30 octobre 2010

Parenthetical Girls - Young Throats


Ceux-là, je les adore ! Leur précédent disque, le toujours excellent "Entanglements" était déjà en bonne place dans mon bilan de fin d'année 2008. Ils remettent le couvert en 2010, mais pas encore avec un album complet, seulement avec deux EP disponibles en édition très limitée au format vinyle (c'est par ici). Deux autres ne devraient pas tarder, les quatre seront ensuite normalement compilés dans un même coffret qui devrait sortir cette fois-ci au format CD. En tout cas, la bande de l'efféminé Zac Pennington semble avoir délaissé un tant soit peu les orchestrations baroques et classiques pour revenir à des choses plus rock et électro, dans la droite lignée de leurs amis de Xiu Xiu. (avec lesquels ils avaient d'ailleurs publié un maxi de reprises de Morrissey et des Smiths fin 2009). Et c'est peu dire que la chanson comme le clip de "Young Throats", extrait de "Privilege Pt. 2" s'avèrent tous les deux très efficaces. Sur ce, bon week-end à tous. 

27 octobre 2010

Bastien Lallemant - Le Verger

Chanson française de qualité encore et toujours avec cette semaine un album sorti il y a quelques temps et dont j'étais complètement passé à côté. Mais j'avais une bonne excuse : je ne connaissais pas le monsieur en question. Il s'appelle Bastien Lallemant et "Le Verger" est déjà son troisième disque. A l'écoute, on pense pas mal à Bertrand Belin -normal, c'est un ami et c'est d'ailleurs lui qui officie aux arrangements de cordes-, à "un" Barbara Carlotti au masculin, mais surtout à Gainsbourg, celui de la grande époque, des années 60. Sur certains morceaux ("Les Fougères" notamment), on croirait même carrément entendre le grand Serge en personne. On retrouve aussi  la voix d'Armelle Pioline du groupe Holden sur quelques jolis duos. Bref, de telles accointances ne peuvent que générer de la belle ouvrage. Et ici, c'est indéniablement le cas : les textes, les mélodies sont ciselés au cordeau. Tout paraît couler de source, rien ne passe en force. Le problème - si problème il y a - c'est que c'est presque trop travaillé pour déclencher une véritable émotion. Oui, je sais, je chipote. 
Plus explicite que Belin, moins aérien que Carlotti, moins roublard que Gainsbourg et plus classique dans la forme que Holden, Lallemant a les défauts de ses qualités : celui de ne pas être assez ou d'être trop. A l'instar d'un Florent Marchet, il n'a peut-être pas encore d'univers assez fort, pour sortir de façon évidente de la masse -si, si, il y en a pas mal- des "bons" chanteurs français. Pourtant, il en a assurément le talent. Affaire à suivre, donc.

PS : Pour ceux que ça intéresse, il sera en concert, à Paris, à La Loge, le dimanche 31 octobre.

25 octobre 2010

Mes indispensables : Elliott Smith - XO (1998)

Déjà 7 ans (depuis le 21 octobre) que nous n'avons plus de nouvelles d'Elliott Smith - à part pour quelques rééditions, raretés de fond de tiroir et une compilation à sortir début novembre. Malheureusement, nous savons que nous n'en aurons plus. Jamais. Pourtant, à l'écoute de sa musique, nous n'aurions pas pensé que le chanteur puisse, comme ça, mettre fin à ses jours. Vous me direz, Mike Brant et Dalida, l'ont bien fait avant lui. Parce que même si ses douces mélodies cachaient souvent un fond de mélancolie, l'émotion n'était jamais démonstrative, forcée. De même, son physique ne correspondait pas. Nous aurions plutôt imaginé le gaillard, membre d'un groupe de rock plus dur, viril, type Queens Of The Stone Age, par exemple, avec bras tatoués et visage buriné de rigueur. D'ailleurs, avant d'entamer une carrière solo, il avait fait partie de Heatmiser, formation  grunge un peu brouillonne. Mais non, Elliott Smith était un chanteur de folk. L'un des plus doués de ces vingt dernières années même. Il avait une voix douce et paisible, sa musique était légère et sensible, son jeu de guitare fin et subtil. Et puis, il avait une capacité incroyable pour composer de belles mélodies dans la plus pure tradition de la pop beatlesienne. Bref, il avait tout pour plaire et réussir. Il avait même connu un début de succès, en composant la BO de "Will Hunting", film de son ami Gus Van Sant. 
Nous ne savons donc pas pourquoi l'histoire s'est arrêtée là, subitement. Nous ne savons jamais vraiment pourquoi certains décident de s'en aller. De nous laisser là, seuls. Sans repère. Avec comme uniques bouées de sauvetage, des albums aussi magnifiques que "XO" pour continuer. Sans lui. Mais comment oublier, même 7 ans après, l'auteur de merveilles telles que "Waltz #2" ou "Oh Well, Okay" ?

