21 septembre 2017

Chad VanGaalen - Light Information

Voilà un chanteur à côté duquel j'étais toujours passé, jusqu'à ce "Light Information". Pourtant le gars n'en est pas à son premier disque. Mais dès le premier titre, "Mind Hijacker's Curse", difficile de résister. Il y a déjà tout : une mélodie qui file tout droit, comme une évidence et vous laisse scotché. Elle n'est pas facile pourtant, il n'y a pas de simples couplets, ponts, refrains, non c'est une chanson plus tordue qu'il n'y paraît, mais qui, mine de rien, vous amène où elle veut jusqu'à vous faire succomber, un peu malgré vous. Un type capable d'un tel exploit a forcément un potentiel supérieur à la moyenne. Et là, on se dit que le gars ne réussira pas à rééditer de sitôt la performance. Mais on se rend rapidement compte que le dénommé Chad n'en a cure, il part tout de suite ailleurs. Il fait ce qu'il veut, ce qu'il aime, trace sa route, et nous embarque avec, parce que même quand la mélodie se fait moins facile, plus insidieuse, c'est fait avec un tel naturel qu'on a confiance. Forcément. L'album passe ainsi, d'une trombe. 
Certains le rapprochent d'un Neil Young, mais la démarche n'est pas la même. L'illustre aîné n'a pas son pareil pour nous faire aimer des morceaux si évidents qu'ils seraient mièvres chez les autres. Chad, lui, nous fait paraître évident des chansons qui ne le sont pourtant pas. Et dire que j'étais passé à côté d'un tel phénomène...

19 septembre 2017

Ariel Pink - Dedicated to Bobby Jameson

Ariel Pink a écouté un jour un obscur chanteur américain des années 60, Bobby Jameson, disparu il y a quelques années. Il est tellement tombé sous le charme du bonhomme et de sa musique assez proche de groupes de pop psychédélique comme Love qu'il a décidé de lui consacrer l'écriture entière d'un album. Véritable hommage ou simple prétexte à un concept foireux ? Il est toujours aussi difficile de cerner le sérieux de la démarche d'Ariel Pink. Pour ce qui est de la forme, il revient à un style nettement plus homogène que le magnifiquement foutraque "Pom Pom" et en cela, "Dedicated to Bobby Jameson" est assez proche de "Before Today" de 2010, que beaucoup considèrent encore comme son apogée artistique. L' américain montre une fois de plus son indéniable talent pour composer de petites vignettes pop lo-fi doucement décalées. Ce nouvel album enfile les perles mélodiques, notamment la belle triplette composée du titre éponyme, "Time to live" et "Another weekend", comme un brillant résumé du savoir-faire de Pink. 
Il n'y a pour une fois pas de titres en retrait, de légères fautes de parcours, ce qui était souvent le défaut de ses disques. C'est le propre des gens qui flirtent allègrement avec le kitsch et le mauvais goût, il n'y a qu'un pas parfois entre le génie et l'esbrouffe. En cela, cette nouvelle production postule déjà aux plus hautes places des podiums de fin d'année.

14 septembre 2017

PJ Harvey, Timber Timbre, Sleaford Mods, etc - Rock en Seine, samedi 26 août 2017

Cette année, une fois n'est pas coutume, on a préféré Rock en Seine à la Route du Rock. Pour la musique bien sûr, mais ça, je vais en reparler juste après, mais aussi pour les contrôles de sécurité rapides et efficaces - bah oui, c'est une raison comme une autre -, les goodies très nombreux, les festivaliers beaucoup plus sobres et donc moins pénibles qu'en Bretagne, les transports en commun plutôt mieux organisés que les précédentes éditions. Tout a commencé tranquillement par un concert de Ulrika Spacek, les anglais se sont visiblement améliorés depuis la dernière fois qu'on les avait vus. Ça ressemble toujours autant à Deerhunter. Les chansons ne sont pas si bonnes, à de rares exceptions près, mais en live, c'est nettement mieux ficelé. C'est déjà ça. Ensuite, rapide passage pour la fin de Band of Horses sur la Grande Scène. Il y a des fans. Un gars est même affublé d'une tête de cheval. Parmi les formations à noms d'équidés, on reste quand même très loin d'un Sparklehorse : musique folk assez facile et basique. Même si le chanteur a une belle présence scénique, ça manque d'enjeu. On part alors vers la Scène de la Cascade pour les sympathiques belges de Girls in Hawaï. Là encore, c'est plutôt classique comme pop-rock mais bien exécutée et assez efficace dans un style Radiohead période "The Bends". On n'attend pourtant pas la fin pour aller direct sur la scène d'à côté assister au premier concert vraiment attendu : Timber Timbre.
On monte évidemment de plusieurs crans, même si le concert ne décolle pas tout de suite. Les nouvelles chansons jouées d'emblée ne sont pas si fortes que les anciennes, hormis l'impeccable "Western Questions". La part belle est fait au saxo pour une fin de set particulièrement réussie. Dommage que ça ne dure pas plus longtemps ! Et puis, ils auraient assurément mérité une plus grande scène.

