31 mars 2010

The Strange Boys - Be Brave

Avec ces petits texans, dont "Be Brave" est déjà le deuxième album, le temps s'est indéniablement arrêté. On est encore au milieu des années 60. La jeunesse rebelle écoute les Stones, Bob Dylan, pas encore le Velvet, mais ça viendra. L'harmonica est plutôt bien vu, les voix nasillardes à la mode. Et puis, il y a cette attitude d'avoir l'air de s'en foutre malgré tout. Comme si le rock, ce bon vieux rock à papa, n'était pas si primordial. Comme si ce n'était qu'un élément parmi d'autres, un prétexte pour les filles, l'alcool, les drogues. Avec les Strange Boys, on croirait revenir quarante ans en arrière, avec même le son d'origine. On pourra donc aisément passer à côté de ce disque : trop anachronique, pas assez dans l'air du temps, déjà mille fois entendu et en mieux. Sauf qu'à l'écoute de la chanson éponyme, on pourrait justement se mettre à regretter de ne pas l'avoir vécue cette époque-là, ce temps béni où l'on avait encore le temps. Le temps de l'insouciance. Le temps d'expérimenter. Le temps de ne rien faire aussi.
Les Strange Boys, qui, s'ils ne révolutionneront assurément pas l'histoire du rock, loin s'en faut, méritent sans doute bien leur nom. Etrange, oui, cette façon de jouer et chanter sans trop vraiment y croire, pour le fun et rien d'autre. Comme si les trois dernières décennies n'avaient jamais existé. Comme si, à l'heure d'internet et de l'ultra-médiatisation, on pouvait encore aujourd'hui, faire de la musique, tranquillement entre potes, loin de l'agitation ambiante. Et nous vient alors cette question, qui prouve sans doute qu'on a vieilli : et si finalement, c'était mieux avant ?

Clip de "Be Brave" :

29 mars 2010

Mes indispensables : The Libertines - Up The Bracket (2002)

Rappelez-vous, on était alors en 2002 et c'était soit-disant le retour du rock à guitares avec l'apparition de tout un tas de groupes en "The", en tête desquels figuraient les américains de The Strokes et The White Stripes ainsi que les anglais de The Libertines. Si les deux premiers existent toujours et continuent de connaître un succès certain, les derniers ont splitté depuis quelques temps déjà. En effet, les deux leaders des Libertines, après deux albums seulement ne s'entendaient plus : problème d'égos surdimensionnés ? abus de drogues ? Ils se sont donc logiquement séparés et ont formé chacun de leur côté un groupe : les Babyshambles pour Pete Doherty (il continue désormais carrément en solo), les Dirty Pretty Things pour Carl Barat. Sans jamais retrouver la spontanéité de ce premier essai, "Up The Bracket", véritable coup de maître. Produit par le Clash Mick Jones, ce disque est une gigantesque claque, peut-être encore plus que le "Is This It" des Strokes. Parce que si les américains jouaient aux branleurs, les anglais, eux, ne jouaient même pas. La preuve en a été faite avec toutes les frasques de Doherty dont la presse people s'est faite l'écho depuis. Mais il suffisait déjà à l'époque d'avoir vu les deux groupes sur scène pour saisir la différence - j'ai eu cette chance ;). Chez les Strokes, c'était carré, pro, il n'y avait rien à dire, ultra efficace. Chez les Libertines, c'était n'importe quoi, brouillon, désinvolte, bien dans l'esprit punk. Les premiers, petits bobos new-yorkais, avaient su intégrer parfaitement leurs influences diverses du Velvet, en passant par les Stooges ou Television, sans pour autant en garder le côté sulfureux. Les seconds, alcooliques et drogués notoires, avaient poussé le bouchon beaucoup plus loin, dépassant le côté "sex, drugs & rock'n'roll" de leurs ainés, des Clash aux Buzzcocks.
On pourra aujourd'hui toujours mettre en avant cet aspect assez négatif du groupe - Doherty, aux dernières nouvelles, risquerait même la prison pour homicide involontaire - il n'en demeure pas moins qu' "Up The Bracket" contient son lot non négligeable de classiques rock instantanés : la chanson titre bien sûr,  mais aussi "Time For Heroes", "Death On The Stairs", etc. Pas encore pleinement conscient de son talent, le groupe dégageait alors une fraîcheur et une grâce qu'ils ne retrouveront malheureusement plus ensuite - sauf par intermittence sur leur deuxième et dernier album. "Up The Bracket" restera en tout cas l'un des meilleurs disques de rock anglais des années 2000.
Aux dernières nouvelles, il paraîtrait même que les lascars vont bel et bien se reformer pour quelques concerts en Grande-Bretagne et pourquoi pas un nouvel album. C'est ici.

