28 avril 2011

Crystal Stilts - In Love With Oblivion

Retour à Brooklyn avec un groupe qui vient de sortir son deuxième album et dont j'étais complètement passé à côté au moment du premier. A l'écoute de ce "In Love With Oblivion", je comprends d'ailleurs mieux pourquoi. Les Crystal Stilts ressemblent beaucoup à première vue, à tous ces nouveaux groupes inspirés par Joy Division, à l'instar de ceux qui ont relancé la mode, Interpol, New-Yorkais eux aussi. Mais les Crystal Stilts ont des atouts que la plupart n'ont pas. Tout d'abord, des claviers délicieusement psychédéliques qui les font se rapprocher de l'univers des Doors - comme sur le très (trop?) long et atmosphérique "Alien Rivers" - ou de Echo And The Bunnymen. Et puis surtout, un guitariste (JB Townhends) qui en impose. Au-delà de la voix grave et profonde de rigueur du chanteur, le groupe varie les styles et chacun des titres possède son petit riff efficace et bien identifiable.
Même si tout n'est peut-être pas parfait, je retiendrai pour ma part, quelques jolis morceaux dont j'ai  bien du mal à me passer : le très sixties "Through The Door" et la magnifique triplette"Flying Into The Sun" / "Shake The Shackles" / "Precarious Stair" et puis surtout une chose : ne pas toujours se fier à sa première impression. Parmi la floppé d'adeptes de la bande de Ian Curtis, les Crystal Stilts sortent indéniablement du lot. Gros coup de coeur du moment...

Clip de "Silver Sun" :

26 avril 2011

Mes indispensables : Franz Ferdinand - Franz Ferdinand (2004)

Les Franz Ferdinand font partie de ces quelques groupes apparus pendant la décennie 2000 et qui resteront sans doute comme la formation d'un seul album, à l'instar des Strokes, des Libertines, de Interpol, etc. Ce n'est pas que leurs disques suivants soient mauvais, non, mais on a comme l'impression qu'ils avaient alors déjà tout dit et que quoiqu'ils fassent désormais, ils ne pourront au mieux que se répéter. A croire d'ailleurs que ce phénomène soit assez propre à cette décennie, même si le public s'intéresse toujours à la plupart d'entre eux, et ils sont paradoxalement, de plus en plus nombreux. Le "Take Me Out" des Franz Ferdinand, single impeccable restera comme un des hymnes de ces années-là, une de ces chansons qu'on ressortira à l'occasion, lorsqu'on voudra en faire un bilan. Avec un tel nom de groupe, on aurait pu penser à une déclaration de guerre, mais c'est ailleurs qu'il faut chercher. En effet, les Ecossais nous balancent dès le premier titre "Jacqueline", leurs ambitions : "It's always better on holiday. Always better on holiday. That's why we only work when we need money." Tout est dit, même s'il faut évidemment le prendre au second degré (encore que), humour britannique oblige.
Alex Kapranos et sa bande pourront passer chez certains comme des besogneux du rock, ayant appris par coeur leur Gang Of Four ou leur Jam. Franz Ferdinand en a pourtant fait une musique nettement plus festive, pop et directe - en témoigne cet excellent souvenir de black session où le public réputé timoré était venu danser sur scène avec le groupe. On pourra aussi reprocher aux Franz Ferdinand, de tomber petit à petit dans la facilité, d'être plus ambitieux économiquement qu'artistiquement parlant. En travailleurs consciencieux, ils essaient juste de bien faire leur boulot espérant en cela gagner plus, pour... glander plus. Comme beaucoup d'entre nous, finalement. Peut-on donc leur en vouloir pour cela ? En tout cas, nous avons suivi leur conseil avec maman, puisqu'à l'heure où vous lirez cet article, nous serons en vacances, à Edimbourg, dans le pays natal du groupe.

