou moins consciencieusement de sa plume, de sa démarche, mais son écriture déglinguée, très liée il faut bien l'avouer à son époque, reste unique. Ce livre, recueil d'une grande part de ses écrits, - que je viens seulement de terminer - demeure un témoignage essentiel d'une période aujourd'hui révolue où le rock correspondait encore à une certaine forme de religion.

The Count Five "Psychotic Reaction" :

Ce titre était pur jus de cabanon complètement niaiseux. Ils commençaient par un riff piqué à un hit de Johnny Rivers [...] puis se lançaient dans des paroles qui comptent parmi les plus idiotes de tous les temps.[...] De la dynamite pure.

Question Mark & The Mysterians "96 Tears" :

Le monde musical est plein de crétins et de charlatans, avec au milieu un génie ou un cinglé. J'ai vu tout cela dans les affres de Question Mark and The Mysterians, et plus encore, je me suis vu en vieillard hébété, tenant un exemplaire de "96 Tears", les yeux perdus dans le vague, la mâchoire pendante, au déclin d'une vie gaspillée.

Van Morrison "Madame George" :

"Madame George" est le sommet de l'album. C'est sans doute un des morceaux de musique les plus compatissants jamais écrits[...] Sa beauté, sa sensibilité, son caractère sacré, tiennent à ce qu'elle n'a rien de sensationnaliste, de clinquant ou d'exploiteur : [...] elle parle d'un individu, comme toutes les plus belles chansons, toute la plus grande littérature.

The Stooges "Tv Eye" :

Vient ensuite "TV Eye", le titre le plus accompli de l'album. [...] Voici les Stooges au sommet de leur forme - bousillés, bousilleurs, erratiques, mais rythmiquement parfaits à chaque seconde.

The Troggs "Wild Thing" :

Je ne suis pas aussi désespéré que j'en ai l'air, mais "Wild Thing" c'est le rock dans ce qu'il a de plus majestueux, et en dépit de tout le volume de produits, nous n'avons plus beaucoup de "Wild Thing" ces temps-ci.

Richard Hell & The Voidoids "Blank Generation" :

"Les gens ont mal compris ce que j'entendais par "Blank Generation". Pour moi, "blank", c'est une ligne où on peut écrire n'importe quoi. C'est positif. C'est l'idée que tu as l'option de te créer toi-même comme tu veux, de remplir la ligne." (Richard Hell)

Public Image Limited "Theme" :

C'est de la musique négative, en tout cas de la musique glauque, venue de l'autre côté de quelque chose que je ressens mais que je ne veux pas franchir[...] Vous pouvez rire hystériquement de tout ça, comme un pote à moi qui a tenté de se suicider à deux reprises. Quand je lui ai passé "Theme" et lui ai demandé : "Tu peux apprécier ça ?", il a ri encore plus fort. "Sur, a-t-il dit. Comme tout le monde!"

Rod Stewart "Maggie May" :

Je crois qu'en définitive tout ça se réduit à une question de priorités : préférez-vous être le navire ou la cargaison ? Il a fait son choix, j'ai fait le mien, et j'espère que vous en ferez tous autant : Santé.

12 mai 2011

Wild Beasts - Smother

Les bêtes sauvages sont de retour avec un troisième album bien dans la lignée de leur précédent "Two Dancers", qui, s'il ne m'avait pas convaincu entièrement, contenait quelques jolies chansons délicieusement envoûtantes. Re-belote avec ce "Smother" qui commence sous les meilleurs auspices avec d'emblée le meilleur titre, le magnifique "Lion's share", qui justifierait à lui seul l'achat du disque. La suite n'est malheureusement pas du même acabit. Les morceaux les plus marquants sont aussi une fois de plus ceux chantés par Hayden Thorpe, ils viennent apporter la touche sensible et lyrique, essentielle à la musique du groupe. L'autre voix de Wild Beasts, celle du bassiste Tom Fleming, plus passe-partout, ne permet souvent pas aux chansons de s'envoler et de sortir de l'ordinaire. L'ensemble est encore trop maîtrisé, manque un peu de folie pour tout à fait m'emporter.
J'avais dit à l'époque de "Two Dancers" que le meilleur de Wild Beasts était sans doute à venir, car ces anglais avaient indéniablement du talent à revendre et s'étaient créer un univers bien eux, quelque part entre Jimmy Somerville et Talk Talk. J'espère qu'ils iront encore plus loin que ce "Smother". En tout cas, le succès d'estime de leur précédent disque ne leur a pas spécialement fait changer de fusil d'épaules car c'est toujours la même pop délicate qu'ils pratiquent, bien loin de celle communément entendue à la radio.