Clip de "Time For Heroes" :
Clip de "Up The Bracket" :

26 mars 2010

Les premiers jours du printemps

                                                   Le printemps de Giuseppe Arcimboldo

Voici donc les longs jours, lumière, amour, délire !
Voici le printemps ! mars, avril au doux sourire,
Mai fleuri, juin brûlant, tous les beaux mois amis !
Les peupliers, au bord des fleuves endormis,
Se courbent mollement comme de grandes palmes ;
L'oiseau palpite au fond des bois tièdes et calmes ;
Il semble que tout rit, et que les arbres verts
Sont joyeux d'être ensemble et se disent des vers.
Le jour naît couronné d'une aube fraîche et tendre ;
Le soir est plein d'amour ; la nuit, on croit entendre,
A travers l'ombre immense et sous le ciel béni,
Quelque chose d'heureux chanter dans l'infini.
                  Printemps de Victor Hugo  (extrait du recueil "Toute la lyre")



PS : J'avoue, j'ai copié le concept : peinture, littérature & musique ici. Voilà, il fallait que justice soit rendue. Et désolé pour cette chronique pas (du tout) honteuse du vendredi. Promis, je me rattraperai la prochaine fois. Sur ce, bon week-end à tous.

24 mars 2010

Chapelier Fou - 613

Après deux EP et quelques concerts plutôt remarqués (notamment au Printemps de Bourges en 2008, il y sera d'ailleurs de nouveau cette année), voici "613", le premier album de Chapelier Fou, alias Louis Warynski de son vrai nom. Une fois n'est pas coutume, c'est donc d'un artiste français dont je vais vous parler aujourd'hui. Son univers assez particulier et presque entièrement instrumental est à situer quelque part entre un Yann Tiersen et une Emilie Simon (lorsque celle-ci ne se prenait pas encore pour Kate Bush), pas loin non plus d'un Owen Pallett, avec lequel il partage une certaine habileté dans le maniement du violon, mais sans l'organe vocal donc. Et pour une fois, c'est l'Est de la France qui fait parler de lui, puisque le monsieur en question est originaire de Lorraine. Le chapelier fou est, pour ceux qui ne le savent pas, un personnage d'Alice au pays des merveilles (il est joué par Johnny Depp himself dans le dernier film de Tim Burton qui vient de sortir ce jour-même sur les écrans - bien vu en tout cas pour le timing de parution de l'album ...). L'imaginaire de Lewis Carroll sied d'ailleurs très bien à cette musique assez ludique, faite de boucles de violons, de guitares et de machines en tous genres. Une musique qui possède un charme tout enfantin et une évidence mélodique universelle.
Le genre de choses qui pourrait aussi bien illustrer un spot de publicité, constituer une musique de films, et qu'on peut malgré tout écouter chez soi, tranquillement comme de la musique classique par exemple - le petit Louis a d'ailleurs suivi un cursus au conservatoire de Metz. Le chapelier fou, chez Lewis Carroll, adore aussi poser des devinettes complètement absurdes, qui n'ont bien souvent pas de réponse. Et c'est ce "613" qui pose ainsi ses jalons, ouvre des portes, sans jamais vraiment les refermer.  L'horizon est bien dégagé, tout est constamment possible (quelques voix par-ci, par-là...), et on s'y love agréablement, comme dans un rêve.

"Secret Handshake" :

Album en écoute intrégale à partir du 29 mars en cliquant ci-dessous (en attendant son MySpace propose déjà quelques titres) :

23 mars 2010

Concours : 3x2 places à gagner pour This Is The Hello Monster le 1er avril aux Trois Baudets

J'en avais parlé ici dans mes découvertes de la semaine. Maintenant, pour ceux qui ont apprécié (vous pouvez toujours vous refaire une idée en allant sur son MySpace) je vous propose de gagner 2 places pour aller voir This Is The Hello Monster aux Trois Baudets, à Paris, le jeudi 1er avril prochain (non, ce n'est pas un poisson !)
Comment ça marche ? Rien de plus simple : les trois premiers à m'envoyer leur nom, prénom par mail à l'adresse lamusiqueapapa@gmail.com décrochent les précieux sésames. Parmi les heureux gagnants, si certains ont l'envie et le courage d'écrire une petite bafouille sur ledit concert, n'hésitez pas à me le signaler, je la publierai ici même. Alors, à vos marques, prêts, partez ! (Pour plus d'infos sur le concert, c'est ici)

22 mars 2010

Mes indispensables : The Velvet Underground & Nico (1967)

