31 mars 2011

Mes indispensables : David Bowie - The Rise And Fall Of Ziggy Stardust And The Spiders From Mars (1972)

Je me rappelle de notre première rencontre, de ces sourires complices échangés. Je n'étais pas vraiment sûr de moi, pas encore sûr de nous. Je savourais juste l'instant. Plus que tout autre sujet, la musique nous avait tout de suite rapprochés. David Bowie. J'avais prévu d'aller le voir sur scène, aux arènes de Nîmes, quelques jours plus tard, le jour de la fête nationale. Nous ferions expressément pour l'occasion le trajet en voiture avec un ami. Tu m'avais ouvertement envié ce soir-là, regrettant amèrement de ne pas s'être trouvés plus tôt. David Bowie, quand même. Pour moi, il y avait aussi Pulp, Suede, etc. Pour toi aussi, mais au-dessus de tout, il y avait David Bowie. Quand même. Tu avais raison. Ce fut mon premier concert avec toi, ne manquait que ta présence physique. Bowie enchaîna tous ses classiques : "Heroes" bien sûr, mais aussi "Starman" et "Ziggy Stardust" de l'album du même nom, ton préféré. Je ne me rappelle plus si le concert était bien. Je me rappelle juste qu'à quelques centaines de kilomètres de distance, nous assistions tous deux, au même moment, à un feu d'artifices. Depuis, nous sommes allés à Londres, pour notre premier voyage à deux, en pèlerinage, sur le lieu même où a été prise la photo de la pochette du mythique album "Ziggy Stardust". A deux pas de Piccadilly Circus et de l'agitation touristique, nous avons comme Bowie immortalisé ce moment, sous les yeux interloqués de passants et de gens paisiblement installés à la terrasse d'un café.
Nous avons aussi revu ensemble le chanteur à Bercy, lors de sa dernière tournée en date. Tous ses disques trônent désormais fièrement et bien en évidence sur les étagères de notre bibliothèque. Rien n'a fondamentalement changé. Il y a juste plus de choses, de souvenirs, de personnes qui me rappellent ta présence, qui me parlent de toi. S'il a été le premier, Bowie n'est maintenant plus le seul. Mais aujourd'hui encore, s'il ne devait en rester qu'un, s'il ne devait en rester qu'une... Bon anniversaire, chérie ! (et désolé de t'avoir "piqué" ta chronique :)

"Starman" :
"Ziggy Stardust" :

"Five Years" :

28 mars 2011

The Kills - Blood Pressures

Ces deux-là sont énervants : ils sont beaux - enfin, surtout elle, mais lui, il est avec Kate Moss, donc ça compense - et font du bon vieux rock des familles habilement modernisé. Le pire, c'est qu'ils le savent. On aimerait donc en dire du mal et dans ces cas-là, le premier morceau s'avère souvent décisif dans notre évaluation. Le problème, c'est qu'une fois de plus, ils tapent dès le début en plein dans le mille avec l'excellent "Future Starts Slow". Chacun de leurs disques tient ainsi la route et ce dernier en date, "Blood Pressures", ne déroge pas donc à la règle. Après, ce ne sont pas non plus des chefs d'oeuvre, mais le groupe possède un son bien à lui, identifiable entre tous, fait de riffs de guitares vintages qui dépotent, de hululements savamment sensuelles (sexuelles?) - d'ailleurs, VV, alias Alison Mosshart minaude beaucoup moins que sur le précédent - et de batteries synthétiques qui claquent (des doigts). Alors que les autres albums attendus du moment déçoivent (qu'est-il donc arrivé aux Pains Of Being Pure At Heart et leur "Belong" balourd ? Ne parlons même plus des Strokes qui se vautrent de plus en plus inexorablement dans la médiocrité...), les Kills restent droits dans leurs bottes, fidèles au poste.
On pourra toujours leur faire le reproche de ne pas faire avancer le schmilblick et de continuer, avec une certaine facilité, à rester au milieu de la route, en appliquant éternellement une recette qui a fait ses preuves. Mi grand public, mi "underground", ils ont, selon les goûts, trop ou pas assez de personnalité. Mais tant qu'ils ne choisissent pas le côté obscur, je suis toujours décidé à les suivre.