Clip de "Albatross" :

10 mai 2011

Mes indispensables : Pulp - His'n'Hers (1994)

L’été approche et avec lui son cortège de festivals. Je ne sais pas encore si j’en ferai un cette année. Je me suis habitué à aller à Saint-Malo autour du 15 août pour la Route du Rock, car le festival y est à taille humaine et propose le plus souvent une affiche alléchante – celle de l’année dernière était assez inoubliable. En plus, cela me permet de retrouver ma famille et accessoirement ma Bretagne natale. Malheureusement, la programmation de cette nouvelle édition ne m’attire pas tellement. Même s’il reste encore quelques noms à connaître, un des groupes que j'aurais souhaité voir n’y figurera certainement pas : Pulp. Oui, la bande de Jarvis Cocker a décidé de se reformer le temps d’un été - et on espère plus - et participe à de nombreux festivals, mais ils ont choisi les plus importants (les Vieilles Charrues entre autres pour rester en Bretagne), ceux qui n’ont pas d’âme et constituent de véritables usines à musique, proposant à la chaîne tout et n’importe quoi (Pierre Perret et Scorpions) mais aussi sans doute le meilleur cachet. De là, à dire que le groupe de Sheffield est revenu pour l’argent… Toujours est-il que l’espace de deux albums essentiels au milieu des années 90, Pulp a constitué pour moi une formidable porte d’entrée de tout un univers musical dont j’ignorais alors l’existence. Oui, en 1994, lorsque paraît ce « His’n’Hers », je découvre à peine qu’il existe une vie en dehors de Dire Straits, Genesis ou Queen.

Grâce à une émission qui, pourtant n’avait rien de fondamentalement révolutionnaire et était même plutôt du genre « middle of the road ». Cela s’appelait d’ailleurs « Le Plein de Super » et était présenté depuis l’intérieur d’une grosse limousine par les deux acolytes de « Caméra Café », Yvan Le Bolloc’h et Bruno Solo. La plupart de l’émission consistait en une interview assez dispensable d’un apôtre du music business, genre Goldman ou Kravitz. Pour ma part, j’attendais toujours le moment du titre enregistré live par un groupe moins connu que l’invité principal. Et là, il y eût un paquet de trucs intéressants, notamment Pulp et « Do You Remember The First Time ? ». C’était avant le live dans "Nulle Part Ailleurs". C’était mise à part Bernard Lenoir sur France Inter – que je découvrirais peu de temps après – l’une des rares possibilités d’entendre du rock indépendant dans les médias traditionnels. Internet n’existait pas encore. Avec l’époque, connaître un titre était suffisant pour acheter le CD, ce que je m’empressais de faire après ladite émission. Etant étudiant et n’ayant pas un budget très conséquent pour la musique, je réécoutais régulièrement les mêmes disques, et celui-là, j’ai dû l’user jusqu’à la corde. Depuis, ma discothèque s’est quelque peu étoffée mais je le réécoute encore de temps en temps avec le même plaisir. Il y a des disques comme ça qui vous suivent toute une vie… "Do You Remember The First Time?"...