Clip de "Take Me Out" :

Clip de "Darts Of Pleasure" :

Clip de "The Dark Of The Matinée" :

Clip de "Michael" :

Clip de "This Fire" :

23 avril 2011

Stanley Kubrick (1928-1999)

L'exposition sur Stanley Kubrick à la Cinémathèque de Paris ? L'occasion était trop belle, tout d'abord d'aller y faire un tour, puisqu'en plus, c'est à deux pas de chez moi et ensuite de faire un post ici sur le réalisateur. Kubrick, c'est pour moi et pour beaucoup je pense, le plus grand, l'un des rares à avoir réussi à élever le cinéma au rang d'art majeur, à part entière. On cherche d'ailleurs actuellement ceux ayant de telles exigences et ambitions artistiques. Car, le monsieur a non seulement abordé un large spectre de genres : le film de guerre ("Les Sentiers de la Gloire", "Full Metal Jacket"), le film d'époque en costumes ("Barry Lyndon", sans doute mon préféré), le péplum ("Spartacus"), le film de moeurs ("Lolita"), le film d'horreur ("Shining"), le film de science-fiction ("2001, l'Odyssée de l'espace"), etc; mais à chaque fois, il a en plus réussi à imposer sa marque et produit un classique, une référence incontournable et inépuisable. En perfectionniste invétéré, tout dans ses films était minutieusement pensé. On garde en souvenir bien longtemps après leur vision, des scènes (le soldat surnommé "Grosse Baleine" pétant un câble dans "Full Metal Jacket"), des décors (les magnifiques tableaux impressionnistes de "Barry Lyndon" éclairés à la bougie), des costumes (ceux très seventies de "Orange Mécanique") des performances d'acteurs (Nicholson inoubliable dans "Shining"), et des musiques aussi. Comment ne pas se rappeler en effet du formidable ballet spatial sur l'air du "Beau Danube Bleu" de Strauss dans "2001" ? de "Singing in the rain" chanté par Alex et ses droogs dans "Orange Mécanique" lorsqu'ils commettent leurs méfaits ultra-violents ? de "Paint It Black", juste à la fin de "Full Metal Jacket" alors que le héros vient de nous avouer : "Je vis dans un monde merdique, oui, mais je suis vivant et je n'ai pas peur" ? Et puis du "Baby Did A Bad Bad Thing" de Chris Isaak pendant que Nicole Kidman nous fait admirer sa sublime chute de reins dans "Eyes Wide Shut" ? Les films de Kubrick sont marquants par tous ces aspects qui font LE CINEMA.

"2001, l'odyssée de l'espace" (1968) :


"Orange Mécanique" (1971) :


"Barry Lyndon" (1975) :


"Full Metal Jacket" (1987) :


"Eyes Wide Shut" (1999) :

20 avril 2011

Dirty Beaches - Badlands

Peu de groupes ont osé s'inspirer de manière aussi directe et frontale de la musique de Suicide, formation culte et un peu intimidante de la fin des années 70, composée des duettistes Alan Vega et Martin Rev. Enfin, de groupe, Dirty Beaches est plutôt l'oeuvre d'une seule et même personne, Alex Hungtai, un canadien d'origine taïwanaise. Celui-ci a élaboré ce "Badlands", seul, à la maison, en samplant de vieux titres amoureusement sélectionnés - notamment, "Voilà", une très belle chanson de... Françoise Hardy - en y rajoutant de grosses guitares bien sales et une voix de crooner trafiquée au vocodeur. Ces boucles de samples répétées à l'infini tout au long des morceaux produisent rapidement leur petit effet. Les trois premiers titres sont assez "rock" et bien dans l'esprit de Suicide, les trois suivants, les meilleurs, sont plutôt des ballades au tempo doucement romantique, enfin, les deux derniers - et oui, c'est tout -, uniquement instrumentaux sont comme de lentes marches funèbres, au ralenti.
Alors qu'on voyait de prime abord en Dirty Beaches un vulgaire faiseur et un pâle copieur, il arrive finalement à imposer son style, sa patte. Au milieu des nombreuses sorties récentes et régulièrement sans surprise (il faut bien l'avouer), ce "Badlands" se démarque aisément, en faisant apparaître une voix discordante et quelque peu différente qui se révèle salvatrice. A suivre...