Clip de "Satellite" :

25 mars 2011

Dis papa, c'est quoi le rock'n'roll ?


Cette semaine, nouvelle rubrique : le rock expliqué aux enfants... Ben oui, quoi, le titre du blog, c'est bien "La musique à papa", non ? Enfin, c'est surtout une rubrique de feignant, quand je n'ai rien préparé d'autre... Donc voici pour commencer, en vidéo une définition du rock qui en vaut d'autres et qui est déclamée avec une telle conviction qu'on lui pardonnerait presque les propos et les références. En tout cas, la forme y est sans doute plus "rock" que le fond :

Oui, voilà, je ne me suis pas foulé et beaucoup d'entre vous l'auront sans doute déjà vu. Sinon, n'oubliez pas que ce week-end, c'est le changement d'heure. Donc, couchez-vous plutôt que d'habitude ou pas, c'est plus rock'n'roll, non ? 

23 mars 2011

Ducktails - Ducktails III : Arcade Dynamics

Décidément, c'est toujours un peu du même disque dont je vous parle en 2011. Toujours un peu la même musique : Cloud Nothings, Banjo Or Freakout, Yuck et maintenant Ducktails, tous ces groupes se ressemblent. Si Cloud Nothings, c'est les Ramones; Banjo Or Freakout, c'est Deerhunter et Yuck, c'est Sonic Youth, avec Ducktails, on se rapproche plus de Animal Collective pour l'ambiance pop aquatique (Panda Bear vient d'ailleurs pousser la chansonnette sur l'irrésistible single "Killing The Vibe") mais à la cool, nettement plus apaisée. Comme cette maison au bord de l'eau de la pochette qu'on imagine être un endroit calme et tranquille. Tout n'est pas parfait dans ce disque, loin s'en faut. Le dernier morceau instrumental de plus de 10 minutes me paraît par exemple particulièrement inutile tellement il ne semble pas évoluer d'un pouce. 
Mais pour quelques titres bien sentis (le morceau évoqué plus haut ou encore "Don't make plans"), cet album constitue un joli lieu de villégiature où il est agréable de venir se reposer, à l'image de sa pochette donc et du membre principal (et unique ?), Matt Mondanile, en vacances de son groupe originel, Real Estate. A peine le printemps commencé que c'est déjà l'été...

21 mars 2011

Mes indispensables : The Beach Boys - Pet Sounds (1966)