23 octobre 2010

Katerine - Liberté & La Banane




Punk is dead ? En tout cas, c'est ce que nous affirme cette blogueuse. Et s'il avait tout simplement évolué, pris une autre forme ? Exit la rébellion façon Sex Pistols, bonjour le cynisme moderne, le nihilisme, le "jemenfoutisme", le "même pas peur du ridicule" ! Et qui mieux que Philippe Katerine pour l'incarner ? Cet énergumène qui, avec son nouveau disque, décide de larguer (définitivement?) les amarres, au risque de perdre en cours de route les bobos adeptes de son univers décalé. Le message est réduit maintenant à sa plus simple expression, la musique aussi. Est-il en phase de "Didier Superisation" ? Même si dans le Nord, on reste toujours plus "trash" qu'en Vendée, milieu social oblige... Il ne semble même plus y avoir de soucis de plaire - mais les mauvaises langues y verront un habile positionnement marketing. La marge est là : ni grand-public, ni élitiste. Où se situe donc maintenant le public de Philippe Katerine ?
N'empêche des titres comme "Liberté" ou "La banane" (ainsi que les clips qui vont avec) sont de ces petits plaisirs honteux qui font du bien par où ça passe, en ces temps de marasme ambiant. Et la chanson "La reine d'Angleterre" n'est-elle justement pas un clin d'oeil au "God Save The Queen" des Pistols ? Sur ces considérations, bon week-end à tous.

20 octobre 2010

Jeremy Jay - Splash

Ben oui, ce disque est sorti depuis de nombreuses semaines déjà, mais je profite d'une petite accalmie dans l'actualité musicale  - rien de bien folichon à se mettre entre les oreilles cette semaine - pour vous en parler. Le grand dadais de Jeremy Jay, dandy élégant qui ne s'ignore pas vraiment, a sorti cette année encore - j'en parlais déjà ici en 2009 - un disque fortement recommandable. Alors, bien sûr, ça n'a rien de révolutionnaire, c'est toujours très inspiré de Jonathan Richman et des Modern Lovers (première partie du disque) et aussi de Brett Anderson période Suede des débuts (deuxième partie du disque). Mais comme c'est bien foutu, ça reste très agréable à l'écoute. Un autre avantage, c'est la durée très courte, une fois de plus. Pas le temps de s'ennuyer donc, ça va droit à l'essentiel, trop peut-être, à l'image d'un Adam Green. Avec la mélodie de "Someday Somewhere", un Sufjan Stevens aurait par exemple tenu plus de dix minutes, en rajoutant des cordes, un petit peu de bidouillage électronique et des choeurs qui font "houhou".
Mais pas de ça ici, même pas 2 minutes suffisent et c'est tout à l'honneur de Jeremy Jay, de ne pas en rajouter. Et, mine de rien, avec un titre comme "Just Dial My Number", il se permet même le luxe d'écrire une de ces chansons à la mélodie simplissime qui vous trottent dans la tête le restant de la journée. Les autres chansons ne sont pas en reste et supportent la comparaison. Bref, "Splash" est un joli petit disque, plaisant, sympathique et qui, pour moi, a déjà dépassé l'été (il est sorti en mai dernier). Quant à dire maintenant s'il passera aussi l'hiver au chaud...