Clip de "True Blue" :

18 avril 2011

The Velvet Underground - The Velvet Underground (1969)

Le voilà, le meilleur groupe rock de l'histoire, celui par lequel tout a commencé. Pour moi, le rock est réellement né en 1967, au moment de la sortie du premier album du Velvet Underground (avec Nico). Pour d'autres, c'est plutôt le jour où il est devenu adulte, comme si l'enfance, la jeunesse avant (Elvis Presley et les Beatles entre autres) ne comptaient pas. Chacun a son avis sur la question, il n'empêche que la formation de Lou Reed a sans doute généré plus de petits que les Beatles même, car c'est tout le rayon "indépendant" de votre disquaire préféré qui vient de là ou presque. En quatre disques, tous indispensables, de 1967 à 1970, le Velvet définit les bases d'un rock lettré et poétique, mi-mélodique, mi-expérimental, mi-paisible, mi-torturé. Ce troisième album en est la version douce et apaisée, à l'instar de la mythique pochette où les membres sont tranquillement avachis sur un canapé. John Cale vient alors de partir après le terrifiant "White Light / White Heat", véritable boule de nerfs et de pus, manifeste de rock barré, primitif, expulsé live en une seule prise.
Du coup, Lou Reed en profite pour prendre pleine possession du groupe et affirmer son talent de songwriter en distillant quelques unes de ses compositions les plus émouvantes ("Candy Says", "Pale Blue Eyes"), même si certaines sont chantées par Doug Yule, l'anecdotique remplaçant de l'irremplaçable gallois. Ce disque vient prouver que ce groupe était d'abord celui de Reed avant d'être celui de Warhol ou de Cale. Le chanteur sera prochainement à l'affiche de plusieurs festivals, l'été prochain (notamment aux Vieilles Charrues) où il balancera comme à son habitude depuis de nombreuses années, un gros rock calibré, fier à bras, tatoué, avec solos de guitares démonstratifs idoines. Le plus bel hommage à la musique du Velvet se jouera peut-être finalement à la Salle Pleyel où des jeunes pousses (enfin, jeunes, tout est relatif, puisqu'il s'agira de membres de Supergrass, Air et Radiohead) viendront revisiter à leur manière le répertoire romantique et vénéneux du groupe. Un univers dont Lou Reed semble avoir les pires difficultés à retrouver les clés. Aux dernières nouvelles, la batteuse Moe Tucker serait de son côté devenue une républicaine, pro-Bush, convaincue. Comme quoi, il ne fait pas toujours bon devenir adulte...

16 avril 2011

The Feelies - Here Before

Les Feelies n'avaient pas sorti le moindre disque depuis près de 20 ans - et oui, déjà - et pourtant, à l'écoute de ce nouveau "Here Before" et ce dès le premier morceau, on a l'impression que rien n'a foncièrement changé, que tout est encore à la même place. Cet album aurait pu paraître en 2001, en 1991, qu'il n'aurait pas fait tâche dans la discographie du groupe. Car, c'est toujours la même voix, ce sont toujours les mêmes guitares surtout. Rien de nouveau sous le soleil, passons à autre chose, me direz-vous. Et bien, non, ce sont les Feelies, que diable ! Bien oui, les Feelies, quand même. Au milieu des multiples reformations actuelles (Pulp ou Gang Of Four pour ne citer qu'eux), ils risquent malheureusement une fois de plus de passer assez inaperçus. Comme à l'époque.
Alors que vingt ans d'absence et pas une ride au compteur - enfin, un peu quand même, il suffit de voir des photos récentes pour se rendre compte que physiquement, ils font leur âge, mais musicalement, non - qui dit mieux ? R.E.M., qu'ils ont beaucoup influencé, et leur dernier disque lourdaud et daté ferait bien d'en prendre de la graine. Mais une musique aussi simple et directe (en apparence) ne peut décemment pas vieillir. Bref, de la bonne graine qui aura donné du bois robuste et massif. Tant pis s'il faut maintenant attendre une nouvelle décennie avant d'écouter la suite, il y a assez de combustibles (à l'image de la pochette) dans ce "Here Before" pour réchauffer durablement les chaumières.