Dans une récente interview accordée au mensuel de pop moderne Magic, le barbu texan à l'allure de clochard, Josh T. Pearson, cite trois albums qu'il considère comme "parfaits" : "In The Aeroplane Over The Sea" de Neutral Milk Hotel, "Loveless" de My Bloody Valentine et "Pet Sounds" des Beach Boys. Comme le bonhomme a gagné au fil des années une certaine reconnaissance dans le milieu - surtout parmi les blogueurs, il suffit pour cela de voir les louanges unanimes de l'ensemble de la toile (, et ) sur son premier disque solo qui vient de sortir -, son avis est de ceux qui comptent. Là-dessus, même si le terme "parfait" est sans doute exagéré et sera de toute façon toujours sujet à débats sans fin - subjectivité quand tu nous tiens - je le rejoins, car les deux premiers disques faisaient déjà partie de mes indispensables. Ne manquait plus à l'appel que le "Pet Sounds" des Beach Boys. C'est chose faite aujourd'hui, donc. Un groupe de gentils garçons (de la plage) californiens, jusqu'alors plutôt habitués à chanter des mièvreries pop assez inoffensives décident par l'intermédiaire de leur leader, Brian Wilson de s'élever artistiquement en essayant d'égaler leurs rivaux britanniques de l'époque - qu'ils vénèrent - les inévitables Beatles. Pendant que les autres membres s'amusent et partent en tournée, Brian Wilson s'enferme seul en studio pour réaliser le fameux album, qu'il désire "parfait". Il a des idées de grandeur, veut frapper un grand coup et marquer l'histoire de la musique. Ce sera donc "Pet Sounds", un miracle fait disque. 
Les paroles sont toujours aussi légères (on imagine mal aujourd'hui un groupe chanter un truc comme "Don't Talk Put Your Head On My Shoulder"), mais l'orchestration a nettement plus de tenue que précédemment et surtout il y a ces voix et choeurs féériques qui deviendront leur marque de fabrique. McCartney, lui-même est jaloux et considère aujourd'hui encore "God Only Knows" comme la plus grande chanson pop de tous les temps. Le disque devient une influence majeure pour les futures générations, surtout depuis quelques années - les années 70 ayant un peu décrié et rejeté la naïveté béate des Beach Boys - de Animal Collective à Jesus And Mary Chain. Du grand public à l'undergound, "Pet Sounds" est désormais devenu un classique. Brian Wilson a donc réussi son pari : sa musique est éternelle. Les Beach Boys refont récemment parler d'eux avec une nouvelle parution de "Smile", l'album mythique et maudit qui devait faire suite à "Pet Sounds" et aussi pour une série de concerts avec notamment un passage au Grand Rex, à Paris, l'été prochain.

"Sloop John B." :

18 mars 2011

Dictionnaire amoureux du Rock d'Antoine de Caunes

Antoine de Caunes, cet "aristocrate" du rock est la preuve pour moi qu'on peut écouter la même musique sans pour autant écouter les mêmes disques. Comme le titre même de son livre l'indique, il est passionné de rock. Il est tombé dedans quand il était tout petit, peu de temps après les premiers balbutiements du genre, avec, comme beaucoup de gens de sa génération, les Beatles et les Rolling Stones. Il est le plus connu (avec Manoeuvre) de la brochette de journalistes qui ont alors débarqué dans le paysage audiovisuel, venant nous révéler la bonne nouvelle et la voie (musicale) à suivre avec des émissions comme Chorus, les Enfants du Rock ou Rapido. Des défricheurs - même si pour de Caunes, sa généalogie télévisuelle l'a beaucoup aidé à percer dans le milieu - qui, depuis, se sont embourgeoisés, campant toujours sur leurs positions et surtout, dont les goûts semblent être restés au mieux scotchés à la fin des années soixante-dix ans et à l'arrivée du punk. Le seul de la bande à être toujours à l'écoute de l'actualité musicale demeure ce cher Bernard Lenoir, qui continue, bon an mal an à faire partager ses récents coups de coeurs aux auditeurs de France Inter. Toujours est-il qu'il serait indécent de nier l'évident talent d'écriture de de Caunes. La lecture de certaines entrées de ce dictionnaire s'avèrent même être de petits plaisirs assez jouissifs (surtout quand on est en phase) comme celle sur U2, par exemple : "U2 me pète les burnes à un point qui dépasse l'entendement. Je dirais, pour illustrer, qu'il m'est physiquement impossible d'écouter un seul morceau sans qu'un engourdissement proche de la catalepsie s'empare de moi. [...] L'incarnation d'un rock à (bonne) conscience en font des prototypes parfaits de têtes à claques. Qu'on hésite de surcroît à gifler, vu que, en bons chrétiens, ils seraient capables de tendre aussitôt l'autre joue, ces cons." Pour le reste, le monsieur est surtout amateur de blues (Stevie Ray Vaughan), country (Lyle Lovett) ou de rock calibré (Bruce Springsteen qu'il idolâtre par dessus tout). Bref, que des trucs de vieux ("cons", en référence à un autre article :) et pas beaucoup de points communs avec mes indispensables. Et je me dis qu'il aurait aisément pu tenir un blog s'intitulant "La musique à papy" (même si mon père à moi n'est malheureusement pas fan du Clash :), question de génération. Et c'est finalement assez rassurant de ne pas écouter les mêmes disques que ses parents, non ?