Clip de "Babies" :

Clip de "Lipgloss" :

Clip de "Do You Remember The First Time?" :

7 mai 2011

The Leisure Society - Into The Murky Water

Attention, merveille ! Après l'excellent second disque des New-Yorkais de Crytal Stilts, voici celui des orfèvres pop de Leisure Society. Comme pour les américains - honte sur moi - j'avais ignoré leur premier album "The Sleeper". Cette fois-ci, on était bien loin de Joy Division et de tous ces groupes à la mode s'en inspirant. J'avais dû être plutôt distrait par la simplicité apparente qui se dégage de leur musique, cette fluidité presque irréelle dans les arrangements, comme pour les premiers Belle & Sebastian, comme dans le meilleur de McCartney. Avec "Into The Murky Water", The Leisure Society s'impose comme un des grands groupes pop du moment, supérieur en tout cas à leur équivalent américain The Shins et déjà aussi indispensable que leur voisin The Coral, en plus mélodieux mais moins énergique. Leur disque ressemble aussi à l'album que Sufjan Stevens aurait pu (dû?) enregistrer après son magnifique "Illinoise".
Cette "association de loisirs" se permet même le luxe de sortir en single ("The Phantom Life") ce qui est sans doute la chanson la moins marquante du lot. Car chaque titre est ici riche de mille idées et il faut plusieurs écoutes répétées pour en faire le tour. Quand on est obligé malgré soi d'aller au bout de chaque morceau, c'est  indéniablement qu'il y a quelque chose en plus. Bref, une divine surprise !

Clip de "The Phantom Life" :

5 mai 2011

Mes indispensables : Sparks - Kimono My House (1974)

La première fois que j'ai entendu parler des Sparks, c'était au moment de "Singing in the shower", leur célèbre duo avec les Rita Mitsouko - Catherine Ringer vient au passage de publier son premier disque solo depuis la mort tragique de son alter ego - , qui caracolait alors en tête du Top 50. Pendant longtemps j'ai cru qu'il s'agissait d'un tout jeune groupe qui essayait par ce biais de se lancer. Puis, je suis tombé sur ce qui reste leur plus grand succès en France à ce jour, "When I'm With You", paru au début des années 80. J'ai alors pensé que les Sparks étaient à l'image des Rita, un sympathique groupe familial de cette période là, à tendance new wave. Enfin, dernière étape, décisive celle-là, "Kimono My House", c'est-à-dire ce qui nous concerne aujourd'hui, un disque paru en... 1974. Et là, quelle claque !
Les deux frères Mael affirmaient déjà une personnalité hors du commun, même si le glam-rock auquel on les associe régulièrement en raison de leur excentricité faisait à l'époque beaucoup d'adeptes. Leur musique fantaisiste et survitaminée n'était pourtant pas au goût de leurs compatriotes américains, ce qui restera le cas tout au long de leur carrière, puisque c'est sur le vieux continent qu'ils rassemblent encore le plus de fans. Les Sparks ont inventé la pop délirante et sexy, celle qui n'a peur de tomber parfois dans le ridicule et l'outrance. "Propaganda", leur autre disque paru en 1974, tout aussi excellent, n'évite pourtant pas par moments ce genre d'écueils. Ils ont poursuivi la brèche ouverte par le premier disque de Roxy Music, en 1972, mais dans un versant plus ouvertement mélodique. La voix haut perchée de Russell est aussi une des autres caractéristiques marquantes de leur univers. On retrouve leur influence chez des formations comme Queen - qui a d'ailleurs fait la première partie des Sparks au début de sa carrière - ou plus récemment Muse. Mais là où ces deux groupes se sont quelques fois fourvoyés dans un hard rock FM prétentieux et privilégiant la performance, la fratrie Mael est demeurée plus ou moins fidèle à une certaine idée de la pop, se cachant derrière sa musique. Près de 40 ans après sa sortie, ce "Kimono My House" témoigne d'une fraîcheur intacte !