Après ça, on en a profité pour manger un peu en attendant le concert des deux frimeurs de The Kills.
C'est dingue, les années passent et rien ne change chez ces deux-là, hormis quelques cheveux blancs. Le style est assez efficace même si les chansons ne sont pas foudroyantes. En tout cas, la chanteuse en fait toujours des caisses dans la rock'n'roll attitude, un peu comme une nièce américaine de Philippe Manoeuvre : lassant à force. La suite est plus naturelle avec le soulman Lee Fields et sa musique légère et euphorisante. C'est pas mal, mais pas non plus trop notre truc. On récolte donc quelques goodies supplémentaires avant le concert de la soirée, celui de la reine PJ Harvey.
Et tout de suite, c'est une grande claque. Elle a beau jouer surtout son dernier disque, loin d'être son meilleur, tout est bon en live et magistralement exécuté. Il faut dire qu'elle est sacrément bien entourée, à l'image de Nick Cave et de ses Bad Seeds. Ceux-là pourraient jouer des heures qu'on ne s'en lasserait pas. Et puis, quand elle enchaîne "Down by the water" et "To bring You my love", je sens maman défaillir à côté de moi. Beaucoup d'émotions avec très peu d'effets et une attitude toute en retenue, à l'opposé de la chanteuse de The Kills, Alison Mooshart. Concert du soir, haut la main donc. 

On redescend avec celui de Sleaford Mods. Ces deux gars-là sont totalement inclassables, difficile de savoir si c'est à prendre au premier degré ou non.
Mi-décalé, mi-sérieur, diront ceux qui les ont déjà vus live ou qui, comme moi ont regardé l'excellent documentaire "Bunch of Kunst" diffusé récemment sur Arte. Le chanteur est une vraie pile électrique, postillonnnant des paroles à l'humour typiquement British avec un accent de Nottingham à couper au couteau. Il serait une sorte de Robin des Bois punk, parlant surtout aux classes populaires anglaises auprès desquelles le groupe rencontre d'ailleurs un succès grandissant. Le type vit ses chansons, allant jusqu'à faire sembler d'aller pisser derrière un ampli. Son acolyte se contente de passer sa musique sur un ordinateur portable, se dodelinant ensuite pendant les morceaux avec sa bouteille de bière bien placée au niveau de l'entre-jambe. Au final, le public finit par se laisser prendre au jeu, la circonspection faisant place à une certaine admiration. C'est le concert idéal pour regagner nos pénates. Mais c'est évidemment la musique de PJ qui résonne ensuite en nous jusqu'au plus profond de notre sommeil. Douce nuit...

11 septembre 2017

LCD Soundsystem - American Dream

C'est bizarre. J'adore James Murphy et sa magnifique machine de guerre électro punk-rock, mariant le meilleur de la musique que j'aime : Bowie, Eno, le Velvet, Kraftwerk, les Talking Heads. J'ai vu beaucoup de gens accrocher à ce nouveau "American Dream" dès la première écoute. Malgré les années d'absence. La fin annoncée à plusieurs reprises de la formation, le concert d'adieu de plus de 3h au Madison Square Garden, je n'y croyais pas. Je savais qu'ils allaient revenir mais je pensais naïvement qu'une telle attente allait être justifiée par quelque chose de plus fort, un véritable nouveau son, pas ses schémas de chansons assez prévisibles. Alors, j'ai immédiatement été déçu, j'ai eu l'impression d'avoir été trompé sur la marchandise quelque peu survendue. Il m'a fallu plusieurs écoutes pour percevoir la pertinence d'un tel retour. Cette musique reste incroyablement accrocheuse ("Call the police" quand même). Il faut rentrer dans les morceaux, en savourer la lente progression, les différentes textures sonores, toujours empruntées aux mêmes références, avec un soupçon de Suicide sur l'inaugural "Oh Baby". 
"American Dream" ne serait pas ce qu'il est sans la rencontre décisive de Murphy avec son idole, David Bowie. L' américain s'est excusé d'avoir volé son maître, ce dernier rétorquant qu'il n'y avait aucun déshonneur à voler un voleur...Bowie était aussi fan de LCD Soundsystem, c'est pourquoi Murphy fut invité pour jouer des percussions sur l'ultime disque du Thin White Duke. Il faudra donc attendre un peu avant de savoir si ce "American Dream" correspond toujours bien à un rêve musical. Mon rêve musical. C'est bizarre, d'habitude, je succombe tout de suite à cette musique. Bon signe ?

8 septembre 2017

Deerhoof - Mountain Moves

Ceux-là, ça fait longtemps que je les suis sans pour autant en parler ici. Parce que leurs disques me fatiguent toujours hormis quelques titres : trop compliqués, trop bordéliques. Et puis, avec ce dernier album, ça passe pour ainsi dire comme une lettre à la poste. C'est pop, enjoué et varié. Le groupe a invité plein d'amis - d'autres femmes à la forte personnalité musicale comme Juana Molina ou Laetitia Sadier -, on croirait à une sympathique fête entre gens gentiment dérangés, à la fantaisie maîtrisée, où les fous à lier ont été mis sous éteignoir par une sorte de puissance supérieure bienfaitrice. Deerhoof a beau essayer de brouiller les pistes, comme de coutume, je parviens pour une fois à ne perdre pas le fil et j'en redemande même. Et puis, quand c'est trop barré, ça ne dure pas, les chansons sont trop courtes pour nous semer complètement. 
Bien sûr, les fans du groupe diront sans doute que ce nouveau disque est trop "grand public" et qu'à ce titre, ce n'est pas leur meilleur. Pour une fois, la folie de Deerhoof est aussi salvatrice sur disque que sur scène où la formation excelle depuis longtemps déjà.