PS : De Caunes est actuellement au Théâtre du Rond-Point, à Paris pour des lectures de son pote (et nègre?) Laurent Chalumeau, où il est notamment question de leur amour commun pour le rock.

Elvis Costello "Pump It Up"

Elvis Costello, avec son pseudo blasphématoire - Elvis, le vrai, était à peine refroidi -, sa tête de nerd, ses pantalons trop courts, ses pompes pointues et sa cravate ficelle, ne payait pas de mine quand il déboula comme un pur-sang énervé, prêt à saillir la terre entière, sur la scène rock de 77.

Dr Feelgood "Roxette"

Si, il y a une chose dont je suis fier, c'est d'avoir démarré ma carrière de producteur télévision en invitant Dr Feelgood à ouvrir le feu.

John Hiatt "Have A Little Faith In Me"

L'absence de stratégie devient parfois une stratégie en soi. Ou une absence tout court quand elle se solde par un insuccès largement immérité. Et malheureusement, des John Hiatt, il y aurait de quoi en remplir des dictionnaires. On pourrait appeler ça "Le Dictionnaire amoureux de la louze". Succès assuré ?

Garland Jeffreys "Hail Hail Rock'n'Roll"

Tout le monde aimait Garland, les artistes, le public de ses concerts qu'il se mettait dans la poche le temps des deux premières chansons, les journalistes, ma mère, les Hell's Angels de Crimée. Il émanait de lui une telle force vitale, un tel amour de la musique, un tel humour que personne ne résistait à son charme.

Nick Lowe "Cruel To Be Kind"

En écoutant "At My Age", le dernier en date des albums de Nick Lowe, en savourant à leur juste valeur la brillance des compositions, l'humour à froid des textes et la simplicité épurée des arrangements et de la production, je me dis que décidément, j'avais ce type-là dans la peau, et que, quand bien même il était mon aîné, j'aimerais, arrivé à cet âge-là, être capable d'un tel accomplissement.

Graham Parker "Local Girls"

Cet article de notre dictionnaire ne changera bien entendu strictement rien au karma contrarié de l'interessé. Puisse-t-il seulement inciter quelques oreilles vierges à se tendre vers lui, ou vers son ami Tex, qu'il aurait rempli sa mission.

The Shaggs "My Pal Foot Foot"

Zappa, qui s'y connaissait, les trouvait "plus intéressantes que les Beatles", tandis que le New York Times titrait cet oxymore définitif : "Le meilleur plus mauvais groupe du monde."

Squeeze "Another Nail In My Heart" 

Quelques chansons réussirent à se nicher provisoirement en tête de peloton, on chanta leurs louanges dans la presse, et tout le monde s'accorda à admettre que le couple Tilbrook/Difford n'était pas sans évoquer celui formé par Lennon et McCartney. Richesse et inventivité mélodique, acidité du point de vue, décalage du commentaire sur la société anglaise, ses us et coutumes, l'humour, etc.