14 avril 2011

Minks - By The Hedge

Encore un groupe du même style, à croire que j'écoute toujours la même musique en ce moment ! Ils s'appellent Minks, ils sont deux, un homme et une femme, ils sont beaux, ils s'habillent branchés - et oui paraît-il que le vison (mink en anglais) revient à la mode! - et viennent de "The Place To Be" actuellement, Brooklyn. On pourrait rapidement passer notre chemin : musique pas très originale et mille fois entendue, allure de bobos new-yorkais horripilante. Oui, mais voilà, ils sont fans de Felt - c'est Magic qui le dit - et puisent leur inspiration du côté des disques de Sarah Records. Alors, forcément, une fois de plus, on se fait un peu avoir. Et comme un sésame, cela pardonnerait tout et donnerait une envie irrésistible d'aller jeter une oreille ou plus si affinités à ce "By The Hedge". Et d'où vient donc d'ailleurs ce nouvel engouement pour l'ancien groupe de Lawrence Hayward parmi la nouvelle génération de musiciens et de critiques ? Est-ce ce goût prononcé pour les losers romantiques ? Sans doute.
En tout cas, Minks réussit là où les Pains Of Being Pure At Heart viennent de rater avec leur récent "Belong" - oui, je sais, je me répète, mais quand on est déçu... - et frappe d'emblée là où ça fait du bien avec l'impeccable "Kusmi", si familier et toujours aussi agréable. La suite n'est pas toujours à la hauteur mais peu importe, "By The Hedge" contient suffisamment de petits plaisirs qu'on y revient, car cette musique, mine de rien, touche à ce qui nous est le plus cher : le coeur. Et contre ça, c'est bien connu, on ne peut pas lutter.

Clip de "Funeral Song" :

12 avril 2011

Mes indispensables : New Order - Power, Corruption & Lies (1983)

Il existe dans l'histoire du rock peu de groupes ayant réussi à perdurer en demeurant aussi passionnants, malgré la mort de leur chanteur et leader. New Order, comme un nouvel ordre, une envie de faire autre chose, d'abandonner cette cold wave mélancolique de Joy Division qui a trouvé sa conclusion morbide - et prévisible ? - dans le suicide par pendaison de Ian Curtis. Les autres membres naïfs et insouciants disent après coup n'avoir pas vraiment pris la pleine mesure du malaise existentiel de leur ami, ayant juste l'impression que tout cela participait au grand cirque, spectacle du rock'n'roll. Toujours est-il que trois ans plus tard, ils trouvent enfin leur style, avec le légendaire single "Blue Monday" et leur direction, ça sera celui du dancefloor. L'ouverture au monde plutôt que le repli sur soi et "l"isolation". Les fans de Joy Division  peuvent le regretter, mais New Order créé aussi une nouvelle tendance, dont on voit aujourd'hui encore la filiation évidente, les deux groupes faisant partie des influences majeures de la nouvelle génération.
Pourtant, si la carrière météorite de Joy Division est - forcément ? - exemplaire et sans fausse note, celle de New Order, plus longue est plus parsemée d'épines et de routes caillouteuses. Elle ressemble même à un chemin de croix, tellement l'inspiration semble se déliter au fil des années, jusqu'à  l'abandon définitif, il y a quelques années. Mais sur ce deuxième disque, sorti juste après leur single culte - qu'on retrouve d'ailleurs sur certaines éditions dudit album - ces sont des fleurs qui ornent la pochette. L'heure est encore à la fête. "Age Of Consent", qui débute le disque, est peut-être leur meilleure chanson, un formidable condensé de synthés dansants et de basses tranchantes. Elle n'a toujours pas pris une ride. On ne peut pas en dire autant de toute leur discographie, sévèrement marquée eighties et qui n'a souvent pas très bien vieillie. "Power, Corruption & Lies" donc, comme une formidable révélation, une renaissance plutôt, mais aussi le début d'une lente descente...