19 octobre 2010

Mes indispensables : Animal Collective - Strawberry Jam (2007)

Ceux-là sont devenus au fil des années - ils sévissent quand même depuis le début des années 2000 - une référence incontournable de la scène rock indépendant. Plus arty que l'un des autres groupes majeurs apparus cette dernière décennie, les canadiens de Arcade Fire, ils entraînent aussi dans leur sillon une quantité grandissante de suiveurs - loin d'être toujours à la hauteur, il faut bien le reconnaître (la chillwave?). La musique de ce collectif de bobos new-yorkais n'est en effet pas facile d'accès, elle ne se laisse pas aisément apprivoiser. D'ailleurs, maman n'aime pas et je dois donc écouter la plupart du temps leurs disques en cachette. Car les mélodies ne sautent pas immédiatement aux oreilles. Elles sont triturées dans tous les sens, accompagnées de cris d'animaux - la marque de fabrique du groupe, normal, ils s'appellent Animal Collective ! - font les montagnes russes. "Strawberry Jam" est pour moi, à ce jour, leur chef d'oeuvre, quoiqu'en pense Pitchfork, le célèbre webzine américain qui a grandement participé à leur reconnaissance. Parce que tout en gardant leur son si caractéristique, ils ont su alors le débarrasser du superflu, aller à l'essentiel, contrairement aux albums précédents souvent trop brouillons. Leur dernier en date, "Merriweather Post Pavillion", plus consensuel - toute proportion gardée, bien sûr, on n'est pas encore chez U2 non plus - a un peu perdu de ce qui faisait leur originalité. On n'y retrouve plus cette sauvagerie, cette agressivité limite repoussante, mais qui, une fois qu'on a réussi à passer outre, est finalement ce qui nous incite à revenir. "Cuckoo Cuckoo", par exemple, est un morceau qui provoque cette montée d'adrénaline là. Et puis, que dire de l'exceptionnel dyptique "For Reverend Green"/"Fireworks", sommet incontestable de cet album, qui me donne la chair de poule à chaque écoute !
Bref, Animal Collective a donc réussi à se créer une identité immédiatement reconnaissable, même si, en tant que brouilleuse de pistes patentée, la formation essaie de se renouveler à chaque fois. Et puis, il y a aussi les disques solos des membres du groupe : Panda Bear, tout d'abord déjà responsable de l'excellent "Person Pitch" et dont on attend une nouvelle livraison pour l'année prochaine; Avey Tare, ensuite, dont le premier album sortira le 25 octobre, c'est-à-dire dans seulement une semaine. Impossible en tout cas de citer une influence plutôt qu'une autre en parlant de leur musique. Certains évoquent des Beach Boys sous acides. Mais c'est incroyablement réducteur. On pourrait tout aussi bien les rapprocher des Stooges pour la rage toute animale. Une chose est sûre, après l'écoute de "Strawberry Jam", la plupart des autres disques paraissent subitement fades. Synonyme qu'on tient assurément là de la bonne confiote !

Clip de "Peacebone" :

Clip de "Fireworks" :

16 octobre 2010

El Guincho - Bombay


Aujourd'hui, c'est samedi et hier c'était vendredi. J'aime bien commencé par ce genre de phrases définitives qu'on ne peut contredire. Des vérités absolues qui n'apportent... rien finalement. C'est juste histoire de parler. En fait, c'est surtout pour vous dire que je commence une nouvelle rubrique sur mon blog : les clips. Et aussi que vendredi, c'est-à-dire hier, et ben, comme vous avez pu le constater, il n'y a pas eu de "chronique honteuse". Comme la semaine dernière d'ailleurs. Parce que pas le temps, pas l'envie, rien de spécial à dire. Bref, on commence donc avec un espagnol. Peut-être, parce que j'ai encore la tête à Barcelone. Pas facile, le retour au quotidien. En plus, le gars est de là-bas. Son album n'est pas vraiment renversant, mais le clip de son single "Bombay" est... Comment dire... Je vous laisse découvrir. Bon week-end à tous.