16 mars 2011

Yuck - Yuck

Drôle d'idée pour un groupe que de se faire appeler Yuck (Beurk en anglais). On pourrait donc s'arrêter là, écouter négligemment leur musique, "vomir" devant la pochette de leur premier disque et faire ce constat lapidaire : "Pas bon, Yuck", comme dirait ma p'tite Lulu, qui s'y connait en diagnostics sans appel. Mais non, pas de ça chez papa, surtout que les influences évidentes ont tout pour me plaire et sont à aller chercher du côté de Sonic Youth, Pavement et du meilleur de l'indie rock des années 80/90. Pas très original me direz-vous vu le nombre de formations qui débarquent chaque semaine revendiquant les mêmes inspirations. Sauf qu'ici, contrairement à d'autres, les morceaux se suivent et ne se ressemblent pas tous, loin de là. Des Field Mice à Dinosaur Jr. en passant par Sparklehorse, le spectre est même assez large. Ce qui amène inévitablement l'auditeur à plus de concentration et surtout à vouloir y revenir. Cette diversité n'est d'ailleurs pas étonnante quand on sait que le groupe est lui-même composé de plusieurs nationalités : 2 anglais, 1 américain et 1 japonaise (décidément très tendance en ce moment, je parlais bien sûr de la similarité avec Deerhoof, Blonde Redhead ou LCD Soundsystem). Ils tiennent aussi, à l'image d'un Bradford Cox, eux-mêmes leur blog.
On retrouve un peu la même démarche et le même style que chez le combo canadien de Broken Social Scene (dont le dernier album fut au passage une bien belle déception) : de la musique foisonnante et en même temps décontractée. Bref, miam, miam, finalement :)

Clip de "Get Away" :

Clip de "Rubber" :

14 mars 2011

Mes indispensables : Metronomy - Nights Out (2008)

Les tops et bilans de fin d'année s'avèrent bien souvent superfétatoires - oui, j'avais envie de le placer celui-là :) Ils ne reflètent de plus, que la vérité d'un jour qui n'est, c'est bien connu, pas toujours celle du lendemain. En 2008, j'étais passé à côté du "Nights Out" de Metronomy. Pas complètement non plus, car "The End Of You Too" (U2?), véritable morceau de bravoure du groupe, figurait déjà dans ma liste de chansons de l'année. Un an plus tard, le deuxième album des anglais était devenu l'un de ceux que j'avais le plus écouté dans l'intervalle. Ce disque est en effet une incroyable machine à danser, variée, intelligente, très éloignée de toute cette production au kilomètre qu'on peut entendre sur la bande FM en tête desquels on retrouve les DJet setteurs David Guetta ou Bob Sinclar, à l'égo surdimensionné. En comparaison, Joseph Mount ne paie pas de mine et on l'imagine mal derrière les platines sur une plage à Ibiza, les Ray Bans au sommet du crâne et la Rollex au bras. Mais plus encore que les disques de ces deux décérébrés du bulbe, "Nights Out" se révèle particulièrement irrésistible sur le dancefloor, car jamais la cadence ne ralentit. Ce n'est pas vraiment le genre de trips à s'effectuer le lendemain de fêtes arrosés. A déconseiller (seulement) aux migraineux donc.
Metronomy sont les Daft Punk anglais ? Oui, sans doute un peu. L'humour et le sens inné de la mélodie pop qui tue, en plus. Les casques et les goûts prononcés pour les vieux mangas des années 70-80 en moins. En avril prochain sortira le troisième album du groupe, un premier single, "She Wants", est déjà sorti. Les basses sont toujours aussi marquées, mais se font cette fois-ci plus arrondies et souples. Je ressens alors une curieuse appréhension et comme le sentiment d'y avoir perdu au change. Même si j'attendrai évidemment d'avoir écouté entièrement "The English Riviera" pour me prononcer définitivement et confirmer ou non cette première impression. Dans tous les cas, c'est la tête pleine de "Heartbreaker" ou autres "Radio Ladio" que nous avons déjà réservé, maman - dont ce sont les chouchous - et moi, nos places pour les voir jouer sur la scène du Cabaret Voltaire, à Edimbourgh, le 25 avril prochain. "I heard she broke your heart again, I heard she broke your heart, well that girl's a heartbreaker".