"Age Of Consent" live à la BBC en 1984 :

9 avril 2011

Cascadeur - The Human Octopus

On peut désormais reprocher beaucoup de choses aux Inrockuptibles,  d'être devenus au fil des années de plus en plus racoleurs et superficiels, et je ne parle même pas de la partie web du magazine où on ne compte plus les articles sans intérêt et écrits avec les pieds. Mais il y a une chose qu'ils continuent de faire plutôt bien, c'est de faire découvrir de nouveaux talents, et de les aider à "percer", grâce hier à CQFD et aujourd'hui aux Inrocks Labs. Syd Matters, dont il est souvent question ici, a été un des lauréats de ce concours. En voici un autre, en la personne de Cascadeur, alias Alexandre Longo - rien à voir avec Jeannie, encore que tous les deux soient de bons grimpeurs, très forts lorsqu'il s'agit de mettre le bon braquet. Le monsieur, à l'instar des Daft Punk et parce que c'est sa musique qui doit compter avant tout, a décidé de se cacher derrière un casque. Normal, c'est plus sûr quand on veut faire des cascades. Et le premier single, "Walker", sorti l'année dernière, en était une bien belle, toute en finesse et parfaitement maîtrisée. 
Mais c'est aussi ce qu'on pourrait lui reprocher, de retomber quelque fois trop facilement sur ses pieds. "The Human Octopus" finit un peu en roue libre, malgré un début riche en émotions, atteignant par moments la grâce d'un Antony Hegarty à son meilleur. Les cascades les plus réussies sont souvent les plus dangereuses, et à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire, comme dit la maxime. Mais ne boudons pas notre bonheur, car si l'année 2011 n'est pour l'instant pas franchement renversante au niveau musical, l'hexagone ne s'en sort pas si mal.

Clip de "Walker" :

7 avril 2011

Mes indispensables : Grandaddy - The Sophtware Slump (2000)

Lundi prochain sera rediffusée sur l'antenne de France Inter la black session de Grandaddy datant de 2003 c'est-à-dire de la sortie de leur album "Sumday", nouveau jeu de mots après celui de "The Sophtware Slump". Ces deux disques, tous deux excellents, représentent aujourd'hui encore ce que le groupe a fait de mieux. Mais s'il ne fallait en garder qu'un pour cette rubrique d'indispensables, ça serait donc "The Sophtware Slump", plus aérien et aéré, respirant davantage la nature et le grand air. La nature est d'ailleurs un des thèmes de prédilection - avec les nouvelles technologies - de Jason Lytle, leader de Grandaddy. Il paraît encore difficile aujourd'hui de croire que ces californiens barbus, écolos et adeptes de skateboard soient devenus, l'espace de quelques années, l'un des fleurons de la pop outre-Atlantique.
Ce disque, leur plus abouti donc, reste sans doute avec "Deserter's Songs" de Mercury Rev et "The Soft Bulletin" des Flaming Lips, l'un des trois classiques générés par la mouvance de pop (néo) psychédélique qui aura marqué la fin des années 90. Ces groupes rêvaient de grandeur sans se prendre au sérieux et c'est d'ailleurs le plus barjot des trois (les Lips évidemment) qui a su durer tout en restant passionnant. Comme quoi, la folie conserve. Lytle a en effet mis un terme à Grandaddy, il y a une paire d'années maintenant, se rasant au passage la barbe (grave erreur :-) Il a d'abord sorti un album solo honorable sous son propre nom puis on l'a revu dernièrement aux manettes des anecdotiques Admiral Radley. De toute façon, quelqu'un avec un tel nom (Lytle?) et originaire d'une ville comme Modesto peut-il faire une grande carrière ? Il me reste donc le souvenir d'une belle black session - et oui, j'y étais - et ces deux disques susnommés qui ont remis remarquablement au goût du jour les claviers de (grand-) papa. Le genre de "modestie" que l'on n'oublie pas si facilement...