13 octobre 2010

Florent Marchet - Courchevel

Dis donc, dis donc, la chanson française se porte décidément très bien en 2010. Après Arnaud Fleurent-Didier en début d'année, Bertrand Belin il y a quelques semaines, voici une troisième confirmation du talent d'un de nos chanteurs. Plus rock que les deux prénommés, moins littéraire, plus direct aussi, (mais plus subtil que son alter-ego Erik Arnaud avec qui il collabore régulièrement), Florent Marchet s'était fait découvrir par le biais du magazine Les Inrockuptibles en 2002 sur une compilation CFQD où son titre "Tous pareils" apparaissait. Depuis, le garçon a continué son petit bonhomme de chemin, démontrant entre autres par ses multiples collaborations (de l'écrivain Arnaud Cathrine à la "star académicienne" Elodie Frégé) une culture et une inspiration ouvertes à tous les vents. "Courchevel" est sûrement ce qu'il a fait de mieux à ce jour - malgré la pochette où il pose tel un dandy un peu ringard, petite moustache en sus. C'est son disque le plus pop, le plus immédiat, le plus varié, le plus dense aussi malgré sa durée assez courte. Des titres comme "Courchevel", "Benjamin" ou le simili-tube "La famille Kinder" sont de ces chansons qui semblent à première vue toutes simples, mais qui ne demandent qu'à être réécoutées encore et encore. S'il fallait tout de même émettre un bémol, je dirais que Florent Marchet n'a pas encore su trouver complètement sa place dans le paysage de la chanson française. Car, même si "Courchevel" est très bon et mélange intelligemment la pop mainstream d'un Alain Souchon à celle plus exigeante d'un Dominique A, il manque un poil de personnalité. Trop de distance dans les paroles pour être complètement touchants, certains titres restent pour cela en retrait et c'est dommage.
En ajoutant une touche plus personnelle à sa pop calibrée, un peu à la manière du premier Miossec par exemple, Marchet pourrait cependant devenir une référence incontournable de la musique hexagonale.

Clip de "Benjamin" :

12 octobre 2010

Mes indispensables : Brian Eno - Before And After Science (1977)

Après Radiohead, voici le deuxième artiste dont deux disques font désormais partie de ma sélection d'indispensables. Il s'agit donc de Brian Eno dont le nouvel album devrait sortir début novembre sur le prestigieux label Warp. De Eno, je ne suis pourtant pas admirateur de toute la discographie. Non, en fait, presque seulement de ce qu'il a pu produire dans les années soixante-dix, que cela soit avec Roxy Music, en solo bien sûr, avec Bowie ou les Talking Heads à la toute fin de la décennie. Comme pour Bowie d'ailleurs, ces années-là demeurent l'apogée de son inspiration, avec un nombre non négligeable de très grands disques voire de chefs d'oeuvre. Et s'il fallait n'en garder que deux, ce serait donc "Here Come The Warm Jets", bien encore dans l'esprit glam-rock de sa première formation et dont maman vous a déjà parlé ici et ce "Before And After Science" donc. Ce dernier aurait tout aussi bien pu s'appeler "Avant et après la pop", tellement il représente une formidable passerelle entre les douces mélodies pop facilement sifflables ("Backwater", "Here He Comes" ou "King's Lead Hat") et les climats plus éthérés ("Julie With" ou "Spider And I") proches d'un nouveau genre musical, l'ambient, dont on le proclame souvent comme le père spirituel. Tout cela pourrait résonner de façon purement classique et ennuyeuse, mais c'est une fois de plus sans compter sur l'élégance à toute épreuve du monsieur, capable à partir de rien ou de pas grand chose, quelques légères notes de piano répétées à l'envie, quelques phrases bien senties, de pondre des chansons bouleversantes.
"By This River", par exemple, en est une. Un de ces titres éternels qui nous suivent toute une vie ou presque. Un morceau que j'ai pourtant découvert tardivement, en même temps que l'artiste finalement, lors de la sortie du film "La chambre du fils" de Nanni Moretti, palme d'or au festival de Cannes en 2001. Le père, "orphelin" de son fils, se console en achetant ce disque. Il n'en faut pas plus, la musique fait le reste. Les images venant d'elles-même, toutes représentations concrètes de la douleur et de la peine, deviennent d'un coup superflues. Une musique qui, avant d'être expressément écrite pour les aéroports ("Music For The Airports" en 1978) nous fait déjà voyager. Intérieurement. Et l'expérience nous montre que ce sont souvent les plus beaux voyages.