Clip de "Radio Ladio" :

Clip de "A Thing For Me" :

Clip de "Heartbreaker" :

Clip de "On The Motorway" :

11 mars 2011

Joel & Ethan Coen

Après Sofia Coppola, c'est le retour du cinéma chez papa, avec une fois de plus, - tant qu'à faire - des réalisateurs que j'apprécie particulièrement : les fameux frères Coen. J'ai vu tous leurs films de "Blood Simple" au dernier "True Grit" et je dois dire qu'aucun ne m'a réellement déçu. Ces deux gars-là ont une constance assez rare dans le milieu - même un Woody Allen a déjà fait quelques films ennuyeux. Avec le recul, j'aurais d'ailleurs bien du mal à dire celui que je préfère, tellement chacun possède son petit charme particulier, même s'il y a des motifs qui reviennent dans tous, comme le goût des frangins pour raconter des histoires de losers. Jamais ou presque ils ne sauvent entièrement un personnage, même la jeune héroïne de leur dernier film, modèle bien hollywoodien de courage, d'abnégation et de vertu, ne connaîtra finalement pas une vie très envieuse. Pourtant, comme beaucoup, si je devais avancer un film plus qu'un autre, ce serait "The Big Lebowski". Pas parce que c'est objectivement leur meilleur, non, plutôt pour sa formidable galerie d'acteurs avec bien sûr une mention spéciale pour le principal protagoniste de l'histoire, "the Dude" magistralement interprété par Jeff Bridges, modèle de "coolitude" et de "jemenfoustisme". Parce que c'est aussi sans doute le plus ouvertement drôle et celui dans lequel ils se moquent le plus franchement de leurs personnages (avec le sous-estimé "Burn After Reading"). Mais cette moquerie n'est, chez eux, jamais cynique, il y a toujours une profonde tendresse. A travers tous leurs films, ils n'ont finalement eu de cesse de dézinguer tout ce qui touche de près ou de loin au mythe américain : le western avec "True Grit", la CIA avec "Burn After Reading", l'intelligentsia juive avec "A Serious Man", le capitalisme avec "Le Grand Saut", Hollywood avec "Barton Fink", etc, ramenant à chaque fois les grandes valeurs et institutions de leur pays à hauteur d'hommes. Car s'il y a une autre constante chez eux, c'est le côté profondément humain de leurs films. Et c'est sans doute aussi pour ça qu'ils (me) touchent autant.



PS : Comme c'est quand même avant tout un blog de musique, je vous ai mis une petite sélection de morceaux extraits de leurs films. A vous de trouver maintenant à quel long-métrage correspond chaque chanson du lecteur ci-dessus...

9 mars 2011

Alex Winston - Sister Wife

Oui, je sais, cette jeune chanteuse originaire de Detroit, la ville de l'automobile, du gros rock qui tâche (MC5, Stooges, White Stripes, etc) et du légendaire label Motown Records (inspiration évidente de "Sister Wife") a tout du buzz énervant et prévisible. Oui, je sais, sa musique a tout de la variété facile et mielleuse, copiant allégrement et pour la nième fois une certaine Kate Bush, décidément très tendance en ce moment. Il n'empêche que ce premier EP est une petite sucrerie pop dont il semble bien difficile de résister.  Rien que pour "Choice Notes", tube évident et exactement le type de rengaines qui vous trottent dans la tête pour le restant de la journée (semaine?), ce disque mérite qu'on s'y attarde. La petite Alex Winston (rien à voir avec le dispensable Charlie du même nom) débarque, un peu à l'image d'un Mika - mais avec des influences moins gênantes dans les valises - à ses débuts, avec une réputation flatteuse de jeune surdouée, multi-instrumentiste, à l'univers chamarré et pailleté.
Ce n'est pas forcément le genre de musique qu'on écoutera seul religieusement à la maison mais plutôt celle qu'on sortira volontiers en plus grand comité, car elle semble être taillée exprès pour plaire au plus grand nombre. Un vrai bon disque de pop, dans le sens noble du terme, ce n'est pas si courant. Et Detroit de démontrer qu'on y produit autre chose que des gros pickups...