Bonjour à tous ! Eh oui, les papas aussi ont du travail... Maman est donc de retour aujourd'hui pour vous parler d'un album pas tout jeune, puisqu'il date de 1967. Et pourtant, impossible de se faire à l'idée que ce disque a 43 ans. Il faut dire qu'en 67 le Velvet Underground n'était pas en retard sur son temps... On présente souvent les Beatles et les Rolling Stones comme les symboles de la jeunesse rebelle des 60's, sans doute parce qu'ils étaient parmi les premiers à faire du rock. Mais dans le registre "sex and drugs and rock'n'roll", ces derniers ne font décidément pas le poids face à la formation new-yorkaise, bébé d'Andy Warhol. Outre la banane de couverture pour le moins équivoque (d'autant qu'à la sortie de l'album, celle-ci était accompagnée de la mention : "Peel Slowly and See" ; en l'"épluchant", on découvrait un fruit... rose), la thématique du Velvet n'est pas vraiment fleur bleue. Et à l'heure où nos anglais entonnaient joyeusement "With a Little Help from my Friends" et "Let's Spend the Night Together", Lou Reed et ses acolytes nous contaient de sombres histoires d'addictions en tous genres, de jeunesse paumée, d'illusions perdues ou de déviances sexuelles. Les quatre garçons dans le vent n'ont qu'à bien se tenir ! En effet, du mélancolique "Sunday Morning", en passant par le planant "Venus in Furs" et le paroxystique "Heroin", et jusqu'à l'inaudible "European Son", "The Velvet Underground and Nico" sonne l'ère de la décadence. La poésie vénéneuse de Lou Reed, accompagnée de guitares tantôt brutales et saccadées, tantôt langoureuses et obsédantes nous transporte dans un univers à la fois sordide et fascinant. Les titres "Femme Fatale", "All Tomorrow's Parties" et "I'll Be your Mirror" portés par la voix atone et néanmoins pénétrante de Nico, viennent alléger, toutes proportions gardées, l'atmosphère étouffante qui règne sur cet album.
En dépit d'un succès commercial mitigé lors de sa sortie, l'album à la banane aura bien évidemment fait d'innombrables petits qui en auront faits à leur tour. En atteste la célèbre phrase attribuée au vénérable Brian Eno, "Peu de gens ont acheté le premier album du Velvet Underground à sa sortie, mais tous ont ensuite fondé un groupe."

Vidéo de "Venus In Furs" :

19 mars 2010

Mr Katerine vous emmerde

S'il est un chanteur actuel qui correspond totalement à ma chronique honteuse du vendredi, c'est bien lui : Katerine. De part son univers décalé, ses quelques chansons cultes : "Je vous emmerde", "Louxor, j'adore", "VIP", etc, mais aussi ses collaborations diverses et variées dans le milieu de la musique bien sûr, mais aussi de la télé, du cinéma, etc. Cet homme est une personnalité atypique, complexe, qui n'aime rien qu'à brouiller les pistes, surprendre et ne surtout pas se prendre au sérieux. Forcément, cela agace les rabat-joie en tout genre, comme si l'art se devait d'être quelque chose de chiant, coincé et un domaine réservé aux personnes de bon goût. Bobo ?  Elitiste ? Anti-commercial ? Même pas, il participera d'ailleurs à la nauséabonde Star Academy ou encore au dernier album de l'horripilante Arielle Dombasle. Le gars bouffe à tous les râteliers, pourvu qu'il puisse s'amuser. Le ridicule ne tue pas, me direz-vous, mais Katerine ne l'est jamais. Car, à partir du moment où l'on sait que l'on est ridicule, on ne l'est plus. Son dernier projet en date ? Katerine, Francis  et ses peintres. Leur but ? Reprendre tous les plus grands tubes (souvent à connotation ringarde, à titre d'exemples : "Papayou", "C'est lundi", "Partir un jour", "Coup de folie") du patrimoine français. Et ça marche. Une fois de plus. Pour info, c'est ici et il suffit de cliquer sur les étoiles pour écouter les morceaux. En bonus, je n'ai pas résisté à vous faire une petite compilation vidéo (non exhaustive bien sûr) du monsieur. Bon week-end à tous.