Clip de "The Crystal Lake" :

Clip de "Jed's Other Poem" :

5 avril 2011

Laetitia Velma - Les Eaux Profondes

Exit Daphné et son dernier disque décevant : quelques jolies chansons délicates mais aussi certaines qui flirtent trop vulgairement avec la "variétoche". Exit Keren Ann qui, depuis qu'elle s'est mise à l'anglais, est devenue moins touchante. "La Disparition" était pourtant une formidable réponse au chef d'oeuvre "La Question" de Françoise Hardy. Mais voici donc - après l'interview d'hier - celle qui pourrait rapidement leur voler la vedette et s'imposer comme une chanteuse qui compte parmi la nouvelle génération : Laetitia Velma. En tout cas, son premier album "Les eaux profondes", est assez impressionnant de maturité, surtout quand on sait qu'elle a tout composé elle-même : paroles comme musiques. Après, bien sûr, il est difficile de ne pas citer Dominique A, qui a produit et arrangé l'ensemble, tellement le son ressemble au sien, celui de "La Musique" ou de "L'horizon". On pense aussi à Valérie Leulliot et son ancien groupe Autour de Lucie ("Avant que tout s'effondre")
Plus personnelle et directe que celle de son mentor, l'écriture a constitué pour Laetitia une sorte de séance de psychanalyse, ce qui arrive bien souvent dans le cas d'un premier disque. Elle lui a permis de se confronter à cette dualité que l'on retrouve tout au long de son parcours : classique/rock, piano/guitare, anglais/français, musique/théâtre. Cette difficulté à choisir que chacun rencontre un jour ou l'autre dans sa vie. Ce disque, comme elle me l'avoué, lui a donné inconsciemment et le plus naturellement possible les moyens de rayer la mention inutile, ou tout simplement de ne pas choisir. En tout cas, on lui souhaite à l'avenir, de s'affranchir définitivement de l'ombre bienveillante mais assez imposante de cet "immense artiste" qu'est Dominique A. On lui souhaite de suivre "son chemin"...

Clip de "Les Eaux Profondes" :

Album en écoute intégrale sur Deezer.

4 avril 2011

La musique à... Laetitia Velma

La journée avait pourtant mal commencé : retour tardif de week-end la veille, passage à l'heure d'été difficile (ben, oui, c'est qu'on vieillit...), réveil matinal puis quelques mots désagréables échangés entre collègues. Enfin, il y eut le sourire de Laetitia...

Le Piano / La Guitare - La musique classique / Le rock
Chez moi, il y avait beaucoup de musique classique. Quand j'étais petite, je me prenais pour un chef d'orchestre. A la maison, quand mes parents n'étaient pas là, ce n'était pas le rock, c'était la musique classique. J'ai commencé le piano à l'âge de 12 ans. J'ai un rapport très affectif avec cet instrument. Je ne suis pas allée au conservatoire. Je ne m'en suis pas dégoûtée. J'aime encore beaucoup le piano et je compose encore beaucoup au piano. A l'âge de 18 ans, j'ai composé ma première chanson à la guitare, mais en anglais. Pendant assez longtemps, j'ai chanté en anglais, dans des groupes, mais c'était du rock. Très, très rock. Je ne me suis pas du tout révoltée de façon classique. J'aime autant la musique classique que le rock. Les deux sont très importants pour moi. Tu ne peux pas les dissocier.