Clip de "Locomotive" :

7 mars 2011

Mes indispensables : Violent Femmes - Violent Femmes (1983)

A l'heure où Gäetan Roussel vient de triompher aux dernières Victoires de la musique (pas celles de papa, les autres :), j'ai soudain eu envie de vous parler aujourd'hui des Violent Femmes et de leur formidable premier album.  Les plus avertis sauront pourquoi j'ai eu cette association d'idées. Tout simplement parce que Gordon Gano, le chanteur du trio de Milwaukee n'est autre que le producteur du célèbrissime premier disque de Louise Attaque. Oui, ce disque qui a marqué au fer rouge toute une génération d'adolescents qui se cherchaient alors, à l'instar de Noir Désir, des correspondants français de leurs idoles anglo-saxonnes. Bon, il faut bien avouer que tout cela n'a pas forcément très bien vieilli. Mais ce premier Violent Femmes, si. Tout d'abord, il y a cette pochette mythique, une petite fille endimanchée, mais les pieds nus, curieuse, qui regarde par la porte-fenêtre de ce qui semble être une vieille bicoque perdue au fin fond d'un état qu'on imagine du sud des Etats-Unis. Et puis, à cette image, il y a ce son à nul autre pareil, cette façon élégante et distinguée de jouer un folk de cul-terreux, bien souvent le pied au plancher.
Cette musique est débarrassée de tout ornement superflu, elle est sèche, musclée, racée, vigoureuse, à même l'os. Tel un lévrier, elle est capable de véritables sprints ('"Blister In The Sun", "Kiss Off") mais aussi de ralentir sensiblement la cadence ("Please Do Not Go"). Près de trente ans après, elle reste toujours unique. Même si on devine l'inspiration : les Feelies ou Television. Même si ce disque en influencera plus d'un, en tête desquels Frank Black, évidemment, pour le côté western façon "Horde Sauvage". Les Violent Femmes n'ont jamais réédité par la suite, un tel exploit, montrant par là que rien n'égale la spontanéité, la rage que l'on met généralement dans un premier jet. Car c'est toute une vie passée qui brûle déjà au-dedans.

"Blister In The Sun" en live :
Clip de "Gone Daddy Gone" :

4 mars 2011

Banjo Or Freakout - Banjo Or Freakout

Pour rester dans les descendants de Jesus And Mary Chain, voici des petits nouveaux : Banjo Or Freakout. Et pour preuve que ce style de musique a eu une influence considérable et pas seulement dans les pays anglo-saxons, ce groupe nous vient en fait... d'Italie. Et oui, les transalpins ne nous avaient pas vraiment habitué à ça. On connaissait leur variété made in années 80 qui, au passage, a laissé beaucoup de traces par ici, les Eros Ramazzoti, Toto Cutugno et autres Umberto Tozzi, tous ces "tubes" qui se chantent le regard plein de conviction et le poing serré. Enfin, quand je parle de groupe, il s'agit plutôt d'une seule personne : Alessio Natalizia, l'équivalent turinois de Bradford Cox - un grand type tout sec ? Car c'est carrément sur les terres des derniers Deerhunter et Atlas Sound que Banjo Or Freakout vient batailler ferme et c'est peu de dire qu'il s'en sort plus qu'avec les honneurs. La première partie surtout, de ce premier album éponyme - il y a déjà eu quelques EP les années précédentes - est formidable, alternant les titres ultra efficaces.
De la "bedroom pop" ou de la "dream pop" comme certains l'appellent déjà - rappelant aussi en cela Beach House et ses ambiances éthérées. En tout cas, c'est vrai qu'il a tout de l'album de chevet. C'est par l'intermédiaire de coolbeans et de son dernier blog en date, le bien nommé Tralala Club que j'ai découvert ce disque. Merci donc à lui. Allez y faire un tour, je suis sûr aussi que vous y ferez de bien belles trouvailles ou à défaut y écouterez de la bonne musique, ce qui n'est déjà pas si mal...