- "Jesus-Christ, mon amour" :

- Extrait du film "Peau de cochon"

- "Euro 04" (avec Helena Noguerra, son ex)

-"Mon coeur balance" :

17 mars 2010

The Morning Benders - Big Echo

C'est le premier disque de ma sélection "Disque de la semaine" à n'être disponible qu'en import et c'est donc celui que vous aurez sans doute le plus de mal à trouver en magasin. Même si, avec internet, cela ne devrait normalement pas poser de problème. A l'inverse de la plupart de tous les nouveaux groupes nous venant d'outre-Atlantique, les Morning Benders ne nous proposent pas de folk (ouf !) ou si peu. Leur musique n'est pas non plus influencée par la musique africaine. Pas davantage d'instruments électroniques ici. Non, ces petits américains font de la pop comme on en faisait dans les années 60, quelque part entre les Ronettes et les Beach Boys. De la pop comme on en fait plus beaucoup aujourd'hui : des Grizzly Bear (ils sont d'ailleurs produits par Chris Taylor) version côte ouest ? Un peu has-been, pas (encore ?) vraiment à la mode. Et donc foncièrement intemporelle. Le meilleur exemple en est "Excuses", le premier morceau de ce "Big Echo", leur deuxième album, qui nous transporte littéralement. Ce titre est une merveille de simplicité et pourtant d'une incroyable efficacité. D'ailleurs, je pourrais m'arrêter là, parce que cette chanson justifierait à elle seule l'acquisition de ce disque. Je ne me lasse pas de me la passer en boucle. Encore et encore.
Pourtant, le reste du disque est à l'avenant. "Wet Cement", "Hand Me Downs", "Promises" soutiendraient aisément la comparaison. Et c'est tout l'album qui est ainsi - la deuxième partie est quand même un poil en-dessous -, d'une limpidité qui tendrait vers la facilité et pourrait engendrer une certaine lassitude. Sauf que derrière cette musique à priori décontractée et dilettante, se cache en réalité une écriture pas si évidente, qui fait qu'on la réécoute avec un plaisir toujours renouvelé. Bref, des mélodies légères et fraîches qui, par les temps qui courent, font un bien fou. Espérons donc que ce "Big Echo" portera bien son nom.

=> Interview du groupe sur le site de Branche ton Sonotone.

Vidéo de l'enregistrement de "Excuses" :

15 mars 2010

Mes indispensables : Sparklehorse - Vivadixiesubmarinetransmissionplot (1995)

Décidément, cette nouvelle décennie est marquée du sceau du suicide parmi les folkeux américains. Car après Vic Chesnutt, ce fut autour de Mark Linkous, leader de Sparklehorse, de mettre fin à ses jours, il y a une semaine maintenant. Et si je n'étais pas particulièrement amateur de la musique du premier, celle du deuxième m'a nettement plus marquée. Et notamment ce disque - ainsi que "It's a wonderful life", surtout pour la chanson titre, qui raisonne désormais de manière tristement cynique - le premier du groupe, au nom à rallonge. Attention, reprenez votre respiration : "Vivadixiesubmarinetransmissionplot". A l'époque, Linkous avait eu un grave accident qui l'avait cloué pendant plusieurs mois dans un fauteuil roulant. Ceux qui ont pu le voir sur scène à ce moment-là, ont été pour la plupart subjugué par l'émotion qui pouvait se dégager de cet homme. Cette émotion, on la ressent d'ailleurs dans cet album magnifique. Comme dans chaque premier disque, c'est toute la vie passée de l'artiste que l'on traverse, ses hauts et ses bas, souvent plus nombreux malheureusement. Les disques suivants, ça n'est déjà plus pareil, on applique une recette. Les morceaux les plus calmes comme "Homecoming Queen", "Most Beautiful Widow In Town", "Heart Of Darkness" ou "Sad And Beautiful World" sont autant de chansons déchirantes, le tout sans abondance d'effets, quelques fois même presque nues. Mais les titres les plus rock comme "Rainmaker", "Hammering The Cramps" et surtout "Tears On Fresh Fruit" ne sont pas en reste et demeurent aujourd'hui encore sous couvert de plus de brutalité et de rugosité profondément touchants (voire flippants).
Parce qu'on sait désormais, même si ce n'était un secret pour aucun fan, qu'ici l'émotion n'était pas jouée, mais bien réelle. "It's a wonderful life" est aussi souvent cité comme leur meilleur disque, sauf que je lui reprocherais son côté trop arrangé, presque lisse. On ne badine pas avec les sentiments. La chair de poule, ça ne se commande pas, cela se ressent avant tout, et tant pis, si c'est maladroit, mal fichu, un peu bancal. L'essentiel est que cela soit naturel. Mark Linkous sera aussi souvent comparé à un Neil Young moderne, ou plutôt un Neil Young "underground", en marge. On a juste oublié de dire que Sparklehorse, c'était tout simplement comme Neil Young, mais en mieux, parce que ça vous prend là, aux tripes. Ce disque est un chef d'oeuvre, et je ne dis pas ça parce que le gars vient de mourir. En témoigne, pour les sceptiques, les paroles du magnifique "Heart Of Darkness" ci-dessous. So long, Mark ...