La musique / Le théâtre - Le français / L'anglais
La musique a toujours été dans ma vie mais pas au premier plan. Au premier plan, c'est depuis ce disque, il y a trois ans simplement. Finalement, c'est relativement récent. Le théâtre, je me trouvais très vite limitée dans l'expression. Ce qui m'intéressait, c'était de pouvoir toucher les gens avec une émotion qui m'était propre. Je trouvais qu'avec le théâtre, il y avait beaucoup d'intermédiaires entre soi-même et les gens : le texte, la psychologie des personnages. Il faut que le personnage te corresponde. Je n'étais pas le genre de comédiennes à savoir tout jouer. La musique a toujours été là. Quand j'ai repris le piano, je me suis mise à composer sans arrêt. Et puis, Dominique A, pour son disque "L'Horizon" a pris deux de ces morceaux : "Antaimoro" et "Adieu Alma". Avec l'anglais, je tournais en rond parce que je n'étais pas bilingue donc je ne pouvais pas m'exprimer autant que je le voulais. Avec le théâtre non plus. C'était des frustrations et avec des frustrations... Quand tu chantes en français, la voix se pose différemment, elle sonne moins. En anglais, tu peux chanter un peu tout ce que tu veux. Je n'ai pas la même voix en anglais et en français. Du coup, je me suis adaptée. J'ai vu que ça prenait ce pli là et je suis allée là-dedans. Mais ça n'empêche pas que sur scène, il y a des morceaux très rock.

Dominique A
Dominique a fait tous les arrangements et dès que Dominique fait de la musique, on reconnaît sa griffe. Il a une griffe assez marquée à la guitare. Il ramène ses boîtes à rythme. Certaines sont les mêmes que celles qu'il a utilisées pour "La Musique". C'est le même matériel, ce sont les mêmes sons. La grosse différence, c'est que Dominique, c'est un conteur. Moi, c'est vraiment une plongée dans mon inconscient. Après, on ne va pas pouvoir empêcher la comparaison. Je comprends tout à fait : on est tous les deux sur un registre mélancolique. On s'entend bien, et les personnes qui s'entendent ont une sensibilité commune. Il a beaucoup plus d'expériences que moi, donc je reçois beaucoup plus de lui. Mais, tout cela s'est fait naturellement.

Les eaux profondes
Quand j'écris mes textes, c'est souvent au bord de l'inconscient, juste avant de m'endormir. Souvent, j'ai eu des textes qui sont sortis complètement spontanément, en écriture automatique. Ma première chanson, "Retournez-vous", elle est sortie avec la guitare, comme ça. Avant, j'arrivais moins à m'exprimer en tant que personne, en tant qu'artiste. Donc, j'étais pleine de frustrations. Il y a mon vécu qui bouillonnait à l'intérieur. Et à un moment donné, il a fallu que ça sorte. Mais quand c'est sorti, ça a été une complète libération, ça m'a fait beaucoup de bien.

La scène
La tournée a déjà commencé au mois de mars. On n'est que deux sur scène : Dominique et moi. Lui, il apporte tous ses effets à la guitare, son jeu de pédales et ses boîtes à rythmes et moi, je suis au clavier. On a dû réadapter car il y a beaucoup moins d'arrangements que sur le disque. Avant de tourner à deux, on était quatre. Il y avait un batteur, un bassiste, un guitariste - Dominique - et moi. Les circonstances de la vie ont fait qu'il y a une personne qui est décédée : Denis, le batteur des Girls in Hawaï. On a dû faire ce deuil là. On n'allait pas continuer à trois, ça faisait bizarre. On voulait rechercher des nouvelles personnes mais il fallait recommencer tout le côté humain. Et puis, on a essayé à deux. J'ai fait la première partie de Dominique à La Réunion. C'était une façon d'essayer, ça a très bien marché, donc on a continué. C'est juste un heureux hasard. [...] J'apprends énormément à chaque concert. Forcément, quand on débute, chaque pas est un grand pas. Les retours que j'ai eus entre les tous premiers concerts et maintenant - pourtant, il n'y en a eu que vingt, ça reste quand même les débuts - apparemment, c'est le jour et la nuit. Enfin, c'est Dominique qui m'a dit ça. Je prends de plus en plus de plaisir. Je commence vraiment à me sentir bien.