Clip de "105" :

2 mars 2011

Mes victoires de la musique 2011 : les résultats !

Le verdict a finalement été rendu. Merci à tous les votants. Il y a pour ainsi dire deux grands gagnants : Arnaud Fleurent-Didier et Karaocake avec 2 victoires chacun, une surprise avec la quasi inconnue Faustine Seilman et une victoire beaucoup plus attendue en la personne du célèbre déjanté de service, Philippe Katerine.

Artiste interprète masculin : Arnaud Fleurent-Didier

Artiste interprète féminine : Faustine Seilman

Artiste ou groupe révélation : Karaocake

Album de l'année : "La reproduction" de Arnaud Fleurent-Didier

Chanson de l'année : "Medication" de Karaocake

Clip de l'année : "La banane" de Philippe Katerine

1 mars 2011

Mes indispensables : The Jesus And Mary Chain - Psychocandy (1985)

Après le rock sophistiqué de PJ Harvey, rien de tel que de revenir aux fondamentaux et à des choses nettement plus binaires : le "Psychocandy" de The Jesus And Mary Chain, tout simplement l'un des albums les plus influents de l'histoire du rock (indépendant). Le groupe est parvenu, en plein coeur des années 80 synthétiques, à ramener sur le devant de la scène les grosses guitares qui tâchent. Ce disque, leur premier, a eu un effet comparable - toute proportion gardée - au "Never Mind The Bollocks" des Pistols, donnant un grand coup de pied salvateur dans la fourmilière. Les potards sont au maximum et les pédales d'effets omniprésentes, d'où les regards constamment rivés vers leurs pieds des membres du groupe, qui sera à l'origine du mouvement shoegaze. On ne compte plus les formations qui se sont inspirées de ce son-là, si particulier : le mélange des mélodies évidentes (et basiques ?) des Beach Boys, du célèbre "Wall of Sound" de Spector - d'ailleurs, deux des chansons de ce disque commencent par le même son de batterie que "Be My Baby" -  et des distorsions du deuxième Velvet Underground. 
Pourtant, pendant longtemps, j'ai ignoré "Psychocandy", n'ayant pas la même réaction violente de rejet qu'avec "Loveless", autre album important de l'époque, non, juste de l'indifférence. Puis, comme beaucoup de disques essentiels, j'y suis revenu. En grande partie parce que cette musique correspond justement à ce que j'écoute beaucoup (le plus) en ce moment : The Pains Of Being Pure At Heart, Beach Fossils, Wild Nothing, Deerhunter, Girls, etc. Forcément, cela donne envie de revenir à la source... de la chaîne. Et force est de constater qu'elle est assez intarissable, cette source. Quinze morceaux, tous identiques ou presque, quelques mots qui reviennent d'un titre à l'autre comme des leitmotivs : honey, talk, walk, etc. On pourrait croire à un manque d'inspiration criant, c'est tout l'inverse qui finit par se produire, chaque chanson peut alors devenir indifféremment notre préférée, elles sont interchangeables. Les frangins Reid, originaires de Glasgow et petites frappes notoires ont aussi emmené avec eux tout un mouvement passionnant en provenance d'Ecosse avec les Pastels ou le Teenage Fanclub. L'Ecosse, où nous allons d'ailleurs nous rendre en avril prochain, avec maman, le temps d'un petit week-end à... Edimbourg (si au passage, quelqu'un connaît des bonnes adresses sur place, nous sommes preneurs ;) En espérant éviter la célèbre douche locale... - d'où peut-être les coiffures en pétard de rigueur, car c'est bien connu, l'électricité et l'eau n'ont jamais fait bon ménage.

Clip de "Just Like Honey" :
Clip de "Some Candy Talking" :