She laid her head
On my chest
As the sun burned
Down the west
There’s one thing we still got
This one last dance in this parking lot

Oh yeah, i, I got a heart of darkness
Oh yeah, i, I got a heart of darkness

Then she woke up
Into the fire
And the flames kept
Dancing higher
Satan would laugh at her screams
Then she woke up from her dreams

Oh yeah, i, I got a heart of darkness
Oh yeah, i, I got a heart of darkness


Clip de "Rainmaker" :

12 mars 2010

Qu'il est loin mon pays, qu'il est loin

Ce week-end, l'événement, ce sont bien sûr les élections régionales. Et oui, après avoir voté pour le cinéma, la musique, on vote désormais pour la politique. Tout n'est décidément qu'une histoire de compétition, de sélection. Mais attention, pas n'importe quelle politique, celle de nos régions françaises. L'occasion donc de revenir en chansons sur notre beau pays. Je ne reparlerai pas de la mienne, de région, la Bretagne, elle a déjà fait l'objet d'une chronique honteuse ici. Ni de Paris, j'en ai aussi déjà parlé . A croire que la géographie, c'est mon truc. Mais il y a assez d'autres coins de France qui ont inspirés nos braves chanteurs hexagonaux. A commencer par la Normandie, voisine de la Bretagne justement, pour deux chansons inoubliables et cultes de notre patrimoine national : 
"Elle voulait revoir sa Normandie" du Dick Rivers des eighties : Gérard Blanchard, qui aime décidément bien son pays, puisqu'il est aussi responsable du non moins célèbre "Rockamadour", grottes dont le nom même semblait taillé (sans mauvais jeux de mots) pour un chanteur de son envergure.

"Made In Normandie" des non moins célèbres Stone et Charden, véritable ode bucolique et pleine de fraîcheur à la région.

Pour rester dans le registre humoristique (ah bon ? ce n'était pas sensé être drôle ?), Bourvil, évidemment, et le fameux "Clair de lune à Maubeuge" qui donnerait presque envie d'y aller. Je plaisante, bien sûr.

Mais, histoire de prendre un peu de hauteur, des chanteurs nettement plus "sérieux" ont aussi participé à vanter les mérites de nos belles régions (et villes) :
Jacques Brel - Vesoul

Claude Nougaro - Toulouse

Barbara - Nantes

Georges Brassens - Chanson pour l'auvergnat

Quant au très sarkozien Didier Barbelivien et accessoirement chanteur préféré de Jean-Pierre Pernaut, il avait parlé de ce petit "pays" désormais sinistré à cause d'une dénommé Xynthia et dont les principales attractions sont aujourd'hui le président de son conseil général et le fameux Puy dont ce dernier est à l'origine. 

Aux dernières nouvelles, l'insupportable Barbelivien continuerait encore à sévir dans l'ombre et aurait même obtenu la légion d'honneur des mains de qui vous savez. Il est beau notre pays, vous ne trouvez pas ? Avec ça, si vous n'avez pas envie d'aller voter dimanche ... Bon week-end à tous.

10 mars 2010

Lightspeed Champion - Life Is Sweet ! Nice To Meet You

Celui-là, ça fait déjà un moment qu'il est sorti et je n'en parle que maintenant pour deux raisons. Tout d'abord, parce qu'au moment de sa sortie, je trouvais qu'il y avait de meilleurs disques, qui méritaient que j'en parle en premier lieu. Ensuite, parce que maintenant, je trouve que c'est le meilleur disque de 2010 dont je n'ai pas encore parlé. Oui, le deuxième album de Devonte Hynes, l'homme qui se cache derrière le pseudo de Lightspeed Champion, est un bon disque. Non, ce n'est pas non plus le disque de l'année. Le chanteur continue en fait son petit bonhomme de chemin dans le joyeux monde de la pop chamarrée, mais toujours aussi difficile à cataloguer, le genre de trucs qu'on a l'impression d'avoir toujours entendu, mais dont on n'arrive pas vraiment à définir où et quand. Une musique qui semble couler de source, et qui, forcément, ne plaira pas aux adeptes de la sobriété et de la retenue. Par contre, elle enthousiasmera sans doute ceux qui aiment la pop avant tout, celle qui n'a pas peur par définition, d'être populaire.
Une pop facile d'accès donc mais en même temps bourrée à ras bord d'arrangements en tout genre, pas décidée à se refuser la moindre fantaisie au risque de saturer l'ensemble. Car, il s'agit bien ici de "musique chantilly", pleine de choux à la crème et de sucreries à la pelle. (pelleteuse diront les rabats-joie) On frôle parfois l'overdose - toute proportion gardée, on n'est pas chez Mika non plus - , mais comme je suis plutôt gourmand de nature, j'en redemande. Mais attention tout de même, si ce "Life Is Sweet ! Nice To Meet You" - titre à l'ironie évidente - est plutôt un bon cru, il est à consommer avec modération, sous peine d'une bonne crise de foie.

