21 novembre 2017

Daniele Luppi & Parquet Courts - Milano

Voilà une drôle d'association : Daniele Luppi un producteur et compositeur italien, Parquet Courts, le groupe de rock indépendant américain tendance - j'ai déjà dit combien je les trouvais un poil surestimés - et la divinement barrée Karen O, chanteuse des Yeah Yeah Yeahs qui seraient en train de se reformer. Le résultat est assez étonnant. C'est pour les textes, l'Italie des années 80, de la mode avec "Milano" comme centre névralgique, de la variété produite au kilomètre - oui, tous ces groupes numéros uns au top 50 étaient pour beaucoup des formations éphémères en provenance d'Italie - qui rencontre pour la musique, le New-York des années 60-70. Andrew Savage, le leader des Parquet Courts, sait chanter d'une voix traînante comme le faisait un certain Lou Reed. La mélodie sur le premier titre n'est d'ailleurs pas sans rappeler celle de "Sunday Morning". 
Par contre, Karen O apporte un côté moins convenu, une folie bienvenue. "Talisa" est une petite bombe dans son genre. Les titres alternent ainsi les morceaux chantés par la chanteuse des Yeah Yeah Yeahs et ceux par le chanteur des Parquet Courts, avec au beau milieu un titre en commun, "Pretty Prizes", pas forcément le plus réussi. Mais on a quand même droit à un bel exercice de style, plutôt convaincant dans l'ensemble.

17 novembre 2017

Alex Cameron - Forced Witness

Il était déjà présent parmi mes albums préférés l'an passé avec son premier essai, "Jumping the shark". Ce dernier datait pourtant de 2013. Il faisait en 2016 enfin l'objet d'une sortie en plus grande pompe sur un vrai label. Sur ce deuxième disque, Cameron dispose de plus de moyens et cela s'en ressent immédiatement. La production est nettement plus léchée. Le kitsch est d'autant plus mis en avant et assumé, quitte à paraître un peu "too much". Mais c'est à l'image du personnage qui se présente volontiers comme infréquentable, frimeur et misogyne. On entend pourtant quelques voix féminines, les talentueuses Natalie Mering et Angel Olsen. "Stranger's kiss", le duo avec cette dernière, constitue sans doute l'acmé de l'album. Il y a encore sur "Forced Witness" suffisamment de titres efficaces - la première moitié du disque est assez irrésistible - pour emporter la mise, malgré beaucoup de sonorités proches d'une vulgaire et basique variété des années 80. 
Le gars arrivera-t-il à se renouveler après ça ? Continuera-t-il encore plus loin dans le pastiche quitte à tomber totalement dans la caricature ou parviendra-t-il à changer de direction et à brouiller les pistes restant ce chanteur inclassable, sorte de crooner de supermarché de luxe. Ce type reste un mystère, en témoigne son étonnante présence scénique. S'il veut durer, à lui de continuer à le cultiver.



13 novembre 2017

Spinning Coin - Permo

J'avais oublié à quel point les Ecossais étaient naturellement doués pour l'indie pop, cette pop modeste et un peu bancale, aux guitares mal assurées mais incroyablement mélodiques. Cette pop dont Orange Juice ou les Pastels furent en leur temps de délicieux ambassadeurs. "Permo", le premier album de Spinning Coin, nouvelle formation locale, sort d'ailleurs sur Geographic, le label de Stephen McRobbie, lui-même affilié au prestigieux Domino Records dont l'un des groupes-phare reste Franz Ferdinand. Il a aussi été réalisé avec la participation d'Edwyn Collins. En Ecosse, on a le goût de l'entraide entre générations, le sens de la transmission. La musique de ces cinq là est aussi inspirée que celle des ses aînés. Les titres sont suffisamment courts - trop, peut-être ? - pour ne pas lasser. Le fait d'avoir en Sean Amstrong et Jack Mellin, deux efficaces songwriters à l'écriture assez différente, l'un est adepte de douceurs - le très beau "Floating with you" -, l'autre est plus direct - le brutal "Magdalene" -, permet à l'ensemble d'être varié.
Voilà un magnifique disque d'automne, quelque chose qui vous donne une irrépressible envie de danser et d'être heureux, malgré le froid, la pluie, le temps qui passe, les ennuis du quotidien. Pas étonnant que les Ecossais sont si forts dans ce domaine.




6 novembre 2017

Orval Carlos Sibelius - Ordre et Progrès

Une fois n'est pas coutume, c'est maman qui m'a fait écouter en premier le nouveau disque d'Orval Carlos Sibelius auquel j'étais étonnamment passé à côté. Pourtant, j'avais bien apprécié le précédent. J'aimais la pop psychédélique et chamarré de son auteur. À l'époque, il chantait en anglais et vu la concurrence dans le domaine, il paraissait difficile pour lui de sortir du lot. "Ordre et Progrès" est chanté uniquement dans la langue de Molière et c'est en plus très bien écrit. On pense immédiatement à la pop lettrée et savante d'un Arnaud Fleurent-Didier. Les mélodies y sont plus inspirées de la musique anglo-saxonne, les arrangements plus foisonnants, les textes plus distanciés aussi. Si le début du disque est formidable, "Coupure générale" est par exemple une superbe réussite, avec ses paroles qui capturent intelligemment l'époque, la suite est plus aléatoire, on s'y perd un peu, pas bien sûr de comprendre où Orval Carlos Sibelius veut nous emmener. Le surplus d'arrangements alourdit aussi l'ensemble, mais le déguisement du chanteur en soldat romain annonce la couleur : on est plus dans un péplum quand dans un film intimiste. 
Après les récents disques de Cheveu ou La Femme, ce "Ordre et Progrès" reste une nouvelle excellente raison de croire à la vitalité d'une pop française différente. Décidément, en s'éloignant de plus en plus de l'esprit punk des débuts, Born Bad Records n'en finit pas de démontrer son importance sur la scène hexagonale.

31 octobre 2017

John Maus - Screen Memories

Cela faisait un bail qu'on n'avait pas eu de nouvelles du doux illuminé de John Maus. Depuis son magnifique et intransigeant "We must become the pitiless censors of ourselves" sorti en 2011 et une compilation de vieux titres parue un an après. La musique est toujours la même, sorte d'Ariel Pink, avec qui il a travaillé autrefois, en version cold wave. La chanson "Time to live" sur l'album "Dedicated to Bobby Jameson" de ce dernier fait d'ailleurs beaucoup penser à du John Maus. Comme si Pink était la version joyeuse et Maus la version sombre d'une seule et même idée de la pop musique. Il n'y a pas sur "Screen Memories" de titres aussi monumentaux que "Believer". C'est plutôt le genre de disque assez homogène qui s'écoute d'une traite, sans sauter de morceaux, parce que la qualité et le style restent constants. 
Le gars aime toujours autant bidouiller des sons synthétiques sur ses machines, créant des sortes de mini messes noires et symphoniques. Les textes pourraient paraître simplistes, le gars n'en est pas moins diplômé de philosophie à ses heures perdues, avec des idées assez proches d'un Alain Badiou - c'est-à-dire très à gauche. Ses concerts sont de drôles d'expérience où le chanteur se donne comme personne, se frappant la tête dans les mains sur de la musique pré-enregistrée. Avec Ariel Pink, John Maus vient de créer un des meilleurs albums de pop étrange de l'année. Ils forment à eux deux, une improbable et indispensable doublette.