9 octobre 2010

of Montreal (+ We Have Band) - La Cigale - 7 octobre 2010


Retour aux affaires courantes, après une petite pause de quelques jours sous le doux soleil catalan, avec un concert. Et quel concert ! Puisqu'il s'agit des frapadingues de Of Montreal et de leur charismatique leader Kevin Barnes, sur la scène de la Cigale, à Paris. Mais avant cela, il y avait une première partie. Et si j'avoue être négligemment passé à côté de leur premier album, les anglais de We Have Band m'ont fait plutôt forte impression. Leur électro-rock n'est pas sans rappeler celui de leurs compatriotes de Bloc Party, chanteur noir oblige peut-être, mais en plus marrant, plus fun, plus barré aussi. L'inspiration vient pourtant de formations pas réputées pour la gaudriole, Joy Division en premier lieu. Mais comme tout cela est agrémenté d'une chanteuse/danseuse au déhanché très sensuel et aux petits cris d'animaux, d'un groove décapant et d'une énergie communicative - même si les sons sont parfois pré-enregistrés -, il semble très difficile de résister. Excellente prestation donc et un album que je vais m'empresser de réécouter d'une oreille plus attentive.
Of Montreal rentre ensuite en scène une petite demie heure plus tard et c'est le même blanc immaculé qu'arborent les membres du groupe. On ne nous avait pas dit que c'était une soirée à thème. Mais s'il y en a un qui a pour habitude de cracher sur le protocole, c'est bien Kevin Barnes. Et ce soir, il ne déroge pas à la règle avec un accoutrement tout droit sorti du carnaval de Dunkerque. Pour le bon goût, on repassera donc. En effet, quand on est attifé d'un bandana à la MGMT, d'un chemisier et d'une veste de tailleur de vieilles du XVIème, d'un simple tablier en dentelles et de collants, on peut difficilement la ramener question style vestimentaire. Mais le bonhomme n'en a cure. Et le concert commence à l'image d'un show des Flaming Lips, avec déguisements et vidéos-clips déjantés de rigueur. "Coquet, Coquette", leur dernier single donne le ton. Pendant plus d'une heure, c'est la fête qui règne sur la petite scène de la Cigale qui devient d'un coup beaucoup trop petite. Il faut dire qu'ils sont déjà neuf à jouer, plus les deux énergumènes qui viennent à chaque morceau affublés de combinaisons différentes. Kevin Barnes donne aussi de son corps, se démenant et remuant tel un adolescent attardé, ne sachant pas très bien quoi faire de ses membres. Pas de temps mort, pas de parlotte entre les chansons, et bien sûr, ce sont les titres de leur chef d'oeuvre "Hissing Fauna..." qui sortent du lot, ceux pendant lesquels on ne se surprend pas même à regarder ailleurs, à penser à autre chose. Car, à l'instar d'un concert des Flaming Lips dont l'exubérance scénique est décidément très proche, il se passe toujours quelque chose devant nous. Mais à la différence près que Barnes, voyant le public complètement acquis à sa cause, - j'ai d'ailleurs rarement vu autant d'ambiance dans une salle parisienne, le public de la capitale n'étant pas vraiment réputé facile à bouger - se permet l'audace de faire un rappel entièrement constitué de chansons de ... Michael Jackson. Ce type peut décidément tout se permettre. Avec ce groupe, rien ne paraît impossible.  On régresse, c'est indéniable, on redevient des groupies, limite hystériques. Et si finalement, ce n'était pas ça, le véritable esprit rock : faire fi des conventions et du politiquement correct. Et tant pis pour les pisse-froid en tout genre, qui trouveront sans doute à redire : "trop de show tue le show", les blagues - comme celle de Jackson - les plus courtes sont les meilleures, les tenues un peu ridicules et de mauvais goût du chanteur (il finira en veste de survet' et mini-jupe), le message pourtant assez noir véhiculé par les textes qui se retrouve ainsi affaibli par la légèreté apparente de l'ensemble, etc. Pour notre part, nous ne pouvions rêver meilleur retour de vacances.