Clip de "Marlene" :

Album en écoute intégrale sur son MySpace.

9 mars 2010

Adam Green - L'Alhambra - 8 mars 2010

Après avoir laissé la main à maman, journée de la femme oblige, pour un indispensable hier, papa est donc de retour. Et là encore, petite surprise, car c'est avec une chronique de concert. Concert, qui n'était pas vraiment prévu, puisque nous avons eu des invitations de dernière minute. Et même si son dernier album ne m'a pas laissé un souvenir impérissable - sa meilleure période reste toujours celle des excellents albums "Friends Of Mine" et "Gemstones" -, c'est toujours plaisant de voir Adam Green sur scène. Car le monsieur est indéniablement un showman. Je passerai rapidement sur la première partie. D'une part, parce qu'on est arrivé un peu en retard et que deux ou trois titres, c'est peut-être trop peu pour pouvoir juger. D'autre part, parce que le gars en question - Ish Marquez ?-, s'il avait sûrement du mérite d'être tout seul en scène avec sa guitare, jouait une espèce de folk poussif, assez banal et donc dispensable. Après une très grosse demi-heure d'attente, ce fut donc au tour du phénomène Adam Green. Car il faut bien parler de phénomène. Affublé seulement d'une veste de cuir tendance "wock'n'woll" et d'un jean slim tendance "je le remonte toutes les cinq minutes", il avait pourtant le look de circonstance. Mais quand, au bout de quelques secondes seulement sur scène,  il s'est mis à gesticuler dans tous les sens, de manière désordonnée, telle une mouche tsé tsé, difficile de ne pas retenir un sourire. Le message passe instantanément : surtout, ne pas prendre ce qui va suivre au sérieux ! Les chansons s'enchaînent sur un rythme effréné. Il faut dire que même sur disque, un titre d'Adam Green dépasse rarement 2 minutes 30. Le bonhomme est donc obligé de temps en temps de marquer des pauses, plaisantant avec le public. Un type viendra l'aider en lui prêtant sa ceinture, réglant ainsi son problème récurrent de jean slim qui tombe. Il terminera pendant son rappel en tenue de boxer avec short et peignoir et entonnera même le célèbre "Everything I do, I do it for you" du pénible Bryan Adams, avec son ton décalé habituel. Impossible ou presque de s'ennuyer à un concert d'Adam Green. C'est varié : tantôt acoustique, tantôt électrique. C'est un drôle de mélange entre Leonard Cohen, Lou Reed, Jim Morrison et Frank Sinatra, le tout saupoudré de paroles désopilantes. Et puis, il faut bien admettre qu'il possède un bel organe. Alors, bien sûr, les puristes pourront lui reprocher un certain manque de rigueur et de professionnalisme, mais c'est aussi ce qui fait son charme. Et de charme, il doit en avoir beaucoup, car le public était en grande partie féminin hier - journée de la femme oblige ? - et ce n'est pas la fille qu'il a embarquée sur son épaule en fin de concert qui dira le contraire ;)
Clip de "Dance with me" :

Vidéo de la même chanson lors du concert :

PS : Vous trouverez sur le site de Soul Kitchen un autre compte-rendu avec en sus le clip du dernier single ainsi que la playlist du concert.

8 mars 2010

Mes indispensables : Talking Heads - Remain In Light (1980)

Bonjour à tous. Une fois n'est pas coutume, c'est maman qui prend la plume aujourd'hui... Papa m'a en effet proposé de vous parler des Talking Heads et plus particulièrement de l'album "Remain in Light". Comme celui-ci est plutôt bien placé dans mon top 100 des meilleurs albums de "tous-les-temps-de-la-mort-qui-tue", je n'ai pas hésité longtemps (enfin, façon de parler, car maman ne fait pas de tops : maman, comme toutes les mamans, a mieux à faire !).
Souvent considérés comme les précurseurs de la world music, à l'instar de leur frère spirituel Brian Eno (qui a d'ailleurs participé à trois de leurs albums, dont "Remain in Light") ou de Dead Can Dance, les "têtes qui parlent" sont des OVNI lancés sur la planète Rock. Après des débuts punks en 1977 avec l'album sobrement intitulé "77", (sur lequel figure le tube "Psycho Killer"), ils se tournent en 1979 vers l'exotisme avec l'album "Fear of Music". Uniques en leur genre, ils n'hésitent pas à mêler les sonorités électroniques aux musiques ethniques. Dans "Remain in Light" en 1980, ils font la part belle à la musique africaine et réussissent le pari de faire une musique nouvelle mais accessible. A l'image de l'Afrique, berceau de l'humanité et de la musique, cet album déborde d'une énergie vitale qui vous prend aux tripes et vous donne une envie irrépressible de danser. Les paroles de David Byrne, décalées et entêtantes illustrent remarquablement bien la musique aux accents quasi-chamaniques des Talking Heads. "Remain in Light", album solaire et envoûtant, est une ode à la vie, au métissage et une réflexion sur l'altérité.