"This Town Ain't Big Enough For The Both Of Us" :

"Amateur Hour" :


3 mai 2011

Metronomy & Ghostpoet - Cabaret Voltaire, Edimbourg - 25 avril 2011

Après une journée entière de visite, de shopping et de randonnée, nous avions pris rendez-vous, maman et moi, pour une soirée endiablée, au Cabaret Voltaire d'Edimbourg en compagnie des anglais de Metronomy. Et la première impression que nous avons, c'est que les Ecossais ne lésinent pas sur la sécurité. Pendant que nous attendons tranquillement l'ouverture des portes sur le trottoir, ils nous mettent à tous un bracelet pour pouvoir accéder au bar qui est exclusivement réservé au plus de 18 ans. Il faut d'ailleurs montrer sa carte d'identité. Nous sommes quand même un peu vexés qu'ils ne nous l'aient même pas demandée, ça doit être la barbe. La mienne, j'entends. Maman n'a pas de barbe, voyons. Le Cabaret Voltaire est une petite salle de la taille chez nous d'un Point Ephémère et ressemble à une sorte de cave, basse de plafond, devenant au fil de la soirée, une vraie étuve. L'avantage, c'est que l'ambiance y est assez intimiste. Le premier rang pourrait facilement venir trifouiller les instruments installés juste devant eux sur la scène, en allongeant les bras. La première partie, Ghostpoet, est bizarrement plutôt hip-hop, avec chanteur black de rigueur, mais un hip-hop d'intello avec petites lunettes, à l'image de celui de Mike Skinner de The Streets ou dans l'esprit de Gorillaz. C'est assez bien fichu, en tout cas, plus rythmé que sur disque, même si la plupart des sons étaient déjà pré-enregistrés - c'est fou ce qu'on peut faire avec un MacBook ! Il y avait juste une batterie et une guitare. Une bonne mise en bouche, agréable donc, même si maman ne partage pas mon enthousiasme.

Clip de "Cash And Carry Me Home" :


La suite fait en tout cas l'unanimité puisque Metronomy délivre un concert tonitruant, rock, dansant à souhait, impeccable, alternant intelligemment les titres péchus de leurs deux premiers disques et ceux plus langoureux de leur récent et un peu mollasson "The English Riviera". Ils apparaissent sur scène, arborant tous les quatre un petit globe lumineux sur le coeur, tels des héros d'une quelconque production hollywoodienne de série B (Z?) : il y a le "comique" au clavier, adepte de petites danses robotiques, le héros au centre, plutôt beau gosse avec sa barbe de trois jours, la jolie fille un peu effacée, en retrait, à la batterie et enfin, le black de service à la basse, au déhanché chaloupé. L'atmosphère devient rapidement de plus en plus moite et chaleureuse. Un peu trop même, puisque nos voisins directs, cinq jeunes originaires de Glasgow, bien éméchés et se croyant à la maison - je veux bien qu'on s'amuse, mais franchement, il y a des limites... - , avaient décidé de bousculer tout leur monde. Et forcément, ils avaient choisi leur cible privilégié : des petits frenchies, à croire que nous attirons les pénibles... Toujours est-il que l'un d'entre eux n'arrêtant pas de faire son malin en se vautrant allègrement sur nous et deux de nos voisins, nous finissons par le signaler à la sécurité, à savoir une jeune fille bien bâtie, à la mèche savamment sculptée façon "Studio Line" et au regard patibulaire. Ni une, ni deux, celle-ci débarque dans le tas et prend à part le principal fauteur de trouble, malgré les invectives de ses potes de beuverie. Après quelques paroles musclées dont nous ne comprenons pas vraiment la signification et quelques regards teigneux échangés, nous reprenons le court du concert : ouf, nous sommes sans doute passés à deux doigts du règlement de comptes en bonne et dûe forme... Mais pour preuve que nous ne sommes pas les seuls à nous plaindre des énergumènes, les deux pouf' qui faisaient partie de la fameuse bande de djeuns se font aussi ramasser peu de temps avant la fin du concert. Au final, nous avons tout de même passé une excellente soirée, plutôt physique, dans tous les sens du terme...

"Corinne" en live accoustique :