"She's a Rejector" :
"Thriller" :

Des photos de la soirée ici et .

6 octobre 2010

Deerhunter - Halcyon Digest

Je ne vais pas vous cacher que j'ai d'abord été un peu déçu par cette nouvelle mouture de Deerhunter, le groupe phare de Bradford Cox, l'homme aux multiples projets. "Halcyon Digest" était trop pop, n'avait plus ces guitares tranchantes et un peu sales des précédents disques. Trop propre en somme. Et puis, petit à petit, cet album a fait son chemin, comme on dit, distillant un irrésistible venin. Comme pour le précédent disque, leur musique agit sur moi insidieusement, elle finit par s'imposer sur la longueur. En plus, il y a maintenant une homogénéité qu'il n'y avait pas avant. Les mélodies se font aussi plus soignées. Les titres s'enchaînent sans se ressembler complètement mais en s'assemblant parfaitement - oui, c'est assez compliqué ce que je viens d'écrire, mais je me comprends. Il n'y a par contre peut-être pas de titres aussi forts que "Agoraphobia" ou "Microcastle", mais une petite bombinette comme "Memory Boy" est par exemple assez savoureuse. Deerhunter est en tout cas en train de devenir, à l'instar d'Animal Collective, l'un des groupes de rock indépendant (ou "Pitchforkien", c'est selon) les plus excitants de l'époque. Car s'ils se cherchaient encore un style auparavant, avec "Halcyon Digest", on peut désormais affirmer qu'il y a une "griffe" Deerhunter, un son facilement reconnaissable.
Bien sûr, l'inspiration provient toujours et comme une pléiade de groupes de rock indépendant actuels de cette musique à guitares de la fin des années 80-début des années 90, de Jesus And Mary Chain à My Bloody Valentine en passant par Galaxie 500, voire les Stone Roses. Bref, sans réellement innover, Deerhunter apporte sa petite pierre à l'édifice rock. L'avenir nous dira s'ils feront partie des groupes qui resteront. Cela n'empêche qu'on voit déjà des nouvelles formations s'inspirant grandement de leur univers cotonneux, les Beach Fossils en premier lieu.

4 octobre 2010

Mes indispensables : Sonic Youth - Sister (1987)

Ce disque-là, j'en ai déjà parlé ici il y a déjà quelques temps. J'ai aussi déjà parlé pas mal du groupe en question. Mais histoire de boucler la boucle et de lister de manière exhaustive l'ensemble de mes disques de chevet, je ne pouvais pas oublier "Sister" des Sonic Youth dans cette rubrique. Et pour faire mon fainéant - vacances en Espagne oblige - rien de tel que de me citer moi-même, non ? Voici ce que je disais il y a plus d'un an sur ce grand disque rock des années 80 :
[...]"Sister" est un formidable condensé de bruits tous azimuts et de mélodies pop. Tous les titres ou presque pourraient être cités, mais je retiendrais surtout les deux premiers : "Schizophrenia" (au passage présent sur la dernière BO du film "Simon Werner a disparu...") et "Catholic Block". Deux monuments. Deux chansons où chaque seconde compte, où rien n'est laissé au hasard, contrairement à l'attitude cool et nonchalante qui pourrait transparaître à la première écoute. Car il y a ici une vraie progression à l'intérieur des morceaux. On ne sait pas où le groupe va nous amener mais on sait à l'avance que cela va être passionnant. Après, le reste, c'est de la littérature. Sonic Youth a rédéfini le rock à sa sauce. On est en 1987. Qui a dit que les années 80 n'avaient rien apporté à la musique ?
Tout cela est forcément encore vrai aujourd'hui. Et je préfère toujours ce disque-ci plutôt que le suivant "Daydream Nation" ou même "Goo" souvent cités comme leurs meilleurs. "Daydream Nation" parce que le disque, les morceaux sont si longs, si denses - même si "Teenage Riot", quelle claque! - que je n'arrive jamais à l'écouter en entier, d'une traite. "Goo", parce que même si le format est plus pop, plus immédiat, il l'est du coup presque trop, et la construction des morceaux est nettement plus prévisible. Car, c'est cela qui fait en partie le charme et l'intérêt de ce groupe, ce talent de savoir nous surprendre, au détour d'une chanson, de faire partir d'un coup la mélodie et les guitares en vrille. Il y a cette tension constante qui incite l'auditeur à toujours rester en éveil. Pour cela et pour bien d'autres raisons, Sonic Youth reste une référence absolue, encore aujourd'hui, dans le petit monde (trop?) balisé du rock.