Comme tout groupe d'avant-garde, les Talking Heads en ont inspiré plus d'un et aujourd'hui encore, des groupes tels que Radiohead (dont le nom est tiré d'une chanson des Talking Heads, précisément intitulée "Radio Head", figurant sur l'album "True Stories", de 1986), Arcade Fire, MGMT, Vampire Weekend, Clap Your Hands Say Yeah, LCD Sound System, ou encore les excellents Metronomy revendiquent leur filiation au groupe new-yorkais.
A noter qu'en avril prochain, David Byrne et Fat Boy Slim sortent un album de collaboration intitulé "Here lies Love". On annonce déjà une curiosité...
Espérant que vous aurez pris plaisir à lire ma prose et que vous aurez envie de ressortir "Remain in Light" de vos tiroirs, je vous salue bien bas et rend la plume à papa. A bientôt peut-être !

Clip de "Once In a Lifetime" :

5 mars 2010

La musique ? Oui, la musique ...

Après les Césars, vous aurez droit (enfin, si vous le voulez, rien ne vous y oblige) samedi soir aux Victoires de la musique. Et après Valérie Lemercier et Gad Elmaleh, ce sera au tour de Nagui - pas sûr qu'on y gagne au change - d'animer tout ça. Mais l'avantage qu'a la musique sur le cinéma, c'est que tout de suite, sur quelques minutes (secondes ?), il est possible de se faire un avis de la chose, de juger sur pièce, ce qui  permet d'une part de combler son retard pour les trucs dont on n'avait jamais entendu parler avant  - même si souvent, on s'aperçoit que ce n'était pas bien grave - et d'autre part d'animer un peu une soirée, la plupart du temps, marquée par un certain ennui propre sans doute à toute cérémonie de remise de récompenses. Et c'est d'ailleurs ce qu'on vous proposera une fois de plus de faire avec la catégorie "Artiste ou groupe révélation" dans laquelle vous pourrez voter au choix parmi les artistes suivants : Coeur de Pirate, (dont j'ai déjà parlé ici), Grégoire (malheureusement le grand favori), La Fouine (est-ce bien sérieux ?) et Pony Pony Run Run (un "copier-coller" de Phoenix ? d'ailleurs où sont-ils passés justement les Phoenix ? complètement oubliés de la liste des nominés) Si le coeur (de pirate ? ah ah ah, je suis drôle) vous en dit, vous pouvez même aller voter sur le net ici. Pour le reste, ce sont des professionnels qui s'en chargent. Si ce sont les mêmes "professionnels" que ceux du jury de la Nouvelle Star, on peut tout de même rester assez dubitatif sur l'objectivité de la chose... Mais bon, cette fois-ci, je ne ferai pas de pronostics, à part qu'il serait assez logique finalement, vu le niveau général de la sélection, que Biolay l'emporte dans les trois catégories pour lesquelles il est en compétition. Et j'aimerais bien aussi que Revolver et surtout Dominique A chopent quelque chose, car ils le méritent - même si, là, bizarrement, je le sens un peu moins. Pour le reste ... A noter, comme d'habitude, la longue liste des absents : JP Nataf, Holden, Babx, La Grande Sophie, Saule, Brigitte Fontaine, Montgomery, Jean-Louis Murat, Mansfield Tya, Miossec, pour ne citer que ceux qui s'expriment dans la langue de Molière. Bon week-end à tous.

3 mars 2010

Xiu Xiu - Dear God, I Hate Myself

Ce sont quelques fois les outsiders qui l'emportent in extremis. Xiu Xiu, alias Jamie Stewart - rien à voir avec le célèbre acteur américain des années 50 - fait indéniablement partie de ces groupes à part, qui ne connaîtront sans doute jamais le succès et la reconnaissance publique. Parce que trop barrée, trop marginale. Et pourtant, parmi la foultitude de nouveaux disques à sortir en ce début mars, j'avoue que je n'aurais pas misé un kopeck sur ce nouveau disque "Dear God, I Hate Myself". Mais en écoutant, comme ça, rapidement, pas mal des nouveautés, c'est celle-là qui m'a le plus scotché. Peut-être parce que je ne connaissais pas encore l'univers du bonhomme en question. Peut-être parce que c'était ce que j'entendais de plus original, de plus novateur. Peut-être parce que malgré tout, sous tous ces bidouillages électroniques, je décelais des mélodies pop accrocheuses et une voix profonde qui me disaient insidieusement d'y revenir. Jamie Stewart se déteste peut-être, comme le titre de son album voudrait nous le faire croire, mais Xiu Xiu (à prononcer "Chouchou" paraît-il)  est pourtant en passe de devenir mes "chouchous", justement, du moment.