Ses indispensables
- Arcade Fire "Funeral" 
- Philipp Glass "Solo Piano"
- Antony and the Johnsons "I am a bird now"
- Anna Calvi "Anna Calvi"

Ses disques honteux
Quand j'étais adolescente, j'écoutais les Cranberries. Et maintenant, la honte...

Retournez-vous
C'est ma toute première chanson en français. J'en suis très fière. J'aime bien la chanter aujourd'hui, comme les mots sortent. J'aime bien la sonorité des mots.

Ses dernières découvertes musicales
Agnès Obel, El Perro del Mar, Cascadeur - je trouve ça génial, sa chanson est magnifique, "Walker", c'est un morceau rêvé, c'est tout ce qu'on devrait entendre dans un morceau -, The Devics.

L'avenir
Dominique m'a dit, tu verras, quand tu défends le disque, tu ne composes plus rien. Et bien, pas moi. Il y a déjà pas mal de nouveaux morceaux. On entend la progression, l'évolution de la voix. Je ne chante pas de la même façon. Je chante beaucoup moins avec le souffle. C'est beaucoup plus timbré. Avec Dominique, on va jusqu'au bout sur ce disque et après j'ai envie de m'envoler de mes propres ailes, avec d'autres musiciens. Là, c'était comme un tremplin, et après je veux passer à autre chose. Je pense que ça sera nécessaire.

1 avril 2011

Syd Matters - Olympia - 29 mars 2011

Je me demande bien pourquoi j'avais une certaine appréhension à aller à ce concert. Pourquoi j'ai hésité. Peut-être tout simplement parce que j'avais peur que toute la subtilité, la finesse des mélodies et des arrangements de leur dernier album "Brotherocean", disque de l'année 2010 ici-même, ne soient pas correctement retranscrites en live, que tout simplement elles ne soient pas faites pour. J'ai eu tort. Mais avant cela, je vais quand même dire un petit mot sur la première partie, Bot'Ox, bizarrement assez éloignée musicalement de Syd Matters et dont le rock électronique uniquement instrumental, s'il a le mérite d'une certaine originalité, n'en demeure pas moins rapidement indigeste.
Puis la troupe de Jonathan Morali - ils sont jusqu'à 8 sur scène, avec 2 batteurs et 2 choristes - arrive donc sur scène. Les trois-quatre premiers titres confirment pourtant ma légère inquiétude, même la géniale "Hi Life" est un peu ratée : trop de basses, un son brouillon, des voix trop en retrait (le trac ?). Et puis, petit à petit, tout finit par rentrer dans l'ordre et reprendre sa juste place. Comme par enchantement, le concert décolle enfin, le groupe donne sa pleine mesure et restera sur son petit nuage le temps d'une belle brochette de chansons, magistralement interprétées. Syd Matters rentre en communion avec son public et ne veut plus quitter la scène - plus de deux heures de concert ! - comme transcendé soudain par l'enjeu - un premier Olympia, quand même ! En fin de parcours, la magie retombera un peu, la faute sans doute à la fatigue et à des morceaux moins forts, mais l'émotion demeurera intacte, grâce surtout à cette espèce de joie toute simple d'être là, ensemble et de savourer de l'instant. Je m'étais donc trompé : il faut évidemment aller voir Syd Matters en concert. Car c'est sans conteste un des meilleurs groupes français sur scène. Un des meilleurs groupes actuels tout court.

Clip de "To All Of You" :