1 octobre 2010

Travailler, mon cul

Demain, c'est grève générale. Ou plutôt manifestation générale. Car beaucoup de gens ne travaillent pas le samedi et pour faire grève, il faut travailler, non ? L'occasion idéale de vous parler ce matin du travail, ce mot béni de toute la classe politique, d'Arlette Laguillier ("travailleurs, travailleuses, etc") à Nicolas Sarkozy ("travailler plus pour gagner plus"). Mais revenons, au sens étymologique du terme, oui, travail vient du latin tripalium qui désigne un instrument de torture. Le travail serait donc une torture, quelque chose que les riches, ceux qui possèdent, ont inventé pour occuper les pauvres, les récompenser en leur donnant une impression d'épanouissement personnel, de reconnaissance sociale. Car ne nous trompons pas, la valeur "travail" mise régulièrement en avant par notre président pendant sa campagne électorale est un leurre. On ne compte en effet plus les mesures prises allant à l'encontre de ceux qui travaillent : bouclier fiscal (je ne suis pas sûr qu'il y avait beaucoup de salariés à payer plus de 50% d'impôts), allègement des droits de succession (autre cadeau fait aux dynasties de rentiers que sont les Bettencourt, Lagardère, Dassault, Bouygues et compagnie), allongement de la durée des cotisations retraite mais pour les travailleurs seulement, etc. Enfin, bref, il suffit de montrer du doigt le petit, "monsieur tout le monde" qui ne fout rien, qui gruge la sécurité sociale, le fisc pour des clopinettes (aidé en cela par le journal de propagande de Pernaut). Il suffit de stigmatiser à longueur d'interview la "bêtise" des 35 heures. Il suffit de prêter de l'argent aux banques au moment de la crise, alors que justement si les banques françaises s'en sont bien sorties par rapport aux autres, c'est en grande partie grâce aux liquidités venant des petits épargnants, c'est-à-dire des travailleurs. Pourtant, dès les premiers instants de son mandat, Sarkozy avait annoncé la couleur, allant dîner avec ses vrais amis, les "puissants", au Fouquet's, narguant ainsi ouvertement le peuple qui venait de l'élire, même si une grande majorité de ses voix provenait déjà des plus de 65 ans, c'est-à-dire des retraités. Alors, oui, le blogueur Ulrich a raison lorsqu'il parle dans son article de résignation, de fatalisme. Les grèves actuelles sont décevantes, les réactions et manifestations molles et je m'inclus évidemment dans le lot commun. Ce qui fait la force des riches, des dominants, c'est leur unité (dixit le couple de penseurs Pinçon/Pinçon-Charlot dans leur dernier ouvrage "Le Président des riches"). A nous, de faire la même chose et de démontrer qu'il y a aussi une vraie cohésion (fraternité?) des dominés, des travailleurs. Même si étymologiquement, nous sommes sans doute vaincus d'avance... D'ailleurs, en parlant de travail, je m'en vais quelques jours en vacances avec maman à Barcelone...
PS : Désolé d'avoir transformé ce blog le temps d'un instant en réquisitoire (communiste?) politique. Mais il y a des jours comme ça où les pensées ne peuvent rester muettes.