Comment en effet, résister à des titres comme "Dear God, I Hate Myself", "Chocolate makes you happy","Gray Death" ou "This Too Shall Pass Away" à l'imparable efficacité ? Des trucs qui ont l'air de partir dans tous les sens mais qui étonnamment s'accrochent immédiatement à notre ciboulot, allant même jusqu'à nous faire, malgré nous, chanter leurs mélodies tordues sous la douche. "Dear God, I Hate Myself" s'impose d'ores et déjà comme un des grands disques pop de 2010. Et tant pis pour les favoris !

Clip de "Gray Death" :

2 mars 2010

This Is The Hello Monster - TV Shows

Cela commence par quelques notes de piano, puis viennent quelques paroles en anglais mal assurées. Après ce sont quelques choeurs un peu déjantés et c'est la mélodie qui navigue ainsi, cahin-caha entre classicisme assumé et univers décalé et bricolé du plus bel effet. Ce "TV Shows" montre assurément que le dénommé Gérald Kurdian qui se cache derrière le curieux pseudo This Is The Hello Monster a un vrai talent, comme on dit. Un de ceux qui me fait dire qu'on en reparlera bientôt. En tout cas, le "monstre" sera en concert en avril pour quelques dates aux Trois Baudets à Paris et sortira un premier mini-album à la fin du mois de mars. (MySpace)

1 mars 2010

Mes indispensables : The Zombies - Odessey And Oracle (1968)

Retour aux années 60 pour mes indispensables cette semaine, avec encore une fois un disque sorti en cette année incroyable : 1968. "Odessey And Oracle" est aujourd'hui un album culte de cette époque et pourtant cela n'a pas toujours été le cas. La faute aux Beatles, aux Beach Boys, voire aux Kinks, tous ces groupes qui ont éclipsé de leur talent tout le reste de la pop des sixties. Les Zombies étaient alors considérés comme des seconds couteaux, des outsiders, jamais destinés aux plus hautes marches du succès commercial et critique. Pour la quasi-intégralité de leur carrière, c'était sans doute assez mérité. Le problème, c'est qu'il y a eu ce disque "Odessey And Oracle". Et quel disque ! Il restera bizarrement comme le dernier du groupe, comme son baroud d'honneur, histoire de dire juste avant de partir qu'eux aussi étaient capables de sortir des chefs d'oeuvre pop. Car ici, pas un titre qui ne soutiendrait pas la comparaison avec les glorieux morceaux de "Pet Sounds" ou de "Revolver". J'aurais tendance à dire que ce disque serait même supérieur à ces deux-là, mieux arrangé encore. Mais je dois sans doute être de mauvaise foi, préférant toujours les "losers". 
Le principal (seul ?) reproche que l'on pourrait tout de même faire au sujet de ce disque concerne peut-être les textes qui restent légers, un peu niais. Mais c'est l'époque (le style ?) qui voulait ça, les Beatles et les Beach Boys n'étaient d'ailleurs pas mieux lotis, à ce jeu-là. Comment alors expliquer une telle absence de reconnaissance pendant si longtemps ? Car il faut bien avouer que cela ne fait que depuis quelques années seulement qu'ils sont cités parmi les meilleurs groupes des années 60. Leur nom, en tout cas, ne devait pas représenter un réel avantage, car on imaginerait plutôt les Zombies comme un vieux groupe de metal. Deux de leurs membres, Rod Argent et Colin Blunstone, continueront ensuite leur carrière séparément avec plus ou moins de bonheur mais toujours aussi peu de réussite. Depuis 2004, le groupe s'est reformé, comme beaucoup d'autres, pour quelques concerts et en 2008, ils ont même fait une mini-tournée pour le 40ème anniversaire d'"Odessey And Oracle" - le "e" de Odessey serait dû à une erreur d'impression qui est restée, plus par commodité que par souhait véritable, et qui participe sans doute un peu plus au charme de ce disque hors du commun. Ils ont encore quelques dates prévues, au Royaume-Uni essentiellement, pour 2010. Mais de là à aller voir ces vieux grands britons sur le retour, sur scène aujourd'hui ... Je préfère écouter, tranquille chez moi, ces quelques titres, éternels évidemment.

=> Aux dernières nouvelles, ils passeront quand même par chez nous, le 10 juin prochain au Trabendo, à Paris, avec Yeti Lane en première partie. Avis aux amateurs !